Financement Participatif Culturel : Exemples, Plateformes et Enjeux

Le financement participatif, ou crowdfunding, est une stratégie de levée de fonds qui s’appuie sur la collaboration de plusieurs donateurs. Ce mode de financement est de plus en plus populaire sur internet, permettant aux particuliers de soutenir le projet de leur choix, selon leurs critères (région, activité, impact, etc.). À l’origine, le financement participatif a permis de financer des projets sociaux ou artistiques. Grâce au crowdfunding, il est possible de financer de multiples projets. Bien que le crowdfunding soit à portée de tous, il est recommandé d’être rigoureux et de bien maîtriser la méthode afin de réussir sa campagne participative de levée de fonds. En effet, il faut bien cerner son projet afin de choisir la plateforme de financement participatif adéquate.

Dans le domaine de la culture et du patrimoine, il existe plusieurs types de plateformes de crowdfunding. Cette stratégie peut être employée dans le cadre du patrimoine et de la culture, à condition bien sûr, que le montant du projet ne soit pas trop élevé. En effet, cette stratégie de financement participatif est généralement réservée aux petits ou moyens projets.

Il faut également choisir le bon seuil. En effet, si ce dernier n’est pas atteint, l’entièreté des fonds collectés sera reversée aux donateurs. Il faut aussi communiquer sur sa campagne et la rendre attrayante afin de donner envie aux contributeurs de donner. À ce propos, il est bon de noter que les différentes plateformes permettent de « sélectionner » les donateurs. En effet, selon leurs spécialités, les plateformes vont attirer des profils de donateurs différents. Par exemple, ceux qui sont intéressés par les énergies renouvelables et la transition énergétique privilégieront Enerfip. Les plateformes de financement participatif sont nombreuses et plus ou moins spécialisées.

Les plateformes de financement participatif occupent aujourd’hui une place médiatique, politique et universitaire d’importance. Elles seraient une des voies possibles pour valoriser la culture, les actions sociales et solidaires autant que l’innovation et l’entrepreneuriat, tout en renouvelant les modalités d’investissement et de participation à la fois économiques et sociales. De nombreux articles médiatiques se font ainsi l’écho des réussites et des chiffres records obtenus pour le financement de tel ou tel projet, renforçant ainsi les discours politiques qui y voient le moteur de la croissance et de l’économie.

Selon la Banque publique d’investissement France, la croissance entre 2015 et 2016 serait de 40 %, avec 21 375 projets financés pour un total 233,8 millions d’euros collectés. Les chiffres avancés par le baromètre KPMG/Financement participatif France soulignent qu’en France, le financement participatif, toutes formes confondues, serait passé de 167 millions collectés en 2015 à 336 millions d’euros en 2017.

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Une publication de l’Union européenne de 2017 révèle que 247 millions d’euros auraient été collectés par les organisations créatives et culturelles au sein de l’Union européenne. En France, le FP culturel par don contre don (ou récompense) correspond à lui seul à 48 millions d’euros (Source www.jbs.cam.ac.uk). Les domaines les plus concernés par le crowdfunding seraient le cinéma et l’audiovisuel (33 % des campagnes, 29 % en volume de transaction) et la musique (22 % des campagnes, 17 % en volume de transaction). Ces statistiques par secteur correspondent à celles mises en ligne par les deux principales plates-formes françaises, Ulule et KissKissBankBank. Selon ces dernières, ce serait le cinéma, la vidéo et la musique qui attireraient le plus de projets.

Ainsi, les films et la vidéo cumuleraient respectivement 3 616 projets, soit 12 millions d’euros reversés par la plate-forme Ulule et 2 050 projets soit 9,6 millions d’euros reversés par la plate-forme KissKissBankBank. Les projets musicaux quant à eux cumuleraient respectivement 2 890 projets pour 10 millions d’euros reversés par la plate-forme Ulule et 3 025 projets pour 9,6 millions d’euros reversés par la plate-forme KissKissBankBank (statistiques observées au 12/09/2017 sur Ulule et Kisskissbankbank).

COMMENT REUSSIR SA CAMPAGNE DE CROWDFUNDING/FINANCEMENT PARTICIPATIF

Les Plateformes de Financement Participatif Culturel

Ce top 5 des plateformes de crowdfunding dans la culture révèle donc les plateformes de crowdfunding spécialisées dans les domaines culturels et patrimoniaux. L’avantage de ces plateformes de financement participatif est que, non seulement, elles s’intéressent au patrimoine mais en plus il s’agit surtout du patrimoine rural et local, des monuments moins prestigieux qui ont donc plus de difficultés à bénéficier des financements de l’État ou des grands mécènes, qu’ils soient des entreprises ou des particuliers. Les plateformes de crowdfunding sont donc de bonnes alternatives aux enveloppes de financement pour le patrimoine.

  1. La Fondation du Patrimoine: Date de 1996, elle soutient uniquement des projets liés au patrimoine, se concentrant sur le patrimoine rural et de proximité.
  2. Dartagnans: Première plateforme dédiée au patrimoine bâti, avec une visibilité internationale et des projets variés (art, culture, patrimoine, musées, festivals, spectacles).
  3. Proarti: Plateforme dédiée à l’art et à la création culturelle, utile pour les activités culturelles ou artistiques au sein de sites d’exception.
  4. Ulule: Plateforme leader du crowdfunding, née en 2010, avec une portée mondiale et plus de 100 millions d’euros de financements en 2018.
  5. Tudigo: Bien que la culture ne soit pas sa spécialité, elle peut être utilisée pour des projets culturels.

Il existe également d'autres plateformes qui peuvent être utilisées pour des projets culturels :

  • AkuoCoop
  • Baltis
  • Enerfip
  • Fundimmo
  • Happy Capital
  • Investbook
  • KissKissBankBank
  • Kocoriko
  • October
  • Sowefund
  • Vatel Direct

Financement Participatif France (FPF) est une association loi de 1901 qui a pour objectif la représentation collective, la promotion et la défense des droits et intérêts des acteurs du financement participatif (également appelé crowdfunding).

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Typologie des Plateformes de Financement Participatif Culturel

On propose ici de dresser une autre typologie des plateformes appartenant aux catégories de dons et de dons avec contreparties valorisant des projets culturels. L’enjeu est de répartir les plateformes selon trois catégories provisoirement définies sous les étiquettes « généralistes », « thématiques », « mécénat ».

Plateformes Généralistes et Médiatiques

À l’instar d’Indiegogo et de Kickstarter aux États-Unis, Ulule et KissKissBankBank en France, celles-ci offrent la possibilité de déposer et de financer des projets aux thématiques variées (musique, BD, édition, films et documentaires, jeux vidéo, technologies, etc.). On notera que les catégories utilisées sur les plateformes sont proches sinon identiques à celles utilisées par les industries culturelles et créatives.

Toutefois, eu égard des dates de création de ces plateformes, de la population et des marchés dans lesquels elles se déploient, la comparaison des plateformes américaines et françaises laisse paraître des écarts importants tant sur le plan des montants récoltés que sur le plan du nombre de projets et des taux de réussite. À l’inverse de Kickstarter qui accepte tous les projets déposés, les plateformes françaises déploient des stratégies éditoriales préalables au financement, basées sur des critères variables (taille de la communauté, viabilité du projet). Les projets retenus doivent être ponctuels et à rotation rapide (financement sur des périodes de deux mois et inférieur à 180 jours en moyenne) pour un montant moyen de 4 365 euros. Elles sélectionnent ainsi en moyenne un projet sur trois afin d’assurer les chances de réussite.

Sur la plateforme KissKissBankBank, 4 398 projets ont été présentés, faisant de la musique, la première thématique financée, avec un don moyen de 52 euros et un taux de réussite de 72 %. Sur la plateforme Ulule, si la thématique musicale (3 006 projets proposés) est la troisième catégorie en ce qui a trait au montant collecté (11 154 895 euros) après les projets solidaires et citoyens (14 897 875 euros) et les films (13 757 972 euros ), elle obtient en revanche la première place pour ce qui est du succès (74 %, contre 72 % pour les autres).

Cette importance de la thématique musicale s’explique par les liens historiques qui unissent ces formes de financement et le secteur, mais il peut également s’expliquer par l’adéquation du format musical (bien d’expérience) à ce type de dispositif.

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Plateformes Thématiques ou de Niches

Viennent ensuite des plateformes « start-up » thématiques ou de niches qui se développent ou tentent de se développer sur des segments culturels spécialisés, telles les plateformes Touscoprod pour le documentaire et le cinéma, Sandawe pour la BD, la plateforme et le label « microcultures » pour les projets musicaux, Weezart en version bêta, qui propose une répartition équitable des revenus générés à destination des artistes.

Adossées à une sélection éditoriale sectorielle et thématique, ces plateformes s’appuient ou tentent de s’appuyer sur des communautés plus ciblées. À l’inverse des plateformes généralistes, elles ne communiquent pas nécessairement leurs activités, car afficher des taux de réussite faibles ou un nombre peu important de projets déposés et/ou financés pourrait avoir un effet contre-productif sur leur image et sur la confiance des contributeurs.

Plateformes Territoriales et Locales

Depuis 2010, ces plateformes généralistes ou thématiques se déclinent sur un plan international, national, mais se développent également dans un contexte territorial et « local ». Dans un souci de mobiliser des contributeurs et des communautés en rapport avec le territoire, des plateformes locales ont émergé favorisant l’entrepreneuriat, les projets solidaires et culturels : Kocoriko (Grenoble), Gwenneg (Bretagne), Kengo.BZH (Bretagne), J’adopteunprojet (Poitou-Charentes) ou encore Ma Belle Tribu, initiée par la CASDEN Banque populaire. Celle-ci entend soutenir « les belles initiatives citoyennes et solidaires en région ».

Plateformes de Mécénat

Le troisième type de plateformes comprend celles relevant du « mécénat ». Sans revenir sur l’ambiguïté du terme, celles-ci se caractérisent par les liens directs/indirects qu’elles ont avec les institutions culturelles. En France, la plateforme Tous mécènes, initiée par le Musée du Louvre, valorise son patrimoine et invite à la participation de restauration d’œuvres.

Les liens existent également par le recours aux fonds de dotations. C’est le cas original de la plateforme Proarti, promouvant l’art et la culture. Ou encore de la plateforme privée Commeon, qui ne travaille qu’avec des entités à but non lucratif et qui propose des campagnes de financement participatif (durée définie) ou des programmes de mécénat (durée indéfinie).

Impact et Limites du Financement Participatif

Bien qu’utiles, les statistiques issues des plates-formes seules ne suffisent pas à comprendre l’impact global du FP dans le domaine culturel. Face à la baisse des financements publics alloués à la culture et aux difficultés de recours au circuit bancaire classique, les acteurs culturels sont à la recherche de nouveaux modèles économiques.

Selon de nombreux acteurs du secteur et des politiques, le financement participatif serait une solution simple répondant aux besoins réels des acteurs culturels, depuis les grandes institutions au rayonnement international jusqu’aux projets amateurs en quartier ou milieu rural. Or, le recours au FP semble être à double tranchant, à la fois chance et source de difficultés supplémentaires pour les acteurs culturels.

Tout d’abord une chance, car le financement participatif pourrait permettre de mobiliser ponctuellement des individus en leur faisant cofinancer des projets. Mais aussi une difficulté, car le financement participatif semble peiner à dépasser la logique de projet unique. Ce dernier point est particulièrement sensible pour les acteurs culturels (maisons d’édition ou de production, musées), dont les frais de fonctionnement sont en partie constants.

Derrière les discours faisant du financement participatif une solution de remplacement aux financements publics, l’exemple de la réfection du musée de la Piscine de Roubaix illustre la complexité du phénomène. Une campagne de levée de fonds a été lancée entre le 12 décembre 2015 et le 31 mars 2016 permettant de récolter 190 000 euros (avec le concours de la société des amis du musée). Si le succès d’une telle campagne montre bien la capacité du financement participatif à mobiliser une communauté sur des projets précis, cet exemple montre aussi les limites du FP : la somme récoltée paraît moindre face aux 9,3 millions d’euros estimés pour les travaux.

Pour mener à bien cette entreprise de réfection, le musée a majoritairement eu recours, en plus du soutien de l’État, de la région Hauts-de-France et de la Métropole européenne de Lille, au mécénat d’entreprises comme le CIC Nord-Ouest, Vilogia ou la Fondation Total. Il ne faut donc pas surestimer le potentiel du crowdfunding à supplanter les financements publics existants ou le mécénat traditionnel dans le cas de projets de ce type.

Outre la médiation par des plates-formes Web, plusieurs choses semblent pourtant bien nouvelles avec le financement participatif par rapport au mécénat traditionnel et au système de souscription.

Si le financement participatif se présente comme une alternative aux financements publics ainsi qu’au système bancaire classique permettant de « libérer la créativité » (‘Let’s unleash Creativity!‘ clame la page d’accueil de Kisskissbankbank), il est pourtant peu fait mention de l’impact psychosocial d’une campagne de crowdfunding pour le porteur de projet.

On comprendra par impact psychosocial : le stress du « tout ou rien », ce modèle majoritairement imposé par les plate-formes ; l’injonction à la communication et la mise en scène de soi au travers de codes de plus en plus normalisés ; la gestion rationnelle d’une communauté (souvent composée par des proches au travers du « Love Money ») ; et les conséquences du travail émotionnel impliquant un surinvestissement dans les projets.

De plus, l’aspect ludique et l’expérientiel des campagnes de financement participatif occultent le fait qu’il s’agit de transférer le risque sur les financeurs et que la nature de l’échange est économique. On parle ainsi de « gamification ». Il s’agit pourtant bien d’un travail gratuit pour le porteur du projet.

Premièrement, le travail mené pendant la levée de fond n’aura que peu de chances d’être rémunéré même à l’issue de la campagne. Deuxièmement, on finance un projet (la réalisation d’un court ou long-métrage, l’acquisition d’une œuvre, l’enregistrement d’un album) et non pas le travail effectué par des professionnels, semi-professionnels ou amateurs au préalable ou à l’issue de la campagne de levée de fonds.

Exemples de Projets Culturels Financés par Crowdfunding

Les exemples suivants illustrent comment le crowdfunding peut soutenir divers projets culturels et patrimoniaux :

  • Restauration d'un château du XVème siècle: La mairie de Saint-Jean-d’Alcapiès a collecté 10 000 € pour aménager un jardin paysager et développer des activités culturelles dans un château.
  • Acquisition d'une œuvre d'art: Le musée municipal du Cannet a utilisé le crowdfunding pour compléter le financement nécessaire à l'acquisition d'une œuvre de Pierre Bonnard.
  • Création d'une peinture murale: La mairie de Chavanay a financé une peinture murale pour embellir le village grâce à une collecte participative.
  • Acquisition de l'œuvre « Rainforest » de David Tudor: Le macLYON a réalisé une collecte pour compléter un financement afin d’acquérir une nouvelle œuvre.
  • Sauvetage d'une boulangerie: Un couple à Juziers a sauvé sa boulangerie grâce à 15 000 € collectés sur KissKissBankBank.

Ces exemples montrent la diversité des projets qui peuvent être financés par le crowdfunding, allant de la restauration du patrimoine à l'acquisition d'œuvres d'art et au soutien des commerces locaux.

En conclusion, pour entretenir et sauvegarder notre patrimoine culturel, il n’y aura pas de financement de trop. Depuis quelques années, le crowdfunding s’ajoute aux solutions existantes.

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