Procédure de mise en liquidation judiciaire d’une SARL : conditions, déroulement, effets et variantes

La liquidation judiciaire est une procédure collective décidée par le tribunal lorsqu’une société à responsabilité limitée est en grande difficulté financière. La liquidation judiciaire d’une SARL met fin à l’activité de la société qui n’arrive plus à régler ses dettes et dont la situation ne peut plus être redressée. Elle vise à vendre les actifs de la société pour payer ses créanciers, avant de la radier.

La SARL est une entreprise à responsabilité limitée souvent choisie par les jeunes entrepreneurs. Cette procédure se distingue de la simple dissolution d’une SARL, qui reste une décision volontaire des associés. La liquidation judiciaire d’une SARL s’ouvre quand la société ne peut plus payer ses dettes et ne peut plus être redressée.

Conditions d’ouverture et obligation de déclarer

Deux conditions doivent être réunies pour ouvrir une liquidation judiciaire. La SARL doit être en cessation des paiements pour qu’une liquidation judiciaire soit ouverte, comme le prévoit l’article L640-1 du Code de commerce. Elle doit aussi se trouver dans une situation où son redressement est manifestement impossible. Ces deux conditions sont exigées en même temps lorsque la liquidation est ouverte directement, sans redressement préalable.

La cessation des paiements désigne le moment où la SARL ne peut plus faire face à ses dettes exigibles avec l’argent dont elle dispose immédiatement. Il y a cessation des paiements lorsque l’actif disponible de la SARL ne permet pas de payer son passif exigible. L’actif disponible correspond à l’argent dont dispose l’entreprise à un instant T.

La liquidation judiciaire s'ouvre dès que la SARL est en cessation des paiements depuis moins de 45 jours. L’article L640-4 du Code de commerce impose au gérant de la SARL de demander lui-même l’ouverture de la procédure dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf s’il a engagé une conciliation dans ce délai. Le gérant qui laisse passer le délai de 45 jours s’expose à des sanctions, notamment une interdiction de gérer.

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En principe, la demande d’ouverture doit être à l’initiative du gérant de la SARL. La procédure peut être initiée par le gérant de la SARL. Les créanciers de la SARL, ainsi que le procureur ou le président du tribunal peuvent également demander l’ouverture l'assignation en liquidation judiciaire.

Qui peut saisir le tribunal et quel tribunal est compétent

Le Tribunal de commerce rend alors une ordonnance d’ouverture de liquidation judiciaire. Si le dossier est accepté, le jugement d’ouverture de la liquidation judiciaire de la SARL est prononcé par le tribunal. Un juge commissaire va être nommé, il va veiller au déroulement de la procédure et au respect de tous les intérêts en présence.

Le tribunal compétent pour procéder à la liquidation judiciaire dépend de l'activité exercée par la société. Le ministère de la Justice met à disposition un simulateur pour connaître le tribunal compétent : Connaître le tribunal compétent pour les procédures de prévention ou de traitement des difficultés.

Dossier à déposer et publicité

Le représentant de la SARL joint plusieurs documents à sa demande d’ouverture. La demande d'ouverture de liquidation judiciaire doit être accompagnée des documents suivants : Extrait K-bis ou attestation d'immatriculation au Registre national des entreprises (RNE) ; État du passif exigible et de l'actif disponible et déclaration de cessation des paiements ; Nombre de salariés employés à la date de la demande et le montant du chiffre d'affaires à la date de clôture du dernier exercice comptable ; L'état chiffré des créances et des dettes avec l'indication selon le cas, du nom ou de la dénomination et du domicile ou siège des créanciers et, pour les salariés, le montant global des sommes impayées ; État actif et passif des sûretés et engagement hors bilan ; Inventaire sommaire des biens, droits et obligations de l'entreprise ; Comptes annuels du dernier exercice ; Situation de trésorerie datant de moins d'1 mois ; Attestation sur l'honneur certifiant l'absence de désignation d'un mandataire ad hoc ou l'ouverture d'une conciliation dans les 18 mois précédant la demande.

La publicité du jugement d’ouverture de la liquidation judiciaire. Ce jugement doit faire l’objet de publicité dans les 15 jours suivant le prononcé du jugement : une annonce de liquidation judiciaire doit être publiée dans un journal d’annonces légales (JAL) du département du siège de la SARL ; un avis de liquidation judiciaire doit être publié au BODACC ; la mention “liquidation judiciaire” est ajoutée au RCS et sur l’extrait Kbis de l’entreprise.

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Effets immédiats du jugement d’ouverture

Le tribunal nomme un liquidateur qui vend les biens de la société pour rembourser les créanciers, puis prononce la fermeture définitive de l’entreprise. Le jugement d’ouverture entraîne le dessaisissement du gérant pour l’administration et la disposition des biens. L’ouverture de la procédure entraîne la fin des fonctions du dirigeant au profit du liquidateur judiciaire qui accomplit différents actes de gestion.

La liquidation judiciaire d’une SARL entraîne l’arrêt des poursuites contre le débiteur. L’ouverture de la procédure gèle les poursuites individuelles contre la société. Les créanciers ne peuvent plus agir seuls pour récupérer leur argent. Il est interdit au débiteur de régler ses créances antérieures à la procédure. En effet, celles-ci sont traitées par le liquidateur judiciaire.

Les contrats de travail sont rompus dans les 15 jours suivant l’ouverture, ou dans les 21 jours en cas de plan de sauvegarde de l’emploi. Les salariés doivent être licenciés dans les 15 jours qui suivent le début de la procédure de liquidation judiciaire. Cette tâche est confiée au liquidateur judiciaire qui en transmet la demande au juge. Les salariés bénéficient d’une protection renforcée. Les licenciements interviennent sous le contrôle du juge. Le liquidateur doit obtenir l’autorisation du juge-commissaire avant de procéder aux ruptures de contrat.

Maintien temporaire de l’activité et contrats en cours

Le tribunal peut toutefois autoriser une poursuite temporaire de l’activité si l’intérêt des créanciers, l’intérêt public ou une perspective de cession le justifie. Si le maintien de l’activité a été demandé, il est possible de garder les salariés. Dans ce cas, la gestion de la SARL va être confiée au liquidateur avec un administrateur. Le liquidateur peut exiger l’exécution des contrats en cours.

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Déclaration des créances et exigibilité

Les créances de la SARL deviennent exigibles au jour du jugement d’ouverture de la liquidation. Toutes les créances des créanciers de la société deviennent exigibles au jour du jugement d’ouverture de la liquidation judiciaire SARL. En tant que créancier dont une facture n’est pas arrivée à échéance, vous pouvez en demander le paiement.

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Vous devez envoyer une déclaration de créance au liquidateur judiciaire dans les 2 mois suivant la déclaration de la procédure au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). Les créanciers devront alors déclarer leurs créances à la procédure dans un délai de deux mois. Pour les créances postérieures à l’ouverture de la liquidation judiciaire, nées pour les besoins du déroulement de la procédure ou en contrepartie d’une prestation professionnelle, elles sont payées à l’échéance.

Réalisation de l’actif et ordre des paiements

Les biens de la SARL vont être vendus pour obtenir de l’argent liquide pour payer les créanciers. Il est également possible de vendre l’entreprise. La vente de l’entreprise a pour but d’assurer le maintien des activités susceptibles d’exploitation autonome, de tout ou partie des emplois qui y sont attachés et d’apurer le passif. La vente peut être totale ou partielle.

Pour la vente des meubles, le juge commissaire peut choisir les enchères publiques ou le gré à gré. Le paiement suit un ordre de priorité. Sont réglés en premier les créanciers privilégiés, comme les salariés et l’administration fiscale. Viennent ensuite les créanciers disposant d’une garantie ou d’une sûreté.

Tableau récapitulatif - jalons et délais essentiels

ÉvénementDélai / effet
Constat de cessation des paiementsDéclenche l’obligation de déclarer sous 45 jours
Jugement d’ouvertureDessaisissement du gérant, arrêt des poursuites, exigibilité des créances
Publications JAL/BODACCDans les 15 jours du jugement
Déclaration des créances2 mois à compter de la publication au BODACC
LicenciementsDans les 15 jours (ou 21 avec PSE)

Effets sur le dirigeant et les associés

Le dirigeant est dessaisi de ses fonctions. Le gérant est dessaisi de la gestion de la société. C’est désormais le liquidateur seul qui peut agir pour le compte de la SARL. Le gérant d’une SARL en liquidation judiciaire peut faire l’objet de sanctions qui touchent sa capacité à diriger une entreprise. L’interdiction de gérer, prévue par le Code de commerce, peut être prononcée pour une durée pouvant atteindre 15 ans.

Le gérant n’est pas automatiquement responsable des dettes de la SARL. En l'absence de faute, sa responsabilité personnelle n’est pas engagée. Lorsque la vente des biens ne suffit pas à payer les dettes, le liquidateur ou le tribunal peut engager une action en comblement de passif. Sur le fondement de l’article L651-2 du Code de commerce, le gérant peut alors être condamné à payer tout ou partie des dettes sur son patrimoine personnel, à condition qu’une faute de gestion ait contribué à cette insuffisance.

Les associés de la SARL supportent une responsabilité limitée au montant de leurs apports. Les associés pourront perdre leur apport, mais la liquidation judiciaire de la SARL n’a pas d’impact sur leur patrimoine personnel. La protection du patrimoine personnel vaut pour les associés en tant qu’apporteurs de capital.

Exemple pratique de faute de gestion

Paul dirige une petite SARL de menuiserie placée en liquidation judiciaire. Le liquidateur constate qu’il a continué à commander du matériel coûteux et à signer des contrats alors que la société était déjà en cessation des paiements depuis des mois. Ce comportement peut être qualifié de faute de gestion et justifier une action en comblement de passif.

Clôture de la procédure et conséquences

La procédure se termine par la clôture. Elle intervient soit pour extinction du passif, lorsque toutes les dettes ont été réglées, soit pour insuffisance d’actif, lorsque la vente des biens ne suffit pas à rembourser tout le monde. La clôture de la procédure libère en principe la société de ses dettes antérieures.

La liquidation judiciaire SARL prendra fin par un jugement de clôture. Certains créanciers ne sont pas payés. Tous les créanciers sont payés. En outre, la clôture de la liquidation judiciaire ne permet pas aux créanciers impayés de poursuivre les associés de la SARL pour obtenir paiement. En effet, leurs créances seront éteintes.

Liquidation judiciaire simplifiée : un régime accéléré

La liquidation judiciaire simplifiée est une version accélérée de la procédure, prévue pour les petites structures qui ont peu ou pas de biens à vendre. La liquidation judiciaire simplifiée est moins onéreuse et plus rapide. Un régime encore plus allégé s’applique aux plus petites SARL, celles qui n’emploient pas plus d’un salarié et réalisent un chiffre d’affaires hors taxes inférieur à 300 000 euros.

La loi fixe une durée maximale pour la liquidation simplifiée. Elle est en principe de 6 mois, portée à un an pour les structures un peu plus importantes. Les sociétés de petite taille peuvent prétendre à l’application de la procédure de liquidation judiciaire simplifiée. La décision d’appliquer cette procédure est prise au moment de l’ouverture de la liquidation judiciaire.

Différences avec la dissolution-liquidation amiable et le redressement

La liquidation volontaire d’une SARL et la liquidation judiciaire aboutissent toutes deux à la radiation de la société. Mais elles interviennent dans des situations opposées. La liquidation amiable suppose une société capable de payer ses dettes. Le redressement judiciaire vise à sauver l’entreprise et à maintenir son activité, grâce à un plan étalé dans le temps. La liquidation judiciaire intervient quand ce redressement n’est plus envisageable.

La plupart du temps ce sont les associés de la SARL qui vont décider de la dissolution de la SARL. Elle n’a pas besoin d’être en état de cessation des paiements. Un procès-verbal doit être dressé pour dissoudre la SARL par les associés et nommer un liquidateur qui va remplacer le dirigeant. La dissolution entraîne la disparition de la SARL.

Chronologie synthétique de la procédure

  1. Ouverture de la liquidation judiciaire par jugement du tribunal.
  2. Nomination des organes chargés de la procédure (juge-commissaire, liquidateur, représentant des salariés).
  3. Arrêt des fonctions du gérant, dessaisissement et transfert des pouvoirs au liquidateur.
  4. Licenciement des salariés dans les 15 jours, sauf maintien de l’activité autorisé.
  5. Réalisation de l’actif (ventes de biens ou cession globale), vérification et paiement des créances selon l’ordre de priorité.
  6. Clôture de la procédure pour extinction du passif ou insuffisance d’actif, avec radiation de la société.

Points-clés pour les créanciers et tiers

  • En tant que créancier dont une facture n’est pas arrivée à échéance, vous pouvez en demander le paiement.
  • Vous devez envoyer une déclaration de créance au liquidateur judiciaire dans les 2 mois suivant la déclaration de la procédure au BODACC.
  • Néanmoins, en cas de fraude, le droit de poursuite individuelle peut être rendu aux créanciers. C’est impossible lorsque le débiteur est une personne morale, car lors de la liquidation, elle n’existe plus.

Déclarer la liquidation judiciaire permet d'arrêter une activité qui ne peut plus être sauvée, tout en organisant le paiement des créanciers de façon encadrée. La durée varie selon la taille de la société et le nombre de biens à vendre. Une liquidation judiciaire classique peut durer plusieurs années lorsque les actifs sont nombreux ou complexes à vendre.

Rappels pratiques au gérant

  • Respecter le délai de 45 jours pour demander l’ouverture à compter de la cessation des paiements.
  • Préparer les pièces justificatives exigées et coopérer avec le liquidateur et le juge-commissaire.
  • Éviter toute poursuite abusive de l’activité déficitaire pour ne pas encourir des sanctions ou une action en comblement de passif.
  • Le gérant n’est concerné que s'il a commis une faute de gestion ou s'est porté caution personnelle.

Cours Droit des contrats : Introduction et notions clefs

Le tribunal rend d'abord un jugement d'ouverture qui lance la procédure. Il nomme un juge-commissaire et un liquidateur. Ce liquidateur prend la gestion de la société, vend les biens, rembourse les créanciers selon un ordre de priorité, puis le tribunal prononce la clôture de la procédure. C'est la société, en tant que personne morale, qui règle ses dettes grâce à la vente de ses biens.

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