Immigration et Délinquance: Analyse des Statistiques en France
À l’approche des élections européennes, plusieurs candidats citent des statistiques officielles pour assimiler immigration et délinquance. Une partie de ces chiffres vient d’un document publié fin janvier par le service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI), qui montrent, en effet, une surreprésentation des auteurs présumés d’infractions étrangers dans certaines catégories.
Il est essentiel de comprendre les définitions utilisées pour interpréter ces chiffres. Selon la définition de l’Insee liée aux recensements, les étrangers correspondent aux personnes « qui réside[nt] en France et ne possède[nt] pas la nationalité française » tandis que les « immigrés » sont les « personnes nées étrangères à l’étranger et résidant en France ».
Qui plus est, même la définition d’« étranger » diffère entre l’Insee et le SSMSI. Autre confusion : ces chiffres du ministère de l’Intérieur évoquent des personnes « mises en cause » et non pas - comme peut le laisser penser la formulation « sont le fait de » employée par Jordan Bardella et Marion Maréchal - des personnes reconnues auteures par la justice. Il est important de noter que les personnes françaises et étrangères ne sont pas mises en cause pour les mêmes faits.
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Les Chiffres Clés et Leur Interprétation
Les chiffres cités par les candidats aux élections européennes permettent-ils pour autant de conclure à un lien causal entre immigration et délinquance ? Par exemple, les hommes jeunes sont de façon générale surreprésentés dans la délinquance. Notamment, les hommes de moins de 40 ans sont impliqués dans la plupart des affaires, tandis que les personnes mises en cause de plus de 50 ans sont en nombre non négligeable.
En 1990, sur les 754 161 personnes mises en cause, on a recensé 127 983 étrangers, soit une proportion de 17,0 %. En 1990, la proportion des étrangers varie de 96 % pour les infractions à la police des étrangers à 4 % pour les chèques sans provision. Les infractions à la police des étrangers ne touchent, évidemment, les Français que de façon marginale. En revanche, un quart des étrangers mis en cause le sont pour ce type de contentieux. Si on les exclut, on obtient une proportion d’étrangers de 13,2 %.
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Les dernières données publiées portent sur l’année 1990. Les faits élucidés s’élèvent, pour la même année, à 1 309 742 (taux d’élucidation de 37,5 %). Enfin, le nombre de personnes mises en cause est de 754 161 en 1990, soit 100 mis en cause pour 174 faits élucidés.
En 2016, le nombre de vols personnels avec violence ou menaces est estimé à 245 000. Les dégradations volontaires, en particulier contre les voitures, sont en baisse depuis 2007, baissent très légèrement depuis plusieurs années. Le nombre de cambriolages recule en 2016, plus nettement qu’en 2015, et les vols sans violence sont majoritairement des vols simples (vol d’objets accessibles de l’extérieur).
Il est supérieur à 9 sur 10 pour les chèques, les escroqueries, faux et contrefaçons, les vols à l’étalage, les infractions à la législation sur les stupéfiants, les délits à la police des étrangers. Il est de 7 à 8 sur 10 pour les atteintes aux mœurs, celles à la personne, à la famille et à l’enfant. En revanche, il oscille entre 1 sur 10 (vols liés à l’automobile et aux deux roues à moteur) et 4 sur 10 (vols à main armée avec arme à feu) avec des figures intermédiaires (autres vols avec violence sans arme à feu, cambriolages). Ce qui donne, pour les faits élucidés, une structure par infraction très différente de celle observée sur les faits constatés.
Tableau Comparatif : Nationalité et Type d'Infraction (1990)
| Type d'Infraction | Proportion d'Étrangers |
|---|---|
| Infractions à la police des étrangers | 96% |
| Chèques sans provision | 4% |
| Autres infractions (si l'on exclut les infractions à la police des étrangers) | 13.2% |
La Population Immigrée en France : Aperçu Général
L'immigration en France est un phénomène ancien. En 2015, 51 % des immigrés sont des femmes, contre 44 % en 1968. Une part importante des immigrés actifs (15-64 ans) est arrivée en France avant 1998, souvent pour des raisons familiales.
Le nombre d’acquisitions de la nationalité française, avec 114 300 nouveaux Français, baisse par rapport à 2016 (- 4,1 %). Environ 6 % des actifs sont étrangers. Le taux de chômage des étrangers est 2,8 fois plus élevé que celui des personnes de nationalité française (9 %).
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La majorité des immigrés sont originaires d'Europe de l'Est ou du Royaume-Uni. Un grand nombre sont nés dans un pays du continent africain, soit 2,7 millions de personnes. L'immigration africaine concerne surtout des pays autrefois sous administration française.
Il est essentiel de noter que la nationalité est un lien juridique qui relie un individu à un État déterminé. On devient français par acquisition, par exemple, par naturalisation.
Répartition des immigrés par continent de naissance (Source: Insee)
Pourquoi tant d’étrangers en prison ?
La priorité donnée, depuis quelques années, à la répression de l’immigration clandestine n’a pas été sans effet sur la population des prisons. On peut trouver un premier élément d’explication dans l’analyse de la structure des peines prononcées par les juridictions.
Mais la sorte d’infraction ne suffit pas à rendre compte de la surconsommation carcérale. Il faut remonter plus haut : quatre fois sur cinq, on entre en prison non comme condamné mais comme détenu provisoire. Cette évaluation est déjà prédéterminée, jusqu’à un certain point, en amont de l’intervention judiciaire, par le traitement policier de l’affaire.
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