Financement Russe du Rassemblement National : Enquête et Implications

Le Rassemblement National (RN) se retrouve une fois de plus au centre d'une controverse concernant ses liens financiers avec la Russie. Des accusations d'ingérence et de financement occulte ont refait surface, suscitant des enquêtes et des débats passionnés sur l'influence russe au sein du parti.

Logo du Rassemblement National

Les Accusations et les Enquêtes

Le Rassemblement national a dénoncé ce mardi 2 janvier "une cabale" après l'enquête du Washington Post l'accusant de liens persistants avec Moscou en vue d'affaiblir le soutien à l'Ukraine. Accusé depuis des années de servir la propagande du régime russe, le RN est de nouveau rattrapé par ses liens présumés avec Moscou. La polémique vient cette fois-ci d'outre-Atlantique : dans une enquête publiée samedi 30 décembre, le Washington Post accuse le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella de jouer un rôle décisif dans la stratégie orchestrée par l'entourage de Vladimir Poutine pour déstabiliser l'Europe et "saper le soutien à l'Ukraine".

Une vaste entreprise de subversion combinant des réseaux sociaux - orientés à l'aide de "fermes à trolls" - et la coopération de partis d'extrême droite, selon le quotidien américain qui s'appuie notamment sur des "documents du Kremlin obtenus par un service de sécurité européen". La journaliste à l'origine de l'article, Catherine Belton, est une spécialiste du pouvoir russe. Elle a notamment publié le livre Les Hommes de Poutine : comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest, publié en 2022.

La Stratégie Russe

Cette stratégie cible particulièrement la France, identifiée en 2022 par Moscou comme "vulnérable à l'agitation politique", bien que le pouvoir russe s'intéresse aussi de près à l'Allemagne et l'Italie. A terme, "tous les gouvernements d'Europe occidentale seront changés", assure Jean-Luc Schaffhauser, ancien député européen sous la bannière du Front puis du Rassemblement national, cité dans le journal.

Ce personnage clé du parti de Marine Le Pen, qui avait négocié pour son parti le prêt obtenu en 2014 auprès d'une banque tchéco-russe, est mis en cause par le Washington Post, qui fait état de son lien avec un représentant du Kremlin dans l'Hexagone. D'après le quotidien, Jean-Luc Schaffhauser "loue un étage de sa résidence" à Strasbourg au numéro deux de l'ambassade de Russie en France, Ilya Subbotin, qui siégeait au Conseil de l'Europe jusqu'à son exclusion en mars 2022. Un simple "arrangement commercial" par l'intermédiaire d'une agence, tempère l'ancien eurodéputé.

Lire aussi: Participez au Projet Odyssée

Les Prêts Russes et l'Alignement Politique

Il est avéré que le RN a bénéficié de deux prêts russes en 2014 (9 millions d’euros pour le parti et 2 millions pour le microparti de Jean-Marie Le Pen). Or ces financements se sont accompagnés d’un alignement du parti sur les positions du Kremlin, avant et après l’obtention des prêts. Dans le contexte de l’annexion de la Crimée, y a-t-il eu des contreparties politiques au financement par une banque russe du parti de Marine Le Pen ?

En novembre 2014, Mediapart révèle l’obtention par le FN, deux mois plus tôt, d’un prêt de 9 millions d’euros provenant de la banque First Czech Russian Bank. Marine Le Pen signe la résolution validant le principe du prêt le 10 juin, le bureau exécutif du parti lui emboîte le pas le 29 août, et le 11 septembre 2014, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, se rend à Moscou pour signer le contrat. C’est Jean-Luc Schaffhauser qui a fait le « go-between » en Russie pour acter le principe du prêt au Front National.

En février 2014, il a présenté Marine Le Pen au sénateur russe Alexandre Babakov, député du parti présidentiel Russie Unie et conseiller du président Poutine chargé des relations avec les organisations russes à l’étranger. Elle explique à l’Obs : « Notre parti a demandé des prêts à toutes les banques françaises, mais aucune n’a accepté. Nous avons donc sollicité plusieurs établissements à l’étranger, aux États-Unis, en Espagne et, oui, en Russie ».

Mediapart révèle que la banque, fondée en 1996, a été reprise par Roman Popov, un banquier russe bien introduit auprès du Kremlin et déjà photographié aux côtés de Dmitri Medvedev, ancien premier ministre. Popov est aussi un ancien cadre financier de la firme Stroytransgaz, entreprise de construction de gazoducs dont le principal client est…le mastodonte Gazprom, dont les liens avec le pouvoir russe ont été documentés.

Le 17 mars 2014, Marine Le Pen a en effet reconnu les résultats du référendum sur le statut politique de la Crimée, une position alignée sur la doctrine officielle du Kremlin. Le même jour, Timur Prokopenko échange par texto avec l’un de ses proches, et se félicite du positionnement de Marine Le Pen : « il faudra d’une manière ou d’une autre remercier les français…c’est important », écrit-il.

Lire aussi: Guide Crowdfunding SAS

Une commission d’enquête parlementaire est ouverte en France à l’automne 2015. Les financements du RN interrogent certains parlementaires qui s’inquiètent des risques d’influence directe d’un État étranger sur un parti politique de premier plan, a fortiori lorsque ce dernier se refuse à rendre public les contrats de prêt.

En mars 2015, la créance du RN est rachetée par la société Conti pour 9,4 millions d’euros, via un contrat de cession. Conti est une société russe installée en périphérie de Moscou, qui déclare comme principale activité la location de voitures, ce qui place le parti dans une situation très exotique.

En juillet 2016, la First Czech Russian Bank fait faillite et est liquidée. L’agence d’assurance des dépôts bancaires russes (ASV) pointe chez elle des irrégularités majeures, des placements désastreux et un niveau insuffisant d’actifs pour perdurer. L’un de ses ex-dirigeants de la banque, Dmitri Merkoulov, est placé en détention. Ce n’est pas encore le cas du directeur, Roman Popov, l’homme qui avait validé le prêt en 2014.

Le soupçon est d’autant plus fort que l’on apprend ensuite que la First Czech Russian Bank n’est pas la seule banque au profil sulfureux à avoir accordé un prêt au Rassemblement National : c’est aussi le cas de la Strategy Bank et de la NKB Bank, deux banques russes au profil très douteux, en 2016.

Il s’agissait que cette dernière en fasse des communiqués de presse transmis à des agences comme Reuters. Ces éléments de langage provenant du pouvoir russe ont également été repris par Schaffhauser au cours de son mandat au Parlement européen.

Lire aussi: Transparence financière des campagnes en France

Mais revenons à la créance de 9,4 millions d’euros récupérée à la First Czech Russian Bank par la société de location de voitures Conti. On apprend qu’elle est ensuite transférée à une société aéronautique russe, active en Syrie, et dirigée par d’anciens militaires proches des services secrets russes : la société Aviazapchast.

En décembre 2019, le dernier créancier connu du prêt au RN, Aviazpchast, dépose plainte devant la justice russe pour « récupération de crédit impayé ».

Les investigations journalistiques ont aussi révélé la concomitance entre l’obtention du prêt et le rapprochement des positions du RN sur la doctrine du Kremlin, concernant la Crimée.

Marine Le Pen : une femme sous influence russe ? • FRANCE 24

La Défense du Rassemblement National

« Si cela m'avait engagée à quoi que ce soit, je n'aurais pas signé. » Telle fut la ligne de Marine Le Pen durant les quatre heures qu'aura duré son audition devant la commission d'enquête parlementaire relative aux ingérences étrangères dans la politique française, mercredi 24 mai dans l'après-midi.

Quant à la chef de file nationaliste, celle-ci n'a pas varié d'un iota du début à la fin de son audition : « Ce prêt a été vérifié et survérifié par absolument tout le monde. « J'ai signé avec une banque, pas avec Poutine », s'est empressée d'asséner Le Pen, expliquant avoir été « forcée de chercher un prêt en 2014 hors des frontières de l’Union européenne » après le refus de 200 banques françaises de prêter ses deniers à ce qui était encore le Front national.

Marine Le Pen rappelle, à raison : « Mes positions n’ont jamais varié, ni avant ni après le prêt, ni avant ni après l'annexion de la Crimée. J’ai toujours dit la même chose : la Crimée a été russe pendant deux siècles, ukrainienne pendant 60 ans, donnée par un dictateur par ailleurs. […] Défenseur absolue du référendum, j’estimais que les habitants de la Crimée s’étaient exprimés par un vote pour le rattachement à la Russie.

Marine Le Pen dit d'abord avoir eu le choix, à l'époque, entre trois établissements bancaires seulement : un Chinois, un Iranien et un Tchéco-russe. « Il m'était apparu que la République tchèque étant en Europe et la Russie étant membre du Conseil de l'Europe [jusqu'à son exclusion en 2022 après l'invasion de l'Ukraine] il s'agissait du meilleur choix », a-t-elle expliqué aux députés. Elle s'est ensuite défendue d'avoir eu connaissance des liens entre la FCRB et Vladimir Poutine.

Auditionnée par la commission d'enquête sur les ingérences étrangères, Marine Le Pen a notamment démenti toute contrepartie au prêt obtenu en 2014 par le Front national auprès d'une banque tchéco-russe, alors qu'aucun établissement européen ne voulait financer son parti.

Aux députés, Marine Le Pen l'a affirmé : jamais l'octroi de ce prêt n'a eu une quelconque influence sur ses opinions géopolitiques, "ni avant ni après l'annexion de la Crimée". "Il n'y a rien de plus infamant pour une patriote que de se voir suspectée d'être influencée par une Nation étrangère", a-t-elle martelé.

Jugeant sans fondement les soupçons et accusations la visant elle et le Rassemblement national, la présidente du groupe RN de l'Assemblée s'est plusieurs fois dite victime depuis quelques annés d'une "campagne de diffamation", s'en prenant tout particulièrement à Emmanuel Macron.

En annonçant avoir remboursé le prêt russe en avance, le RN tente de se poser en bon gestionnaire et de se débarrasser de son principal boulet politique. Dans l’affaire de son prêt russe, Marine Le Pen prétend avoir signé « avec une banque, pas avec Poutine ».

Remboursement du Prêt et Perspectives d'Avenir

Le Rassemblement national avait emprunté 9,4 millions d’euros en 2014. Le Rassemblement national avait jusqu’au mois de septembre pour rembourser l’emprunt russe de 9,4 millions d’euros décroché en 2014. Selon nos informations, le créancier a saisi la justice pour obtenir le remboursement.

Neuf ans après avoir contracté un prêt de 9,4 millions d'euros auprès d'une banque tchéco-russe, le Rassemblement national a affirmé mardi avoir "remboursé par anticipation son emprunt". Le parti a soldé l'intégralité de son emprunt, soit 6 088 784 euros.

« C'est un soulagement pour Jordan Bardella, qui va partir en campagne en étant dégagé de ça », assure le député RN Kévin Pfeffer, par ailleurs trésorier du parti. En remboursant ce prêt, la tête de liste du RN pour les élections européennes entend écarter les soupçons d'alignement sur le « discours russe ».

Selon le trésorier du parti d'extrême droite, la hausse du financement public a permis au RN de réaliser une telle opération. « Avant 2022, notre financement public était de 5,2 millions d'euros par an. Aujourd'hui, il est de 10,2 millions chaque année. Nous utilisons le surplus de 5 millions d'euros par an pour rembourser nos dettes », précise Kévin Pfeffer.

Les législatives de 2022 avaient permis de changer la donne : en faisant élire 88 députés, le RN a renfloué ses caisses d'environ 5,2 millions d'euros par an, au titre du financement public des partis politiques.

Le défi reste cependant de trouver une banque française qui acceptera de financer la prochaine campagne européenne du Rassemblement national.

Tableau Récapitulatif des Prêts Russes du RN

Année Montant du Prêt Banque Statut Actuel
2014 9 millions d'euros First Czech Russian Bank Remboursé
2014 2 millions d'euros First Czech Russian Bank Remboursé
Marine Le Pen et Vladimir Poutine

balises: #Financ

Articles populaires: