Histoire des finances publiques en France

L’histoire des finances publiques françaises est intrinsèquement liée à celle de l’État. Les premières permettent au second de se développer, tandis que le second influe sur le poids des premières. Les finances publiques apparaissent lorsque l’évolution des sociétés humaines permet d’opérer des prélèvements obligatoires, autrement dit des impôts, pour entretenir une forme rudimentaire d’organisation politique.

Évolution des départements français

Évolution des départements français au cours de l'histoire.

I. Les origines des finances publiques

En France, il faut attendre le Moyen Âge pour que les finances publiques connaissent un nouvel essor. C’est à partir de ce moment que l’État moderne apparaît. Son développement, notamment sur le plan militaire, suppose de lever de nouveaux impôts. Afin d’y parvenir, le principe du consentement à l’impôt est provisoirement appliqué. Mais, les nombreux conflits militaires vont provoquer une succession de crises financières.

II. Réformes et crises financières (fin du XVIIIe - début du XIXe siècle)

La fin du XVIII° siècle et le début du XIX° siècle sont marqués par la volonté, tant des révolutionnaires que de Napoléon, de réformer les finances publiques. Mais, ces efforts se révèlent sans réels effets sur la situation des comptes de la France. S’impose, alors, une nouvelle conception des finances publiques.

III. Les finances publiques au XXe siècle

Cette politique prend fin avec la Première Guerre mondiale du fait des dépenses d’armement et des nécessités de la reconstruction. La crise des années 1930 va imposer des efforts pour soutenir les secteurs économiques en difficulté et prendre en charge les problèmes sociaux. Après la Seconde Guerre mondiale, outre les efforts de reconstruction, ce sont les grands projets industriels et le développement de la couverture sociale qui constituent les nouveaux chantiers de l’État.

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IV. La crise économique et les défis contemporains

Enfin, la crise économique, amorcée au cours des années 1970, marque le début d’une nouvelle ère. La Cour des comptes publie son premier rapport de l’année consacré à la situation d’ensemble des finances publiques, après deux années noires. En effet, pour la deuxième année consécutive, le déficit public s’est aggravé en 2024 pour atteindre près de 175 Md€, soit 6,0 points de PIB après 5,5 points en 2023 et 4,7 points en 2022. La dette publique culmine désormais à près de 3 300 Md€ et les charges d’intérêt à 59 Md€. Il s’agit d’une dégradation exceptionnelle et inédite alors que la croissance économique est restée continûment positive pendant cette période.

Dette publique de la France en 2023

Évolution de la dette publique de la France.

Si la faible progression des impôts expliquait en partie la contre-performance de 2023, c’est à l’inverse la dynamique des dépenses qui est en cause en 2024, principalement du côté des collectivités locales et de la protection sociale.

IV.I. La dérive des finances publiques en 2024

La dérive des finances publiques, loin de s’être inversée ni même simplement interrompue en 2024, s’est au contraire accentuée, avec un déficit qui devrait atteindre 6,0 points de PIB, soit 1,6 point au-delà de la cible inscrite dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2024. Ce dérapage par rapport à la prévision initiale s’explique en partie par l’impact sur 2024 de la très mauvaise année 2023, mais l’essentiel de la dérive est imputable à l’année 2024 elle-même.

La quasi extinction des mesures d’aides exceptionnelles de soutien face aux crises sanitaire et inflationniste a partiellement masqué une perte de contrôle du cœur de la dépense publique. Celle-ci a progressé de 2,7 % en volume (donc hors effet de l’inflation), soit le rythme le plus rapide des quinze dernières années, avec notamment une forte dynamique des dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales (+3,6 %) et une augmentation soutenue des prestations sociales (3,1 %) sous l’effet de la forte inflation enregistrée en 2023.

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Cette dérive se répercute sur 2025 mais aussi sur la suite de la trajectoire pluriannuelle vis-à-vis de laquelle la France s’est engagée auprès de la Commission européenne en octobre 2024. Il est plus que jamais impératif de placer la France sur une trajectoire crédible de redressement des finances publiques.

IV.II. 2025 : Année déterminante pour le redressement des finances publiques

La dérive continue des comptes publics depuis 2023 a conduit le Gouvernement à repousser une nouvelle fois le retour du déficit sous 3 %, de 2027 à 2029, impliquant un effort soutenu dès 2025. Pour cette année, la réduction de 0,6 point du déficit prévue par la loi de finances tout juste adoptée repose quasi-exclusivement sur des hausses d’impôts plutôt que sur des économies, la dépense publique hors charges de la dette continuant de progresser à un rythme proche de sa tendance d’avant-crise.

De surcroît, près de la moitié des hausses de prélèvements inscrites en loi de finances pour 2025 est présentée comme temporaire, ce qui reporte sur les années suivantes l’effort structurel de redressement des finances publiques.

En dépit de ces faiblesses, il est crucial de respecter cette trajectoire sous peine de voir la France durablement décrocher de ses partenaires européens.

Pour illustrer l’urgence de respecter ses engagements européens dès 2025, la Cour a quantifié deux scénarios alternatifs de croissance (« croissance réaliste ») ou d’ajustement (« la moitié des efforts ») moins favorables que les prévisions gouvernementales mais en ligne avec les tendances passées. Le cumul de ces scénarios conduirait à dépasser 125 points de PIB en 2029 et à s’approcher du seuil de 130 points de PIB dès 2031, tandis que la charge de la dette augmenterait continûment pour atteindre 3,2 points de PIB en 2029 soit 107 Md€, devenant le premier budget de l’État loin devant l’éducation nationale.

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Le dérapage du déficit public depuis deux ans place la France au pied du mur. Tout retard supplémentaire rendrait les ajustements indispensables encore plus importants et difficiles.

Situation des finances publiques françaises (2022-2024)
Indicateur 2022 2023 2024 (estimé)
Déficit public (Md€) 4.7 5.5 6.0
Dette publique (Md€) ~3 300
Charges d'intérêt (Md€) 59

V. Perspectives et ouvrages de référence

Le siècle dernier a connu de grands bouleversements financiers. Ce volume met en perspective séculaire la gestion de la dette, le financement étatique de l’économie, la dimension politique du droit financier, l’extension des programmations budgétaires de tout type, mais également les conséquences des guerres et de la construction européenne sur les finances de l’État.

Cet ouvrage de synthèse dessine à la fois une histoire de l’État par ses finances publiques et une histoire financière d’un long XXe siècle (des années 1880 aux années 2020). Chercheur HDR rattaché au laboratoire IDHE.S (UMR 8533 CNRS-Paris 1 Panthéon Sorbonne), Fabien Cardoni est chargé d’études historiques au bureau de la Recherche de l’Institut de la gestion publique et du développement économique (Comité pour l’histoire économique et financière de la France, ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance). Ses recherches portent sur l’histoire des finances publiques (leurs normes, leurs outils, leurs acteurs) au XIXe-XXe siècle.

Il a récemment codirigé, avec Matthieu Conan, Étienne Douat et Céline Viessant, Singularités des finances de la défense et de la sécurité (Paris, Mare&Martin, 2021) et, avec Anne Conchon, Michel Margairaz et Béatrice Touchelay, Chiffres privés, chiffres publics XVIe-XXIe siècle. Entre hybridations et conflits (Rennes, Presses universitaires de Rennes, à paraître en 2022). Il va également publier Le futur empêché. Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne (Institut d’histoire économique et sociale), Michel Margairaz a été directeur du laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (UMR 8533) de 2014 à 2018.

Il a récemment publié L’État détricoté. De la Résistance à la République en marche, avec Danielle Tartakowsky (Paris, Éditons du Détour, 2e édition revue et augmentée, 2020) ; Les biens communs en perspectives. Propriété, travail, valeur XVIIIe-XXIe siècle, en codirection avec Christian Bessy, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021 ; Chiffres privés, chiffres publics XVIe-XXIe siècle.

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