Financement Intermédié et Désintermédié : Définition et Enjeux

Le financement de l'économie est un sujet d'actualité, notamment en période de crise financière et d'accès au crédit limité. Pour réaliser leurs activités économiques, tous les agents économiques ont besoin de se financer. Cela est vrai pour les entreprises, mais cela l'est aussi pour les ménages et les administrations publiques.

Imaginons une entreprise qui, comme souvent, a des besoins de financement. Elle souhaiterait par exemple investir dans un nouveau matériel et n'a pas les ressources propres nécessaires. La logique voudrait qu'elle cherche un autre agent qui, lui, aurait la capacité de financer le projet.

I. Les Agents et Leurs Besoins de Financement

Tout d’abord, les agents à besoin de financement sont ceux qui ont des ressources financières insuffisantes afin de financer leurs dépenses. En règle générale, les ménages parviennent à épargner une partie de leurs revenus (environ 15 %).

L’État semble être un agent à besoin de financement. En effet, les besoins de financement de cet agent n’ont fait qu’augmenter ces dernières années. Les administrations de sécurité sociale ne sont plus à besoin de financement depuis 2016 et depuis, leur capacité de financement s’améliore.

Au niveau macroéconomique, les entreprises et l'État sont des ABF alors que les ménages sont des ACF. Les agents à capacité de financement (ACF) sont les agents économiques dont les revenus sont supérieurs aux dépenses. Une fois leurs dépenses courantes et leurs investissements financés, les ACF disposent d'excédents financiers. Les agents à besoin de financement (ABF) sont les agents économiques dont les dépenses excèdent les revenus. Ils ne peuvent se financer qu'en faisant appel à d'autres agents.

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Si l'on s'en tient aux trois agents principaux (en économie fermée et hors institutions financières), nous avons :

  • Les ménages qui dégagent une épargne qui est la part de leurs revenus après consommation.

II. Financement Intermédié : Le Rôle des Banques

Le financement peut être défini comme le fait d'apporter des fonds (de la monnaie) à un agent économique. Il existe plusieurs possibilités pour un agent économique de trouver des capitaux pour financer ses investissements, lorsqu'il ne peut pas le faire par financement interne, aussi appelé autofinancement. La première d'entre elle, la plus traditionnelle est le financement intermédié.

On parle de finance indirecte ou d'intermédiation financière pour désigner le mode de financement par les banques. Les intermédiaires financiers collectent les fonds des ACF et les prêtent aux ABF. Les banques et, plus généralement, les établissements de crédit sont les institutions « traditionnelles » d'intermédiation entre ACF et ABF. On parle alors de financement intermédié (ou indirect) pour signifier que la banque a un rôle d'intermédiaire dans cette relation.

Les ressources dont elles disposent, qui proviennent notamment des dépôts de leurs clients, peuvent être prêtées par la distribution de prêts (aux ménages, aux entreprises...). Attention : par leur pouvoir de création monétaire, elles accordent bien sûr des prêts sans « attendre » les dépôts correspondants des clients ! Rappel : ce sont les crédits qui font les dépôts...

Schéma du financement intermédié

Avantages du Financement Intermédié

  • Le capital de l'entreprise reste entier et la direction de l'entreprise reste de jure la même qu'avant l'emprunt.
  • L'entreprise externalise le processus de recherche d'agents en capacités de financement.

Inconvénients du Financement Intermédié

  • La sélection adverse est possible : les banques peuvent refuser d'accorder un prêt ou limiter sa valeur selon leur évaluation du risque.
  • Les engagements à date et à somme fixe présentent un double tranchant ; dans le cadre d'un risque de faillite ils peuvent détourner les dirigeants de l'investissement à long terme.

III. Financement Désintermédié : L'Accès Direct aux Marchés Financiers

Les marchés financiers sont l'autre institution (plus abstraite) permettant de mettre en relation ACF et ABF. On parle alors de financement désintermédié (ou direct), ce qui est finalement impropre puisque les marchés « jouent » aussi un rôle d'intermédiaire financier!

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Pour ce faire, l'ABF émet des titres (actions, obligations..) qui sont acquis par les agents ayant des excédents de financement. Il faut retenir deux « véhicules » principaux de financement de marché : les actions et les obligations.

Les actions sont des titres de propriété acquis par des ACF (actionnaires : entreprises, ménages, Etat...) permettant de financer des entreprises (sociétés de capitaux) en fonds propres. Notez que ces fonds ne sont pas remboursables : l'actionnaire « mise » sur des espoirs de dividendes mais en tant que propriétaire (partiel) de l'entreprise il dispose d'un droit de vote et du droit de revendre les actions.

Les obligations sont des titres de créance acquis par des ACF au bénéfice d'ABF (les mêmes que ceux cités plus haut) qui devront rembourser à échéances + intérêts. Ces titres, comme les actions, sont négociables, c'est à dire susceptibles d'être revendus.

Remarque à propos de « la bourse » : il s'agit simplement de l'activité de marchés financiers où l'on s'échange les titres (actions, obligations) déjà émis entre offreurs et demandeurs de titres. On parle alors de marché secondaire (ou marché de « l'occasion ») pour le différencier du marché primaire lors de la création (émission) des titres (appelé marché du neuf).

Fonctionnement des marchés financiers

Avantages du Financement Désintermédié

  • Accès direct aux capitaux sans intermédiaires bancaires.
  • Diversification des sources de financement.

Inconvénients du Financement Désintermédié

Pour les actions :

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  • Les actionnaires peuvent élire le conseil d'administration et ainsi renverser la direction en place avant l'émission d'actions.
  • Risque d'OPA hostile : un agent économique peut à travers le rachat d'un stock important d'action prendre le contrôle de l'entreprise.
  • À terme les actionnaires voudront un rationnement de l'émission d'action afin de garder des dividendes élevées et une valeur importante pour leurs actions.

Ces inconvénients peuvent être réellement nuisibles : la théorie de l'agence de Jensen et Meckling (en 1976) explique que les entreprises cherchent des sources de financement alternatives (dont les obligations convertibles, le crédit-bail) à cause de ces potentiels conflits d'intérêt.

Pour les obligations : Les inconvénients liés à l'utilisation des obligations sont similaires à ceux de l'emprunt bancaire mis à part les problèmes de sélection adverse.

IV. Évolution du Financement et Rôle des Institutions

Après la guerre, l’objectif était de reconstruire. La loi de 1945 va déboucher sur une spécialisation des activités bancaires. Dans une économie d’endettement, l’économie est assurée par les banques, qui jouent le rôle d’intermédiaire. Chaque banque doit disposer d’un compte auprès de la Banque centrale pour effectuer des opérations de paiement interbancaires. Les règlements s’effectuent aux moyens de la monnaie Banque centrale.

L’économie d’endettement provoque de l’inflation => le développement du crédit bancaire entraîne une hausse générale des prix qui s’autoentretient. Cette inflation va impacter le niveau des taux d’intérêt. En effet, l’inflation va diminuer la valeur réelle de la dette.

Le marché financier est un lieu de rencontre fictif entre l’offre et la demande de capitaux (réalisation d’un échange ou transaction). En effet, pour les néoclassiques, le financement de l’activité économique se fait grâce à une allocation optimale des ressources (concurrence pure et parfaite). Le taux s’établit à un niveau qui permet d’équilibrer l’offre et la demande. Le marché est efficient, car les prix reflètent toute l’information disponible (Eugene Fama).

Il s’agit du marché des capitaux à court terme (moins d’un an). du marché interbancaire : comme vu un peu plus haut, c’est un marché réservé aux institutions financières afin de se procurer des liquidités. du marché des titres négociables : marché ouvert à tous.

Action : titre de propriété d’une partie du capital d’une entreprise. Sa variation dépend de la loi de l’offre et de la demande. Obligation : titre de créance (titre de reconnaissance de dette). Elle est essentiellement émise par l’État et les grandes entreprises.

Les crises bancaires : impossibilité de faire face aux échéances de paiement immédiates, le passif est supérieur à l’actif. Le risque est que la crise atteigne l’ensemble du système bancaire quand les banques ne prêtent plus à d’autres banques (manque de confiance et de fiabilité).

Les crises financières : la spéculation peut avoir pour effet une forte volatilité des cours des titres, ce qui conduit à une hausse des cours qui n’est pas justifiée par les données réelles. Se crée alors une bulle spéculative, qui finit par éclater et provoque une chute brutale des cours (krachs). Des problèmes de solvabilité et de liquidités vont apparaître, ce qui va pousser les banques à réduire les crédits (crédit crunch), ce qui va alors conduire à un cercle vicieux (baisse de la consommation et de l’investissement, donc une chute de la production et une hausse du chômage).

Le rôle de la BCE : elle accorde aux banques les liquidités dont elles ont besoin. De plus, elle joue le rôle de prêteur en dernier ressort. Les règles prudentielles : les accords de Bâle par exemple qui doivent assurer la stabilité du système financier à l’échelle mondiale. Ils obligent, entre autres, les banques à détenir un minimum de fonds propres par rapport à l’ensemble des encours de crédits. C’est le ratio Cooke qui détermine le pourcentage de fonds propres minimum à détenir.

Le renforcement des pouvoirs des autorités de contrôle et de supervision : l’AMF (Autorité des marchés financiers) s’est vu accorder plus de pouvoir par exemple. Une meilleure coordination internationale : mise en place d’un mécanisme de supervision bancaire unique (MSU), qui place 128 banques européennes sous la supervision de la BCE depuis 2014, qui complète le MRU (Mécanisme de résolution unique des défaillances bancaires). Déploiement de garanties de dépôts, d’un règlement uniforme ou encore d’un MES (Mécanisme européen de stabilité).

Réformes du marché financier qui ont mené à la globalisation financière.

Remarque à propos de la « désintermédiation » bancaire : face au développement des marchés financiers (libéralisés, déréglementés) depuis une trentaine d'années, les banques ont vu une part importante de leur clientèle (grandes entreprises, Etats surtout) leur échapper. Elles sont donc devenues elles-mêmes des acteurs importants des marchés financiers, pour leur compte et pour le compte de leurs clients (des ménages voulant investir en titres par exemple).

Le financement interne est réalisé par voie d'autofinancement. Le financement non monétaire correspond à la transformation de l'épargne de certains agents en financement pour d'autres. Pour produire, les entreprises ont besoin de trouver des ressources financières car leurs dépenses sont, en général, supérieures à leurs ressources : elles ont un besoin de financement.

L'autofinancement : les bénéfices non distribués constituent la principale source de l'autofinancement des entreprises. L'autofinancement a le mérite de ne rien coûter à l'entreprise et de préserver son indépendance vis-à-vis des banques.

Le financement par le capital : les entreprises ayant un besoin de financement font appel à leurs propriétaires ou à des nouveaux investisseurs en faisant une augmentation de capital. Le financement par l'endettement : les entreprises peuvent s'endetter en contractant un emprunt auprès des établissements de crédit. Cette opération constitue un financement indirect ou intermédié. Elles peuvent également lancer un emprunt obligataire sur le marché des capitaux, si elles sont cotées sur ce marché. Les grandes entreprises ont un accès aisé au marché financier.

Le financement par l'endettement : les ménages s'endettent auprès des institutions financières pour financer des biens de consommation et des biens immobiliers. Les biens de consommation sont financés par des crédits à court ou moyen terme et à taux élevés. Les biens immobiliers sont financés par des crédits à long terme et à taux faibles. Les administrations regroupent toutes les organisations dont l’activité principale consiste à produire des services non marchands et à effectuer des opérations de redistribution du revenu et des richesses nationales.

Le financement sur fonds propres : pour financer son budget, l'Etat dispose de ressources constituées à plus de 90 % de recettes fiscales. Le solde budgétaire de l’État permet de déterminer sa situation financière. Si les recettes de l’État sont supérieures à ses dépenses, le budget de l’État est en excédent. En revanche, si les dépenses sont supérieures aux recettes, le solde budgétaire est déficitaire. Le financement par l'endettement : le trésor public émet des titres de dette qui sont achetés par des investisseurs. Les transactions s'effectuent sur le marché obligataire.

Il n'existe pas de financement sans risque, à part l'autofinancement. Dans beaucoup de cas, on peut juger que les inconvénients économiques liés aux deux différents types de financement sont équivalents.

[E-learning] Pourquoi et comment recourir au financement désintermédié

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