Histoire et rôle des femmes dans les sciences

Tout au long de l'histoire, la place des femmes dans les sciences a oscillé entre invisibilisation, résistance et conquête progressive de droits et de reconnaissance. Dès l'Antiquité gréco-romaine, quelques femmes ont travaillé aux côtés de Pythagore, mais tous les travaux étaient publiés sous le nom du maître, si bien qu'il est impossible de savoir quelle femme peut se voir attribuer certaines avancées. Citons aussi Marie la Juive, considérée comme l’une des fondatrices de l’alchimie, ou Hypatie, fille de Théon. Au Ier siècle av. J.-C., la contribution des femmes dans les recherches et les travaux est considérée avec beaucoup d'importance. Tout au long du Moyen Âge européen, la participation des femmes à la science restera limitée ; ce sont les couvents qui assureront leur éducation et permettront à certaines d’accéder à la recherche scientifique, à l’image de l’abbesse Hildegarde de Bingen.

Au Siècle des Lumières, certaines femmes prennent de l’importance et marquent l’histoire : Émilie du Châtelet, qui a traduit Newton et approfondi ses connaissances en physique et en mathématiques, en est un exemple. Au XIXe siècle, malgré l’exclusion générale des femmes du monde scientifique, quelques pionnières émergent : Sophie Germain, mathématicienne ; Ada Lovelace, créatrice du premier programme informatique ; Elizabeth Blackwell, première femme diplômée de médecine aux États-Unis. Néanmoins, les femmes restent souvent cantonnées à des positions subalternes comme collaboratrices-assistantes ou productrices d’instruments scientifiques.

Des pionnières incontournables

Marie Curie, scientifique d’origine polonaise, cheffe de laboratoire au début des années 1900, est pionnière de la recherche sur la radioactivité : elle et son mari ont gagné ensemble le prix Nobel en 1903, et elle obtient un second prix Nobel en 1911. Irène Joliot-Curie (1897-1956), chimiste et physicienne, reçoit le prix Nobel de chimie en 1935 conjointement avec son époux, Frédéric Joliot-Curie. D'autres figures marquantes : Rosalind Franklin, pionnière des recherches sur l’ADN ; Lise Meitner, découvreuse du principe de la fission nucléaire ; Marthe Gautier, qui a découvert la trisomie 21 ; Jane Goodall, célèbre pour son travail sur les chimpanzés ; Jennifer Doudna, co-inventrice de la technologie CRISPR ; Grace Hopper, informaticienne et créatrice du premier compilateur ; Hedy Lamarr, qui invente le système de communication sans fil « Spread Spectrum ».

Parmi les 20 portraits souvent cités pour rendre hommage aux femmes de science figurent, entre autres : Jane Goodall, Elizabeth Blackwell, Marie Curie, Mae C. Jemison, Jennifer Doudna, Katherine Freese, Rachel Carson, Maria Goeppert Mayer, Rosalind Franklin, Gertrude Elion, Vera Rubin, Maria Telkes, Shirley Ann Jackson, Stephanie Kwolek, Grace Murray Hopper et Hedy Lamarr. Grâce à ces contributions, des domaines variés - biologie, physique, chimie, informatique, astronomie, ingénierie - se sont enrichis de découvertes majeures.

Les obstacles : stéréotypes, effets historiques et "effet Matilda"

Les inégalités entre hommes et femmes dans les sciences ne datent pas d’hier. Dans le climat antiféministe de l’Europe napoléonienne, puis de la Sainte-Alliance, les sciences naturalisaient la différence des sexes et jugeaient les femmes inaptes aux travaux scientifiques. La persistance d’idées reçues, comme l’affirmation selon laquelle les femmes seraient incapables d’abstraction, a longtemps légitimé leur exclusion.

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L'« effet Matilda », théorisé par l’historienne Margaret W. Rossiter, désigne la minimisation ou le déni de l’implication des femmes dans de grandes découvertes scientifiques. Des cas emblématiques : Mileva Einstein, Lise Meitner, Rosalind Franklin, Jocelyn Bell Burnell ou Marthe Gautier, dont les contributions furent éclipsées ou attribuées à des confrères masculins distingués par des prix prestigieux. L’oubli dans lequel sont tombées d’éminentes chercheuses n’est donc guère étonnant.

Stéréotypes précoces et socialisation

Déjà à la crèche, les petits garçons et les petites filles ne jouent pas avec les mêmes jouets, et c’est dès l’entrée à l’école que tout se joue. Une étude de l’Institut des politiques publiques, confirmée par un rapport du ministère de l’Éducation nationale en 2023, montre que les filles ont le même niveau en mathématiques que les garçons en début de CP mais décrochent dès le milieu de cette première année, tandis qu’elles conservent un avantage en français. Les stéréotypes véhiculés par les enseignants, les manuels scolaires et les familles reproduisent la division sociale des tâches et influencent les choix d’orientation.

Statistiques contemporaines : progrès et persistance des inégalités

Malgré des avancées, les femmes restent sous-représentées dans les STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). Les chiffres sont parlants : seulement 33,3% des chercheurs au niveau mondial sont des femmes, 35% des étudiants dans les domaines liés aux STIM sont des femmes, et les chercheuses n’occupent que 12% des sièges dans les académies nationales des sciences. Dans les secteurs de pointe comme l'intelligence artificielle, les chercheuses représentent environ 22% des professionnels.

En France, des études montrent que les femmes représentent 38,7% des effectifs des formations scientifiques à l'université selon certaines analyses, tandis que le CNRS indiquait début 2023 que 34,5% des chercheurs étaient des femmes. L’enquête menée par l’IESF relève en 2019 que les femmes représentent 23% des ingénieurs et 28% des nouveaux diplômés ingénieurs. La réforme du bac et la disparition du bac S ont accentué certains écarts : la part des filles en mathématiques a chuté après la réforme, et la spécialité « Numérique et sciences de l’informatique » a été particulièrement abandonnée par les filles.

Segmentation des disciplines

Les femmes sont davantage présentes dans les sciences humaines et sociales que dans les sciences exactes et techniques : elles sont bien plus nombreuses en biologie et en médecine que dans la physique, les mathématiques ou l’informatique. Sur 115 disciplines scientifiques étudiées, 85 sont majoritairement dominées par les hommes. Les filles s’orientent plus souvent vers des domaines perçus comme liés au soin (médecine, biologie), tandis que les garçons dominent la robotique, la physique des hautes énergies ou les mathématiques pures.

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Actions, associations et dispositifs pour promouvoir la parité

Face à ces constats, de nombreuses initiatives visent à lutter contre les stéréotypes et à promouvoir la place des femmes en sciences. L’association Femmes & Sciences, créée en 2000, œuvre pour améliorer l’image des femmes en sciences et pour lutter contre les clichés. Elle propose des ateliers en milieu scolaire, des conférences, des films de témoignages, des actions pour la mixité des jouets et des ressources pour les enseignant·es et les orientateurs. Depuis 2019, l’association a mis en place des ateliers pour apprendre à identifier et combattre les stéréotypes de genre, en particulier dans les sciences.

D’autres actions incluent des projets éducatifs et culturels : des collections d’ouvrages présentant des portraits de femmes scientifiques (Les + grandes femmes de la science ; Les femmes et la science ; Femmes de science : à la rencontre de 14 chercheuses ; Les découvreuses : 20 destins de femmes pour la science), des conférences universitaires sur « la place des femmes dans la recherche », des tables rondes réfléchissant aux parcours de femmes africaines dans les mondes académiques et savants, ou encore des projets collectifs autour de figures historiques comme Maria Sibylla Merian.

Événements et distinctions

La Journée internationale des femmes et des filles de science, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 22 décembre 2015 et célébrée chaque 11 février, est une initiative de l’UNESCO et d’ONU-Femmes pour promouvoir la participation des femmes et des filles en sciences. Des prix et distinctions, tels que le prix Irène Joliot-Curie, mettent en lumière l’excellence scientifique des femmes et cherchent à lutter contre l’autocensure et les stéréotypes.

Pourquoi mieux connaître l’histoire des femmes scientifiques ?

Il est nécessaire de mieux faire connaître l’histoire des femmes scientifiques depuis l’Antiquité, largement méconnue du grand public, afin que les jeunes filles puissent s’identifier à ces femmes exceptionnelles. Inscrire des noms de femmes aux côtés des grands noms masculins (comme le projet « 40 sœurs d’Hypatie » visant à placer des noms de femmes au second étage de la Tour Eiffel) participe à restaurer la visibilité et la légitimité des femmes en science.

Les ressources pédagogiques et médiatiques jouent un rôle clé : brochures présentant « 40 femmes scientifiques remarquables », films de témoignages « Osez et faites des sciences ! », portraits dans la collection « Les Savoirs de l’École », quiz et guides pour enseignant·es, allient sensibilisation et outils concrets pour combattre les idées reçues. Les associations produisent aussi des guides pratiques pour les stages, des formations pour les vendeurs de jouets et des chartes pour la mixité des jouets afin d'agir dès le plus jeune âge sur les représentations.

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Conférence Les femmes en science : un défi persistant

Perspectives et pistes d’action

  1. Sensibilisation précoce aux stéréotypes de genre dès la maternelle et l’école primaire pour empêcher le décrochage en mathématiques observé dès le milieu du CP.
  2. Renforcement des ressources pédagogiques et de la visibilité des femmes scientifiques dans les manuels, expositions et médias.
  3. Actions ciblées pour augmenter la présence des filles dans les filières numériques, informatiques et de l’intelligence artificielle, où elles restent fortement minoritaires.
  4. Mesures de parité et de transparence dans les recrutements, l’attribution de financements et la promotion au sein des institutions de recherche.
  5. Mécanismes pour reconnaître les contributions historiques des femmes et corriger les oublis causés par l’effet Matilda.

Rôle des institutions et de la société

L’Union européenne, des fondations (comme la Fondation l’Oréal) et des organismes nationaux soutiennent depuis les années 2000 des principes de parité et d’égalité dans les parcours et professions scientifiques. Mais malgré ces mesures, le déséquilibre persiste, nécessitant des efforts durables de la part des établissements scolaires, des universités, des employeurs et des médias. Il apparaît indispensable d’inscrire ces enjeux dans les débats publics sur les droits des femmes et dans les politiques éducatives et scientifiques pour que les filières qui construiront l’avenir technologique et scientifique réunissent de façon plus égalitaire les femmes et les hommes.

Tableau récapitulatif (exemples chiffrés cités)

Indicateur Valeur citée
Part mondiale des chercheuses 33,3%
Étudiants femmes en STIM 35%
Femmes dans les académies nationales 12%
Femmes ingénieures (France, IESF 2019) 23%
Part des chercheuses au CNRS (début 2023) 34,5%

De nombreuses voix et initiatives militent pour que les jeunes filles bénéficient des mêmes encouragements et opportunités que les garçons pour s’engager dans les sciences. Connaître l’histoire des femmes scientifiques, valoriser leurs parcours et agir sur les représentations sociales demeurent des leviers essentiels pour réduire les inégalités et permettre une science plus inclusive et plus juste.

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