Genre et Entrepreneuriat : Études et Statistiques Révélatrices

« Les femmes osent de plus en plus entreprendre, et c’est le rôle de Bpifrance, la banque de tous les entrepreneurs, de favoriser la mixité pour que tous les talents soient valorisés et soutenus. » Cette citation de Marie-Adeline Peix, directrice exécutive des partenariats, de la création et de l’action territoriale chez Bpifrance, souligne l'évolution rapide de la place des femmes dans l'entrepreneuriat.

Si des freins spécifiques persistent, les chiffres montrent une dynamique positive. En effet, selon la 4e édition de l’indice entrepreneurial français réalisée par OpinionWay, 48 % des Françaises souhaitent entreprendre en 2024, un chiffre supérieur à celui des hommes (40 %).

L’édition 2021 de l’Indice entrepreneurial français (IEF) montre que le clivage entre hommes et femmes tient davantage à une question d’état d’esprit et de sensibilisation que de compétences. Elle permet ainsi d’être optimiste quant au resserrement des écarts hommes/femmes en matière d’entrepreneuriat dans les années à venir, reflet d’une dynamique portée notamment par des entrepreneures jeunes et conscientes des problématiques sociales.

« L’excellente nouvelle de cette édition 2021 de l’IEF est l’implication croissante des Françaises dans l’entrepreneuriat (+ 3 points par rapport à l’édition 2018), et encore plus des femmes des Quartiers prioritaires de la politique de la ville où la progression de l’indice est de + 5 points en l’espace de 3 ans à peine » indique Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation, des études et de la prospective à Bpifrance.

La représentation des femmes dans la chaîne entrepreneuriale a progressé de deux points entre 2021 et 2023, et l’écart entre les deux genres continue de se réduire, même si elles restent encore sous-représentées par rapport aux hommes. En effet, parmi les femmes interrogées, 28% déclarent être porteuses d’un projet, (ex-)dirigeantes d’entreprises, ou ayant l’intention d’en créer ou reprendre une, cette proportion s’élevant à 37% chez les hommes.

Lire aussi: Stratégies pour les femmes entrepreneures

La part des créations d’entreprise portées par les femmes fait écho à leur représentativité dans la chaîne entrepreneuriale. Entre 2018 et 2022 cette part progresse de deux points pour atteindre 39 % des créations d’entreprises. Parmi les entreprises en activité, 40% des entreprises individuelles sont dirigées par une femme, et au sein du programme French Tech 2030, 30% des CEO ou (co-)fondatrices sont des femmes.

En 2024, 33,1% des créations d’entreprises sont portées par des femmes. Si ce chiffre témoigne d’une progression constante depuis plusieurs années, il souligne également le chemin restant à parcourir vers la parité.

En 2024, l’âge moyen des femmes créant une entreprise s’établit à 41,1 ans, contre 40,4 ans pour les hommes.

L’entrepreneuriat féminin en 2024 révèle ainsi un tableau contrasté : des progrès indéniables mais un potentiel encore largement inexploité.

Les défis persistants

À travers la question des freins spécifiques à l’entrepreneuriat féminin, se dessine en creux celle du poids des stéréotypes de genre. Ces derniers pèsent en effet encore lourd sur les levées de fond et la confiance des investisseurs ou partenaires potentiels, conduisant à une sous-estimation des projets portés par des femmes. Les entrepreneures font ainsi encore trop souvent face à un entre-soi qui favorisent les projets portés par des hommes.

Lire aussi: Participer aux concours d'entrepreneuriat social

Résultat : l’accès au financement est plus complexe et se ressent dans les données chiffrées. Si 33,5 % des entreprises créées en 2023 l’ont été par des femmes, celles-ci ne représentent que 11 % des montants collectés en 2022. La question des secteurs pèse également dans les représentations alors que certains comme la Tech, les sciences et l’industrie seraient davantage perçus comme des secteurs masculins, à l’inverse de la culture, de l’éducation ou encore de la santé.

Enfin, la prise en compte des enjeux personnels comme la vie de famille ou la peur du manque de soutien de l’entourage renforce ces difficultés. La conjonction de ces facteurs participe ainsi d’un climat plus hostile aux femmes portant des projets entrepreneuriaux.

Les réponses à l’enquête traduisent un problème de confiance bien étayé en littérature économique - qui pourrait s’apparenter au « syndrome de l’imposteur » - lorsque les femmes s’auto-évaluent : seules 5 femmes sur 10 affirment posséder les compétences pour entreprendre comme décider, négocier, ou présenter des résultats.

Les femmes sont par ailleurs deux fois plus sensibles au risque d’échec (18 % contre 10 % chez les hommes). Elles témoignent également d’une plus faible pratique entrepreneuriale que les hommes : 4 sur 10 déclarent avoir eu une expérience du monde des affaires, de la création ou de la gestion d'entreprise, alors que cette proportion est de 1 sur 2 pour les hommes.

De manière générale, les femmes souffrent d’une exposition entrepreneuriale plus faible que les hommes : si les femmes de la chaîne sont aussi nombreuses que les hommes à côtoyer des entrepreneurs dans leur cercle familial ou amical, l’écart se creuse nettement sur le sujet de la sensibilisation à la création/reprise d’entreprise au cours de leur cursus scolaire ou professionnel ; 25 % se disent sensibilisées contre 31 % des hommes.

Lire aussi: Entrepreneuriat et Management de Projets : Perspectives d'emploi

L’Indice entrepreneurial français cherche à mesurer la sensibilisation à la création-reprise d’entreprise, et de fait la proximité des individus avec le monde entrepreneurial (par exemple par une expérience de chef d’entreprise ou la présence d’un porteur de projet dans son entourage) : 3 hommes interrogés sur 10 ont une exposition entrepreneuriale élevée, tandis que seulement 2 femmes sur 10 le sont. Par conséquent, elles sont moins enclines à créer et devenir cheffes d’entreprises que les hommes.

Les femmes témoignent également d’une pratique entrepreneuriale moindre : 1 femme sur 3 déclare avoir eu une expérience du monde des affaires, de la création ou de la gestion d'entreprise, alors que cette part est de 54 % chez les hommes.

Dans le contexte de la crise sanitaire et des bouleversements professionnels qui en ont découlé, hommes et femmes ont réagi différemment : là où les femmes ont eu tendance à se mettre à la recherche d’un nouvel emploi, les hommes déclarent avoir plutôt envisagé de travailler à leur compte. À noter toutefois que les activités des entrepreneures s’inscrivent davantage dans la durée : seule 1 femme sur 10 a cédé ou fermé une entreprise, contre près de 2 hommes sur 10.

Les raisons du gender gap varient selon la place des femmes dans la chaîne entrepreneuriale. Avant toute chose, notons que le gender gap semble s’atténuer, voire disparaître, pour les chefs et cheffes d’entreprises en responsabilité : les difficultés principales qu’ils et elles rencontrent dans les deux premières années de l’activité sont les mêmes (un revenu insuffisant ou instable et des démarches administratives trop complexes) et la part de celles et ceux qui n’ont rencontré aucune difficulté ne varie pas de manière significative.

Alors que les femmes créent plus de micro-entreprises que les hommes, (67%) elles sont également moins nombreuses à les faire évoluer hors de ce statut. Si l’entrepreneuriat peut être un marchepied social, il ne peut gommer à lui seul certaines réalités. Quand on demande aux entrepreneur·e·s leur dernière activité exercée avant leur accompagnement par BGE, on constate la sur-représentation des hommes en tant que chefs d’entreprise de plus de 10 salariés (86% chez les hommes contre 14% chez les femmes), et celles des femmes en tant que parent au foyer (93% vs. Cela s’accompagne trop fréquemment d’immatriculations dans des secteurs souvent peu rémunérateurs ou saturés, comme ceux du soin à la personne et du bien-être ou du coaching.

Les personnes ayant déclaré avoir un chiffre d’affaires inférieur à 25 000 euros la première année sont majoritairement des femmes : 70% des femmes contre 52% des hommes.

Les femmes sont plus diplômées que les créateurs (figure 3).

Diplômes des créateurs d'entreprises

Si les femmes sont toujours sous-représentées parmi les chefs d’entreprise (anciens et actuels) et les porteurs de projet, cette situation ne s’explique pas par un manque d’appétence pour la création d’entreprise, puisque 50 % des intentionnistes sont des femmes.

Parmi les femmes en dehors de la chaîne entrepreneuriale, 31 % n’ont jamais songé à créer ou reprendre une entreprise, un comportement proche de celui des hommes (28 %).

Dans les QPV, 14 % des femmes seulement s’inscrivent dans une dynamique entrepreneuriale. Quant aux habitantes des QPV « hors chaîne entrepreneuriale », la moitié n’a jamais songé à entreprendre. Les difficultés d’ordre financier (revenu insuffisant ou trop instable pour 15 % d’entre elles, investissement financier trop important pour 19 %) sont les plus saillantes.

Les départements et territoires d’outre-mer se distinguent avec des taux de féminisation nettement supérieurs à la moyenne nationale. Cette sous-représentation francilienne est d’autant plus frappante que la région capitale concentre près de 30% des créations d’entreprises en France.

Le secteur de la construction affiche le taux de féminisation le plus faible avec seulement 10,5% de femmes entrepreneures. Avec 20,3% de femmes créatrices d’entreprises, le secteur de l’information et communication reste majoritairement masculin.

Motivations et valeurs

L’IEF montre que l’envie d’entreprendre des femmes est davantage guidée par des valeurs humaines et sociales : ce qui a motivé les femmes chefs d’entreprise à se lancer, c’est réaliser un rêve (26 % contre 17 % pour les hommes). À parité avec les hommes déjà entrepreneurs, elles veulent être leur propre patronne (24 %) ou exercer une activité en adéquation avec leurs valeurs (21 %).

Plus notable encore, pour les femmes entrepreneures, les enjeux financiers passent à l’arrière-plan : l’augmentation des revenus ou du capital, motivation principale chez les hommes (26 %), arrive seulement en quatrième position (18 %).

Les entrepreneures mettent l'innovation, l’environnement et la RSE au cœur de leur projet de développement entrepreneurial. L’innovation est la grande priorité des cheffes d’entreprises et des intentionnistes (3 sur 4). L’environnement compte aussi pour 72 % des intentionnistes et 66 % des cheffes d’entreprise.

Soutien et accompagnement

De nombreux réseaux d’entraide, d’accompagnement et de soutien émergent à destination des femmes entrepreneures, à l’image de Les Premières, Action’Elles, Femmes de Territoires ou encore Empow’Her. Néanmoins, la demande d’accompagnement reste forte chez les femmes et chez les hommes.

Ainsi, 2 porteurs de projet sur 10 et 4 chefs d’entreprise sur 10 ont été accompagnés, quel que soit leur genre. Mais c’est la nature du soutien qui diffère pour les porteurs de projets : ainsi, les femmes ont davantage recours à des communautés d’entrepreneurs (25 % des porteuses de projet), à leur entourage proche (23 %) ou encore à un acteur social de proximité (22 %).

Pour soutenir les femmes entrepreneurs, France Active a mis en place une garantie spécifique qui leur permet d’emprunter sans caution personnelle. Cette garantie est proposée dans le cadre d’un accompagnement plus large de l’entrepreneure.

France Active intervient comme co-financeur à hauteur de 70% des besoins aux côtés de la Banque des Territoires, la Région et le Département. L’entrepreneuriat féminin est une dynamique en plein développement, malgré des freins persistants. Avec des dispositifs de soutien comme ceux de France Active, de plus en plus de femmes osent franchir le cap et donner vie à leur projet.

Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation a déclaré « Les Femmes ont toute leur place dans l’entreprenariat. Elles n’ont pas moins d’idées, pas moins de talents mais peuvent connaitre plusieurs freins pour se lancer. C’est bien pour cela que l’Etat agit pour accompagner les femmes qui le souhaitent dans la création de leur entreprise jusqu’à la gestion quotidienne de leur activité en passant par des conseils en matière fiscale.

Les femmes entrepreneures sont de plus en plus nombreuses ; BGE - Réseau d’accompagnement à la création et au développement d’entreprises - le constate depuis plusieurs années au sein de son public. En 2024, parmi les personnes accompagnées par BGE, 56% étaient des femmes. Les femmes qui entreprennent le font majoritairement avec un niveau de diplômes supérieur à celui des hommes. A partir du niveau bac, on trouve plus de femmes qui entreprennent que d’hommes.

Exemples de réussites

Clémence Ducroquet-Talleu : une coopérative laitière en plein essor
Directrice de la Coopérative Fruitière Lait Prairies du Boulonnais, Clémence Ducroquet-Talleu a su rassembler sept exploitations pour mutualiser leurs ressources.

Sandra GRENTZINGER, directrice de la Marpa de la Doller
Située à Sentheim, bourg de 1600 habitants au cœur de l’Alsace, cette Maison d’accueil et de résidence pour l’autonomie (Marpa) accueille au maximum 25 résidents. Moyenne d’âge : 87 ans. Tous ont un appartement privatif (T1bis de 40 m2 pour les personnes seules et T2 de 50 m2 pour les couples), avec la possibilité de partager les repas ensemble et de profiter des espaces communs, ainsi que des moments convivialité et d’activité. L’objectif est que chacun puisse participer à la vie de la Maison. Ils peuvent ainsi donner leur avis sur le menu de la semaine ou le programme d’activités, donner un coup de main pour les préparations culinaires ou pour préparer la table… C’est une vraie maison de vie, où les capacités de chacun sont valorisées et le sentiment d’utilité dynamisé !

Natacha KANCEL, responsable projet de Drain’ailes
C’est à Sainte-Rose, au nord Basse-Terre en Guadeloupe, que Natacha Kancel a implanté son atelier chantier d’insertion Drain’ailes, dans une ville souvent citée malheureusement pour son chômage et son taux de délinquance. Sur cette exploitation, elle y emploie une douzaine de femmes en insertion, majoritairement des mères isolées, autour de trois activités : agroforesterie (cacao, vanille, café, …), agriculture biologique en permaculture (maraîchage, arbres fruitiers…) et agro-transformation (sauces, assaisonnements, jus…). Drain’ailes est la première association Guadeloupéenne a bénéficié d’un prêt à titre gratuit.Cet outil constitue une solution accessible et un vrai levier pour les associations qui ont souvent des difficultés à accéder aux prêts bancaires.

Du potentiel et des compétences entrepreneuriales, Catherine Baccar de Bestdrive Arles et Dominique Laurent (L Bricole-11) n’en manquent pas. Elles cassent les codes au quotidien en s’imposant dans des secteurs réputés masculins.

Tableau récapitulatif : Évolution de l'entrepreneuriat féminin

Indicateur 2018 2021 2023
Part des entreprises créées par des femmes 35% - 39%
Indice entrepreneurial féminin (IEF) 23% 26% -
Femmes accompagnées par BGE - - 56%
Répartition des créations d’entreprises individuelles classiques par sexe du créateur et secteur d’activité principale en 2022

Les femmes dans la recherche : défis et opportunités

balises: #Entrepreneur

Articles populaires: