Statut et indemnités journalières du gérant de SARL en arrêt maladie

Avant de répondre à la question des indemnités journalières pour un arrêt maladie de chef d’entreprise, il convient d’abord de préciser que lorsqu’un gérant d’une société commerciale ou artisanale choisit de se rémunérer par des revenus (et non uniquement par des dividendes), le statut de gérant majoritaire est beaucoup moins coûteux en charges sociales que celui de gérant salarié (SAS, SASU). Le gérant majoritaire est affilié au RSI, et bénéficie du remboursement de ses frais médicaux comme tout salarié. En cas d’arrêt maladie du chef d’entreprise dû à un accident ou une maladie, s’il a le statut de commerçant ou d’artisan, il peut percevoir des indemnités journalières, sous réserve d’avoir cotisé au régime maladie du RSI pendant au moins 12 mois, ou d’avoir été affilié à un autre régime obligatoire sans interruption.

Déroulement et conditions d’indemnisation

L’indemnisation du gérant de société commerciale ou artisanale débute à partir du 4ᵉ jour pour un accident, du 8ᵉ jour pour une maladie, et dès le 1ᵉʳ jour pour une grossesse pathologique. Cependant, pour un arrêt maladie chef d’entreprise inférieur à 6 mois, les indemnités journalières sont versées durant 360 jours maximum sur une période de 3 ans. Si l’arrêt dépasse 6 mois et est prescrit pour une Affection de Longue Durée (ALD), l’indemnisation peut durer jusqu’à 3 ans. Le montant de l’indemnisation perçu équivaut à 1/730 du revenu moyen des 3 dernières années civiles, avec un plafond de 1.612 €/mois. En cas de séquelles définitives dues à un accident ou à une maladie, une pension d’invalidité peut également être versée par le RSI. Si le gérant majoritaire est reconnu en état d’invalidité totale et définitive, il percevra une pension équivalente à 50 % du revenu annuel moyen de ses 10 meilleures années d’affiliation au RSI, avec un maximum de 19.614 €/an (50 % du PASS de 39.228 €). Si la perte de capacité de travail ou de gain dépasse les 2/3, la pension annuelle sera réduite à 30 % du revenu annuel moyen des 10 meilleures années d’affiliation au RSI avec un maximum de 30% du PASS, soit 11.868 €.

Ainsi, un arrêt maladie chef d’entreprise peut rapidement entraîner des difficultés financières importantes. Depuis le 1er janvier 2020, les chefs d’entreprises non-salariés sont affiliés à la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Cette protection sociale des indépendants, auparavant gérée par le Régime social des indépendants (RSI), a été intégrée au régime général de la Sécurité sociale. Le régime général et le régime de la SSI sont très proches, mais la SSI offre une protection moindre en cas d’accident du travail et d’invalidité.

Cas pratiques et montants

Combien de temps a-t-on pour envoyer un avis d’arrêt de travail ? En tant que dirigeant, vous devez tout d’abord informer votre CPAM de votre arrêt maladie dans les 48 heures. À envoyer à la CPAM, la transmission peut se faire par télétransmission directe via la carte Vitale (aucune démarche). Si un formulaire papier est remis, envoyez-le par courrier postal à l’adresse de votre CPAM ou via lettre recommandée avec accusé de réception. Deux volets à transmettre existent selon le type d’arrêt reçu par le médecin. A compter du 1er juillet 2025, un nouveau formulaire papier sécurisé devient obligatoire.

Pour les indemnités journalières, les règles diffèrent selon le statut du dirigeant :

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  • Gérant assimilé salarié (minoritaire/Égalitaire) : bénéficie d’indemnités équivalentes à 50 % du salaire journalier de base, avec un plafond de 51,70 €/jour. Délais: délai de carence de 3 jours. Accès sous conditions après avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1.015 fois le Smic horaire sur 6 mois précédant l’arrêt. Le versement est possible jusqu’à 12 mois par période de 3 ans consécutifs.
  • Gérant non-salarié (majoritaire) : indemnité égale à 1/730e du RAAM (revenu d’activité annuel moyen des 3 dernières années). Plafond de 65,84 €/jour (base PASS 2026). Délai de carence de 7 jours pour la maladie et 3 jours pour l’accident. Versement sur 360 jours sur 3 ans, ou jusqu’à ALD le cas échéant.

Pour les professions libérales rattachées à la CNAVPL, les IJ sont versées dès le 4ᵉ jour et jusqu’au 90ᵉ jour avec des montants spécifiques en 2025.

Il est important de noter que les indemnités obligatoires ne compensent pas complètement la perte de revenus, et ne couvrent au mieux que la moitié du revenu habituel. C’est pourquoi la prévoyance individuelle est souvent nécessaire pour maintenir le niveau de vie en arrêt.

Règles et choix de prévoyance

Bon à savoir : l’arrêt maladie ne suspend pas automatiquement les cotisations sociales. En tant qu’indépendant, les cotisations URSSAF restent dues et se calculent sur le revenu annuel déclaré. En cas d’arrêt prolongé, il est possible de demander un délai de paiement ou un ajustement des acomptes via l’espace personnel sur urssaf.fr. Les règles varient selon la durée de l’arrêt et les situations d’ALD ou de fausse couche qui peuvent modifier les délais de carence.

Concrètement, pour pallier l’insuffisance des indemnités obligatoires, la prévoyance offre des solutions adaptées :

  • Gérant majoritaire (TNS) : contrat Madelin prévoyance. Avantages: couverture complémentaire des IJ et déductibilité fiscale des cotisations dans les plafonds Madelin (2026). Doit couvrir IJ complémentaires, rente d’invalidité, capital décès avec rente éducation et option remboursement de frais généraux.
  • Gérant minoritaire (assimilé salarié) : prévoyance collective mise en place pour les salariés ou prévoyance individuelle complémentaire. Pas accès au Madelin.
  • Homme clé : assurance versant une indemnité à la société en cas d’incapacité ou décès du gérant pour compenser la perte de chiffre d’affaires et financer le remplacement.

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Questions fréquentes et précisions juridiques

  1. Un gérant majoritaire a-t-il droit aux IJ dès le premier arrêt ? Oui, si affilié à la SSI depuis au moins 12 mois et dont RAAM dépasse 10 % du PASS en 2026. Sinon, aucune IJ.
  2. Quelle est la différence de délai de carence entre gérant majoritaire et minoritaire ? 7 jours pour les maladies du gérant majoritaire (TNS) et 3 jours pour les accidents; le gérant minoritaire (assimilé salarié) bénéficie d’un délai de 3 jours aussi bien pour maladie que pour accident.
  3. La SARL doit-elle continuer à verser la rémunération pendant l’arrêt ? Non, sauf dispositions statutaires ou décision collective prévoyant un maintien partiel ou total. En pratique, les IJ remplacent partiellement la rémunération.
  4. Peut-on nommer un remplaçant pendant l’arrêt maladie ? Oui, par décision collective (ou dans les statuts). Le remplaçant peut être un co-gérant ou un mandataire ad hoc, et l’inscription au registre du commerce peut être nécessaire s’il représente la société.
  5. Les indemnités en cas de burnout ou maladie psychiatrique ? Oui, les IJSS s’appliquent comme pour une maladie physique, sous réserve de l’arrêt médical et du respect des conditions. Le gérant doit aussi démontrer l’arrêt effectif d’activité.
  6. Dividendes uniquement et arrêt maladie ? Danger: les dividendes ne génèrent pas de cotisations maladie à la SSI. Sans RAAM suffisant, pas d IJ. Prévoyance indispensable pour compléter les revenus en arrêt.

Tableau récapitulatif rapide

Critère Gérant majoritaire (TNS) Gérant minoritaire/assimilé salarié
Régime SSI Régime général
Délai de carence 7 jours (maladie), 3 jours (accident) 3 jours
Indemnité journalière 1/730e du RAAM des 3 dernières années, plafond 65,84 €/jour 50 % du salaire journalier de base, plafond 51,70 €/jour
Durée maximale IJ 360 jours sur 3 ans (ou ALD 3 ans) 360 jours sur 3 ans (ou ALD 3 ans)
Accès prévoyance Madelin possible Prévoiance collective ou individuelle; pas de Madelin

Conclusion intermédiaire et conseils pratiques

En droit social français, le statut du gérant détermine largement les indemnités journalières et les protections disponibles en cas d’arrêt maladie. Les dividendes seuls ne permettent pas d’obtenir des indemnités en maladie, ce qui rend indispensable une prévoyance adaptée. Pour les gérants majoritaires, le recours au contrat Madelin peut s’avérer fiscalement avantageux et assurera une meilleure continuité de revenus en cas d’arrêt prolongé. Pour les gérants minoritaires, la prévoyance collective de l’entreprise et des compléments individuels constituent une solution adaptée. Enfin, l’assurance homme clé protège l’entreprise elle-même en cas d’incapacité ou de décès du dirigeant.

Episode 12 : Les indemnités journalières : de quoi s’agit-il ? de quoi parle-t-on ?

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