État du tissu entrepreneurial français : analyse et enjeux

La France affiche depuis une décennie des statistiques impressionnantes en matière de création d’entreprises et plus de 1 million de nouvelles immatriculations sont désormais recensées chaque année. En 2025, en France, les créations d’entreprises restent en hausse, atteignant de nouveau un niveau record, de 1 165 800. En 2022, le nombre de créations d’entreprises en France atteint un nouveau record avec 1 071 900 créations. Toutefois, le rythme des créations ralentit, avec une hausse de 2 % en 2022, après + 17 % l’année précédente.

Cet ouvrage a pour vocation d’offrir la vue la plus complète de notre système productif. L’objectif est plus structurel que conjoncturel. Cette nouvelle édition du numéro Les entreprises en France de la collection Insee Références offre une vue structurelle complète de notre système productif. Les Tableaux de l’économie française s’adressent à tous ceux qui souhaitent disposer d’un aperçu rapide et actuel sur la situation économique, démographique et sociale de la France.

Panorama général du tissu entrepreneurial

Les entreprises en France. Cet ouvrage offre une vue structurelle complète de notre système productif. Les Tableaux de l’économie française s'adressent à tous ceux qui souhaitent disposer d'un aperçu rapide et actuel sur la situation économique, démographique et sociale de la France. Cette publication a pour ambition de mieux cerner la contribution des très petites entreprises (TPE) au développement économique local.

La France affiche depuis une décennie des statistiques impressionnantes en matière de création d’entreprises et plus de 1 million de nouvelles immatriculations sont désormais recensées chaque année. Ce dynamisme entrepreneurial apparent doit néanmoins être relativisé par l’essor des nouveaux statuts de l’auto-entrepreneuriat, lesquels comptabilisent à présent sous le nom « entreprise » des formes d’activité qui relevaient auparavant du travail indépendant. Depuis une quinzaine d’années, les organismes statistiques recourent à la notion de « micro-entreprise » qui regroupe les agents économiques de moins de 10 employés, y compris les auto-entreprises sans salariés, dont le nombre s’est accru avec la création de nouveaux statuts juridiques.

Les très petites entreprises (TPE) : poids et caractéristiques

Les très petites entreprises constituent de très loin l’immense majorité des acteurs économiques. En se concentrant sur les très petites entreprises (TPE) qui emploient de 1 à 9 salariés, l’étude les distingue des formes les plus « ubérisées » et précaires de l’économie contemporaine. Les entreprises de 1 à 9 salariés (très petites entreprises ou TPE) regroupent 20 % de l’emploi salarié concurrentiel, hors agriculture et hors intérimaires et stagiaires.

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L’Insee a ainsi recensé quelque 4,3 millions de micro-entreprises en 2023, ce qui représente 96 % des entreprises et environ 92 % des sociétés immatriculées (unités légales). Selon les données les plus récentes de la Dares qui dispose d’informations actualisées sur les employeurs et les salariés, en 2022, 3,6 millions de salariés travaillaient dans 1,24 million de TPE de notre périmètre, en forte progression au cours de la décennie.

Ultramajoritaires (plus de 80 %) au sein du parc des entreprises employeuses, les TPE n’accueillent pour autant qu’un petit cinquième des emplois salariés privés. La distribution des salariés présente un symétrique quasiment parfait. Presque 82 % des salariés relèvent d’entreprises de dix salariés ou plus quand les très petites entreprises en regroupent environ 18 %, soit 3,6 millions de personnes. La plupart des très petites entreprises employeuses ne comptent que 1 salarié (37,9 %) ou 2 salariés (19,8 %) et relèvent pour beaucoup des métiers de l’artisanat.

De manière assez logique, l’ancienneté des TPE contribue à élargir leur socle d’emplois. En première année de vie, trois quarts des nouvelles entreprises sont sans salariés mais elles ne sont plus qu’une sur deux dans ce cas au bout de dix ans. Au sein d’un nouveau millésime (année de création), les TPE employeuses d’au moins 2 salariés sont encore assez rares, de l’ordre de 1 sur 10, alors qu’elles sont 30 % au bout de dix ans.

Typologies et trajectoires

Extrêmement hétérogènes, les TPE recouvrent des modèles économiques très contrastés. Nombre d’entre elles s’inscrivent dans un projet entrepreneurial autolimité, dont la vitesse de croisière est assez vite atteinte en termes d’effectifs. Restaurants, agences immobilières, épiceries, concessions ou garages automobiles, salons de coiffure, cabinets médicaux… sont par exemple des entités qui se stabilisent rapidement dans leur modèle d’affaires et leur format.

Un dualisme assez marqué s’opère entre les TPE recruteuses, à développement parfois rapide, et celles qui s’installent très vite dans un format stabilisé, sans désir manifeste de croissance. Dans les typologies proposées par certains auteurs, cette option de non-croissance est présentée comme « hédoniste » ou « lifestyle », marquée par le refus des contraintes, la crainte du supplément de stress ou la peur de perdre le contrôle de l’outil de travail. Il est enfin nécessaire de préciser que de nombreuses activités professionnelles, exercées sous forme de TPE, parviennent rapidement à maturité.

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Les TPE présentent des avantages évidents en termes d'agilité et de vitesse d'adaptation. Elles sont souvent appréciées pour la proximité et la relation directe qu’elles établissent entre dirigeants et salariés. Les niveaux hiérarchiques et le formalisme bureaucratique y sont faibles. En contrepartie, les TPE ne peuvent assurer des progressions de carrière. Elles sont trop restreintes pour pouvoir s’attacher certaines compétences en interne, ce qui leur impose une certaine polyvalence, le recours à des prestataires ou à des solutions mutualisées entre pairs.

Rôle économique des TPE et contribution à l’emploi

La part des TPE dans la valeur ajoutée nationale est supérieure de 4 à 5 points à leur part dans les chiffres d’affaires et proche de leur proportion dans les effectifs salariés. Leur part dans le flux de la création d’emplois salariés est bien supérieure à leur part dans le stock total des emplois. Cet écart se comprend mieux dès lors que l’on tient compte des changements de périmètre des entreprises qui voient des TPE en croissance franchir des seuils et basculer vers les catégories supérieures des PME, voire des entreprises de taille intermédiaire.

Pour certaines d’entre elles, les TPE font l’objet de stratégies de rachat par de plus grandes entités. Elles disparaissent des statistiques mais leur énergie entrepreneuriale se perpétue à l’intérieur d’entités plus vastes. Les premières années de vie des entreprises et la phase durant laquelle elles disposent encore d’un format compact sont propices à l’expansion. Nombre de TPE à croissance rapide ont vocation à changer de catégorie ou à rejoindre un grand groupe pour passer à l’échelle, étendre leur pouvoir de marché ou déployer une innovation. Caractérisées par des progressions fulgurantes de leurs effectifs et de leur chiffre d’affaires, les fameuses « gazelles » contribuent significativement aux créations d’emplois mais elles sont loin d’être les seules.

Les TPE à croissance lente et progressive, appelées « souris », sont beaucoup plus nombreuses et spatialement mieux réparties. La plupart des TPE s’inscrivent dans une logique d’autolimitation de leur propre croissance et travaillent davantage sur leur profitabilité que sur leur extension de périmètre. À l’inverse, les projets entrepreneuriaux à ambition XXL sont rares. Ce sont eux qui feront appel à des levées de fonds pour assurer des sauts d’échelle, aussi bien par croissance organique que par croissance externe.

Territoires, réseaux et stratégies d’accompagnement

Cette publication a pour ambition de mieux cerner la contribution des très petites entreprises (TPE) au développement économique local. Bien que cette famille d’entreprises (moins de 10 salariés) n’assure en volume qu’un petit cinquième des emplois du secteur marchand, il est apparu utile d’en réévaluer la fonction motrice dans le renouvellement du tissu productif, la création d’emplois et l’aménagement du territoire.

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Le tissu des TPE, relativement stable, même s’il est constamment renouvelé par le turn over des créations et liquidations, joue un rôle de couche protectrice pour les économies locales et contribue à amortir les chocs des crises. Elles entretiennent des liens étroits avec leurs territoires d’implantation et servent de « couches protectrices » dans les périodes de crise. Elles ont été résilientes durant la séquence pandémique et ont montré d’étonnantes capacités d’adaptation.

De nombreuses TPE s’insèrent dans des réseaux, voire des groupes de TPE-PME. Professionnalisés, ces réseaux ont accompagné plusieurs dizaines de milliers de projets avec des prêts d’honneur, des mécanismes de garantie, voire des interventions en capital-investissement. Ils mobilisent l’expertise et la solidarité de pairs pour conseiller le créateur, l’aider à surmonter son isolement et faire des choix. Ce nouveau climat entrepreneurial est également matérialisé par la constitution, partout en France, de clubs d’entrepreneurs et de réseaux collaboratifs interentreprises, tels que des clusters dans lesquels s’insèrent de nombreuses TPE de production ou de services aux entreprises.

Ces constats invitent à développer des stratégies adaptées au public cible des TPE, mises en oeuvre au plus près des territoires et centrées sur les phases post-création. Ces politiques doivent conforter la propension des TPE à recruter et leur contribution active à la circulation locale des revenus. Le renforcement des synergies interentreprises et des démarches collaboratives doit contribuer à sécuriser leurs modèles d’affaires et à permettre à nombre d’entre elles d’accéder à la commande publique.

Paroles d'entrepreneurs : les réseaux d'entreprises

Évolution des PME, ETI et grandes entreprises : tendances structurelles

Le déficit d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France, par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni, est souvent présenté comme un frein majeur au dynamisme du tissu productif national. Le nombre d’ETI a connu une progression de 57 %, passant de 2 777 en 1994 à 4 363 en 2022. Leur part dans la valeur ajoutée a progressé de 25 % à 33 % sur la période, quand celle des PME diminuait de 35 % à 29 %.

L’analyse du tissu productif français sur les trois dernières décennies met en évidence une transformation structurelle de l’économie productive marquée par une expansion significative des entreprises de taille intermédiaire et des grandes entreprises, tant en nombre qu’en emploi salarié. En comparaison, la croissance des PME s’est révélée bien plus modérée. En 1994, les PME représentaient 41,5 % de l’emploi total dans les entreprises de plus de 10 salariés. En 2022, cette part est tombée à 35,4 %, soit une baisse de 5,6 points. Les ETI ont connu une dynamique inverse : leur part dans l’emploi est passée de 24,4 % à 30,2 %.

Entre 1994 et 2022, la dynamique des ETI ne s’est pas limitée au nombre d’entreprises et de salariés. Sur cette période, les ETI ont pris une place de plus en plus importante dans le tissu productif, aussi bien en matière d’emploi que de création de valeur. Les ETI se distinguent aussi des PME et des grandes entreprises par une croissance légèrement supérieure de la productivité et de l’intensité capitalistique. Entre 1994 et 2022, leur productivité a augmenté de 38,2 %, passant de 58 450 euros à 80 760 euros par salarié.

Industrie vs services

En l’espace de trente ans, l’industrie française a connu une profonde transformation marquée par un recul du nombre des PME et par une concentration croissante autour des ETI. Entre 1994 et 2022, le nombre de PME industrielles a chuté de 33 %, passant d’environ 33 000 à 22 000 unités. En revanche, les ETI sont restées relativement stables, avec une légère hausse de 1,1 %.

Contrairement à l’industrie, le secteur des services s’est largement développé au cours des dernières décennies, avec une augmentation continue du nombre d’entreprises et de leurs effectifs salariés. Les ETI ont enregistré la plus forte progression, avec une augmentation de 108 % de leur nombre, de 1 356 à 2 824 unités. Entre 1994 et 2022, le nombre de salariés dans les ETI du secteur des services a doublé, atteignant 2,2 millions.

Défis et enjeux : financement, représentation et accès au marché

Beaucoup d’entre elles s’estiment marginalisées dans le fonctionnement d’un capitalisme français marqué par une centralisation extrême, centralisation renforcée par la financiarisation du dernier quart de siècle. Par ailleurs, l’accès des TPE à la commande publique ou aux différents dispositifs financiers d’accompagnement reste encore inégal et leurs difficultés de recrutement brident leur potentiel.

La profession des greffiers des tribunaux de commerce exerce un rôle fondamental dans le bon fonctionnement de l’économie française en accompagnant chaque moment important de la vie légale des entreprises. Les greffiers sont notamment responsables de la tenue du registre du commerce et des sociétés, réunissant près de 80% des agents économiques français. Le bilan national des entreprises montre que la dynamique entrepreneuriale est particulièrement marquée pour les entreprises individuelles dont les microentreprises.

La progression du nombre d’ETI et des grandes entreprises s’accompagne d’une concentration des effectifs et d’une transformation des chaînes de valeur. Cette évolution pose la question de la place des PME et des TPE dans un écosystème où la taille devient un facteur de compétitivité et d’accès aux marchés internationaux. Les politiques publiques et les réseaux d’accompagnement locaux doivent donc être pensés pour répondre à ces enjeux différenciés selon la taille, le secteur et le territoire.

Perspectives pour les politiques publiques et les acteurs locaux

Ces constats invitent à développer des stratégies adaptées au public cible des TPE, mises en oeuvre au plus près des territoires et centrées sur les phases post-création. Les Tableaux de l’économie française s’adressent à tous ceux qui souhaitent connaître la situation économique, démographique et sociale de la France. Les politiques doivent conforter la propension des TPE à recruter et leur contribution active à la circulation locale des revenus.

Le renforcement des synergies interentreprises et des démarches collaboratives doit contribuer à sécuriser leurs modèles d’affaires et à permettre à nombre d’entre elles d’accéder à la commande publique. Nous entendons mobiliser ici les informations ou les données disponibles pour mieux cerner le rôle spécifique des TPE dans la vie économique des territoires. Ceci présuppose de s’intéresser à la cinétique de l’entrepreneuriat et à ses évolutions les plus récentes.

Catégorie Évolution nombre (1994-2022) Part emploi (1994 → 2022) Productivité par salarié (≈ 2022)
TPE / micro ++ nombre de micro-entreprises (≈ 4,3 M en 2023) ~18 % des salariés dans TPE variable, proximité du national
PME +7,6 % (limité) 41,5 % → 35,4 % (baisse) ≈ 62 060 € par salarié
ETI +57 % (2 777 → 4 363) 24,4 % → 30,2 % (hausse) ≈ 80 760 € par salarié
Grandes entreprises +69 % (118 → 199) stable ≈ 34 % ≈ 97 790 € par salarié

En mobilisant des données individuelles d’entreprises sur trois décennies, il est possible d’éclairer les leviers d’action : favoriser l’accès au financement, accompagner les transitions de croissance, encourager les formes de coopération territoriale et faciliter l’accès des TPE à la commande publique. La France demeure un pays où l’entrepreneuriat est dynamique, mais les défis de structuration, de financement et de reconnaissance des petites unités exigent des réponses différenciées et territorialisées.

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