Compétition pour le leadership du monde musulman: Turquie et Arabie saoudite dans les Balkans et au-delà

Ce texte explore les dynamiques de compétition entre la Turquie et l’Arabie saoudite dans le monde musulman, avec un focus sur les Balkans occidentaux et les principaux vecteurs de soft power qui les lient ou les opposent. Il examine aussi les structures régionales et internationales qui façonnent les alignements politiques, économiques et religieux, et les enjeux pour l’Union européenne.

Une rivalité entre deux modèles de leadership musulman

Les Arabie saoudite et la Turquie incarnent deux modèles opposés de leadership musulman. L’Arabie saoudite voit d’un mauvais œil les ambitions turques liées à l’idéologie des Frères musulmans, tandis que la Turquie cherche à reconquérir des zones d’influence issues de l’Empire ottoman en utilisant le soft power et des instruments religieux.

Le wahhabisme saoudien, forme de salafisme, joue un rôle central dans la diplomatie religieuse du royaume et dans son réseau mondial d’organisations culturelles et religieuses, comme la Ligue islamique mondiale et l’Université islamique de Médine. Cette présence irrigue des sociétés musulmanes variées et sert les objectifs économiques et politiques de Ryad.

La Turquie, sous l’AKP, privilégie une approche “néo-ottomane” et promeut une politique étrangère proactive, articulée autour du soft power religieux et culturel, afin d’étendre son influence dans les Balkans et ailleurs, tout en se posant en alternative au leadership saoudien.

Les Balkans occidentaux: un terrain d’affrontement entre deux islams

L’islam des Balkans occidentaux est marqué par la diversité: sunnite hanafite majoritaire, avec des groupes alévis-kizilbash et bektachis. L’islam des Balkans n’est pas homogène et a été façonné par l’héritage ottoman et les trajectoires nationales post-yougoslaves.

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La présence saoudienne dans les Balkans est largement liée à une politique d’aide et d’influence religieuse qui a contribué au développement d’un wahhabisme local dans certaines régions, souvent associée à des dynamiques de chômage et de radicalisation chez les jeunes. En parallèle, la Turquie développe son réseau éducatif et religieux pour gagner des cœurs et des esprits, tout en renforçant son rôle politique régional.

La question des tensions et des opportunités dans les Balkans

La compétition turco-saoudienne peut peser sur les trajectoires d’intégration européenne des Balkans. L’UE poursuit une stratégie normative pour stabiliser la région (Processus de stabilisation et d’association, PSA) et évaluer les candidatures selon les critères de Copenhague; mais l’influence des puissances extérieures complexifie le paysage politique et sécuritaire.

Les Balkans illustrent aussi les limites du soft power: les réseaux religieux peuvent soutenir des stabilité locales mais aussi alimenter des tensions si les identités et les loyautés se reorganisent autour d’objectifs externes plutôt que nationaux.

Institutions régionales et islamiques: rôles et limites

Plusieurs organisations structurent les rapports entre pays arabes et musulmans et visent à rapprocher les partenaires et régler pacifiquement les différends. La Ligue arabe est la plus ancienne et la plus médiatique, mais son poids est limité face à des défis internes et à l’évolution des équilibres régionaux.

L’OCI (Organisation de coopération islamique) regroupe 57 États et s’efforce de promouvoir les valeurs de l’islam, tout en gérant des domaines variés (éducation, économie, culture). Le CCG (Conseil de coopération du Golfe) assure une coopération économique et sécuritaire entre monarchies et émirats, dont l’objectif est l’intégration économique et la stabilité régionale.

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Le Maroc et la Mauritanie, l’Union du Maghreb arabe (UMA) et d’autres regroupements montrent que l’intégration régionale est lente et que les différends historiques, tels que le Sahara occidental, pèsent sur les projets d’union économique et politique.

< tagimg>Schéma des acteurs régionaux: OCI, CCG, UMA

Soft power et islam politique: deux dynamiques complémentaires et concurrentes

Le soft power turc s’appuie sur une approche post-islamiste démocrate-conservatrice, qui cherche à articuler modernité et tradition et à mobiliser des réseaux religieux et culturels en Europe et dans les Balkans. Le soft power saoudien, quant à lui, s’appuie sur une diplomatie religieuse étendue, des institutions comme LIM et UDM, et un réseau pédagogique et religieux qui promeut le wahhabisme comme référence doctrinale.

Dans les Balkans, ces dynamiques se traduisent par des flux de fonds, de migrants et d’influences éducatives et religieuses, qui renforcent la présence respective mais posent aussi des questions sur l’appropriation locale de l’islam et sur l’impact sur les processus démocratiques et l’intégration européenne.

Conséquences géopolitiques: leadership, stabilité et intégration européenne

La compétition entre Ankara et Riyad réorganise les équilibres régionaux et peut influencer la position des Balkans dans le processus d’élargissement de l’UE. L’économie et la sécurité restent interdépendantes: les projets de coopération économique et les réformes démocratiques se révèlent supplantés par des calculs géopolitiques et identitaires.

La coopération régionale demeure nécessaire pour atténuer les effets des rivalités externes et développer un cadre stable qui puisse soutenir l’intégration européenne et la résilience sociale des pays balkaniques.

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Influences récentes et perspectives

La diplomatie saoudienne et turque a intensifié ses activités sur les scènes régionale et internationale, avec des sommets et des dialogues ciblés, y compris des rencontres entre dirigeants et des appels à des solutions politiques dans des conflits régionaux. Les obstacles à une “OTAN islamique” ou à des alliances militaires régionales restent considérables, notamment en raison des résistances israélo-américaines et des divergences internes régionales.

Dans ce contexte, le leadership du monde musulman est loin d’être figé: il est en mutation, avec des acteurs comme l’Indonésie qui montent en puissance et des dynamiques régionales qui redéfinissent les marges d’action de la Turquie et de l’Arabie saoudite.

L'Iran et la Turquie resserrent leurs liens économiques

Tableau synthèse des acteurs et de leurs domaines d’influence

ActeurDomaine d’influenceObjectifs principauxLimites
Turquie (AKP)Soft power, réseaux religieux et culturelsLeadership sunnite moderne, intégration européenneInterventions perçues comme impérialistes par certains partenaires
Arabie saouditeDiplomatie religieuse, institutions islamiquesLeader du wahhabisme, stabilité régionale via l’économieCritiques liées aux droits humains et au radicalisme
OCICoopération islamiques, éducation, culturePromotion des valeurs islamiques et solidaritéUnanimité nécessaire, impact limité sur les conflits
CCGIntégration économique et sécuritéStabilité régionale et marché communRivalités internes et divergences politiques
UEElargissement et stabilité régionaleNormative power, PSAManque d’action commune face à des pressions extérieures

Conclusion provisoire

La compétition Turquie-Arabie saoudite pour le leadership du monde musulman est un phénomène complexe qui se manifeste à travers les Balkans et les mécanismes de soft power religieux, économique et politique. Si l’intégration européenne des Balkans demeure une priorité, les influences externes et les dynamiques internes du monde musulman exigent une approche nuancée et coopérative, axée sur la sécurité collective, la démocratie et le développement durable.

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