L'Histoire Captivante de "Ma Petite Entreprise" d'Alain Bashung

« Ma petite entreprise », d'Alain Bashung, c'est un collector en forme de facétie, au sens bien plus grivois qu’il n’y paraît !

L'histoire de ce collector, c'est celle de Jean Fauque, fils de militaire français, né en 1951 en Afrique du Nord. Précoce, l’enfant n’a que sept ans quand il écrit et chante ses premières chansons. À sa majorité, Fauque s’installe à Paris pour devenir parolier, et rencontre un jeune chanteur débutant du nom d’Alain Bashung. Nous sommes en 1975 et tout commence par une amitié solide entre les deux hommes.

Quinze ans plus tard, Bashung est sorti de l'ombre avec succès. Mais en 1989, il décide de changer de parolier et propose la fonction à son ami Jean Fauque. En quête de la juste harmonie des mots, les deux hommes se livrent à un exercice d’écriture à quatre mains. Dans la voix de Bashung, les textes de Fauque prennent une dimension inattendue. Et c'est de cette émulation artistique fusionnelle que naît Ma Petite Entreprise...

En 1989, Alain Bashung fait la connaissance de Jean Fauque qui va devenir son nouveau parolier et fidèle ami. Ensemble ils commencent à travailler dès l’album “Novice” sur lequel figure le titre “Bombez”.

Alain Bashung "Ma petite entreprise" — La vie secrète des chansons — André Manoukian

Compilation ou pas compilation ?

Une vingtaine d'années après Gaby oh Gaby, Bashung s'est enfin livré à l'exercice de la compilation: le double-CD Climax vient de sortir (chez Barclay), avec trente-huit chansons, tubes et petit joyaux un peu oubliés. Parmi eux, six enregistrements inédits, nés d'un documentaire télévisé à venir, pour lequel le chanteur a invité quelques personnalités à travailler avec lui. Ainsi, Noir Désir, Rachid Taha, Rodolphe Burger, Marc Ribot ou M sont venus chanter ou jouer en duo avec le plus fidèlement étrange des chanteurs français.

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Pour entrer dans ce double album, celui qui connaît son AB par cœur depuis 79 sera tenté par la nouveauté : il y a beaucoup de plaisir à entendre les six re-créations qui parsèment Climax. Enfin, surtout trois d’entre elles : Les grands voyageurs (issu de Osez Joséphine, 1991), magistrale leçon de blues minimal, plus Delta tu meurs, assénée par le guitariste Marc Ribot et son chanteur-harmoniciste, un certain Alain B., Volontaire (extrait de Play Blessures, l’impossible album gainsbourgeois de 82) dont se sont emparé Bertrand Cantat et Noir Désir : du rock, des voix, une guitare, Noir Désir transforme tout ce qu’il touche en or et noir. Et aussi, et surtout, Ode à la vie (made in Fantaisie militaire, 1998) qui quitte avec bonheur son trip hop léger d’origine pour les percussions et le luth de Rachid Taha, retrouvant ainsi pleinement son titre.

RFI Musique : Malgré le nombre d'auteurs qui ont travaillé avec vous (Bergman, Fauque, Gainsbourg, notamment), on sent bien, dans cette compilation, une unité de ton et de personnalité étonnante.

Alain Bashung : On me dit parfois : "tu travailles avec quelqu'un qui est ton double". C'est faux, ça. J'ai plutôt besoin de quelqu'un de complémentaire plutôt que d'un clone. Ça ne me ferait pas avancer, d'avoir face à moi la même réflexion que la mienne. C'est la différence de perception qui fait naître un frottement - mais il faut que ce soit un frottement sympa, excitant.

Les ambiguïtés de "Ma Petite Entreprise"

Il y a alors toutes les ambiguïtés sur les textes de vos chansons, comme tout ce qu'on a pu dire de Ma Petite Entreprise. Je suis tombé des fois sur des gens qui m'ont sorti des définitions assez différentes. Quelqu'un y voit l'histoire d'une petite entreprise et s'arrête là. Et puis un autre va aller plus loin. C'est le type de la chanson qui a l'air d'être au premier degré, avec tout ce texte où le type fait du porte à porte, fait le tour du monde avec sa petite valise pour vendre je ne sais pas quoi. Et je n'ai cessé de penser à une femme quand j'avais cette chanson sous les yeux. C'est au fond une histoire sexuelle.

Pour le mec de la chanson, la dernière entreprise qui peut exister, c'est son amour pour cette femme.

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Il s'inspire directement de la chanson d'Alain Bashung, "Ma petite entreprise". Pierre Jolivet : "C'est une chanson très complexe, comme souvent les chansons d'Alain. Mais son point de départ rejoint celui du film, revaloriser l'image de la PME. C'est sympa, une entreprise, c'est une cellule de vie, où les gens se rencontrent, se parlent, s'affrontent parfois, mais s'en sortent par le travail."

Ce n'est pas un quiproquo que cette chanson soit utilisée pour une publicité de véhicules utilitaires ? Il y a un moment où les chansons s'échappent. Mais, quand j'ai écrit cette chanson, il y avait aussi mon agacement devant les relations de la France avec l'argent, avec l'esprit d'entreprise. Le type qui gagne de l'argent, c'est un salaud. Voilà qui est un peu court, comme raisonnement! Et je me suis dit qu'on ne peut pas continuellement brûler les mecs qui se réveillent le matin avec une idée qui fonctionne.

Quand j'étais gamin, l'argent était plus tabou que l'homosexualité, les gens qui en avaient se planquaient. C'est très récent qu'on parle d'argent, ce qui est même parfois très vulgaire. Mais, quand j'ai écrit cette chanson, on n'en parlait pas encore aussi librement et il fallait réussir tout en étant condamné. C'était très curieux : on nous demandait d'être performant, tout en nous coupant les ailes. Comment exister dans ce pays, alors ? Culpabiliser parce que quelque chose fonctionne, subir l'Amérique ? Quand on n'a pas de ronds, on est le dernier des connards ; quand on en a, on est une ordure. Achetez-moi du Valium, au moins !

Oh, il y a parfois des regards. Ils disent que je gagne du pognon facilement. Justement, c'est facile ? Il faut dire que c'est facile et puis se débrouiller. Vous êtes un gros travailleur ? Oui. Je crois que quand j'ai décidé de faire quelque chose, je trace, j'ai de la volonté. Quand je suis dans l'action, je n'ai pas l'impression d'être un bosseur, je suis heureux. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre ma tête est prise à faire, à vérifier, à envisager. Je m'aperçois que j'ai bossé beaucoup quand ça s'arrête. Alors, je peux avoir une déprime de trois jours.

Trente-quatre ans de carrière, vingt de succès et toujours pas de certitude : c’est pour cela, pour cette anti-langue de bois, pour cette extrême sensibilité, qu’on aime Alain Bashung.

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Alain Bashung a marqué l’histoire de la musique en France, il reste une référence pour la jeune génération.

Les débuts d'Alain Bashung

Une santé fragile contraint l'enfant à passer ses dix premières années chez ses grands-parents en Alsace. Le retour sur la capitale est marqué par une soif de tout découvrir, essentiellement dans le domaine musical. L'école n'intéresse guère l'adolescent qui se reconnaît volontiers dans les rythmes blues et rock américains. D'ailleurs c'est pour faire plus "anglish" qu'il coupera le "c" de son nom de famille... Il monte avec des amis à un groupe : The Dunces. En 1966 ses premiers 45 tours sortent, sans rencontrer un vaste public. Néanmoins, le jeune homme travaille pour les autres comme arrangeur et apprend ainsi son métier.

En 1973 Claude-Michel Schöenberg, pour son premier spectacle musical "La Révolution Française", lui offre le rôle de Robespierre. Il gardera dès lors le virus du jeu et y reviendra bien des années plus tard par le cinéma.

A près de 30 ans, les choses bougent enfin. Non seulement Bashung rencontre son parolier fétiche : Boris Bergman et le musicien Andy Scott, mais il sort un premier album "Romans Photos" qui lui permet, malgré un succès relatif, de sortir un second opus "Roulette Russe". Les titres "Bijou, bijou" et "Toujours sur la ligne blanche" préparent le jeune homme au triomphe que sera pour lui le single "Gaby" en 1980. Un certain cynisme, servi par des jeux de mots savoureux, baigné dans un humour sophistiqué, permettent au public d'adopter définitivement le chanteur.

Ainsi "Pizza", sorti en 1981, est très vite en tête des vente avec "Vertiges de l'amour". Spectacles et récompenses vont alors s'enchaîner. "Figure Imposée" marque bien cette liberté. En 1985 il revient à la tête des charts avec "SOS amor" et "Touche pas à mon pote". En 1987, "Passé le Rio Grande" déçoit une critique sévère, mais remporte une Victoire de la Musique. "Novice", deux ans plus tard, donne une tournure un peu plus noire à l'univers du chanteur. Histoire de ne pas faire mentir la légende "Chatterton" en 1994 brouille les pistes. Quant à "Fantaisie militAIRe", sorti en 1998, grâce entre autres à "La nuit je mens", il touche au coeur le public mais également la profession qui le récompense lors des Victoires de la Musique en 99 pour son album et pour le clip "La nuit je mens". Il est aussi sacré artiste de l'année. Il récidive l'année suivante puisqu'il est diStingué pour la bande originale de "Ma petite entreprise", un long métrage de Pierre Jolivet.

En 2002, sort "L'imprudence", un album qui regroupe treize titres auxquels collaborent "la vieille garde" : l'auteur Jean Fauque ou encore le guitariste Marc Ribot. Près d'une dizaine d'années après avoir donné son dernier concert, Alain Bashung renoue avec la scène en 2003. encore le CAnada. Une tournée sophistiquée teintée de rock qui est immortalisée dans un double CD "La tournée des grands espaces" qui sort l'année suivante.

"Bleu Pétrole" est le dernier album studio de l’artiste français. Sorti en mars 2008, il bénéficie de la plume de Gérard Manset mais aussi de celle de plus jeunes collaborateurs comme Gaëtan Roussel (Louise Attaque) et Arman Méliès.

Le cancer des poumons qui le ronge depuis un an aura finalement raison de lui le 14 mars 2009. Ce jour là, le chanteur pousse son dernier souffle à Paris à l’âge de 61 ans après avoir reçu, deux semaines plus tôt, trois trophées lors des 24èmes Victoires de la Musique.

Les collaborateurs de Pierre Jolivet

Outre les acteurs, Pierre Jolivet s'est entouré de fidèles collaborateurs. Il a collaboré à plusieurs reprises avec Claude Zidi : Les Ripoux, Association de malfaiteurs, Ripoux contre Ripoux, La totale, Profile bas. Avec Pierre Jolivet, il a co-écrit le scénario de Fred, dans lequel jouait déjà Vincent Lindon.

"Fred était un film noir, désespéré, dans lequel nous avons essayé de montrer que la dignité n'a rien à voir avec la classe sociale. Sans quitter cet esprit - et l'univers du monde du travail - Frédéric Bourboulon et moi-même avions envie d'aller vers quelque chose de plus positif.

"Les chroniques ne m'intéressent pas. Il fallait une intrigue. Simon Michaël, mon co-scénariste, connaît un petit patron de PME dont l'usine de bois a brûlé. Alors, on a inventé cette histoire de magouille à l'assurance. Tout le monde a des rapports compliqués avec les assurances. Tout le monde s'est dit un jour ou l'autre, en cas de sinistre : «Est-ce que j'essaye de me faire rembourser un peu plus ?» C'est un thème universel.

Ce qui demande du temps, c'est trouver comment surprendre le spectateur sans que ça paraisse factice, c'est trouver l'équilibre entre le récit, sa part humaine et sociale, et la comédie proprement dite. Partir du réalisme, et inventer des choses de cinéma qui nous étonnent. Confronter nos personnages à des situations un peu exceptionnelles. Ma Petite Entreprise, c'est une petite histoire.

1994 est une année importante car elle voit la sortie de l’album "Chatterton" sur lequel figure le titre “Ma petite entreprise”, bande originale du long métrage éponyme de Pierre Jolivet. Parallèlement à sa carrière musicale, Alain Bashung fait régulièrement des passages au cinéma : “Le petit pommier”, “Ma sœur chinoise”, “Je veux tout”, “Félix et Lola”, “J’ai toujours rêvé d’être un gangster”.

4 ans après l’album “Chatterton” l’artiste frappe fort avec l’album “Fantaisie militaire”, un opus incroyable qui touche au cœur notamment grâce à des titres comme “Sommes-nous”. Le public le plébiscite tout comme les professionnels qui le récompensent lors des Victoires de la Musique de 1999 comme artiste de l’année, album de l’année et meilleur clip pour “La nuit je mens”.

Pour le titre “La nuit je mens”, Jean Fauque est arrivé en studio et a proposé à Alain Bashung une dizaine de pages pour cette chanson. Lorsqu’Alain Bashung chante “La nuit je mens”, il raconte sa propre histoire sentimentale sous couvert des résistants de la Seconde Guerre Mondiale. Il est seul face à ses démons et le chanteur en pleine rupture amoureuse a du mal à passer à autre chose, il subsiste encore son écho, celui de son épouse. La guerre qu’il suggère est l’allégorie d’une bataille intérieure pour passer le deuil.

En 2008, il sort son dernier album studio “Bleu Pétrole”, l’auteur Gérard Manset est venu prêter main forte tout comme Arman Melies et Gaëtan Roussel du groupe Louise Attaque.

Alain Bashung est une force de la nature, il impose le respect puisqu’il est malade, atteint d’un cancer des poumons. Il trouve la force d’assurer une tournée mémorable et une série de concerts à l’Olympia en dépit des séances de chimiothérapie.

Une maladie qui aura finalement raison de lui le 14 mars 2009 : le grand Bashung s’éteint à Paris à l’âge de 61 ans après avoir reçu, deux semaines plus tôt, 3 trophées lors des 24èmes Victoires de la Musique (ce qui fait d’Alain Bashung le chanteur le plus primé de cette cérémonie).

Alain Bashung est le fils d'une mère d'origine bretonne, et d'un père algérien kabyle, qu'il n'a jamais connu. A l'âge d'un an Alain est envoyé, dans les environs de Strasbourg, chez les parents de son son beau-père. Il passe ainsi son enfance à la campagne avec une grand-mère qui ne parle pas le français. Il retourne à Paris en 1959, où il découvre les grandes figures de la chanson française et aussi celui d'Elvis Presley.

Son premier single, sorti en 1968 et quasiment introuvable, s'intitule "Les Romantiques". En 1973, Alain Bashung interprète Robespierre dans la comédie musicale "La Révolution française" et en 1977, il sort, avec Boris Bergman, le parolier, son premier album innovant, "Roman-photos" qui sera un échec commercial .Il poursuit en 1979 avec "Roulette russe", album très sombre et plus rock.

En 1980, sort le titre "Gaby oh Gaby", qui lui apporte enfin le succès, avec plus d'un million d'exemplaires vendus. En 1982, Alain travaille avec Serge Gainsbourg pour l'album "Play blessures". Cette une rupture. Un disque sombre, torturé, difficile d'accès (comme lui, peut-être?). En 1986, il publie "Passé le Rio Grande" qui renoue avec la veine de ses premiers tubes. Il renoue d'ailleurs avec Boris Bergman et le succès est au rendez-vous avec le titre "SOS Amor".

En 1991, il poursuit sa collaboration avec le même parolier pour "Osez Joséphine", qui contient aussi quelques reprises de classiques du rock américain. En 1992, Alain reprend "Les Mots bleus" de Christophe, dans une compilation soutenant la recherche sur le SIDA. En 1994, il sort Chatterton.

L'album "L'Imprudence" sort en 2002, acclamé par la critique et considéré comme le plus sombre de sa discographie. En 2004, paraît un double album live, "La Tournée des grands espaces". Il participe également au Daho Show. Il proposera également une création, L'Homme à tête de chou, autour de Serge Gainsbourg.

Il entame ensuite une tournée et est notamment programmé dans plusieurs festivals. Le 10 juin 2008, il commence une série de récitals à l'Olympia, malgré une chimiothérapie en raison d'un cancer du poumon. Le 28 février 2009, il remporte trois trophées lors des Victoires de la musique 2009, dont celui de l'interprète masculin de l'année. Avec un total de onze récompenses obtenues au cours de sa carrière, il est devenu l'artiste le plus primé de cette cérémonie.

« Ma petite entreprise connaît pas la crise. » On connaît la chanson… de Bashung, qui a manifestement inspiré le film (et en a composé la musique). Fort bien, on n’y voit aucun inconvénient. Le hic, c’est que cette oeuvre soigneusement réalisée et interprétée démarre bien, mais bifurque vite dans une direction humoristico-policière qui n’arrive pas à nous convaincre.

Sûr, c’est enlevé et la mise en place du décor et des personnages est plutôt bien vue : Ivan (Lindon), patron dédié à son travail, se trouve dans la mouise le jour où sa menuiserie brûle. Et puis, patatras, se greffe là-dessus une histoire d’escroquerie à l’assurance, qui va prendre des proportions exagérées et compromettre tout le capital socioréaliste du film. Voilà-ti pas que notre patron se met en tête de cambrioler le siège de sa compagnie d’assurances pour antidater une police qu’un courtier filou a omis de transmettre. Toute la famille et les ouvriers de la menuiserie s’y mettent et ça devient Mission : impossible, ou Le Pigeon (de Monicelli) pour être gentil, qui n’était déjà pas un chef-d’oeuvre.

Passé à coté de titres terribles que j'ai découvert après son décès. Depuis, je me suis ratrappé ... Et puis regret aussi, car pendant sa maladie, j'avais préparé une chronique sur Alain et puis ... crac ... son décès, hélas!

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