Financement Russe : Enquête sur les Partis Politiques Français

Dans un contexte de préoccupations croissantes concernant l'ingérence étrangère, une demande d'ouverture d'une commission d'enquête à l'Assemblée nationale a été formulée concernant de possibles financements russes de partis politiques français.

Vladimir Poutine

Demande d'Enquête Parlementaire

Ce samedi, huit députés Renaissance, le parti d'Emmanuel Macron, ont annoncé qu'ils demandent l'ouverture d'une commission d'enquête à l'Assemblée sur de possibles "financements russes" de partis français. Cette demande fait suite à la révélation, le 13 septembre, d'informations déclassifiées américaines.

Ces dernières font état de plusieurs centaines de millions d'euros versés depuis 2014 par la Russie à des partis politiques de plusieurs pays dans le but d'accroître son influence et de peser sur les scrutins. Ces députés du parti présidentiel ont adressé une lettre à Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, dans laquelle ils justifient l'instruction d'une telle enquête "au regard de la gravité des faits" et pour que les informations établies puissent "être portées à la connaissance des citoyens français et de notre justice".

Cette enquête doit permettre "de savoir si des partis politiques français - et lesquels - ont bénéficié de financements russes" écrivent-ils. Ils citent "des prises de position en faveur de la Russie de plusieurs dirigeants politiques français de premier plan", ainsi que "des prêts contractés pour financer des campagnes électorales et dont les sommes sont toujours dues bien des années plus tard" ou encore "la nomination au sein d'entreprises russes d'anciens parlementaires et ministres français".

Réaction du Rassemblement National

Accusé par la majorité de dépendre du pouvoir russe, ce qu'il réfute, le Rassemblement national, avait annoncé vendredi qu'il déposerait une résolution ce lundi 26 septembre dans le but de créer une commission d'enquête à l'Assemblée. Pour le RN, le but de cette commission serait de "préciser la nature des liens entre certains élus de la majorité présidentielle et le Qatar", "déterminer" d'éventuels liens entre la majorité et la Chine et enquêter sur "ce qui s'apparente à une véritable coproduction législative entre le parti présidentiel et les géants américains Amazon, Microsoft, Google ou encore Uber".

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Julien Odoul, député RN de l'Yonne, a expliqué ce samedi sur franceinfo : "Nous demandons que la transparence soit totale pour tous les partis". Le député, membre de la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation à l'Assemblée, ajoute que "cette commission d'enquête permettra de faire la lumière sur tout. Le parti Renaissance va devoir montrer patte blanche et les Français verront".

Contexte International et Réactions

L’annonce de cette estimation déclassifiée a aussitôt fait réagir, suscitant spéculations et accusations plus ou moins voilées. Au Parlement européen, l’eurodéputé belge Guy Verhofstadt y a fait référence ce mercredi 14 septembre. Réagissant aux attaques de l’eurodéputé et président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui critiquait la politique énergétique menée par l’Europe, le parlementaire du groupe Renew Europe a lancé : «Je ne sais pas ce qu’il y a sur la liste des Américains. Ça ne m’étonnerait pas si le nom de madame Le Pen et le Rassemblement national étaient sur la liste des Américains, payés par les Russes.»

En Italie, où des élections générales doivent avoir lieu le 25 septembre et pour lesquelles l’alliance entre la droite et l’extrême droite est donnée victorieuse, le chef du Parti démocrate (PD) de centre-gauche a publié un tweet indiquant qu’«avant le 25 septembre, les électeurs italiens ont le droit de savoir si l’un des partis figurant sur les bulletins de vote a été financé par Poutine». Giorgia Meloni, la dirigeante du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia pressentie au poste de future Première ministre, ainsi que l’ex-ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (la Lega) ont réagi en niant avoir reçu de l’argent russe, a rapporté Reuters.

Jusqu’à présent, aucune liste complète des pays ou partis concernés n’a été présentée par l’administration américaine, ou n’a fuité dans la presse. Si la liste des bénéficiaires ne devrait pas être rendue publique, Ned Price a toutefois indiqué que son administration allait prévenir les pays partenaires visés par cette forme d’ingérence.

Le Rôle d'Alexandre Babakov

Dans son article, le New York Times précise que «le document désigne deux hommes, Evgueny Prigojine et Alexandre Babakov, tous deux proches collaborateurs de M. Poutine, comme étant impliqués dans les campagnes d’influence ou d’ingérence». En France, le nom d’Alexandre Babakov apparaît dans des enquêtes publiées par Mediapart en 2014 et en 2017 à propos du financement du Front national par des banques russes. Selon le site d’investigation français, ce conseiller de Vladimir Poutine en charge de la coopération avec les organisations russes à l’étranger a rencontré Marine Le Pen et l’a aidée à entrer en contact avec trois banques russes qui ont permis au parti d’extrême droite d’obtenir des prêts de plus de 9 millions, puis 3 millions d’euros en 2014 et 2016.

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Lors de la diffusion de ces enquêtes, Marine Le Pen avait réagi aux accusations de collusion avec la Russie, en 2014, s’offusquant de la nécessité d’aller demander des prêtes à l’étranger : «Ce qui est scandaleux, c’est que les banques françaises ne prêtent pas !» Elle jugeait «outrancières et injurieuses» les insinuations d’un service rendu par le Kremlin.

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Prises de Position Historiques et Controverses

Depuis un siècle au moins, le monde politique français est partagé sur la Russie. Si l'alternative du temps de l'Union soviétique - fascination ou rejet - semble dépassée, l'attirance pour la figure du chef et la dénonciation de l'impérialisme états-unien alimentent la complaisance envers Vladimir Poutine, qui dirige le pays depuis 1999. Après l'extrême droite et une partie de la droite, elle semble avoir conquis ces dernières années Jean-Luc Mélenchon.

Lors du débat de second tour de l’élection présidentielle, le 20 avril 2022, Emmanuel Macron avait attaqué la candidate d’extrême droite sur ce sujet, en lui disant: «Vous avez été l’une des premières à reconnaître l’annexion de la Crimée. Vous l’avez fait pourquoi ? Je le dis avec beaucoup de gravité, parce que vous dépendez du pouvoir russe et du pouvoir de monsieur Poutine», qu’il désignait plus tard comme étant le «banquier» de Marine Le Pen.

L'Affaire du Prêt Russe de Marine Le Pen

Marine Le Pen a été auditionnée devant la commission d'enquête parlementaire relative aux ingérences étrangères dans la politique française, mercredi 24 mai dans l'après-midi. Elle venait s'y justifier de l'obtention d'un prêt en 2014 auprès de la First Czech Russian Bank (FCRB), une banque tchéco-russe proche du Kremlin jusqu'à sa faillite en 2016.

La chef de file nationaliste n'a pas varié d'un iota du début à la fin de son audition : « Ce prêt a été vérifié et survérifié par absolument tout le monde. « J'ai signé avec une banque, pas avec Poutine », s'est empressée d'asséner Le Pen, expliquant avoir été « forcée de chercher un prêt en 2014 hors des frontières de l’Union européenne » après le refus de 200 banques françaises de prêter ses deniers à ce qui était encore le Front national.

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Les membres de la commission ont pointé le calendrier de cet « emprunt russe » de 2014, signé quelques semaines après l'annexion de la Crimée. Avec, en fond, les liens historiques entretenus entre le parti à la flamme et l'État russe, Marine Le Pen ayant par exemple confié en 2011 son « admiration » pour Vladimir Poutine, puis l'ayant longuement rencontré à Moscou lors de la présidentielle de 2017.

Marine Le Pen dit d'abord avoir eu le choix, à l'époque, entre trois établissements bancaires seulement : un Chinois, un Iranien et un Tchéco-russe. Elle s'est ensuite défendue d'avoir eu connaissance des liens entre la FCRB et Vladimir Poutine.

Stéphane Vojetta, a rebondi, fort de son expérience dans la finance : « Quand on rachète un prêt, en particulier quand on n'est pas une banque, qu'on n'a pas vocation à prêter, c'est qu'on n'est pas intéressé par le prêt en lui-même. Ici, à l'évidence, cette société russe n'en avait pas après des garanties immobilières ou une filiale du Rassemblement national. Quelles étaient donc les garanties qu'ils poursuivaient en reprenant ce prêt d'une manière intermédiée par la banque centrale russe ? Vous l'avez dit vous-même : vous avez choisi d'emprunter à cette banque russe initialement car, je vous cite, "on ne vous a pas laissé le choix". Et il semblerait, malheureusement, que les mains dans lesquelles se trouve désormais le prêt, continuent à ne pas vous laisser le choix.

Commission d'Enquête Demandée par le Parti Socialiste en 2014

Le député socialiste Razzy Hammadi a demandé mardi une commission d'enquête parlementaire après la révélation de prêts d'origine russe au Front National et au micro-parti de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen voyant dans cette demande de la "diffamation par insinuation". Observant qu'"on parle désormais de prêts qui passent par la Suisse, de millions d'euros qui transitent au gré de voyages de courtoisie", cet élu de Seine-Saint-Denis a déclaré à l'AFP que "les conditions de ces prêts, ainsi que l'origine exclusivement russe des fonds, posent une question majeure dont le Parlement doit se saisir".

M. Hammadi a aussi demandé que les documents sur "ces prêts sans précédent, tant pour leur provenance que pour leur montant, soient désormais rendus publics". Selon le code électoral, aucun candidat lors d'une campagne "ne peut recevoir, directement ou indirectement, pour quelque dépense que ce soit, des contributions ou aides matérielles d'un Etat étranger ou d'une personne morale de droit étranger", a rappelé M. Hammadi il y a une semaine.

Pour la fille de Jean-Marine Le Pen, "à force d'être dans un parti de corrompus, (M. Hammadi) projette cette suspicion sur les autres". "Le prêt est parfaitement légal, nous ne nous sentons tenus à rien à l'égard de cette banque" russe, a-t-elle martelé.

Marine Le Pen

Tableau Récapitulatif des Allégations et Réactions

Parti Politique Allégations de Financement Russe Réaction
Rassemblement National (RN) Prêts de banques russes, liens historiques avec l'État russe Réfutation des accusations, demande d'enquête sur les liens entre la majorité et d'autres pays
La France Insoumise (LFI) Complaisance envers Vladimir Poutine, relais de la communication gouvernementale russe Dénégation des liens avec Poutine, reconnaissance d'un climat de violence à Moscou

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