Les Échos : redressement judiciaire du groupe Garrigues à Colayrac‑Saint‑Cirq (47)
Le redressement judiciaire m'a permis de sauver ma boîte ! reconnaît Arnaud Mordacq, un an après que l'imprimerie éponyme qu'il dirige est sortie de la procédure collective, en septembre 2024. « Mais c'est un acte difficile pour un patron de PME car il faut reconnaître son échec », souligne‑t‑il, qualifiant cette période de « véritable combat ».
Contexte et chronologie des procédures
Lorsqu'elle se place sous la protection du tribunal de commerce de Boulogne‑sur‑Mer en février 2024, cette entreprise centenaire est au bord du gouffre : le Covid, un marché des prospectus et catalogues en chute libre, des factures d'énergie et un prix du papier en nette hausse ont vidé les caisses. « Aller en redressement judiciaire était la meilleure façon de négocier notre dette avec les créanciers », estime Arnaud Mordacq.
Le groupe Garrigues, basé à Colayrac Saint‑Cirq (47) était en redressement judiciaire et cherchait un repreneur comme nous l’avait expliqué Laurent Garrigues, pdg de l’entreprise. En effet, a été prononcée la liquidation judiciaire de Garrigues Sa et Garrigues THM avec une poursuite d’activité jusqu’au 17 octobre. La date d’entrée en vigueur de la liquidation judiciaire est ce jeudi 17 octobre. Pour Axitech la holding, c’est au 31 octobre.
Présentation des activités et enjeux économiques
La structure BtoB, nommée en interne “activités grands chantiers”, est destinée aux promoteurs du secteur tertiaire, aux grands groupes privés ainsi qu’aux collectivités. Elle réalise un chiffre d'affaires de 26 millions d’euros avec 160 personnes. La structure BtoC, nommée “activités habitat” est destinée aux particuliers et au résidentiel.
Le groupe Garrigues possède une deuxième entreprise sur le Passage‑d'Agen, Garrigues Habitat. Elle s'adresse aux particuliers pour la fabrication et rénovation de menuiseries aluminium ou PVC (portes, escaliers, garde‑corps, fenêtres, volets roulants) et installe également des vérandas et pergolas.
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Performances commerciales et portefeuille clients
Nos carnets de commandes étaient encore pleins quand est arrivé le plan de sauvegarde, avance le patron dont on sent le désappointement. Les récents chantiers réalisés auprès de grands noms comme Hermès ou encore le siège de BMW France sont là pour le prouver. «Une chose est certaine, les commandes sont bien présentes et il y a du travail jusqu'à la fin de l'année pour tous les salariés», renchérit Maître Dejean.
Situation sociale et conséquences pour les salariés
Image de l’entreprise familiale agenaise, fondée dans les années 1970, le groupe Garrigues, qui compte près de 180 salariés, est liquidé. Cette décision fait suite au placement en procédure de sauvegarde en février, puis au redressement judiciaire prononcé fin juin. Le groupe Garrigues accuse un passif de 39 millions d’euros pour 550 créanciers.
Les dégâts sociaux sont immenses : selon le conseil du comité d’entreprise, trente à quarante emplois au mieux pourraient être préservés. « Le personnel a été le bon petit soldat jusque‑là. C’est fini, ils ne travaillent plus. » Sur place à Colayrac, la colère prédomine. « On a tous le sentiment de s’être fait balader pendant des années » estime un salarié.
Le sort de Garrigues SA et son activité grand chantier est quasiment scellé. Une quarantaine d’emplois pourraient alors être épargnés mais on resterait quand même sur une grosse centaine de licenciements économiques complète sans enthousiasme Me Patrick Lamarque, l’avocat des employés.
Problèmes de trésorerie, paiements et garanties
« Notre situation impacte beaucoup d’entreprises. Les fournisseurs, les sous‑traitants, les transporteurs et même l’État… Cela fait plusieurs mois que l’entreprise ne paie plus les cotisations sociales », commente Alain qui, comme beaucoup, redoute que ce défaut de paiement ait des conséquences directes sur ses droits à la retraite. Les salaires de septembre ont été honorés. Le régime de garantie des salaires (AGS) doit ensuite prendre le relais dans les prochaines semaines.
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Pour en savoir un peu plus, les services du procureur de la République ont demandé et obtenu la désignation d’un expert dont la mission est d’étudier les comptes de Garrigues SA pour 2016, 2017 et 2018. Même procédure pour Garrigues THM et pour Axitech. Cette expertise devrait permettre de trouver une réponse à la question qui domine au sein du personnel : comment en sont‑ils arrivés là ? Restent les interrogations sur la régularité des paiements des cotisations sociales aux organismes, par exemple.
Offres de reprise, scénarios et réactions
Il y a eu des offres de dernière minute. Mercredi d’Ora Groupe à Lectoure pour l’activité THM. Cette nuit, de la part d’un pool d’entreprises à propos de l’activité grand chantier pour le rachat d’une chaîne de production. Ces offres sont basses, mais rien ne dit qu’elles ne seront pas acceptées dans le cadre de la liquidation.
« On saurait jeudi si l’offre de reprise pour Garrigues SA a été revue. En l’état actuel, les propositions sont déplorables » estime Me Lamarque l’avocat des salariés. Me Dejean l’avocat de l’entreprise ne dit rien d’autre. À ce jour, précise‑t‑il, « l’offre dont nous avons fait état la semaine passée n’est pas assez solide pour être présentée au tribunal de commerce. Le temps manque avant la date fixée. »
« L’orientation sera certainement plutôt sur une liquidation judiciaire. Il y a une proposition de reprise, on ne sera pas contre une poursuite d’activité de huit jours pour l’étudier, c’est le maximum du délai qui pourra être accordé, mais je ne suis pas certain qu’il le soit… » Gorge serrée, Bruno Ferrand, désigné par les salariés de la menuiserie industrielle pour les représenter dans cette procédure, vient de sortir de la salle d’audience.
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Conséquences matérielles et production
Il n'y a plus ni vis ni boulon. Leur boîte est une coquille vide. Depuis un mois, les fournisseurs ne livrent plus. « Il n’y a même plus ni vis ni boulon. Les chantiers sont arrêtés. » Les chantiers sont arrêtés et la réalité des chiffres nous a été cachée selon les salariés : « Jacques Garrigues est le seul à être venu nous voir dans les ateliers. Avec son fils c’est l’omerta. Il n’y a eu aucune communication sur nos difficultés. »
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Perspectives et enjeux pour un repreneur
Le plan de bataille du patron et de l'avocat est donc celui‑ci : «Adosser l'entreprise Garrigues à un grand groupe qui pourra apporter la sérénité financière pour répondre à une activité qui est encore bien présente. L'outil de production est là, le savoir‑faire aussi, la renommée existe. Il faut trouver le groupe qui reprendra Garrigues. » Laurent Garrigues assure : «Je n'en fais pas une affaire personnelle. J'ai bien à l'esprit l'intérêt des 160 employés et c'est surtout cela qui m'oblige aujourd'hui.»
«Il n’y a plus ni vis ni boulon» résume la situation matérielle mais, parallèlement, «les commandes sont bien présentes et il y a du travail jusqu'à la fin de l'année pour tous les salariés». Reste à savoir si une reprise partielle ou totale permettra de préserver des emplois et de relancer l'activité.
Tableau récapitulatif des éléments clés
| Élément | Détail |
|---|---|
| Localisation | Colayrac‑Saint‑Cirq (47) |
| Effectif | 160-180 salariés selon entité |
| Chiffre d'affaires | 26 millions d'euros (activité grands chantiers) |
| Passif | 39 millions d'euros pour le groupe |
| Procédures | Sauvegarde (février), redressement, liquidation (17 octobre pour certaines entités) |
| Offres de reprise | Propositions de dernière minute, jugées basses / non solides |
Impact régional et témoignages
La mascarade nous a conduits à une catastrophe économique et humaine, se dépite un salarié. «On se sent trahis». Dans cette boîte à laquelle beaucoup ont fidèlement lié leur vie professionnelle, l’amertume est grande à l’encontre du PDG Laurent Garrigues, qui a pris les affaires en main à la suite de son père Jacques, l’artisan serrurier qui avait transformé la petite entreprise familiale en modèle de réussite économique.
De nombreuses voix évoquent l'impact sur les sous‑traitants et fournisseurs : «Notre situation impacte beaucoup d’entreprises. Les fournisseurs, les sous‑traitants, les transporteurs et même l’État…» Le personnel craint des retards sur le versement des salaires d’octobre et une difficulté accrue de reclassement localement, compte tenu de la spécificité des métiers.
En l’état, l’entreprise se retrouve dans une démarche judiciaire complexe où expertise comptable, offres de reprise et décisions du tribunal détermineront l’avenir de l’outil industriel et des emplois.
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