Les inégalités sociales : causes, conséquences et enjeux pour un TPE

Les inégalités sociales sont des différences entre individus ou groupes sociaux portant sur des avantages ou des désavantages dans l’accès à des ressources socialement valorisées. Ces ressources socialement valorisées dépendent bien sûr de chaque société, des valeurs de chaque société. Dans nos sociétés qui valorisent l’activité économique, l’argent, etc. les inégalités sociales prennent en partie la forme d’inégalités économiques.

Définitions et formes des inégalités

Les inégalités sociales sont des différences qui existent au sein des sociétés en termes de statut, de richesse, de pouvoir, et d'opportunités. Ces inégalités peuvent se manifester dans plusieurs domaines, tels que l'éducation, la santé, l'emploi, et le logement. Ces inégalités sociales se matérialisent par les différences d’accès aux ressources sociales rares et précieuses.

  • Inégalités économiques : la distribution inégale des ressources économiques telles que le revenu et la richesse.
  • Inégalités éducatives : les différences dans l'accès à l'éducation de qualité peuvent affecter les opportunités et le futur succès professionnel des individus.
  • Inégalités de santé : elles se réfèrent aux différences dans l'accès aux soins de santé et aux résultats sanitaires entre divers groupes sociaux.
  • Inégalités territoriales : la source de ces inégalités peut notamment être géographique, par exemple les « déserts médicaux ».
  • Inégalités de genre, d'origine, de statut migratoire et liées au handicap.

Causes structurelles et facteurs

Les inégalités sociales sont en grande partie façonnées par divers facteurs interconnectés et complexes. Ces facteurs peuvent être économiques, politiques, sociaux ou culturels, et ils influencent la manière dont les ressources et les opportunités sont distribuées au sein de la société.

Facteurs économiques et politiques

Les facteurs économiques et politiques jouent un rôle central dans l'émergence et la perpétuation des inégalités sociales. Ces facteurs influencent directement la distribution des richesses, des ressources et des privilèges dans une société donnée. Croissance économique : une croissance économique inégalement répartie peut entraîner un écart entre les revenus des plus riches et des plus pauvres. Politiques fiscales : les systèmes de taxation peuvent soit réduire, soit accentuer les inégalités selon qu'ils sont progressifs ou régressifs. Politiques de protection sociale : l'absence de politiques efficaces de protection sociale peut laisser les individus vulnérables sans filet de sécurité.

Le libre-échange a contribué à creuser les inégalités de revenus au sein des pays riches, et à enrichir les plus aisés. Depuis les années 1970/80, de nombreuses politiques publiques ont évolué vers des politiques favorisant une concurrence fiscale et une réduction des impôts sur les sociétés et sur le revenu, contribuant ainsi à l'accroissement des inégalités.

Lire aussi: Analyse INSEE : inégalités hommes-femmes

Discrimination et inégalités d'accès

La discrimination et les inégalités d'accès sont des causes significatives des inégalités sociales. Elles peuvent se manifester sous de nombreuses formes et influencer divers aspects de la vie d'un individu. Discrimination raciale et ethnique : cela peut limiter l'accès à l'éducation, à l'emploi, et aux services de santé pour certains groupes. Inégalités de genre : les femmes peuvent être victimes de discriminations sur le marché du travail, recevant des salaires inférieurs pour le même travail que leurs homologues masculins. Inégalités d'accès à l'éducation : des différences dans la qualité de l'éducation offerte dans diverses régions ou à différents groupes socio-économiques peuvent avoir des répercussions à long terme.

Les inégalités se manifestent selon des groupes socialement définis, notamment en fonction du milieu socio-économique, du capital culturel des parents comme le patrimoine, de leurs revenus ou des parcours migratoires. Ces discontinuités peuvent être linguistiques, liées à des coutumes ou des concepts scolaires, à des stratégies d’apprentissage privilégiées dans un contexte social particulier.

Capitaux, capabilités et reproduction sociale

Selon le sociologue Pierre Bourdieu, différentes formes de « capital » interagissent et contribuent à façonner les trajectoires sociales des individus. Par exemple, le capital social, constitué des réseaux sociaux et des liens communautaires, est généralement transmis par le biais des relations familiales et professionnelles. Le capital culturel transmis par les familles aux enfants joue un rôle prépondérant dans leur capacité à mener des études valorisantes et à accéder à des métiers rémunérateurs.

L’économiste Amartya Sen introduit la notion de « capabilités » : elles désignent les capacités d’un individu à convertir ses « ressources » (économiques, mais aussi cognitives, en termes d'éducation, de réseau etc.). Les inégalités se renforcent les unes les autres et se reproduisent de génération en génération ; ceci installant une sorte de morosité face aux possibilités d’évoluer socialement et engendrant intrinsèquement une dualisation importante de la population.

Inégalités, santé et changements climatiques

Une inégalité sociale de santé se caractérise par une variation de l’état de santé des individus induite par des critères sociaux. Par exemple, les personnes à plus faibles revenus sont plus à risque d’avoir des problèmes de santé. Les changements climatiques aggravent les facteurs d’inégalités sociales et creusent les écarts relatifs aux déterminants de la santé.

Lire aussi: Qu'est-ce que l'Observatoire des Inégalités ?

Par impacts directs, on parle notamment des effets causés par les vagues de chaleur, les inondations et les tempêtes. Vagues de chaleur et pollution atmosphérique : au Québec, les vagues de chaleur et la pollution atmosphérique sont deux phénomènes majeurs qui affectent directement la santé et exacerbent les inégalités. La pollution de l'air, accentuée lors des épisodes de chaleur extrême, entraîne une concentration de polluants qui aggrave les maladies chroniques et augmente les décès prématurés.

De manière générale, les populations urbaines sont plus touchées par ces deux types d’aléa. On parle alors d’inégalités territoriales en lien avec les changements climatiques. D’une part, tous les territoires ne sont pas touchés de la même façon et, d’autre part, tous les individus n’ont pas la même mobilité territoriale. Certaines populations n’ont pas les moyens de vivre en périphérie urbaine ou en campagne, ce qui les expose davantage aux vagues de chaleur et à la pollution atmosphérique.

Par ailleurs, les vagues de chaleur et la pollution atmosphérique touchent principalement les populations ayant un statut socioéconomique moins avantageux. À l’échelle du Canada, les décès prématurés liés à la pollution atmosphérique sont plus élevés dans les zones très peuplées. Au Québec, la pollution atmosphérique aurait été responsable de 4000 décès prématurés selon un rapport de 2021 de Santé Canada.

Une étude menée dans les 9 grandes villes du Québec en 2011 a révélé que les ilots de chaleur urbains sont généralement habités par des personnes de conditions modestes ou pauvres. À Montréal, les quartiers avec le plus faible statut socioéconomique regroupent 73 % des ilots de chaleur urbains, alors que les quartiers avec un statut plus élevé en recèlent seulement 20 %.

Vulnérabilités particulières : handicap, nord et peuples autochtones

Les changements climatiques ont des impacts disproportionnés sur les personnes en situation de handicap. La principale cause de cette vulnérabilité est la discrimination sociétale, c’est-à-dire les inégalités en matière de sécurité alimentaire, d'accès à l'eau potable, de services de santé, d'éducation et de logement. Cette discrimination limite l’accès de ces personnes aux ressources et services nécessaires à leur adaptation.

Lire aussi: Pourquoi les inégalités persistent au travail

Bien qu'elles représentent 22 % de la population canadienne, les personnes en situation de handicap sont sous-représentées dans les politiques climatiques, malgré leur potentiel à contribuer de manière innovante aux solutions d’adaptation. Lors de phénomènes météorologiques extrêmes, les informations transmises et les mesures mises en place négligent les besoins et les réalités de ces personnes. En effet, l’accès aux ressources, aux infrastructures et aux services nécessaires à leur adaptation est limité. Cela accroît donc leur vulnérabilité durant un évènement extrême, ce qui entraine une augmentation du taux de mortalité et un risque de morbidité accrus.

De manière concrète, lors de la vague de chaleur de juillet 2018 à Montréal, 25,8 % des décès étaient des personnes atteintes de schizophrénie, alors qu'elles ne représentent que 0,6 % de la population. En effet, le pourcentage de décès des personnes ayant des troubles de santé mentale est trois fois plus élevé lors de vagues de chaleur que celui de la population générale.

Le climat des régions nordiques du Canada se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Les régions situées au nord du 50ème parallèle, comme le Nord-du-Québec et la Côte-Nord, sont confrontées à des défis socioéconomiques de taille. Au Nunavik, la saison des glaces pourrait être considérablement écourtée dans les prochaines décennies en raison de l’augmentation des températures. Les routes d'hiver, essentielles pour relier des communautés côtières isolées et garantir leur accès aux services de base, deviendront quant à elles de moins en moins praticables, voire inaccessibles.

L’augmentation des températures entraîne également le dégel du pergélisol. Ce phénomène climatique endommage les routes, les bâtiments et les aéroports, réduisant ainsi l'accès au territoire, la mobilité des personnes et l’accès aux soins d’urgence. À terme, ces conséquences entraineront des coûts majeurs pour les habitants, creusant davantage les inégalités en matière de culture, de santé, de bien-être et de prospérité économique.

Les nations autochtones au Québec entretiennent des relations étroites avec leur territoire et dépendent de leur environnement au quotidien. Cela les place au premier plan des impacts des changements climatiques. Les Premières Nations et le peuple Inuit du Québec font face à plusieurs inégalités sociales, dont la marginalisation géographique et politique, et la défavorisation matérielle. Les effets historiques et continus du colonialisme contribuent à la marginalisation socioéconomique et politique actuelle des communautés nordiques. Les changements climatiques exacerbent quant à eux ces inégalités territoriales préexistantes.

Pour remédier à ce débalancement, les savoirs et les pratiques autochtones devraient être considérés aujourd’hui comme égales aux connaissances scientifiques. Ces savoirs sont souvent sous-représentés, alors qu’ils constituent de véritables leviers d’actions d’adaptation et contribuent de manière active à la résilience des territoires nordiques.

Inégalités de genre et enjeux spécifiques

Au Québec, on constate un manque de connaissances des enjeux genrés relatifs aux changements climatiques. La recherche de solutions, la sensibilisation et l’intégration de ces enjeux dans les efforts d’adaptation sont sous-représentés. Les politiques publiques et les groupes environnementaux de lutte contre les changements climatiques ne reconnaissent pas nécessairement les liens entre le genre et les changements climatiques, ce qui contribue à creuser les inégalités.

Bien que l’expérience des femmes à l’égard des changements climatiques soit très complexe, les faits scientifiques montrent qu’elles sont affectées disproportionnellement par rapport aux hommes. Ces inégalités s’expliquent d’abord par la persistance des rôles genrés entre hommes et femmes. Dans la province, on observe notamment des disparités en matière de travail et de tâches quotidiennes. Les inégalités salariales limitent la capacité d'adaptation des femmes, qui gagnent en moyenne moins que les hommes et sont plus souvent en situation de pauvreté.

Le salaire horaire moyen des femmes québécoises correspond à seulement 91 % de celui des hommes québécois, tandis que celui des femmes immigrantes ne représente que 85 % de celui des hommes natifs. Pour ces raisons, les femmes sont généralement plus vulnérables que les hommes aux effets des changements climatiques, lesquels aggravent le stress économique, la précarité des moyens de subsistance, l’insécurité alimentaire et les troubles mentaux.

De plus, les femmes ont plus souvent la charge de certaines personnes, telles que les enfants, les aînés et les personnes malades. Cette position d’aidante naturelle, issue de la persistance des rôles genrés, rend les femmes plus vulnérables aux changements climatiques. A l’échelle mondiale, les femmes ont 14 fois plus de risque de mourir que les hommes durant les événements climatiques extrêmes.

Cependant, il ne faut pas généraliser l’expérience des femmes comme étant systématiquement celle de la « victime ». Elles sont aussi dotées d’un pouvoir significatif et ont un rôle essentiel à jouer dans les prises de décision pour lutter contre les changements climatiques. La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a reconnu l’importance de la participation des femmes dans les décisions et a adopté un objectif d’égalité de genre depuis 2012. Cependant, la parité n’est toujours pas atteinte au sein des membres des organes de la CCNUCC, avec en moyenne seulement 33 % de femmes en 2021 et 39 % en 2022.

Inégalités induites par les mesures d’adaptation et gentrification verte

L’adaptation aux changements climatiques vise à réduire la vulnérabilité et à renforcer la résilience des populations et des milieux face aux impacts actuels ou futurs du climat. Bien que les initiatives de verdissement offrent des avantages environnementaux et psychosociaux, elles peuvent également amplifier les inégalités entre les groupes de la population en raison de l’éco-embourgeoisement.

Ce phénomène se traduit par une augmentation des loyers due à l'amélioration des conditions de vie dans le quartier. Les quartiers verts accueillent davantage les populations mieux nanties, tandis que les individus à faible revenu se retrouvent plus souvent dans des zones moins végétalisées. Ces différences d’accès aux mesures de verdissement s’expliquent aussi par des inégalités territoriales héritées des choix politiques et d’aménagements faits par les acteurs institutionnels.

Par exemple, à Montréal, les quartiers excentrés, où se sont naturellement installées les personnes immigrantes et racisées à partir de 1940, ont été largement désinvestis par les pouvoirs publics au profit des politiques de renouvellement du centre-ville et de conversion des espaces industriels. Un rapport sur le racisme systémique à Montréal souligne une répartition inégale des ressources publiques, notamment en ce qui concerne les espaces verts.

La relocalisation temporaire ou permanente en raison de catastrophes naturelles engendre des inégalités économiques et psychosociales. Les ainés, les personnes à mobilité réduite, les individus issus de la diversité culturelle, les immigrants, les ménages à faible revenu et les habitants de communautés éloignées ou autochtones possèdent une capacité limitée à s’adapter à ce genre de changement drastique. Les ménages à faibles revenus peinent à payer les primes d'assurance nécessaires pour la protection préventive de leurs biens contre les risques climatiques.

La publication des cartographies de zones inondables peut entraîner une dévaluation des propriétés, particulièrement pour les logements les moins coûteux. Le low-carbon gentrification se caractérise par la modification de la composition sociale des quartiers urbains due aux rénovations énergétiques des habitations employés pour s’adapter aux changements climatiques. Les personnes ayant un statut socioéconomique faible se voient obligées de déménager, car elles ne peuvent payer l’augmentation des loyers.

Indicateurs et mesures des inégalités

Pour évaluer les inégalités sociales, divers indicateurs peuvent être utilisés. Indice de Gini : mesure la répartition du revenu ou de la richesse au sein d'une population. Il est exprimé de 0 à 1, où 0 représente l'égalité parfaite et 1 l'inégalité totale. Courbe de Lorenz : illustre graphiquement la distribution cumulée du revenu ou de la richesse. Plus la courbe est éloignée de la ligne d'égalité, plus l'inégalité est élevée. Quintiles de revenu : divisent la population en cinq groupes égaux pour analyser la répartition du revenu parmi les différents segments.

Dans le domaine de la santé, on utilise fréquemment l'espérance de vie à la naissance (comparaison homme/femme) ou l'espérance de vie à 35 ans pour mesurer les différences entre milieux sociaux. Il faut d’abord être conscient que nos indicateurs monétaires ne donnent qu’une image trs partielle des inégalités. Parmi les angles morts, il y a le fait que pour un même niveau de revenu monétaire, dans certains pays, les ménages ont accès à une ample gamme de services collectifs dont le coût est socialisé, en matière de santé et d’éducation notamment, et dans d’autres pas.

Conséquences sociales et économiques

Les inégalités sociales peuvent engendrer de profondes conséquences sur différents aspects de la société. Elles influencent non seulement la cohésion sociale mais aussi le développement économique.

Impact sur la cohésion sociale

  • Sentiments d'injustice : les perceptions d'injustice et d'inégalité de traitement peuvent contribuer à une réduction de la confiance entre individus et institutions.
  • Exclusion sociale : certains individus ou groupes peuvent se sentir marginalisés, ce qui limite leur participation active à la société.
  • Tensions et conflits : des inégalités marquées peuvent intensifier les tensions sociales, conduisant parfois à des conflits.

Les conséquences de cette fragmentation sociale peuvent se traduire par une mobilité sociale limitée, où les personnes issues de milieux désavantagés ont moins d'opportunités d'amélioration économique.

Effets sur le développement économique

  • Réduction du potentiel de croissance : les inégalités peuvent limiter le capital humain disponible, freinant l'innovation et la productivité.
  • Demande intérieure : lorsque les inégalités se creusent, la demande pour les biens et services peut stagner car une grande partie de la population dispose de peu de pouvoir d'achat.
  • Investissement et stabilité : des inégalités prononcées peuvent décourager l'investissement en augmentant les risques perçus liés à l'instabilité politique ou sociale.

Les inégalités peuvent également entraîner une sous-utilisation des talents et des compétences au sein de la population, ce qui entrave le plein potentiel économique du pays. La pauvreté et les inégalités freinent le développement économique, accentuent les tensions sociales et limitent l'accès aux ressources essentielles, comme l'éducation et la santé.

Groupes particulièrement touchés

Les inégalités touchent la plupart du temps les femmes, les jeunes, les immigrés, les étrangers et les personnes en situation de handicap. En France, les immigrés et étrangers connaissent un taux de chômage deux fois plus élevé. Ils connaissent un taux de pauvreté trois fois plus élevé et gagnent un tiers de moins que les non-immigrés. Les travailleurs immigrés ou étrangers ont moins de possibilités de promotion et occupent souvent des emplois précaires.

Les jeunes les moins qualifiés sont les plus vulnérables : le taux de chômage des jeunes de 15 à 29 ans est de 9% pour les diplômés de l’enseignement supérieur et de 22% pour les titulaires d’une licence, d’un CAP ou d’un BEP. Lorsqu’ils trouvent un travail, c’est généralement à temps partiel ou à durée déterminée et pour des périodes de plus en plus longues.

Il existe peu de statistiques sur les inégalités dont souffrent les personnes handicapées. Selon une enquête, les personnes handicapées ont un niveau de vie inférieur à celui de la population générale. En d’autres termes, ils ont plus de difficultés à payer leur loyer, leurs factures d’énergie.

Politiques et pistes d’action

Pour comprendre les enjeux qui découlent des inégalités, il convient d’abord de se mettre d’accord de quoi on parle quand on parle des inégalités sociales. Quand on parle de ressources réparties inégalitairement, il ne s’agit pas seulement des ressources financières (revenus et patrimoines) mais aussi de ressources sociales, politiques, éducatives, etc. Il y a une multidimensionnalité de ressources à la base des inégalités.

Face à cette diversité d’accès à des positions sociales valorisées, un principe est dominant : celui d’égalité des chances. Cependant, il se peut que l’inégalité des chances ne provienne pas seulement des procédures de recrutement ou de l’organisation du système scolaire mais des situations de départ, des conditions de vie des enfants et donc du milieu social. Dans ce cas, l'égalité des chances passerait par une plus grande égalité des conditions (et non par des procédures améliorées de formation ou d’accès aux différentes professions).

Des mesures possibles incluent : redistribuer les revenus des plus riches vers les plus pauvres ; élargir les services publics gratuits (enseignement supérieur, santé, etc.) ; encadrer la liberté d’installation des individus pour une plus grande mixité sociale des quartiers d’habitation et des lieux d’enseignement. Ces mesures reposent plus ou moins sur la contrainte et le degré d’acceptation des inégalités sociales ne répond pas seulement à un choix technique mais à un équilibre entre valeurs comme l’égalité et la liberté.

Les politiques économiques peuvent affecter les inégalités à travers des mécanismes de redistribution tels que la taxation progressive, qui impose des taxes plus élevées sur les revenus plus élevés pour réduire l'écart de richesse. Cependant, l'efficacité de ces politiques dépend de leur conception et de leur mise en œuvre.

Enfin, il est nécessaire d’intégrer la dimension écologique aux politiques sociales : la transition écologique ne peut être traitée sans penser la question sociale. Les savoirs autochtones, la prise en compte des besoins spécifiques des personnes handicapées, la lutte contre l’éco-embourgeoisement et la promotion de l’égalité de genre dans les instances décisionnelles sont des éléments indispensables pour une adaptation juste et équitable.

Climat, financement et inégalités sociales : une équation impossible ? [Olivier Passet]

Dimension Exemples d'inégalités Indicateurs possibles
Économique Revenu, patrimoine, emplois précaires Indice de Gini, part des 1%
Éducative Accès aux études, capital culturel familial Taux de diplomation par milieu social
Sanitaire Espérance de vie, accès aux soins Espérance de vie à la naissance, mortalité évitable
Territoriale Déserts médicaux, ilots de chaleur urbains Couverture en services, cartographies de risques

Les différentes inégalités interagissent les unes avec les autres et sont donc réciproquement causes et effets les unes des autres. Elles se reproduisent aussi de génération en génération. Sans le sentiment d’injustice, les inégalités sociales apparaîtraient comme inexistantes ; ce sentiment peut porter tant sur les inégalités elles-mêmes que sur le processus qui les engendre ou encore sur les conséquences qui en découlent.

balises:

Articles populaires: