Fiscalité Airbnb : Tout savoir sur les nouvelles rÚgles

Lorsqu’un particulier tire des revenus d’une location meublĂ©e d’un bien immobilier sur une plateforme en ligne comme Airbnb, ceux-ci sont imposables Ă  l’impĂŽt sur le revenu dans la catĂ©gorie des bĂ©nĂ©fices industriels et commerciaux.

Depuis plusieurs annĂ©es, la crise du logement pousse de nombreuses voix Ă  rĂ©clamer une rĂ©forme de la fiscalitĂ© des locations meublĂ©es de courte durĂ©e. Le feuilleton de la fiscalitĂ© des locations meublĂ©es vient de connaĂźtre un nouvel Ă©pisode avec l’invalidation, par le Conseil d’État, de la doctrine fiscale proposant de ne pas tenir compte des mesures lĂ©gislatives adoptĂ©es dans la loi de finances pour 2024.

Le paysage fiscal des locations touristiques de courte durĂ©e Ă©volue considĂ©rablement Ă  partir du 1er janvier 2025. Les revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par les plateformes comme Airbnb, Booking, ou Abritel seront soumis Ă  une fiscalitĂ© plus stricte. Cette rĂ©forme affecte notamment les abattements forfaitaires et les seuils d’éligibilitĂ©, selon que votre bien est classĂ© ou non en meublĂ© de tourisme.

Location saisonniÚre : Comment déclarer vos revenus Airbnb ?

Les régimes d'imposition

Au regard de l’impĂŽt sur le revenu, les revenus issus des locations de locaux meublĂ©s constituent des bĂ©nĂ©fices industriels et commerciaux (BIC). Leur taxation relĂšve du rĂ©gime rĂ©el d’imposition qui tient compte des frais rĂ©els, ou du micro-BIC, un rĂ©gime d’imposition simplifiĂ© qui permet d’appliquer un forfait reprĂ©sentatif des frais et charges.

Le régime micro-BIC

PrĂ©vu par l’article 50-0 du Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts (CGI), le rĂ©gime micro-BIC est rĂ©servĂ© aux entreprises dont le chiffre d’affaires est infĂ©rieur Ă  certains plafonds, qui varient selon la nature de l’activitĂ© de location.

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Pour la location de locaux classĂ©s meublĂ©s de tourisme et de chambres d’hĂŽtes, il s’appliquait dans la limite de 188 700 euros de chiffre d’affaires. Il prĂ©voyait un abattement forfaitaire reprĂ©sentatif de charges de 71 % du chiffre d’affaires hors taxes. Ce rĂ©gime a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© par ses dĂ©tracteurs comme la niche fiscale Airbnb.

Pour la location de logements meublĂ©s et de locaux de tourisme non classĂ©s, il s’appliquait dans la limite de 77 700 euros de chiffre d’affaires. Il prĂ©voyait un abattement forfaitaire de 50 %.

Infographie sur les taux d'abattement fiscal des locations meublées en 2025

Le régime réel

Les bailleurs peuvent opter pour le rĂ©gime rĂ©el d’imposition quel que soit le montant du chiffre d’affaires rĂ©alisĂ©. A la diffĂ©rence du rĂ©gime micro-BIC, le rĂ©gime du rĂ©el permet au contribuable de dĂ©duire les charges pour leur montant rĂ©el du rĂ©sultat imposable. Si le contribuable est au rĂ©gime rĂ©el, il n’y a pas d’abattement automatique.

Le contribuable est Ă©galement soumis au rĂ©gime du rĂ©el si le montant des recettes est supĂ©rieur Ă  15.000 euros par an pour les locations de meublĂ©s de tourisme non-classĂ©s. Le contribuable est imposĂ© au barĂšme progressif de l’impĂŽt sur le revenu. S’il est LMP, il sera soumis aux cotisations sociales des indĂ©pendants.

Déclaration des revenus

Les rÚgles ci-dessous concernent la déclaration des revenus 2022 (déposée au printemps 2023).

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  • Au rĂ©gime micro-BIC, il convient de reporter le montant des loyers bruts dans la dĂ©claration n°2042 C Pro en case 5 KP (page 3) si le contribuable est LMP. Si le contribuable est LMNP, les loyers bruts doivent ĂȘtre reportĂ©s en case 5 ND en page 5 de la dĂ©claration n°2042 C Pro.
  • Si le contribuable est au rĂ©gime rĂ©el, il doit dĂ©poser une dĂ©claration de rĂ©sultats n°2031 SD, et reporter le montant des loyers en case 5 KC ou 5 KI de la dĂ©claration n°2042 C Pro s’il est LMP, ou en case 5 NA ou 5 NK s’il est LMNP.

Les changements apportés par la loi de finances pour 2024

Si le gouvernement avait inscrit quelques mesures relatives à la fiscalité locative dans le texte initial du projet de loi de finances pour 2024, il était resté muet sur le régime fiscal de la location meublée de courte durée, tant critiqué.

Un amendement introduit par les dĂ©putĂ©s en premiĂšre lecture a prĂ©vu une rĂ©forme minimale, en alignant le rĂ©gime fiscal des locaux meublĂ©s de tourisme sur celui des autres locations de meublĂ©s : le plafond de recettes de 188 700 euros Ă©tait abaissĂ© Ă  77 700 euros et l’abattement Ă©tait abaissĂ© de 71 % Ă  50 %.

Un abattement supplĂ©mentaire de 21 % Ă©tait prĂ©vu pour les locations de locaux classĂ©s meublĂ©s de tourisme en zone rurale, sous rĂ©serve que le chiffre d’affaires ne dĂ©passe pas 50 000 euros.

Jugeant cette mesure insuffisante, les sénateurs ont modifié le texte du projet de loi en premiÚre lecture. Leur mouture consistait à supprimer la niche fiscale Airbnb avec un plafond de recettes du micro-BIC unique à tous les locaux meublés de tourisme à 15 000 euros et un abattement pour frais et charges à 30 %.

L’abattement supplĂ©mentaire de 21 % dans les zones peu denses Ă©tait maintenu. En seconde lecture Ă  l’AssemblĂ©e nationale, le gouvernement a cru pouvoir modifier la version transmise par le SĂ©nat et revenir Ă  sa mouture, Ă  savoir le plafond du micro-BIC Ă  77 700 euros et l’abattement Ă  50 %.

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Le 21 dĂ©cembre 2024, le projet de loi de finances pour 2024 a Ă©tĂ© adoptĂ© par l’AssemblĂ©e nationale en seconde lecture aprĂšs que le gouvernement a engagĂ© sa responsabilitĂ© sur le fondement de l’article 49-3 de la Constitution, lui permettant de faire passer ses derniĂšres modifications sans discussion, ni en commission, ni en sĂ©ance publique.

Pourtant, le texte adoptĂ© n’est pas conforme Ă  l’intention du gouvernement, loin de lĂ . Selon une « erreur matĂ©rielle » comme Ă©voquĂ© par le gouvernement, le texte final retient un micro-BIC Ă  tous les meublĂ©s de tourisme revu Ă  la baisse avec un plafond de recettes Ă  15 000 euros et abattement Ă  30 %, auquel s’ajoute Ă©ventuellement un abattement supplĂ©mentaire de 21 % si l’ensemble de ses recettes ne dĂ©passent pas 15 000 euros pour les meublĂ©s de tourisme classĂ©s hors zone tendue.

Conscient de sa bourde, le gouvernement a rĂ©agi le 20 dĂ©cembre 2023 par la voix de son ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des Comptes publics, Thomas Cazeneuve, assurant que « rien ne changera dans l’immĂ©diat ».

Cet engagement a Ă©tĂ© suivi de la publication le 14 fĂ©vrier 2024 au BOFiP d’une actualitĂ© destinĂ©e Ă  geler la mesure adoptĂ©e et Ă  rĂ©introduire les conditions fiscales avantageuses pour la location meublĂ©e de courte durĂ©e.

L’administration fiscale indiquait : « Les dispositions de [l’article 45 de la loi de finances pour 2024] sont rĂ©putĂ©es s’appliquer aux revenus de l’annĂ©e 2023, y compris lorsqu’elles ont pour effet de faire basculer des contribuables du rĂ©gime des microentreprises vers un rĂ©gime rĂ©el d’imposition du fait de la baisse du seuil de chiffre d’affaires d’application du rĂ©gime des microentreprises. Cette modification impose aux contribuables concernĂ©s de reconstituer a posteriori une comptabilitĂ© commerciale pour l’annĂ©e 2023.

Les contribuables peuvent donc appliquer, dĂšs l’imposition des revenus de l’annĂ©e 2023, les modifications issues de l’article 45 de la loi n° 2023-1322 du 29 dĂ©cembre 2023 de finances pour 2024. Toutefois, afin de limiter les consĂ©quences d’une application rĂ©troactive de cette mesure Ă  des opĂ©rations dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©es, il est admis que les contribuables puissent continuer Ă  appliquer aux revenus de 2023 les dispositions de l’article 50-0 du CGI, dans leur version antĂ©rieure Ă  la publication de la loi n° 2023-1322 du 29 dĂ©cembre 2023 de finances pour 2024 » (BOI-BIC-CHAMP-40-20, paragraphe 55).

Contestant cette rĂ©introduction par voie d’instruction fiscale du rĂ©gime fiscal favorable, source de concurrence, plusieurs acteurs de l’hĂŽtellerie ont portĂ© l’affaire en justice au cĂŽtĂ© de deux sĂ©nateurs, Ian Brossat (PCF) et Max Brisson (Les RĂ©publicains).

Un rĂ©fĂ©rĂ© avait Ă©tĂ© dĂ©posĂ© le 14 mars 2023, jour de la publication des commentaires administratifs, par ces trois associations professionnelles et les sĂ©nateurs. Le 18 mars 2024, la haute juridiction administrative avait rejetĂ© leurs requĂȘtes : « DĂšs lors que les recours pour excĂšs de pouvoir introduits par les requĂ©rants seront appelĂ©s Ă  une audience dans les prochaines semaines (
) et qu’il n’apparaĂźt pas, au vu des Ă©lĂ©ments apportĂ©s par les requĂ©rants, que la mise en Ɠuvre de la mesure contestĂ©e caractĂ©riserait une situation d’urgence telle qu’elle justifie la suspension de son exĂ©cution sans attendre le jugement au fond » (CE, Juge des rĂ©fĂ©rĂ©s, 18 mars 2024, n° 492386).

DĂ©cision du Conseil d'État

Tout d’abord, le Conseil d’État juge recevable le recours contre le commentaire administratif. « Cette interprĂ©tation Ă©manant des services chargĂ©s d’établir l’assiette de l’imposition, qui ne se borne pas Ă  renvoyer sans s’y substituer aux commentaires de la loi fiscale publiĂ©s sous la rĂ©fĂ©rence BOI-BIC-CHAMP-40-20, est susceptible de produire des effets notables sur la situation des personnes qui, ayant rĂ©alisĂ© au titre de l’annĂ©e 2023 des activitĂ©s entrant dans le champ d’application de l’article 50-0 du Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts, pourraient faire le choix de ne pas appliquer, pour la dĂ©claration desdits revenus, les dispositions en vigueur depuis le 31 dĂ©cembre 2023 ».

Ensuite, le Conseil d’État Ă©carte le moyen relatif Ă  une prĂ©tendue restriction du champ d’application de la loi : « Les Ă©nonciations du deuxiĂšme alinĂ©a du paragraphe 1 de l’actualitĂ© attaquĂ©e qui, introduites par l’adverbe “notamment”, se bornent Ă  commenter les incidences de l’article 45 de la loi de finances pour 2024 sur le rĂ©gime fiscal applicable aux activitĂ©s de location de locaux meublĂ©s de tourisme non classĂ©s, ne comportent aucun commentaire relatif Ă  l’application de ces dispositions aux locaux meublĂ©s de tourisme classĂ©s.

En revanche, il considĂšre que la tolĂ©rance administrative ajoute effectivement Ă  la loi et que l’administration n’en a pas la compĂ©tence : « En indiquant, au sixiĂšme et dernier alinĂ©a du paragraphe 1/ de l’actualitĂ© attaquĂ©e, les bĂ©nĂ©ficiaires de revenus entrant dans le champ de ces dispositions, ont la possibilitĂ© d’appliquer, pour la dĂ©termination de leurs bases d’imposition au titre de 2023, les dispositions de l’article 50-0 du Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts dans une rĂ©daction qui n’était plus applicable auxdits revenus, par l’effet de la modification lĂ©gislative mentionnĂ©e au point 7, l’administration a incompĂ©temment ajoutĂ© Ă  la loi.

La tolĂ©rance administrative ainsi annulĂ©e, l’application littĂ©rale des dispositions de l’article 50-0 du CGI telles que votĂ©es dans la loi de finances pour 2024 est dĂ©sormais incontournable. En principe, ce traitement plus sĂ©vĂšre s’applique aux revenus 2023 qui ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s au printemps dernier. Toutefois, l’arrĂȘt du Conseil d’État est intervenu aprĂšs la campagne dĂ©clarative et il ne revĂȘt pas de caractĂšre rĂ©troactif.

Autrement dit les contribuables vont bĂ©nĂ©ficier des anciennes rĂšgles pour leurs revenus perçus en 2023. Pour la suite, la correction de la loi de finances devait s’inscrire dans la proposition de loi RemĂ©dier aux dĂ©sĂ©quilibres du marchĂ© locatif en zone tendue, sur laquelle le gouvernement avait engagĂ© la procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e en novembre dernier.

L’adoption de ce texte a Ă©tĂ© stoppĂ©e par la dissolution de l’AssemblĂ©e nationale aprĂšs son passage en commission mixte paritaire en mai 2024. Il a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© en seconde lecture devant la nouvelle chambre le mardi 23 juillet 2024. Nous les savions dans le viseur depuis un bout de temps.

Nouvelles mesures Ă  partir de 2025

La loi du 19 novembre 2024 visant Ă  renforcer les outils de rĂ©gulation des meublĂ©s de tourisme Ă  l’échelle locale a Ă©tĂ© publiĂ©e au Journal officiel du 20 novembre 2024. Service-Public.fr dĂ©taille les principales mesures.

Schéma récapitulatif des changements pour les locations meublées

Déclaration obligatoire de résidence principale

Au plus tard le 20 mai 2026, toutes les locations de meublĂ©s touristiques devront faire l’objet d’une dĂ©claration (enregistrement auprĂšs d’un tĂ©lĂ©service national dĂ©diĂ©). Le loueur devra apporter la preuve que le logement proposĂ© Ă  la location est bien sa rĂ©sidence principale, en fournissant son avis d’imposition Ă©tabli Ă  son nom avec l’adresse du meublĂ© de tourisme. C'est ce qu'indique la loi du 19 novembre 2024 visant Ă  renforcer les outils de rĂ©gulation des meublĂ©s de tourisme Ă  l'Ă©chelle locale.

Nouveaux taux de l’abattement fiscal

Ce sont les suivants :

  • 50 % pour les biens classĂ©s et les chambres d'hĂŽtes (avec un plafond de 77 700 € de revenus locatifs annuels) ;
  • 30 % pour les biens non classĂ©s (avec un plafond de 15 000 € de revenus locatifs annuels).

Ces nouveaux taux s'appliqueront aux revenus locatifs perçus à partir du 1er janvier 2025.

Diagnostic de performance énergétique (DPE)

Il sera obligatoire pour tous les logements proposĂ©s nouvellement Ă  la location en meublĂ© de tourisme et soumis Ă  autorisation de changement d'usage. En France mĂ©tropolitaine, ces logements devront attester d’un DPE classĂ© :

  • entre les classes A et E du 21 novembre 2024 au 31 dĂ©cembre 2033 ;
  • entre les classes A et D Ă  compter du 1er janvier 2034 (la mĂȘme rĂšgle s’appliquera Ă  cette date aux logements louĂ©s Ă  titre de rĂ©sidence principale).

À partir du 1er janvier 2034, le maire pourra demander au propriĂ©taire de fournir le DPE valide de son meublĂ© de tourisme. L'absence de transmission du DPE est passible d'une astreinte administrative de 100 € par jour. Le propriĂ©taire qui louerait son meublĂ© de tourisme en violation des rĂšgles relatives au DPE encourra est une amende administrative de 5 000 € maximum.

Des pouvoirs élargis pour les maires

Les communes pourront dĂ©finir des quotas d’autorisations de meublĂ©s de tourisme et ainsi rĂ©server des secteurs dans leur plan local d’urbanisme (PLU) pour les constructions de rĂ©sidences principales afin de mieux rĂ©guler les locations touristiques.

À partir de 2025, les communes pourront limiter Ă  90 jours par an la durĂ©e maximum pendant laquelle les rĂ©sidences principales peuvent ĂȘtre louĂ©es Ă  des touristes (au lieu de 120 jours aujourd'hui). Une amende civile de 15 000 € pourra ĂȘtre appliquĂ©e en cas de dĂ©passement du nombre de jours de location autorisĂ© sur la commune.

D’autre part, les maires pourront prononcer 2 nouvelles amendes administratives de :

  • 10 000 € maximum en cas de dĂ©faut d'enregistrement d'un meublĂ© de tourisme ;
  • 20 000 € maximum en cas de fausse dĂ©claration ou d’utilisation d’un faux numĂ©ro d’enregistrement.

De plus, les communes dotĂ©es d'un rĂšglement de changement d’usage pourront Ă©tendre ce rĂšglement Ă  tous les locaux qui ne sont pas Ă  usage d’habitation.

Modification du rÚglement de copropriété

À partir de 2025, tout copropriĂ©taire se dĂ©clarant en mairie comme loueur de meublĂ©s de tourisme devra en informer le syndic. Les nouveaux rĂšglements de copropriĂ©tĂ© pourront interdire ou non les meublĂ©s de tourisme.

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