IBOAT Bordeaux : redressement judiciaire, liquidation et situation actuelle

C’est un coup dur pour l’équipe de l’I.Boat mais aussi pour la scène musicale locale. Lieu incontournable du paysage culturel et musical bordelais depuis son ouverture en 2011, l'IBOAT a été placé en liquidation judiciaire le mercredi 11 février.

Chronologie et contexte

Le 29 septembre 2011 marque l’ouverture de l’Intelligent Boat (bateau intelligent), plus connu sous le nom de I.Boat. Ancien ferry de l'île d'Yeu, l'IBOAT est amarré au quai des Bassins à Flot depuis septembre 2011. Au départ, la musique n’était pas le choix vers lequel s’étaient tournés les propriétaires. Dès son ouverture en 2011, l’I.Boat a su trouver ses marques et est rapidement devenu un lieu de rendez-vous incontournable pour les Bordelais.

Dès ses débuts, l’I.Boat proposait de l’électro, du rock et de la pop. S’en est suivie l’idée d’un laboratoire de création visuelle « ayant pour objectif l’accueil d’artistes locaux, nationaux ou internationaux avec résidence de création vidéo ». C’est une ambition artistique singulière qui a dicté les premiers pas de l’établissement bordelais.

Du 26 au 29 septembre 2012 - L’I.Boat souffle sa première bougie ! Et pour fêter cet événement, des grands noms sont à l’affiche, dont le producteur français Bertrand Burgalat. Été 2014 : l’I.Boat inaugure sa plage - L’I.Boat donne le coup d’envoi de la « Plage », avec une programmation estivale qui « s’inscrit dans la continuité de ce qui est proposé le reste de l’année mais condensée sur quatre mois », annonce Benoît Guérineau, l’un des gérants de l’établissement.

18 mai 2017 - La première édition du festival de musique électronique Hors Bord est lancée en collaboration avec l’association Trafic et la société de production Amical Music. Du 1er au 3 octobre 2021 - Un an plus tard, l’heure est à la célébration : l’I.Boat fête son 10e anniversaire. Pour marquer cette décennie d’existence, l’établissement organise une programmation mêlant concerts, vide-greniers et brunch.

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Projets, investissements et premières difficultés

Depuis 2013, l’équipe de l’I.Boat a un nouveau projet en tête : s’installer sur la dalle du Pertuis, cours Henri-Brunet (voir infographie). En plus de poursuivre son activité musicale, d’autres projets sont proposés, pour un coût d’environ 2 millions d’euros. Cependant, le projet inquiète les riverains de la dalle du Pertuis : « Apprendre cela dans la presse en rajoute une couche », déplore un habitant.

En réponse, le responsable de l’aménagement foncier pour le port de Bordeaux, Dominique Bichon, parle d’une occupation du bassin n°1, « qui est déjà pas mal embouteillé » et qui demande « un certain temps » à la mise en place. 16 mai 2018 - Après plusieurs mois, le projet se précise enfin : l’I.Boat largue les amarres direction la dalle du Pertuis. Le bateau s’est enfin déplacé vers le bassin n°1. Pour marquer le coup, l’établissement organise le festival de musique « Ahoy », du 1er au 3 juin.

2019 : une année particulière pour l’I.Boat. Du 18 mars au 19 avril 2019 - Une opération de mise en cale sèche est prévue pour le bateau. Celle-ci devait durer initialement une dizaine de jours, mais a finalement été rallongée afin de remplacer certaines pièces de la coque du bateau et de garantir ainsi la sécurité du lieu. Au total, cette opération aura coûté 300 000 euros, alors que « la direction tablait à la base sur un budget de 70 000 euros ».

Covid, redressement et tentatives de reprise

Épidémie de Covid-19 - Alors que l’I.Boat tente de se remettre à flot financièrement après ce chantier coûteux, la crise sanitaire vient frapper de plein fouet l’établissement, qui ferme. Fragilisé dans un premier temps par le Covid, puis par une procédure de redressement judiciaire suite à une cessation de paiements en 2023, l'IBOAT avait su redresser la barre, s'appuyant notamment sur un public fidèle grâce à une campagne de financement participatif.

16 avril 2023 - Suite à une cessation de paiements, le tribunal de commerce de Bordeaux prononce l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Cette mesure lui permet de suspendre et d’étaler ses dettes pour tenter de sauvegarder son avenir. L’espoir d’une stabilisation semble pourtant se dessiner à la fin 2024. Un plan de sauvegarde sur neuf ans est mis en place, prévoyant notamment le remboursement de 83 000 euros de dettes dès le début de l’année 2026.

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Mais ce répit est de courte durée. Placée en redressement judiciaire depuis un an, la boîte de nuit flottante, installée sur un bateau aux Bassins à Flot, risque de fermer en raison de difficultés héritées du Covid. La Mecque bordelaise de l’électro a donc récemment lancé une bouteille à la mer pour appeler les Bordelais à venir la soutenir.

Incidents récents, fermeture administrative et décisions judiciaires

L'affaire remonte à la nuit du 15 au 16 novembre 2025. Une cliente de l'établissement se plaint alors que deux hommes, fortement alcoolisés, lui ont donné "une fessée", "ce qui avait pour effet entre autres de lever sa jupe", indique un rapport de police. Si l'établissement reconnaît que ces deux hommes "ont agressé sexuellement et verbalement une cliente" et qualifie les faits d'"inacceptables", il en conteste la responsabilité.

L'équipe de l'IBOAT, entièrement formée à la prévention et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles, est intervenue sans délai. L'auteur présumé a été identifié, exclu du lieu et remis aux forces de l'ordre. Pourtant, la sanction tombe pour notre lieu. Le 15 janvier 2026, la préfecture de Gironde ordonne en effet la fermeture administrative de l'IBOAT pour deux mois.

Malgré une saisie du Conseil d’État par l’I.Boat pour suspendre cette décision, le juge des référés rejette la demande le 27 janvier, estimant que la requête était « insuffisamment motivée ». Le couperet est tombé le mercredi 11 février au tribunal de commerce de Bordeaux : l'entreprise, en difficulté financière depuis une fermeture administrative prononcée mi-janvier, faisait face à des charges trop élevées pour pouvoir continuer à fonctionner sans générer de nouvelles recettes.

Liquidation judiciaire et conséquences

Le mercredi 11 février, le tribunal de commerce de Bordeaux a prononcé la liquidation judiciaire de l’I.Boat. Après quinze ans d’existence, l’I.Boat ferme donc définitivement ses portes. "Touché coulé". C'est par ces mots lourds de sens, inscrits juste à côté de son épitaphe (2011-2026), que la péniche de l'Iboat a annoncé la nouvelle à ses plus de 46 000 followers via un communiqué sur Instagram.

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Du jour au lendemain, une vingtaine de salariés se retrouvent donc au chômage, à l'image de Nathan Dassieu. "On est encore dans la phase de digestion, c'est très dur, avoue le responsable de la communication. Je gravite autour du projet depuis 2016 avec le collectif Bruit rose, l'IBOAT m'a accueilli et des relations se sont créées jusqu'à aboutir à un CDI. C'est le cas pour une bonne partie du staff. On est comme une famille très soudée, mais il y a un sentiment d'amertume."

Cette fois, la péniche ne rouvrira pas ses portes, mais le bateau restera bien à quai. Le temps, éventuellement, de trouver un repreneur d'ici quelques mois ? "L'annonce de cette fermeture montre bien que la nature a peur du vide, conclut Benoît Guerinault. Il y aura peut-être des initiatives qu'on n'a pas encore vu arriver qui prendront le relais. C'est indispensable qu'il y ait un ou plusieurs projets assez rapidement.

Réactions de la ville, de l'équipe et du public

« Le Maire de Bordeaux et son équipe regrettent la fermeture définitive de l’entreprise I.Boat, scène culturelle alternative à rayonnement national », a réagi Pierre Hurmic dans un communiqué ce vendredi. Pour Benoît Guerinault, cette décision est le résultat d'un amalgame entre les boîtes de nuit généralistes et les autres établissements. "On vient du monde de la culture, pas de la nuit, précise le programmateur. On n'a pas les mêmes réflexes ni le même public.

"Aujourd'hui, on ressent beaucoup de frustration et d'injustice, confie Benoît Guerinault, directeur artistique du lieu depuis ses débuts. Il y a une disproportion entre les faits, que l'on reconnaît , et la sanction. C'est quand même étonnant de se retrouver avec une punition aussi sévère pour des faits qui sont graves, mais qui arrivent peut-être 100 fois par jour partout ailleurs."

"On a accueilli à peu près tous les grands noms de la musique électronique mondiale et l'IBOAT reste une référence au niveau européen, voire international", assure François Bidou. Parmi les grands noms qui ont posé leurs platines dans la fameuse cale du bateau, le Français Laurent Garnier, l'Américain Carl Craig ou encore la DJ Sud-coréenne Peggy Gou dont le titre (It Goes Like) Nanana a fait danser la planète entière durant l'été 2023.

Situation juridique et données administratives

Jugement du tribunal de commerce de Bordeaux prononce en date du 11/02/2026 la résolution du plan de redressement et la liquidation judiciaire, date de cessation des paiements le 11/02/2026 et a désigné Liquidateur SCP Silvestri-Baujet 23 Rue du Chai des Farines 33000 Bordeaux. Continuation de la société malgré un actif net devenu inférieur à la moitie du capital social. L24EJ62397 SARL I.BOAT, 1 Bassin à Flot, Bateau le Vendée, 33300 Bordeaux, RCS BORDEAUX 532 431 723. Bar, restaurant, exploitant producteur diffuseur de spectacles.

La SELARL Arva Administrateurs Judiciaires Associes 6 Rue dEnghien 33000 Bordeaux a été désignée en qualité de commissaire à l'exécution du plan et non la SCP SILVESTRI BAUJET comme indiqué dans notre précédente parution. Le 4 mars 2026, un appel à manifestation d’intérêt est lancé. Emmanuel About, copropriétaire du lieu, se rend à Bordeaux pour échanger avec le Port et la Ville. L’objectif ?

Impact culturel et perspectives

À l'image de Bruit rose, l'IBOAT servait de tremplin à de nombreux membres de la scène locale. Quand on est en voie de professionnalisation, avant d'atteindre des grandes scènes, il faut des lieux comme le nôtre qui ont une jauge supérieure aux bars et lieux associatifs, avec une qualité d'accueil, une qualité de son et toute une communication autour.

Surtout, le directeur artistique estime, grâce à l'IBOAT, avoir "remis Bordeaux sur la carte de France et au-delà" dans les tournées de certains artistes internationaux. "On a toujours fonctionné sur un fil entre pionniers et héritiers. On a découvert quelques artistes qui ont ensuite bien grandi, mais on a aussi fait revenir des artistes majeurs qui voulaient se frotter de nouveau à des petites scènes. On a pris le risque d'avoir cette originalité et cela va manquer."

C'est essentiel que le public, notamment jeune, ait accès à un lieu comme le nôtre. "Merci à vous... pour tout... Et surtout respect pour la musique que vous avez défendue / soutenue pendant toutes ces années", écrit notamment ce dernier, pionnier mondialement reconnu de la techno. "Évidemment cela fait chaud au cœur, mais cela reste frustrant parce qu'on avait encore énormément de choses à raconter", regrette le programmateur.

Quelques chiffres et dates clés

Année / Date Évènement
29/09/2011 Ouverture de l'I.Boat
2019 Mise en cale sèche et coût exceptionnel (300 000 €)
16/04/2023 Ouverture d'une procédure de redressement judiciaire
15/01/2026 Fermeture administrative de deux mois ordonnée par la préfecture
11/02/2026 Jugement de liquidation judiciaire

De 150.000 visiteurs à l'année pendant la Grande époque, l'IBOAT enregistre désormais 100.000 entrées. "Il y a eu une succession d'événements qui commencent par le COVID, avec une période d'arrêt qui nous a coupé dans notre développement. Puis la période post-COVID a été compliquée pour nous à gérer avec les changements d'habitudes de consommation chez les jeunes", analyse François Bidou.

"On a décidé d'être un lieu privé sans subvention, ce qui est un modèle très rare en France et on l'assume. Mais pour survivre, on a besoin de monde." D'où ce "SOS festif" lancé cet été. "On signale qu'on est en danger parce que c'est une réalité. Mais on dit aussi que si on nous aide bien, on peut s'en sortir. Venez pas pour pleurer, venez pour faire la fête."

Le coup fatal est survenu lors de la nuit du 15 au 16 novembre 2025, après un match France-Fidji à Bordeaux, quand une trentaine de rugbymen se rendent à la discothèque. Un licencié de l'US Montauban « a alors claqué sa main sur les fesses d’une cliente de 25 ans », et un autre du Stade Montois « lui a tenu des propos graveleux ». Cette accumulation de crises finit par emporter la structure.

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