Impôt Bernard Arnault : La position de LVMH face à la surtaxe en France

Lors de la présentation des résultats annuels de LVMH, Bernard Arnault a exprimé de vives inquiétudes concernant la surtaxe d’impôt sur les grandes sociétés, prévue dans le budget français pour 2025. Il a notamment dénoncé le risque de délocalisation que cette mesure pourrait entraîner. Cet article examine en détail les arguments d'Arnault, les implications potentielles pour LVMH et l'économie française, ainsi que les réactions à ses déclarations.

Bernard Arnault

Les critiques de Bernard Arnault

Bernard Arnault a vivement critiqué la surtaxe d’impôt sur les sociétés, la qualifiant d'incroyable et d'idéale pour encourager la délocalisation des entreprises. Il a souligné le contraste frappant entre l’optimisme qu’il a constaté aux États-Unis et la perspective d’une augmentation de 40 % des impôts pour les entreprises qui fabriquent en France.

Cette surtaxe, prévue pour les entreprises réalisant plus de trois milliards d’euros de chiffre d’affaires, impacterait directement LVMH, augmentant d’environ 40 % le taux de l’impôt sur les sociétés. Arnault a exprimé son scepticisme quant à la nature temporaire de cette mesure, en marge de la conférence de presse : « Personne n’y croit, une fois qu’on a augmenté les impôts de 40 %, qui va les baisser de 40 % ? » Il a également mentionné des alternatives proposées, sans toutefois fournir de détails.

Réaction du gouvernement

Interrogé sur RTL, le ministre de l’Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, Laurent Marcangeli, a qualifié cette perspective de « mal nécessaire » pour réduire le déficit public. Il a reconnu que la situation est compliquée et qu'il faut en tenir compte.

L'impact potentiel de la surtaxe

Selon Bernard Arnault, cette taxation exceptionnelle des bénéfices pourrait « pousser à la délocalisation ». Il a exprimé son dépit face à ce projet, affirmant que cela équivaudrait à taxer le "made in France". Une fois descendu de la tribune, le patron a pris des accents encore plus dramatiques : « On dit que ce supplément d’impôt va être annuel [et ne s’appliquer qu’en 2025], mais personne n’y croit. (...) Si tout ça aboutit, le chômage va continuer à augmenter, c’est certain.

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Le projet de budget pour 2025 prévoit en effet une « contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises », imaginée par le gouvernement Barnier et reprise par celui de François Bayrou. Son montant serait accru de 20,6 % pour les sociétés au chiffre d’affaires compris entre 1 et 3 milliards d’euros, et de 41,2 % pour celles dont les ventes dépassent 3 milliards d’euros (parmi lesquelles figure LVMH).

L'économiste Laurent Bach nuance cependant cet impact direct sur l'activité des usines françaises de LVMH. Il explique que l'impôt sur les bénéfices n'a pas en soi une répercussion sur le coût de production comme le ferait une taxe sur les matières premières. Si la production française de LVMH s’en trouvait réduite, ce serait parce que ses dirigeants auraient investi dans des pays à la fiscalité plus clémente, afin de soigner les bénéfices servis aux actionnaires. Si la surtaxe était prolongée, combien d'investisseurs choisiraient de déplacer leur mise hors de l'Hexagone ?

Il est important de noter que LVMH dispose de moyens considérables pour faire face à cette obole fiscale. Avec 13 milliards d’euros de profits l’an dernier, l’entreprise affiche un ratio de rentabilité bien supérieur à la norme du CAC 40. La contribution exceptionnelle ne ferait donc que ralentir la croissance de la fortune de Bernard Arnault.

La défense de LVMH et sa contribution fiscale

A la veille du défilé Louis Vuitton qui devait se dérouler dans la Cour du Palais des papes à Avignon, Bernard Arnault était à Paris pour répondre aux questions de la Commission d'enquête du Sénat sur les aides publiques aux entreprises. Dans ses réponses et celles des trois collaborateurs venus l'accompagner, un objectif: démontrer que le groupe LVMH «est probablement le plus patriote de tous ceux du cac 40», comme il l'a martelé.

Interrogé sur les mécanismes d'optimisation fiscale de l'entreprise et ses filiales dans des paradis fiscaux, tels que le Panama, le Luxembourg ou la Suisse, la première fortune de France a tenu à rappeler que son entreprise est celle qui paye «le plus d'impôts en France, alors que seulement 8% de son chiffre d'affaires est fait en France».

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Selon Bernard Arnault, LVMH a réglé pour près de 6 milliards d'euros d'impôts l'an dernier, dont près de la moitié en France. «Au total, ce sont 15 milliards d'euros d'impôts sur les sociétés payés sur 10 ans en France. En moyenne, ces dernières années, l'empreinte fiscale totale, c'est à dire impôt, TVA, charges sociales, c’est plus de 5 milliards d'euros par an», a tenu à rappeler le président directeur général du groupe de luxe lors de son audition au Sénat, mercredi 21 mai.

Le groupe qui a réalisé un chiffre d'affaires de près de 85 milliards en 2024 va devoir s'acquitter cette année d'une charge d'impôt sur les sociétés supplémentaire, du fait de la contribution fiscale exceptionnelle demandée aux grandes entreprises. Une augmentation de 40% que Bernard Arnault juge «subite» et dont il estime le surcoût à «700 millions d'euros cette année».

Lors de son audition, la direction de LVMH a rappelé que le groupe comptait 44 000 employés et que chacun de ces emplois en génère quatre fois plus chez les sous-traitants du groupe, soit «environ 160 000, ça fait 200 000 personnes en France».

Selon Cécile Cabanis, LVMH a ainsi perçu 275 millions d'euros, toutes aides confondues, en 2023, «qu'il convient de rapporter à une contribution fiscale de 3,8 milliards d'euros». Le gros de ces aides est constitué d'exonérations de cotisations sociales. Au final, l'entreprise bénéficie assez peu du Crédit impôt recherche (CIR) dont le montant a été chiffré à 30,6 millions pour la même année. Un montant quasiment équivalent au crédit d'impôt mécénat (CIM) de 32 millions d'euros dont LVMH a bénéficié.

«C'est à peu près 20-25% de notre chiffre d’affaires fait avec la détaxe», a indiqué Stéphane Bianchi, en sa qualité de directeur général du groupe. Ce qui, rapporté aux 8 milliards d'euros réalisés en France représenterait donc entre 1,4 et 1,7 milliards d'euros. S'il ne s'agit pas d'entrées d'argent directes pour le groupe, il s'agit d'une part de son chiffre d'affaires réalisé à bon prix par les touristes et capable de déclencher leur acte d'achat. Et une manne financière dont l'État accepte de se priver.

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Pendant près de deux heures, Bernard Arnault a répondu aux questions des sénateurs et tenté de défendre son groupe qui "attire particulièrement les critiques" en raison de sa "taille importante" selon lui. Parmi les accusations qui pointent régulièrement le géant du luxe figure celle d'optimisation fiscale.

La directrice financière du groupe, Cécile Cabanis, a également détaillé la contribution fiscale de LVMH en France, laquelle atteignait près de 4 milliards d'euros en 2023 dont 2,5 milliards d'euros au titre de l'impôt sur les sociétés.

La réforme mondiale de l'imposition des multinationales - Explique-moi l'économie - Numéro 28

Réactions politiques et réfutation des accusations de délocalisation

Suite aux déclarations de Bernard Arnault, des critiques ont fusé, notamment de la gauche, accusant le PDG de LVMH de menacer de délocaliser ses activités. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a ironisé sur le « patriotisme en carton » d’Arnault.

En réponse à ces critiques, le groupe LVMH a diffusé un communiqué dans lequel Bernard Arnault réfute toute velléité de départ : « Je n’ai bien entendu jamais dit que nous allions délocaliser le groupe LVMH. Cette affirmation est fausse. Le groupe LVMH est fier d’employer directement et indirectement près de 200 000 personnes en France, et d’être année après année le premier recruteur privé de France. »

LVMH a également précisé sa contribution fiscale, indiquant payer près de 6 milliards d’euros d’impôt sur les sociétés dans le monde, dont 40 % en France. Le groupe souligne que bien que seulement 8 % de son chiffre d’affaires soit réalisé en France, 40 % de son impôt y est payé, illustrant la concentration de ses résultats en France et son engagement envers le "made in France".

Tableau récapitulatif de la contribution fiscale de LVMH

Type d'impôt Montant (en milliards d'euros) Répartition géographique
Impôt sur les sociétés (2024) 5.79 40% en France
Contribution fiscale totale annuelle 5+ France
Aides publiques perçues (2023) 0.275 France
Impôts en France

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