Marmajou pyrotechnie : cessation d'activité et menaces sur un savoir‑faire centenaire
La liquidation judiciaire de la société dacquoise H & R Marmajou, emblématique artificier dépositaire de la marque « toro de fuego », menace-t-elle la pérennité de ces spectacles pyrotechniques - inventés à la fin du XIXe siècle - indissociables des nuits de fêtes et ferias du Pays basque et des Landes ?
Historique et identité de l'entreprise
La société H&R MARMAJOU a été fondée en 1889 sur les bords de l'Adour. Fondée en 1889 par Pierre Marmajou à Orist et installée, depuis, à Dax, l’entreprise de pyrotechnie Marmajou fabrique bombes, chandelles, fusées, fontaines et feux de Bengale et conçoit des spectacles innovants et originaux.
Sous l’impulsion d’Henri et de Robert Marmajou, elle s’est muée en SARL à la fin des années 70. La PME est aujourd’hui dirigée par Laurent Marmajou et Frédérique Favorin, les arrière-petits-enfants de Pierre.
Elle est notamment connue pour son fameux « Toro de fuego » (marque déposée), qui consiste en une carcasse de taureau en bois chargée de pièces d’artifice à base de jets (le tout servant un dispositif reproduisant les différentes étapes de la corrida), ou encore pour ses pièces animées, comme le moulin ou l’ours cycliste.
Savoir‑faire et productions
Le savoir faire s'est transmis de père en fils depuis quatre générations pour aboutir aujourd'hui à une pyrotechnie capable de concevoir dans leur intégralité l'essentiel des pièces constituant un feu d'artifice.
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Le point fort de "Marmajou" reste la variété de ses productions. Ils ont maintenu depuis plus d'un siècle la production de pièces bien spécifiques
- Les tableaux terrestres géométriques à base de jets
- Les bombes de tout calibre à effets
- Les soucoupes volantes à 2 et 3 ascensions
- Les décors en lances de couleur
- Les pièces animées (Ours cycliste, Moulin, Cycliste...)
Récompenses et réputation
L’entreprise vient de remporter, pour la troisième fois en autant d’éditions, le concours de feux d’artifice de Noël de Bayonne. Ce dernier s’étalait sur trois semaines, avec des tirs programmés les 8, 15 et 22 décembre.
À ce petit jeu, Marmajou l’a emporté avec une note de 18,14/20, devançant les sociétés Pirotecnias Valencia (16,16/20, sur le thème des traditions) et Brezac (14,91/20, sur le thème du blanc).
Crise et cessation d'activité
Avec son cousin, Laurent Marmajou, elle gérait jusqu’au mercredi 26 avril dernier, cette entreprise de pyrotechnie fondée par leur arrière-grand-père, Pierre, à Orist, devenu l’artificier de Dax à l’aube du XXe siècle.
On a fait le choix de demander la liquidation de notre société devant le tribunal de commerce de Dax, plutôt que de repartir dans une nouvelle année d’incertitude et la galère en 2024, avec les Jeux olympiques, explique-t-elle.
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Les finances de l'entreprise ne vont pas bien. Entre le 1er juin et le 30 septembre, la gérante estime avoir perdu 85% du chiffre d'affaire.
La quatrième génération de Marmajou à composer des feux d’artifice attribue l’échec de son redressement aux trois années noires vécues par la société dacquoise. En 2020 et 2021, avec la pandémie, on est à moins 80 % et moins 70 % de chiffres d’affaires.
On manque de trésorerie pour arriver à tenir jusqu’à la saison, entre des commandes de fournitures à régler avant la livraison et des feux d’artifice qui sont, eux, payés trente jours après, confie Frédérique Favorin.
Impact sur l'activité
Depuis début juillet, "Marmajou" n'a pu faire que 5 feux et aucun dans les Landes. Elle espère un report des feux en septembre, mais n'a aucune visibilité sur l'avenir de sa société.
Leur carnet de commandes pour la saison 2022 enregistrait bien la production d'« une quarantaine de feux d'artifice », à laquelle venaient s'ajouter « environ 300 toros de fuego » fournis à des comités des fêtes et des ganaderos landais pour leurs spectacles.
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Quand l’interdiction de la préfète des Landes de tirer des feux est tombée, le 13 juillet, tout le monde m’a appelé pour me dire qu’on ne nous oubliait pas, que les feux seraient reportés. Finalement, il y en a très peu qui l’ont fait.
Les derniers feux d’artifice tirés par l’entreprise Marmajou l’ont ainsi été, au mois de décembre, à Rion-des-Landes, Soustons et Saint-Vincent-de-Tyrosse. Le dernier date de février, à La Pierre Saint-Martin.
Réactions locales et poursuite des traditions
« Il continuera à y avoir un toro de fuego sur la place Louis-XIV. Et même si nous savons que la marque est déposée, nous espérons que nous pourrons y compris continuer à utiliser ce nom, qui fait partie de l’identité de notre ville », commente-t-on depuis la cité des Corsaires.
Depuis le « coup de chaud » de l’annonce de la liquidation, le 26 avril, le responsable du spectacle pyrotechnique, au sein du service extra-municipal en charge de son organisation, affine les contours des futurs shows avec des artificiers de France et d'Espagne.
« Ce n’est pas simple, parce qu’il s’agissait d’un matériel très spécifique, mais ça va le faire. La confiance est au rendez-vous mais le temps est compté. La première sortie de l’année 2023 sur la place Louis-XIV est prévue le 24 juin, pour les fêtes de la Saint-Jean. »
Lâcher de taureaux à Pampelune
Concurrence et contexte économique
Dans un environnement de plus en plus concurrentiel où ont largement émergé les acteurs chinois ces dernières années, Marmajou continue de se distinguer par son imagination.
Le plus regrettable, c’est de constater la disparition d’un savoir-faire local. C’est inquiétant de voir qu’une entreprise qui a su exister sur quatre générations soit terrassée par le nouveau monde économique, avec une ouverture du marché et de gros opérateurs qui s’imposent sur des artisans, déplore le président de la Chambre de commerce de Dax, José Prosper.
La décision de liquidation est confiée à l’étude d’Hélène Branchu Bord.
Conséquences pour les fêtes locales et perspectives
La pandémie et les restrictions sanitaires ont profondément perturbé l’activité : la crise de la Covid-19 perturbe, pour la deuxième année consécutive, les festivités du 14 juillet. Dans les Landes, 3 feux d'artifice sont tirés ce vendredi 14 juillet contre une vingtaine traditionnellement.
La vente et l'utilisation de feux d'artifice sont interdites dans les Landes à partir du jeudi 24 décembre 2020, afin d'éviter des "troubles à l'ordre public".
La sécheresse estivale et les incendies survenus dans la région ont douché leurs derniers espoirs de redresser leur activité.
Frédérique Marmajou, co-gérante de l'entreprise ne comprend pas la décision des municipalités de ne pas maintenir les feux d'artifice. Il est possible de gérer l'affluence selon elle en respectant les mesures sanitaires.
Ressources et formalités administratives
Toutes les structures référencées sur notre site sont inscrites à un ou plusieurs référentiels publics (base Sirene, RNE, RNA). L’Extrait RNE est le justificatif d’immatriculation de l’entreprise. Il contient les mêmes données qu’un extrait KBIS/D1.
Cette structure est inscrite dans la base Sirene tenue par l’Insee, depuis le 01/01/1978. Elle a été mise à jour le 06/12/2025. Cette structure est immatriculée au Registre National des Entreprises (RNE), depuis le 31/10/1978. Elle a été mise à jour le 12/09/2025.
Sources : INSEE, DGFiP, Douanes, INPI.
| Élément | Informations clés |
|---|---|
| Date de création | 1889 |
| Localisation | Dax (originaire d'Orist) |
| Dirigeants | Laurent Marmajou et Frédérique Favorin |
| Marque célèbre | Toro de fuego (marque déposée) |
| Activités | Fabrication de pièces pyrotechniques et conception de spectacles |
| Situation récente | Liquidation judiciaire demandée, activité fortement réduite |
Dans son bureau de l’avenue Francis-Planté de Dax, Frédérique Favorin en termine « de la paperasse à traiter » et renvoie son habituelle clientèle vers un confrère artificier de Saint-Gaudens (31).
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