Caractéristiques et fonctionnement du modèle entrepreneurial allemand

L’Allemagne est une grande nation exportatrice. Mais les exportations ne font pas tout ! Nous allons t’expliquer ici pourquoi l’Allemagne est considérée comme un pays développé, quel est son type d’économie et quels éléments rendent cette économie si performante.

Un moteur industriel et exportateur

L’industrie allemande joue un rôle important. En Allemagne, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée brute est de 26,6 %, soit la plus élevée de tous les pays du G7. Les secteurs les plus forts sont la construction automobile, l’industrie électrique, le génie mécanique et la chimie. L’Allemagne fait partie avec la Chine et les États-Unis des trois plus grandes nations exportatrices. En 2022, l’Allemagne a exporté des marchandises pour une valeur de 1 576 milliards d’euros. Le taux d’exportation est de 50,3 %.

En considérant l’importance du commerce extérieur pour son produit intérieur brut (PIB), l’Allemagne est l’économie la plus ouverte des États du G7. La part du commerce extérieur est de 98,6 % : c’est la somme des importations et exportations par rapport au PIB. L’Allemagne vit de la liberté des échanges, les stimule et s’investit pour des relations ouvertes et sur un pied d’égalité avec tous les pays.

Le cœur du modèle : le Mittelstand

Mais la véritable force de l’Allemagne réside ailleurs : Le cœur de l’économie allemande, ce sont les entreprises de taille moyenne. En effet, en Allemagne, 99,6 % des entreprises ont un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros et emploient moins de 500 personnes. Le Mittelstand, cœur véritable de l'économie allemande, désigne des entreprises de taille moyenne : entre 250 et 5000 personnes, 50 millions € à 1,5 milliard € de chiffre d'affaires. Mais c'est le critère qualitatif qui les caractérise foncièrement. Ces entreprises appartiennent à leurs familles fondatrices depuis plusieurs générations ; elles poursuivent des objectifs d'accumulation financière leur conférant une très grande robustesse, laquelle leur permet de supporter le risque capitalistique : innovation, investissement, exportation.

Cette configuration assure une grande capacité à préserver les emplois, notamment en temps de crise. Les collaborateurs détiennent un savoir-faire accumulé au sein de l'entreprise. Les licencier seulement pour faire face à un retournement conjoncturel représente un risque important pour l'entreprise qui pourrait voir disparaître un savoir-faire précieux. C'est la raison pour laquelle travailleurs et employeurs ont compris que la meilleure façon de garantir cette sorte d'optimum économique et social résidait dans la capacité de l'entreprise à préserver une structure financière la mettant à l'abri des chocs conjoncturels : modération salariale et préservation à long terme de l'emploi sont les leviers puissants du modèle économique et social qui gouverne la vie des entreprises.

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Au fond, salariés et entrepreneurs ont compris que la meilleure façon de répondre simultanément au risque de chômage comme aux défis de la concurrence résidait dans la capacité de l'entreprise à s'assurer des fonds propres importants. Ils constituent la force de frappe de l'économie allemande. Comme le rappelle Isabelle Bourgeois, "employeur et employés forment dès lors une communauté ouvrant droit au partage des richesses : sans capital pas de travail (responsabilité du patron) - sans travail pas de capital (celle des salariés)".

Les "champions cachés" et la spécialisation industrielle

Le Mittelstand est le principal moteur de l'innovation et de la technologie en Allemagne et jouit à juste titre d'une grande réputation internationale. Pour rester compétitives, les PME doivent constamment se repositionner. Leur stratégie ? Elles sont des partenaires fiables et nécessaires - car hautement spécialisées - pour les grandes entreprises et assument des tâches tout au long de la chaîne de valeur. De nombreuses entreprises du Mittelstand allemand, principalement des entreprises familiales, sont leaders sur le marché mondial : on les appelle les « champions cachés ».

Par exemple, Wickert originellement spécialisée dans la production de presses hydrauliques, a transposé son savoir-faire de l’industrie automobile et aéronautique dans l’industrie pharmaceutique. Autre champion caché : Mennekes. Ce leader de l’électromobilité a développé la première prise de charge lors de la sortie de la première Tesla. Le point commun des entreprises du Mittelstand allemand : une culture d’entreprise dans laquelle la propriété et la gestion sont dans la même main - et donc aussi la responsabilité et le risque.

Innovation, recherche appliquée et numérisation

Grâce à l’intelligence artificielle, la numérisation fait un nouveau pas en avant décisif. Avec ses grandes associations de recherche telles que la Fraunhofer qui mène des recherches orientées vers la pratique et l’application, l’Allemagne a un rôle de leader dans l’utilisation de l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique dans la production industrielle.

Les innovations aident l'humanité et c'est particulièrement visible dans l'économie de la santé. Sans une recherche forte, les vaccins contre le coronavirus n'auraient pu être développés en si peu de temps. Et sans la flexibilité de l'industrie, autant de millions de vaccins n'auraient pu être produits dans un laps de temps si court. En Allemagne, les capacités de l'économie de la santé vont de la recherche pharmaceutique à la production de médicaments, des laboratoires à la technique médicale. La technique médicale est pour l'Allemagne un véritable succès à l'exportation, mais certes peu connu. L'Allemagne est le principal fabricant de technique médicale en Europe avec plus de 25 % du marché. Et au sein de l'Allemagne, c'est le Bade-Wurtemberg qui, avec plus de 25 % également, représente le plus important site de production.

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Formation professionnelle et capital humain

Une économie productive et axée sur les technologies de pointe repose sur la bonne formation des salariés. On recense ainsi en Allemagne 324 métiers d'apprentissage dans l'industrie et l'artisanat, le service public, l'économie domestique, l'agriculture, la marine et « les professions libérales ». Pour ces métiers, il existe des cursus bien établis qui sont sanctionnés par un examen. L'apprentissage se déroule en partie en entreprise, même dans plusieurs entreprises mais aussi à l'école professionnelle qui dispense des enseignements techniques et généraux : C'est ainsi que fonctionne le système d'apprentissage professionnel en alternance, connu dans le monde entier. De cette manière, toutes les compétences nécessaires à l'exercice du métier sont transmises et les apprentis posent les bases d'une carrière professionnelle riche et diversifiée.

Un modèle économique fondé sur l'ordolibéralisme et l'économie sociale de marché

Les origines du modèle allemand renvoient à la manière dont un certain nombre d'universitaires allemands de l'Université de Fribourg-en-Brisgau ont analysé la crise de 1929, courant connu sous le nom d' "ordolibéralisme". L'approche est volontairement pluridisciplinaire puisqu'elle mêle des économistes (Walter Eucken), des juristes (Hans Grosmann Doerth), des fonctionnaires (Franz Böhm), des sociologues (Wilhelm Röpke). Politiquement, c'est Ludwig Erhard, père de la réforme monétaire de 1948, qui incarne la stratégie d'économie sociale de marché.

L'ordolibéralisme développe une philosophie politique dans laquelle la légitimité sociale fondamentale réside dans la société ; l'État intervient comme garant d'un ordre social qui le précède. Dans un discours prononcé le 21 avril 1948, Ludwig Erhard affirmait ses principes : "Il faut libérer l'économie des contraintes étatiques. L'objectif que poursuit l'ordolibéralisme est la quête d'un ordre économique, social et politique 'digne de l'homme' qui permette de satisfaire ses besoins matériels mais aussi ses aspirations morales (justice, égalité, liberté)." D'où l'opposition farouche de ce courant de pensée aux monopoles et aux cartels considérés comme une entrave au jeu équitable du marché.

La politique économique "ordolibérale" repose pour beaucoup sur une réfutation des conceptions keynésiennes. Son rôle est d'assurer le bon fonctionnement de l'économie. Loin d'être employée à sa stimulation, la fonction qui lui est assignée est la stabilité et ce dans une perspective de moyen terme. A rebours de l'arbitrage entre inflation et chômage, les politiques budgétaire et monétaire doivent éviter de perturber la détermination des prix par le marché et la concurrence.

Dans l'éthique ordolibérale, l'activisme monétaire organise un transfert déguisé de richesses des uns au profit des autres. C'est la raison pour laquelle la monnaie doit échapper aux conflits politiques et être transférée à un organe indépendant, la Banque centrale. L'autre caractéristique de l'économie sociale de marché, et non la moindre, c'est la responsabilité des entrepreneurs et des salariés dans la répartition de la richesse produite par les entreprises. Là encore, à l'inverse du modèle français pour lequel la protection sociale relève foncièrement de l'intervention de l'État, les Allemands ont lié le progrès social à l'interférence publique.

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Structures juridiques et diversité des formes d’entreprise

Selon l’Office fédéral de la statistique, il y avait environ 2,05 millions d’entreprises individuelles (59 %), 417 500 sociétés de personnes (12 %) et 833 900 sociétés de capitaux (24 %) en Allemagne en 2023. Sur ces près de 3,5 millions d’entreprises, environ 3 millions en Allemagne comptaient moins de 10 employés. Cette diversité montre à quel point les modèles économiques peuvent être structurés différemment, selon la taille, les besoins en capital et la tolérance au risque.

Choisir la structure appropriée a un impact direct sur votre responsabilité, votre charge fiscale, vos options de financement et votre réputation. Cet article présente les formes d’entreprises les plus importantes en Allemagne, de la GmbH très répandue à la société en commandite et au commerçant enregistré.

Principales catégories

  • Sociétés de personnes (par exemple, GbR, OHG, KG, PartG)
  • Sociétés de capitaux (par exemple, GmbH, UG, AG)
  • Entreprises individuelles (entreprise individuelle libérale, petite entreprise selon la section 19 de l'UStG, commerçant enregistré)

Points clés sur les formes juridiques

  • GbR : pas d’inscription au registre du commerce, responsabilité personnelle, adaptée aux freelances et coopérations simples.
  • PartG : destinée aux professions libérales (médecins, avocats), pas de capital minimum, responsabilité personnelle.
  • OHG et KG : flexibilité contractuelle, responsabilité des associés selon la forme.
  • GmbH : capital social minimum 25 000 €, responsabilité limitée, image professionnelle auprès des banques.
  • UG : création possible avec 1 €, obligation de mise en réserve jusqu'à 25 000 €.
  • AG : capital minimum 50 000 €, organes de gouvernance distincts, accès aux marchés de capitaux.
  • Entreprise individuelle : forme la plus courante, règles fiscales différenciées, régime Kleinunternehmer pour les très petits revenus.
FormeCapital minimumResponsabilitéUsage courant
GmbH25 000 €LimitéePME, startups
UG1 €LimitéeStartups, entrepreneurs solo
AG50 000 €LimitéeGrandes entreprises cotées
GbR / OHG / KGAucunIllimitée pour certains partenairesPetites activités, familles

Fiscalité et régime des petits entrepreneurs

L'assujettissement à la TVA s'applique en principe à toutes les entreprises, sauf pour le régime des petits entrepreneurs (Kleinunternehmerregelung). Le Kleinunternehmerregelung est un régime fiscal simplifié destiné aux entrepreneurs individuels dont le chiffre d'affaires annuel reste modeste. Exonération de la TVA : les petits entrepreneurs bénéficiant de ce régime ne facturent pas de TVA à leurs clients. Le plafond de 22 000 euros pour bénéficier du régime est relativement bas. En Allemagne, environ 2,1 millions de travailleurs indépendants bénéficient de ce statut grâce à sa simplicité et à l'exonération de TVA, un avantage qui permet aux petites structures de proposer des tarifs compétitifs.

Implications fiscales générales : les bénéfices des entreprises individuelles et des sociétés de personnes sont soumis à l'impôt sur le revenu au niveau des partenaires ou du propriétaire. Les sociétés de capitaux sont soumises à l'impôt sur les sociétés (15 %) plus la surtaxe de solidarité et la taxe commerciale. Les distributions aux actionnaires entraînent une autre taxe forfaitaire (25 %), ce qui peut résulter en double imposition.

Défis contemporains : transition énergétique, numérique et pénurie de main-d’œuvre

Le changement climatique menace les fondements de la prospérité et de la croissance au point que seule une économie durable est porteuse d'avenir. C’est valable aussi pour l’industrie et ainsi, dans une certaine mesure, pour un pays industriel dépendant de l’énergie tel que l’Allemagne. Mais grâce à la stratégie allemande de développement durable portée par le gouvernement fédéral, les entreprises industrielles allemandes occupent déjà aujourd’hui une place de choix à l’international grâce à ses technologies, équipements et produits économiques en énergie, en ressources et peu polluants. Actuellement, environ la moitié de l’électricité provient de sources renouvelables. Avec le tournant énergétique, l’Allemagne contribue activement à la lutte contre le changement climatique et à la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. L’objectif est d’arriver à la neutralité climatique en 2050.

L’Allemagne fait face à un vieillissement de la population et un manque de travailleurs qualifiés. Les secteurs qui manquent le plus de main d’œuvre qualifiée sont les domaines de la science, des technologies, l’ingénierie, les mathématiques et la santé. Le gouvernement allemand a fixé dans sa loi pour la protection du climat des objectifs de réduction des émissions carbone de 65 % d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2045. Pour atteindre ces objectifs, un ensemble de mesures de soutien dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’industrie, des bâtiments et de l’agriculture est engagé.

De nombreuses PME allemandes ont un vrai retard à rattraper en matière de transformation numérique. Les grandes entreprises ont mieux réussi leur transformation, encore plus depuis la crise du corona. Ce retard est dû à une peur des PME de perdre leur place sur le marché si elles concentrent leurs efforts sur la numérisation. Pour que les PME puissent continuer à jouer ce rôle clé d'innovateurs, le BMWi (Bundesministeriums für Wirtschaft und Energie) les place au centre de sa politique économique.

Politiques publiques et débats sur la transférabilité du modèle

Avec la double crise, d'abord financière mondiale, puis des dettes publiques et de la zone euro, le contraste est apparu saisissant entre, d'un côté, les stratégies économiques marquées par l'utilisation active des politiques économiques destinées à une stimulation permanente de la consommation par l'endettement, et, de l'autre, les stratégies fondées sur le souci de maîtrise des déficits et de l'endettement et la compétitivité des entreprises.

Dans le modèle économique allemand, le fond de la stratégie économique consiste à confiner la politique économique dans un rôle limité. Au lieu de viser à une stimulation de l'activité, son orientation est destinée à poursuivre un objectif de stabilité, le rôle de l'État étant essentiellement de veiller à un ordre économique et social dans lequel la concurrence peut opérer d'une façon vertueuse. La croissance repose tout entière sur la compétitivité des entreprises.

Très invoqué dans les controverses publiques notamment depuis qu'il affiche des résultats brillants en pleine crise, le modèle allemand est pourtant mal connu, notamment en France où son instrumentalisation peut se révéler à double tranchant : modèle certes admirable mais non transposable dans une réalité économique, sociale et politique bien différente ; modèle détestable où les travailleurs sont sommés de sacrifier les avantages acquis. Certains estiment que l'Allemagne a atteint ses limites : « L’Allemagne, dit-on, a bradé son modèle social. Pour revenir au plein-emploi, l’Allemagne a avant tout cassé ses standards sociaux. On ne peut pas la copier sans mettre fin à l’État-providence. »

Perspectives et recommandations d'organismes internationaux

Dans sa dernière étude économique sur l’Allemagne, présentée par son secrétaire général Angel Gurría, l’OCDE fait naturellement état de résultats économiques impressionnants en Allemagne. L’étude de l’OCDE souligne en effet que le pays « est aujourd’hui confronté à un retour cyclique des taux de croissance plus lents et à des défis pour poser les bases d’une croissance à long terme ». Quelles sont les pistes de développement préconisées par l’OCDE ? Celle-ci insiste en particulier sur la nécessité de réformes destinées à stimuler la demande intérieure, de façon à améliorer les conditions générales de l’investissement et de l’innovation. Deuxième point fort de l’étude : un chapitre entier est consacré à la croissance verte. Il insiste sur le fait que l’Allemagne, pays précurseur en la matière, doit renforcer l’efficience de sa politique environnementale si elle veut atteindre, à un coût raisonnable, les objectifs ambitieux qu’elle s’est fixés en matière de lutte contre le changement climatique.

Le rapport pointe encore le risque de pénurie de main d’œuvre lié au vieillissement de la population allemande. Pour y faire face, l’OCDE préconise d’investir dans les compétences et de favoriser l’activité à temps plein des femmes en réduisant la contre-incitation fiscale qui touche les seconds apporteurs de revenus d’un foyer et en développant les structures de garde d’enfants.

Comment s’implanter en Allemagne : conseils pratiques

Vous êtes une PME française et vous souhaitez vous développer en Allemagne ? Avant de se lancer à la conquête du marché allemand et de son Mittelstand, il faut avoir une approche directe et maîtrisée. Votre produit doit avoir une valeur ajoutée différenciante pour trouver sa place dans l’écosystème d’entreprises allemandes très regardantes sur la fonctionnalité et l’innovation des produits. Privilégiez une prise directe avec le marché pour garder la main sur la commercialisation de votre produit ou service. Inspirer confiance dans la durée. L’implantation via la création d’une filiale est la meilleure façon de montrer aux acteurs du marché allemand l’envie de s’inscrire sur le long-terme.

Lorsque’il s’agit de changer de fournisseur, les Allemands adoptent un conservatisme prudentiel. En contrepartie, ils vous seront fidèles. Pour gagner leur confiance, il est important de « germaniser » son image : documentations de qualité et site web détaillé, communiqués on et offline, interventions d’experts et networking dans les colloques et forums spécialisés, adhésion aux fédérations professionnelles et clusters, présence continue dans les salons, coopération avec les écosystèmes R&D et universitaires. Assurer un service client à l’allemande pour germaniser son approche commerciale.

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