Biographie et philosophie de Michel Cazenave

Michel Cazenave est écrivain, philosophe, poète et un des spécialiste de l’œuvre de Jung. Il a consacré une grande part de son activité à la production d’émissions sur la pensée philosophique et la spiritualité (Les Vivants et les Dieux).

Jeunesse et questionnement existentiel

Au départ, je suis déjà né pour remplacer un frère mort, et je l’ai toujours su ; je me suis demandé toute ma jeunesse si j’existais réellement ou si je n’existais pas à sa place. Les mêmes questions se posaient : « Quel est le sens de ma vie ? Pourquoi suis-je là et pour quoi faire ? ». Ce sont vraiment des processus de transformation très profonds dont l’on ne sort pas indemne. En tout cas, vous n’en ressortez pas comme vous y êtes entré. Le moi que l’on a construit disparaît complètement et on est confronté aux mystères mêmes de la vie.

Expériences décisives et cheminement intérieur

Honnêtement, je n’en sais rien. Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Vers la cinquantaine, je pensais avoir résolu beaucoup de questions, mais, lors du décès de mon épouse, je me suis rendu compte que je n’avais fait qu’une partie du chemin. Et les interrogations étaient (elles sont toujours présentes) : « Quel est le sens de tout cela ? Pourquoi je suis venu sur terre ? Quel est le cœur de la réalité ? » Bien sûr, j’ai obtenu des réponses, mais je pense qu’elles sont très provisoires. Actuellement, c’est là où j’en suis. Et demain ?... J’ai appris à ne rien considérer comme définitivement assuré. Je suis en chemin vers… Vers quoi, au juste ? Je n’en sais rien. Il y a tout de même une chose dont je suis sûr : c’est que ce chemin, qu’il me plaise ou non, il me faut le parcourir.

Vision cyclique de l’histoire et humilité

Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes, en même temps, à la fin de plusieurs cycles (de culture et de civilisation, un cycle religieux - le christianisme me parait moribond - et un cycle économique). Je me demande même si nous ne sommes pas (heureusement !) à la fin de la prédominance du masculin. Mais les changements de cycles prennent beaucoup de temps. Par exemple, il nous a fallu quatre bons siècles pour passer de l’empire romain au christianisme ! Alors, arrêtons l’illusion du « Tout est pour demain ». Sans vouloir paraître trop « new âge », nous devons aussi considérer que nous arrivons en même temps à la fin d’un cycle astrologique (nous passons de l’ère du Poisson à celle du Verseau). Mais vers quoi tendons-nous ? Pour l’instant, nous serions plutôt dans la nuit complète ! Mais au regard de l’histoire, il n’y a pas de raison pour que tout se termine aujourd’hui. La vie ne va pas s’arrêter là. D’ailleurs, l’homme n’est peut-être pas la dernière phase de l’évolution. Arrêtons de nous dire que nous sommes la gloire de la création ! Nous n’en sommes peut-être qu’un stade, comme les autres espèces avant nous…

Sur les certitudes et le doute

Oui - mais alors ?... Avec l’âge, on apprend à dire : « Je ne sais pas ». J’ai beaucoup moins de certitudes que je n’en avais à trente ans ! Les certitudes sont le propre de la jeunesse. Quand je regarde en arrière, je dois bien penser : « Qu’est-ce que je me suis trompé ! »

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Valeurs fondamentales

Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attaché ? Ma première valeur, c’est l’amour, car je pense profondément que lorsqu’une femme et un homme s’aiment réellement, le divin est toujours entre eux. Et cet amour en est la manifestation. Ensuite, vient l’honnêteté, et j’y englobe évidemment l’honnêteté intellectuelle. Je ne supporte pas ces gens qui vous vendent de la fausse marchandise en profitant de l’ignorance qu’ils vous supposent. Il y a aussi l’amour du prochain, mais je me demande si ce ne sont pas les traces de mon éducation chrétienne. Est-ce que vraiment cela va de soi - ou plutôt, un peu trop de soi ? Je ne sais pas, à nouveau.

Conditionnement, liberté créatrice et recherche du soi

Mais en même temps, c’est toujours extrêmement difficile d’arriver à discerner ce qui est de l’ordre du conditionnement que nous avons reçu, et de celui de la vraie liberté créatrice. Là, je l’avoue, je ne sais vraiment pas. Après cela, y a-t-il encore beaucoup de voiles à enlever ? L’amour que j’avais pour ma femme, et qui a duré des dizaines d’années, s’imposait. Quant à l’honnêteté, elle exige constamment un examen de soi. Je me pose toujours la question : « Es-tu fidèle à toi-même ? ». Mais à quel soi-même ? L’ai-je vraiment découvert ? Pour l’instant, je dirais que le « soi-même », c’est ce qui n’est pas de l’ordre du moi (le moi construit selon les valeurs collectives). C’est beaucoup plus, c’est la présence du divin en moi.

Entretien de Jacques Halbronn avec Michel cazenave 3 à Paris

La dimension du divin et de la croyance

Mais alors, qu’est-ce que le divin ? Je « sais » que c’est quelque chose qui me dépasse complètement, qui est à la source de tout. J’en suis fermement convaincu, mais je ne peux pas le démontrer : c’est de l’ordre de ma croyance la plus profonde. Et si cette croyance a été longue à acquérir, elle guide aujourd’hui ma vie. Ce que je peux transmettre serait plutôt de l’ordre de ce que je porte en moi, que de l’ordre de la connaissance. Et en même temps, ce que je ressens dans le cœur de mon cœur, cette intuition de quelque chose qui me dépasse infiniment, est-ce de l’ordre d’une transmission ou d’un témoignage ? Je pense que cela relève en fin de compte du témoignage.

Raison, expérience et transmission

Ce qui est paradoxal, c’est que j’ai passé toute ma vie à transmettre et que mes émissions radiophoniques étaient de l’ordre de la connaissance en tant que telle ! Sur le fond, je pense qu’il n’y a pas de « connaissance » qui ne soit d’abord bâtie sur une expérience vécue. Entendons-nous bien : je ne renoncerais pour rien au monde au pouvoir de la raison, mais la raison ne s’exerce que s’il y a une expérience dont elle a à rendre compte, et il s’agit dès lors d’instaurer un continuel va-et-vient entre l’expérience et la raison.

Respect de la liberté et diversité des chemins

Si cela pouvait être vrai ! Car je suis frappé de voir le nombre de gens qui ne se posent pas de questions ! Mais après tout, si cela leur convient ? Est-ce que j’ai à juger ? Est-ce que je peux juger ? Est-ce que j’ai même le droit de juger ? Il est essentiel de respecter la liberté de l’autre. Je ne peux pas dire : « J’ai la vérité » et avoir une espèce de vue impérialiste de la vérité ! Je crois que chaque être humain a une part de divin en lui, et que beaucoup l’ont oubliée. Chacun chemine comme il le peut et par rapport à ses demandes intérieures.

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Influences religieuses et culturelles

Je reconnais que mes positions sont un mixte de mon éducation chrétienne et de mon intérêt pour l’Inde. Mais je serais bien incapable de me dire à quoi je me rattache au juste. Je reproche à beaucoup de personnes de prendre leur croyance pour de la vérité. La personne de Ayesha dans She (“Celle-qui-doit-être-obéie”), d’Henry Ridder Haggard. Je crois beaucoup plus en la déesse qu’en Dieu. Quasiment personne parmi les vivants.

Tableau récapitulatif : axes majeurs de la pensée de Michel Cazenave

Thème Position / orientation
Questionnement existentiel Recherche permanente, doute, humilité
Valeurs Amour, honnêteté, honnêteté intellectuelle, amour du prochain
Connaissance Expérience vécue comme fondement de la connaissance, va-et-vient avec la raison
Spiritualité Présence du divin intérieur, intérêt pour Inde et héritage chrétien
Histoire et cycles Vision cyclique des civilisations et de l’astrologie, fin de cycles mais pas fin de la vie

Ce portrait, construit à partir de ses propres formulations, donne une image d’un penseur en perpétuelle recherche, conscient des limites de la raison seule, attaché à l’expérience, à l’amour et à l’honnêteté intellectuelle, et respectueux de la liberté de chacun dans son cheminement spirituel.

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