Rôle et fonctionnement de l'Académie française

Créée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l'Académie française occupe une place à part dans le paysage culturel et linguistique francophone. Vieille de près de quatre siècles, cette institution, composée de quarante membres surnommés « les Immortels », a pour mission initiale de « donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Fondée sous Louis XIII, l'assemblée de 40 « immortels » défend la langue française et se donne pour tâche de maintenir l'intégrité de la langue, en assurant que son développement soit en harmonie avec son riche héritage et sa pertinence contemporaine.

Origines et fondation

Les origines de l'Académie se trouvent dans les réunions informelles d'un groupe littéraire, le « cercle Conrart », qui se rassemblait depuis 1629 au domicile de Valentin Conrart. C’est en 1634, s’inspirant de ces réunions littéraires, que Richelieu envisagea la création d'une académie dédiée à la langue française. Les statuts et règlements sont signés le 22 février 1635 et Conrart dresse les lettres patentes signées par Louis XIII le 29 janvier 1635, date traditionnellement attribuée pour la naissance officielle de l'Académie française.

Le cardinal de Richelieu est nommé « père et protecteur » de l'Académie et, depuis le protectorat de Louis XIV, chaque chef de l'État demeure le protecteur de l'Académie, approuvant ou non l'élection d'un membre. Le caractère officiel de cette compagnie de « beaux esprits » étant établi, elle se réunit d’abord chez ses membres, puis chez le chancelier Pierre Séguier, rue du Bouloi, à partir de 1639.

Mission première : normalisation et dictionnaire

La principale mission de l'Académie est de travailler à stabiliser, standardiser et purifier la langue française. L'Académie française a pour fonction de tenir à jour un dictionnaire de référence du français, le Dictionnaire de l'Académie française, et d'approuver la publication au Journal officiel d'équivalents francophones de termes techniques étrangers dans la langue française. L’article 26 des Statuts demande que soient composés « un Dictionnaire, une Grammaire, une Rhétorique et une Poétique sur les observations de l’Académie ». Le Dictionnaire a été et continue d'être édité, la Rhétorique et la Poétique n'ont jamais été publiés.

Le Dictionnaire de l'Académie française témoigne de son engagement envers la précision et la clarté linguistiques. Dès la première édition publiée en 1694, l’Académie voulut que son Dictionnaire fût un dictionnaire de mots plutôt qu’un dictionnaire de choses. Le but du Dictionnaire était d'informer sur la nature grammaticale des mots, leur orthographe, leurs significations et acceptions, leurs usages syntaxiques, leurs domaines d'emploi et le niveau de langue qui en détermine l'emploi.

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Le processus de rédaction du dictionnaire a été long et méthodique : Vaugelas est chargé en 1639 de « composer » le Dictionnaire ; sa mort en 1650 ralentit le travail, alors que la lettre I est atteinte. Mézeray lui succède et le canevas du Dictionnaire est achevé en 1672. Il comprend 18 000 mots et répond aux principes définis à l’origine. En s’ouvrant au vocabulaire général des techniques et des sciences, le Dictionnaire accroît sa nomenclature à chaque nouvelle édition. Au total, ce sont près de 53 000 mots qui devraient figurer à la nomenclature de la présente édition, soit un accroissement de l’ordre de 21 000 mots par rapport à la précédente édition.

Fonctionnement interne et institutions

L'Académie française est composée de 40 membres, surnommés « les Immortels », et d'un Secrétaire perpétuel, représentant la Compagnie dans les cérémonies officielles. Surnommés « les immortels », les quarante académiciens doivent ce surnom à leur devise « À l’immortalité ». La qualité d’académicien est une dignité inamovible. Des exclusions peuvent être prononcées par l'Académie pour de graves motifs, notamment des motifs entachant l’honneur. Ces exclusions au cours de l'histoire ont été rarissimes.

L'Académie se réunit en commissions chargées de gérer les biens de la Compagnie, rédiger son Dictionnaire, décerner ses prix. La commission administrative est chargée de gérer les biens de la Compagnie : dotations, fondations, patrimoine mobilier et immobilier, portefeuille. L'Académie décerne de nombreux prix littéraires : Grands Prix, Grand Prix du Roman, Prix de la Francophonie, Prix de Poésie, Prix de Littérature et de Philosophie, Prix d’Histoire et de Sociologie, Prix du Théâtre et du Cinéma.

Depuis 1910, l’Académie se réunit une fois par semaine, le jeudi, à 15h, en privé, sur un ordre du jour établi chaque semaine par le Secrétaire perpétuel. L’Académie, dont la rentrée a lieu le dernier jeudi de septembre, tient sa séance publique annuelle le premier jeudi de décembre. Les membres de la Compagnie sont tenus d’être en habit lors des séances solennelles.

Le secrétaire perpétuel et l'administration

Elle élit son secrétaire perpétuel qui reste en fonction jusqu'à son décès ou sa démission. Cette permanence en fait le personnage le plus important de l'institution. Un service du dictionnaire a été créé pour appuyer le travail lexicographique ; il est composé d'une dizaine de professeurs agrégés payés par le ministère de l'Éducation nationale. Depuis le legs de Jean-Baptiste de Montyon, l'Académie française a accumulé un grand patrimoine au fil des legs et donations.

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Élection des académiciens

Lorsqu'un fauteuil est laissé vacant par la mort de son titulaire, l'Académie déclare la vacance à l'issue d'un délai de décence de plusieurs mois, et une élection est alors organisée. Les candidats adressent une lettre au secrétaire perpétuel et peuvent être présentés par des membres de l'Académie. L'élection est effectuée à bulletins secrets et requiert la majorité absolue des suffrages exprimés ; un quorum de 20 votants est fixé. L'élection ne devient définitive qu'après l'approbation du protecteur de l'Académie, le président de la République, qui manifeste celle-ci en donnant audience au nouvel élu.

Le nouvel élu est installé lors d'une cérémonie à huis clos, puis officiellement reçu dans la compagnie en habit vert. Au cours de cette cérémonie publique, il prononce un discours de remerciement où il fait l'éloge de son prédécesseur. Lors de son installation, le récipiendaire est conduit dans la salle des séances, où on lui présente le grand portrait en majesté du cardinal de Richelieu.

Terminologie et adaptation au changement

La langue est une entité vivante, en constante évolution avec la société. L'Académie recherche l'équilibre délicat entre la préservation de la pureté de la langue et la reconnaissance de l'évolution linguistique inévitable. L'intégration de nouveaux mots dans le lexique français témoigne de la vitalité et de l'adaptabilité de la langue. Les propositions de nouveaux mots peuvent émerger de diverses sources, y compris des « immortels », des universitaires ou du grand public.

Une fois qu'un nouveau mot est proposé, il subit un examen rigoureux. Les commissions de l'Académie, chacune spécialisée dans des aspects linguistiques particuliers, examinent l'étymologie, l'utilisation et la nécessité du mot. Après de vastes délibérations et révisions, le mot est soumis à un vote par l'assemblée entière de l'Académie. Si le mot obtient le soutien de la majorité, il est officiellement intégré dans le lexique français, souvent marqué par son inclusion dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie française.

Par ailleurs, la participation aux différentes commissions de terminologie vise à créer de nouveaux mots dans tous les domaines, en particulier ceux où les inventions et développements de la science sont nombreux. L’Académie exerce sa mission de normalisation en recueillant les us et coutumes et en les codifiant, sans se donner le droit d'en changer les dispositions, et en participant activement à la création de nouveaux mots.

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Évolution historique et controverses

L'Académie n'a pas toujours été exempte de controverses. En 1793, la Convention supprime toutes les académies royales ; en 1803, Bonaparte décide de restaurer les anciennes académies comme divisions de l'Institut de France. L'Académie a connu des périodes de prestige et de critiques, notamment pour son recrutement et ses prises de position politiques ou culturelles. Son utilité, qui n'a plus d'autorité normative mais seulement morale aujourd'hui, est parfois contestée. Sa légitimité est remise en question : un seul linguiste a compté parmi les membres, Gaston Paris, mort en 1903, la plupart des membres étant écrivains.

Historiquement masculine, l'Académie s'est progressivement ouverte aux femmes. La première académicienne, Marguerite Yourcenar, a été élue en 1980. L'Académie s'est longtemps montrée très réticente à recevoir des femmes parmi ses membres. En 2017, elle livre son avis sur l'écriture dite « inclusive », qu'elle juge comme un « péril mortel ».

Durant le XXe siècle, l'institution a intégré des personnalités variées : des écrivains, des hommes politiques, des savants et même des maréchaux élus après la Première Guerre mondiale. Sous l'Occupation, certains membres se sont engagés dans la collaboration ; à la Libération, certains fauteuils restèrent vacants pour des titulaires accusés de collaboration. Après la guerre, l'Académie rééquilibre son recrutement avec l'arrivée de nouveaux profils.

Rayonnement, publications et modernisation

L'Académie a développé ses mécénats et décerné des prix depuis 1671. La seconde mission de l'Académie est l'illustration de la langue française : le prix du rayonnement français vise à récompenser un auteur ayant fait connaître dans le monde la langue et la pensée françaises. La diffusion des tomes du dictionnaire est assurée par des éditeurs partenaires ; en 1992 et surtout en 2019, l'Académie met progressivement son dictionnaire à disposition du public en ligne, rendant consultables ses éditions et visant à rendre accessible sa dernière édition, la neuvième.

Sur le plan juridique, depuis la loi de programme pour la recherche de 2006, l'Académie française est une personne morale de droit public à statut particulier gérée par ses membres en assemblée. Qu’on approuve ou critique ses positions, après presque quatre siècles d’existence, l'Académie française reste un symbole de l'attachement de la France à sa langue.

Table : Principales responsabilités et activités

Responsabilité Actions concrètes
Rédaction du Dictionnaire Élaboration, révision, publication des éditions successives
Terminologie Commissions pour équivalents francophones et nouveaux termes techniques
Récompenses Attribution de prix littéraires et mécénats
Gouvernance Élection des académiciens, gestion du patrimoine, secrétariat perpétuel
Rayonnement Actions de promotion de la langue, publications et mise en ligne du dictionnaire

Place et défi contemporains

La langue française compte aujourd'hui plus de 300 millions de locuteurs dans le monde et l'Académie collabore avec les institutions de la francophonie pour promouvoir le français sur la scène mondiale. Face à l'accélération des échanges linguistiques et à la révolution numérique, l'institution doit se réinventer et se dépoussiérer tout en préservant la richesse de son héritage. Certains remettent en question l'autorité et l'influence réelle de l'Académie : est-elle un gardien nécessaire de la langue ou une institution élitiste déconnectée des usages réels ?

L'Académie n'entend pas simplement refléter la langue, ni refléter n’importe quelle langue. Elle entend rappeler qu’il existe une communauté d’humains qui, ayant la langue française en partage, en portent la responsabilité. Son rôle est donc multiple : gardienne de la langue, facilitatrice de son évolution, instance de normalisation morale et culturelle, et acteur du rayonnement littéraire français.

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