La PME artistique de Xavier Veilhan: analyse et explication
De l’infiniment petit à l’immensément grand, le monde nous échappe. La science tente de l’éclairer. Mais, à force de courir après les mystères du monde, elle s’éloigne de nous. Nous restons là, stupides, devant le cosmos. Et si l’art pouvait rétablir un lien ? C’est le pari de Xavier Veilhan et Alexis Bertrand.
Au cœur d’une structure modulable, tramée de fils, de tubes et de sons, ils font surgir devant nous ces innombrables images que les savants ont forgées - ont rêvées ? - pour rendre raison du réel. Ils figurent ce qui nous dépasse, ramènent l’imperceptible à d’humaines dimensions, rendent visible l’invisible. Font entendre les rythmes inouïs, les harmonies silencieuses. La pensée est sensible : saisir, entendre, c’est comprendre ; savoir, c’est savourer. Qu’on ne s’attende donc pas à une froide et abstraite leçon.
Cet échange est désormais disponible en replay : Après sa traversée transatlantique inédite à bord du voilier We Explore avec le navigateur Roland Jourdain - aventure qui lui a permis de créer, en mer, des œuvres dans un atelier autonome alimenté par l’énergie musculaire et de les acheminer au Brésil pour une exposition, tout en trouvant le Temps d'adresser un message aux étudiants de Sciences Po - Xavier Veilhan devient le premier titulaire de la chaire Arts Visuels de la Maison des Arts & de la Création.
Première étape de son parcours au sein de l’institution, une rencontre publique réunira l’artiste et Martin Bethenod - auteur, éditeur, commissaire d’exposition, et depuis peu directeur du CNAP - pour revenir sur son parcours, présenter ses œuvres et interroger, avec les étudiants, les enjeux qui sous-tendent sa pratique. Artiste protéiforme dont l’œuvre, depuis les années 1990, traverse la sculpture, la peinture, le dessin, le spectacle, la vidéo ou encore la photographie, Xavier Veilhan poursuit son parcours à Sciences Po avec trois rencontres-ateliers permettant aux étudiantes et étudiants d’arpenter le studio de l’artiste, d’explorer la ville sur les traces des œuvres d’art dans l’espace public, et de participer à une séance d’écoute faisant dialoguer musique et arts visuels, en présence de Cyrus Goberville, Responsable de la programmation culturelle de la Bourse de Commerce - Pinault Collection.
Savoir saisir le réel
La pratique de Xavier Veilhan est inextricablement liée au réel, à son essence et à son dévoiement ensuite. « L'idée est entretenue par un flux, c'est plutôt de la cueillette que de l'invention. Il y a des thèmes récurrents, épars, que je ramasse suivant les circonstances et mes intérêts. J'ai une liste d’obsessions récurrentes. On a toujours une mise en orbite en pétales, on part du cœur et on fait une circonvolution autour d'une même boucle. La sensibilité d'un artiste se rapproche de celle d'un appareil photo par la capacité à capter des information ténues, que d'autres gens auront laissées de côté. Il faut juste laisser parler les éléments autour de soi plutôt que d'écraser le réel, il faut être dans une discrétion et une hyper acuité.»
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Récapituler sa quête revient à suivre les multiples facettes d’un artiste qui jongle avec la science et l’art, entre classicisme formel et haute technologie. Différentes séries, menées en parallèle, témoignent de la diversité de sa création qu’il est difficile de simplifier sans tomber dans la caricature. En témoignent pour Marc Pottier, ses œuvres au De l’air/ 313 Art Project Paris, au futur parc de sculptures d’Oxford, un prochain cahier de dessins aux presses du réel, et de projets prometteurs en 2022.
Une architecture d’exposition et d’atelier
Avec Orchestra, Xavier Veilhan explore une modalité où l’art ne se contente pas d’être montré mais de devenir un dispositif vivant. Ce n’est pas une simple évolution, mais une involution définissant une nouvelle manière d’envisager la pratique artistique qui déclinait récemment l’efficacité visuelle de ses procédés. Tout commence avec Le Monument, arche rouge démesurée, surmontée de sculptures humaines réalistes aux proportions discordantes ainsi que de branchages et de fleurs, réintroduisant l’élément naturel dans son univers.
Veilhan orchestrant l’ambiguïté originelle de sa démarche entre domestique et monumental, découvre l’imaginaire hors du commun empruntant autant à l’histoire de l’art qu’à l’histoire du design. Il agence une salle en planifiant le dialogue entre ses Stabiles et une peinture d’arbre sobre et élégante. Les Pendule Dripping, ces peintures réalisées par le mouvement giratoire d’un poids suspendu par un filin, témoignent d’une volonté d’expérimentation et de renouvellement continu des formes.
La série Gorilla, Gorilla, Gorilla exposée en pleine lumière, fonctionne moins bien que les sculptures Alice et Marine, qui appuient la visée d’une œuvre ayant définitivement renoué avec la personne. Dans les Rayons, les lignes pures, maintenues au sol par un anneau d’acier et s’étirant jusqu’aux murs, créent une orchestration monumentale et intime à la fois. La pratique de Veilhan oscille entre expérimentation physique et création intime, et semble même se tourner vers la force de gravité.
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Dans l’atelier de Versailles et ses environs, la démarche devient une véritable extension d’un cabinet de curiosités - une Masterclasse lors du 40e anniversaire du Centre Pompidou, où l’artiste revient sur ses techniques et les méthodes de travail qui soutiennent ses œuvres. Son engagement pour une collaboration transdisciplinaire se lit aussi dans les projets Architectones (2012-2014) et Studio Venezia (2017), où architecture et sculpture fusionnent dans des contextes emblématiques.
La dimension humaine et sociale de l’atelier
Né dans une famille de musiciens, Veilhan se décrit comme un « artiste visuel » qui cultive une communauté d’échange et de collaboration. Il travaille dans son atelier du 11e arrondissement de Paris avec de nombreux collaborateurs, un lieu où la discussion est au cœur de la pratique. « C’est un lieu où des choses s’échangent… la discussion est au centre de mon travail car pour beaucoup, la volonté de l’artiste est d’échapper au langage par des formes qui le transcendent », affirme-t-il.
Alexis Bertrand souligne que l’atelier a gagné en professionnalisation et en vitesse, sans perdre l’énergie dynamique qui anime l’équipe. « La petite mécanique énergique reste intacte… Veilhan impulse systématiquement, dessine le plus souvent avant de s’agréger les compétences nécessaires à la matérialisation de son idée », résume-t-il. L’équipe, composée de designers, développeurs, scénographes et même des scientifiques, devient ainsi un véritable prolongement de l’artiste dans une PME créative.
La démarche versaillaise s’insère dans une logique d’exposition qui cherche à créer des souvenirs-image, plutôt que d’accumuler des objets purement décoratifs. « Versailles est un paysage artificiel », confie Veilhan, et l’artiste souhaite installer des objets qui ne passent pas inaperçus, afin de permettre au visiteur de conserver de nouveaux souvenirs, à travers des maquettes et des simulations numériques.
Versailles et les Architectones: une réécriture du passé
La présence de Claude Parent dans l’atelier témoigne de l’importance accordée à l’histoire et au dialogue avec des figures architecturales majeures. Le studio Venezia et les Architectones réécrivent l’espace public comme un musée vivant d’archétypes architecturaux, où les monuments deviennent des portraits en trois dimensions, puis des sculptures qui dialoguent avec leur environnement.
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Le travail autour du Rhinocéros au Centre Pompidou illustre aussi la façon dont Veilhan mêle poésie et technique dans le cadre d’un bâtiment emblématique. Le Rhinocéros est à la fois minimaliste et pop, évoquant un objet industriel - un équilibre entre tradition et modernité que l’artiste poursuit dans chacun de ses projets.
Cette intégration du passé et du contemporain se reflète dans l’ensemble de l’œuvre veillant à ne pas figer l’art dans un musée, mais à l’inscrire dans la vie urbaine, l’espace public et les lieux culturels en mouvement.
Conclusion non formelle: l’atelier comme modèle d’organisation de l’art
La dynamique de Veilhan illustre une manière moderne de penser l’art: un lieu d’échanges, de co-création et d’expérimentation, où les frontières entre disciplines s’estompent et où la technique rencontre la sensibilité. Le modèle de la PME artistique - une équipe, une architecture d’action, des collaborations qui s’agrègent autour d’un projet - permet de comprendre comment un artiste peut transformer le réel et l’imaginaire en une expérience accessible et immersive pour le public.
Entretiens sur l'art avec Xavier Veilhan
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