Problématique TPE : l’énergie nucléaire en France — poids, fonctionnement, enjeux et perspectives

Développée à partir des années 1950 sous l’impulsion du général de Gaulle qui avait créé le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) quelques années plus tôt, l’industrie de l'énergie nucléaire en France occupe aujourd’hui une place considérable dans le paysage énergétique du territoire. Aujourd’hui, environ trois quarts de l’électricité produite en France provient des centrales nucléaires. Leur exploitation, qui génère 40 000 emplois dans l’Hexagone, est au centre des débats depuis des décennies, en particulier depuis les accidents de Tchernobyl et de Fukushima.

La place de l'énergie nucléaire en France et dans le monde

En 2017, 71,61 % de l’électricité produite en France était issue des centrales nucléaires. En 2017, l'énergie nucléaire en France, produite par les centrales nationales, a permis de générer 379,1 TWh d'électricité, soit près des trois quarts du total produit (580,8 TWh). Bien que la production ait baissé de 1,3 % par rapport à 2016, l'énergie nucléaire en France reste de loin la première forme de production d’électricité. Elle est suivie de l’énergie hydraulique (environ 12 %), du gaz (environ 6,6 %) et de l’énergie éolienne (3,9 %).

Bon à savoir : En août 2018, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a dénombré 453 réacteurs nucléaires opérationnels répartis dans 31 pays. À cette date, 57 réacteurs étaient en construction dans le monde, dont 1 en France, le réacteur pressurisé européen (EPR) de la centrale de Flamanville.

En 2026, la France dispose de 57 réacteurs nucléaires répartis sur 18 centrales, qui assurent 68,1 % de la production d’électricité nationale en 2025, leur plus haut niveau depuis 2019. Avec ces installations, la France se place au 2e rang mondial en termes de puissance nucléaire installée avec environ 63 GW, juste derrière les États-Unis (96,95 GW).

Statistiques récentes et tendances (2023-2026)

  • Après deux années difficiles marquées par des problèmes de corrosion, le parc nucléaire français a retrouvé un niveau de production satisfaisant depuis fin 2023.
  • En 2025, le parc nucléaire français a produit 373 TWh, confirmant le redressement de la filière.
  • Depuis début 2026, 49 réacteurs sur 57 sont connectés au réseau, contre seulement 45 en décembre 2024.
  • L’EPR de Flamanville a atteint 100% de sa puissance le 14 décembre 2025 et sa mise en service commerciale est intervenue au printemps 2026.

Comment fonctionnent les centrales nucléaires ?

La production d’énergie nucléaire en France et ailleurs repose sur la fission des atomes d’uranium. La fission nucléaire désigne le phénomène par lequel les atomes se désintègrent, conduisant à la formation de plusieurs nucléides. La vapeur d’eau générée par la chaleur fait fonctionner une turbine reliée à un alternateur, permettant ainsi d’obtenir de l’électricité.

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La fission nucléaire est parfois confondue avec la fusion, qui consiste à créer un atome d’hélium en combinant deux atomes d’hydrogène. La fusion nucléaire est encore en cours de développement.

Les centrales nucléaires sont constituées de trois principaux circuits : primaire, secondaire et tertiaire. Le réacteur est la pièce maîtresse du circuit primaire. La chaleur produite par la fission élève la température de l’eau située autour du réacteur. Le circuit secondaire est connecté au circuit primaire par un générateur de vapeur. L’eau chaude du circuit primaire chauffe l’eau du circuit secondaire. C’est à ce stade que se crée la vapeur d’eau qui met la turbine en mouvement grâce à la pression exercée. L’alternateur couplé à la turbine produit alors du courant alternatif.

Le dernier circuit, appelé circuit de refroidissement, transforme la vapeur d’eau en eau par l’intermédiaire d’un condenseur. Elle est ensuite refroidie au contact de l’air. L’électricité produite par les centrales nucléaires passe par un transformateur, qui a pour fonction d’élever la tension du courant électrique. De cette façon, l’électricité peut être transportée par les lignes à haute tension.

Pour produire de l'électricité dans une centrale nucléaire, le principe de base est celui de la dynamo alimentant l'éclairage de votre vélo. Bien sûr, plutôt que de pédaler, on préfère utiliser la vapeur d'eau pour faire tourner la turbine couplée à un alternateur qui génère l'électricité. La différence se trouve dans la nature du combustible et la production de la vapeur d'eau.

On provoque la fission nucléaire de l'uranium situé dans le réacteur. La chaleur dégagée fait monter à 320° la température de l'eau qui circule autour de celui-ci. Ce circuit primaire communique avec un deuxième circuit fermé, le circuit secondaire, par l'intermédiaire d'un générateur de vapeur. La pression de cette vapeur fait tourner une turbine qui entraîne à son tour un alternateur. À la sortie de la turbine, la vapeur du circuit secondaire est retransformée en eau grâce au circuit de refroidissement dans lequel circule de l'eau froide en provenance de la mer ou d'un fleuve.

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Pourquoi la France a-t-elle misé sur l’énergie nucléaire ?

La France a choisi de se lancer dans l’industrie nucléaire il y a 60 ans pour des raisons stratégiques, afin de mieux se défendre et de devenir indépendante sur le plan énergétique. La Seconde Guerre mondiale à peine terminée, le général de Gaulle suit la recommandation de son ministre de la reconstruction et de l’urbanisme, Raoul Dautry, en fondant une structure chargée de poursuivre les recherches sur l’énergie atomique : le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Le gouvernement français, qui avait assisté comme le monde entier à la démonstration de force des États-Unis avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, voyait en cette technologie une arme au grand potentiel pouvant défendre les intérêts nationaux. Le premier réacteur nucléaire fut mis en fonctionnement en 1955 à Marcoule. Surnommé G1, il était de taille modeste (2 MW) mais symbolisait l’aboutissement d’une technologie prometteuse.

Le premier choc pétrolier de 1973 entraîna une augmentation brutale du prix du baril (+70 %). Ce phénomène renforça la conviction du gouvernement de promouvoir son indépendance énergétique et d’accélérer son programme nucléaire. Dans les années 1970 et 1980 sont construits 54 réacteurs. Ce déploiement représente un coût faramineux, près de 65 milliards d’euros. Ce pari initié par De Gaulle, accéléré par Pompidou et relayé par Mitterrand, explique aujourd’hui pourquoi près de 75 % de l’électricité produite en France provient des centrales nucléaires.

La France n’a pas pris le chemin du nucléaire uniquement pour des raisons de défense nationale et d’indépendance énergétique. Cette technologie n’entraîne pratiquement aucune émission de dioxyde de carbone. Bien que la gestion des déchets soit un problème difficile à résoudre, le fonctionnement des centrales nucléaires permet de diminuer considérablement la consommation des combustibles fossiles. Par ailleurs, le ratio de production est très intéressant. En effet, avec le nucléaire, le coût du combustible utilisé ne représente que 20 % du coût de l’énergie produite. Les centrales garantissent un approvisionnement en électricité pendant toute l’année. Cette autonomie garantit une meilleure stabilité des prix et permet de mieux faire face aux fluctuations du prix du pétrole.

Quels sont les problèmes et risques associés à l’énergie nucléaire ?

Accidents, gestion des déchets, rejets radioactifs… Bien qu’elle présente des avantages indéniables, l’énergie nucléaire en France et dans le monde a aussi plusieurs inconvénients. Pour cette raison, ses détracteurs sont aussi virulents que ses défenseurs. Après Tchernobyl, la sûreté nucléaire fut placée au cœur des stratégies de développement. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) oblige les exploitants à fournir davantage d’informations dans un souci de transparence. Alors que l’on pensait le nucléaire plus sûr, l’accident de Fukushima a de nouveau suscité de nombreuses controverses.

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Bien que le volume des déchets nucléaires soit relativement faible, ils sont très dangereux. Les déchets radioactifs nécessitent un traitement spécial adapté à leur degré de radioactivité et à leur durée de vie. La plupart des déchets proviennent du cœur des réacteurs. Le niveau de radioactivité des déchets de haute activité se maintient des milliards, voire des dizaines de milliards d’années. Cette classe de déchets est très faible en termes de volume (0,2 %), mais elle représente 96 % de la radioactivité. Les matières recyclables, le plutonium et l’uranium, sont récupérées. Les matières non recyclables sont calcinées et la poudre noire qui en découle est placée dans une pâte de verre en fusion, qui est ensuite coulée dans des fûts en inox. À l’heure actuelle, les déchets sont enfouis mais il n’existe aucune autre alternative. Les écologistes qualifient cet enfouissement de bombe à retardement, une menace réelle pour l’environnement et les générations futures.

Quelles seraient les conséquences d’un accident nucléaire en France ? Si un accident se produit, les hommes, la faune, la flore et les sols seront exposés à la radioactivité. Le pire scénario imaginable est la fusion du cœur, en particulier si l’étanchéité de la cuve et de l’enceinte de confinement est rompue. C’est ce qu’il s’est passé à Fukushima. Les pays qui utilisent le nucléaire ont élaboré des protocoles d’urgence à mettre en place en cas d’accident (mise à l’abri des civils, port de combinaisons spéciales…), mais le risque zéro n’existe pas. Par ailleurs, l’impact sur la santé et l’environnement pouvant être perceptible seulement des décennies ou des siècles plus tard, il est très difficile de mesurer les conséquences réelles d’un accident.

Il suffit de se tourner vers la Corée du Nord pour constater que la prolifération des armes nucléaires constitue également l’un des principaux problèmes de cette source d’énergie. Certains procédés utilisés pour générer de l’électricité au moyen de l’énergie nucléaire peuvent aussi servir à fabriquer des armes nucléaires.

Accidents historiques et gestion des conséquences

  • Depuis 1952, un certain nombre d’accidents de réacteurs nucléaires se sont produits. Un accident à Kyshtym, en Russie, a entraîné l’explosion de déchets stockés de manière inappropriée.
  • Le manque de formation du personnel a provoqué une explosion à Tchernobyl, en Ukraine. Ces accidents ont relâché de grandes quantités de matière radioactive dans l’environnement.
  • Aujourd’hui, personne n’est autorisé à vivre dans les zones entourant les réacteurs endommagés. L’exposition à long terme à de faibles doses de radiation peut s’avérer très dangereuse.

Déchets radioactifs : quantités, traitements et controverses

À l’échelle mondiale, les centrales nucléaires produisent environ 34 000 m3 de déchets de haute activité par année. C’est assez pour remplir 14 piscines olympiques. Ces déchets peuvent rester très chauds et radioactifs pendant des décennies. La plupart des experts conviennent qu’il faut enterrer les déchets nucléaires à des centaines ou des milliers de mètres dans le sol. L’armée américaine exploite un site de stockage souterrain au Nevada. Le Canada est en voie d’aménager un dépôt géologique en profondeur en Ontario pour les déchets nucléaires. Les opposants à l’énergie nucléaire craignent que les déchets radioactifs stockés sous terre s’écoulent dans les eaux souterraines.

Les déchets issus de la déconstruction des centrales nucléaires sont gérés comme les déchets d’exploitation des centrales en fonctionnement. Ils sont triés, éliminés, compactés et conditionnés, avant d’être acheminés vers des centres de stockage adaptés. 80 % des déchets générés par la déconstruction d’une centrale nucléaire sont des déchets conventionnels c’est-à-dire non-radioactifs.

Peut-on remplacer le nucléaire par les énergies renouvelables ?

La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique est au cœur des réflexions. Très peu de pays possédant des centrales nucléaires y ont renoncé, car ils pensent que les énergies vertes et le nucléaire peuvent se complémenter. En effet, le nucléaire permet d’atteindre les objectifs climatiques plus rapidement. Il offre une grande flexibilité et garantit un bon équilibre entre l’offre et la demande du fait de sa centralisation. La France, qui mise sur la complémentarité, devra donc décider dans les prochaines années quelle part attribuer au nucléaire et aux énergies renouvelables.

Le secret d’un mix énergétique réussi résidera dans l'identification de la zone de taux de pénétration optimale, une zone au-delà de laquelle les dépenses en énergie baissent considérablement avec les technologies disponibles. L’énergie nucléaire en France alimente une grande majorité des foyers. Cependant, il est aussi possible d’utiliser une électricité propre et issue de ressources renouvelables. Chez TotalEnergies, l’offre Verte est un mix entre de l’énergie éolienne et du solaire. En souscrivant à une telle offre, vous avez la possibilité de consommer une électricité 100 % renouvelable.

Innovations et perspectives : EPR, SMR et recyclage

L’EPR de Flamanville a atteint 100% de sa puissance le 14 décembre 2025, devenant le réacteur le plus puissant de France avec 1 650 MW. EDF vise une production de 400 TWh d’ici 2030, avec des prévisions de 350 à 370 TWh pour 2026-2027.

Les petits réacteurs modulaires (SMR) pourraient transformer la production d’énergie nucléaire en France. Flexibles, compacts et plus accessibles que les réacteurs traditionnels, ils promettent de s’intégrer dans une transition énergétique ambitieuse. En France, EDF mise sur le projet Nuward pour développer ces technologies. Leur compétitivité reste conditionnée à une adoption massive, mais ces réacteurs pourraient positionner la France comme un acteur de référence dans le nucléaire innovant.

Bon à savoir : Le 1er janvier 2026, le programme « Aval du Futur » a été officiellement lancé. Ce projet titanesque de 50 milliards d’euros vise à construire une nouvelle infrastructure à La Hague pour recycler les combustibles usés des futurs réacteurs EPR2, créant 6 000 emplois industriels d’ici 2034.

Un parc vieillissant et les défis de sûreté

Le parc nucléaire est majoritairement issu du plan de développement intensif dans les années 1980. Ces réacteurs arrivent aujourd’hui au terme de leur durée d’exploitation maximale, établie initialement à 40 ans. Pour y faire face, l’État et EDF ont lancé le plan grand carénage. Ce plan vise à prolonger la durée de vie des réacteurs jusqu’à 50 ans, voire 60 ans pour certains réacteurs.

Depuis 2020, l’allongement des durées d’exploitation exige des maintenances et révisions importantes. Ce nouveau calendrier a mis en évidence des problèmes de corrosion sur les réacteurs les plus récents. Les visites de contrôle de l’ASNR et les diverses maintenances préventives ont mis en évidence des problèmes de corrosion sur des systèmes de sécurité sur le refroidissement du réacteur. Plus précisément, la corrosion a touché les soudures, sur les coudes des tuyauteries d’injection de sécurité.

Des analyses approfondies ont révélé des fissures - par exemple une fissure de 23 mm sur le réacteur 1 de la centrale de Penly - remettant en cause la performance des tuyauteries et la sécurité des centrales. Ces découvertes ont porté un coup dur à EDF, augmentant l’incertitude sur la capacité de production du parc nucléaire.

Tableau : répartition des types de réacteurs en France (2026)

Type de réacteur Puissance (MWe) Nombre en France
Palier 900 900 32
Palier 1300 1300 20
Palier 1450 1450 4
EPR 1650 1

FAQ - Questions fréquentes sur le parc nucléaire français

  1. Combien de réacteurs nucléaires sont en fonctionnement en France en 2026 ? En début d’année 2026, la situation du parc nucléaire s’était nettement améliorée : 42 réacteurs étaient entièrement disponibles, 12 partiellement disponibles et seulement 3 à l’arrêt complet.
  2. Quelle est la situation du parc nucléaire français ? Le parc a retrouvé une capacité de production supérieure à 56 GW début 2026, un niveau inédit depuis 2019.
  3. Où en est la centrale de Flamanville en 2026 ? L’EPR de Flamanville a été raccordé au réseau en décembre 2024, a atteint 100 % de sa puissance en décembre 2025 et sa mise en service commerciale est intervenue au printemps 2026.
  4. Quelles sont les perspectives de production pour 2026-2027 ? EDF anticipe une production comprise entre 350 et 370 TWh pour 2026-2027.

Comment une centrale nucléaire fonctionne-t-elle ? - C'est Pas Sorcier

Arguments pour et contre : synthèse des positions

Les défenseurs de l’énergie nucléaire en France mettent en avant son ratio de production que nulle autre source d’énergie ne parvient à égaler, son apport majeur dans la réduction des émissions de CO2 et la stabilité d’un approvisionnement 24/7. Certaines études, comme celle de la NASA de 2013, montrent que l’énergie nucléaire présente moins de danger que d’autres sources d’électricité sur l’ensemble du cycle de vie.

Ses détracteurs pointent du doigt ses risques démesurés, la gestion non résolue des déchets de haute activité, le coût de construction et de maintenance, ainsi que les risques d’accident et de prolifération. L’accident de Fukushima a relancé les controverses et provoqué des décisions politiques divergentes, comme la sortie du nucléaire annoncée par l’Allemagne.

Points clés à retenir pour un TPE

  • Quel est le poids de l'énergie nucléaire en France ? En 2025-2026, environ 68-75 % de la production électrique nationale.
  • Comment fonctionne un réacteur ? Principe : fission → chaleur → vapeur → turbine → alternateur → électricité.
  • Pourquoi la France a-t-elle misé sur le nucléaire ? Indépendance énergétique, défense, réduction des émissions de CO2.
  • Quels sont ses inconvénients ? Déchets de haute activité, risques d’accident, coûts et vieillissement du parc.
  • Les renouvelables peuvent-elles remplacer le nucléaire ? Complémentarité probable ; équilibrer un mix énergétique optimal est la clé.

Pour un TPE, il est pertinent d’analyser quantitativement la part du nucléaire dans la production, de décrire le fonctionnement technique d’un réacteur, d’exposer les risques et la gestion des déchets, et de présenter les perspectives technologiques (EPR, SMR, recyclage) ainsi que les enjeux politiques et économiques. Les données récentes (production 2025, EPR Flamanville 2025-2026, plan « Aval du Futur », problèmes de corrosion et grand carénage) permettent d’illustrer la problématique actuelle et d’ouvrir des pistes de réflexion sur l’avenir énergétique de la France.

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