Les petites et moyennes entreprises (PME) en Allemagne: rôle, spécificités et défis du Mittelstand
En Allemagne, 99,5 % des entreprises appartiennent à la catégorie des petites et moyennes entreprises (PME). Elles emploient environ 64 % de l’ensemble des salariés et contribuent pour plus de 54 % à la valeur ajoutée nette de toutes les entreprises. Comparativement aux autres pays de l’Union européenne, l’Allemagne compte moins de très petites entreprises (moins de 9 salariés), mais dénombre en revanche plus de petites (49 employés au maximum) et de moyennes entreprises (249 employés au maximum). La densité des PME en Allemagne est inférieure aux autres pays membres de l’Union européenne. Environ 5 % des employés de PME dans l’industrie manufacturière en Allemagne travaillent dans le domaine des technologies de pointe, alors que la moyenne européenne est de 3,5 %. Par ailleurs, environ 9,3 % des employés de PME européennes travaillent dans le secteur des services à forte densité de connaissances. Les statistiques sur les PME de l’IfM Bonn sont établies sur la base du registre allemand des entreprises.
Le Mittelstand allemand, souvent perçu comme moins prestigieux que les grands groupes, souffre encore d'une image un peu terne. Vie en petite ville, intégration difficile... Pourtant, derrière ces entreprises familiales se cachent souvent de véritables champions du monde dans leur domaine. L’univers des PME allemandes possède une signification de premier ordre, à la fois en tant que facteur de succès économique mais aussi en tant que fondement du marché du travail. Ces KMU (kleine und mittlere Unternehmen) produisent plus de la moitié de la valeur ajoutée, créent près de 60 % des emplois en Allemagne et offrent environ 82 % des places d'apprentissage. Elles sont surnommées le German Mittelstand. Il existe un nombre extraordinaire de ces "champions cachés", des entreprises qui réalisent des produits innovants et hautement spécialisés en étroite coopération avec leurs clients du monde entier.
Le succès du Mittelstand repose sur le choix de la meilleure qualité, leur forte intégration verticale et la concentration sur leur cœur de compétences. Bien que le terme soit très populaire dans les médias, il existe une confusion certaine autour de ce qu'il signifie réellement. La raison ? Il n'existe pas de définition uniforme ou légale de cette notion. Les petites et médiannes entreprises sont considérées comme des Mittelstand typiques, les critères étant souvent le nombre d'employés et le chiffre d'affaires, qui ne représentent qu'une fraction du CA des groupes. Outre la taille de la société, la propriété et la gestion jouent un rôle pour déterminer qui fait partie des PME. De nombreuses entreprises familiales allemandes dirigées par leur propriétaire font classiquement partie des PME. Dans celles-ci, c'est souvent le fondateur ou des membres de sa famille qui sont actifs à la tête de l'entreprise. Les PME demeurent "la colonne vertébrale" de l'économie allemande.
Deuxième motif de satisfaction : les PME ont accru leurs fonds propres. Les PME allemandes n'en demeurent pas moins confrontées à des défis, tels que la dégradation de la conjoncture économique en Europe et les bouleversements démographiques. Les Allemands ont un atout formidable, car ils ont construit depuis plusieurs décennies des entreprises plus importantes. La proximité des entreprises allemandes avec les systèmes bancaires et les réseaux financiers joue un rôle important. L'entreprise est transmise de génération en génération, chaque successeur ayant à charge de la faire grossir et fructifier. Cette envie de faire croître l'entreprise offre à voir des résultats formidables. C'est vrai qu'en Allemagne le chef d'entreprise est quelqu'un de vénérable, ce qu'il n'est pas du tout en France puisqu'il est plutôt critiqué. Avec le syndicalisme, ce problème devient également social, car il n'y a pas la même culture économique au sein des syndicats français et allemands.
Le problème de l'industrie est central. Pendant 40 ans, peut-être même un peu plus, la France a désindustrialisé et a misé sur le seul secteur des services. Un autre aspect est l'apprentissage, qui est vraiment un domaine dans lequel la France a besoin de prendre des leçons de l'Allemagne. Le plus grand obstacle pour les Français demeure la langue. Dans nos PME, on a de grandes difficultés à trouver des cadres bilingues ou trilingues pour s'occuper de l'exportation. Une grande entreprise agissant à l'échelle mondiale, très renommée, avec des milliers de salariés et un chiffre d'affaires de plusieurs milliards ? Dès lors qu'il s'agit d'opter pour une carrière en PME ou en grand groupe, il n'y a pas de bon ou de mauvais choix. Chaque option présente des avantages et des inconvénients, mais les deux peuvent très bien fonctionner et mener à la satisfaction, l'épanouissement et le succès.
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Progression plus rapide au sein de l'entreprise: Dans les petites entreprises, les débutants peuvent généralement prendre des responsabilités et progresser plus rapidement dans l'entreprise. Il y a moins de concurrents pour les postes de haut niveau. Hiérarchies plates: Les décisions sont prises plus rapidement, car il y a moins d'instances à impliquer et moins de personnes à convaincre. Orientation à long terme: Les PME dirigées par leur propriétaire ne doivent pas remplir les objectifs de rendement des investisseurs financiers et ont l'avantage de pouvoir planifier à long terme. Atmosphère personnelle: L'ambiance de travail est souvent meilleure grâce aux relations personnelles avec les supérieurs. Attachement à la région: Le siège social des PME allemandes est souvent lié à une région depuis des décennies. Postes de direction limités: Bien que vous puissiez prendre rapidement des responsabilités, cela ne signifie pas que vous obtiendrez tout aussi rapidement un excellent titre d'emploi. Dans les entreprises de taille moyenne, le nombre de postes de direction est limité. Voies de promotion opaques: Il faut bien s'entendre avec la famille du propriétaire, sinon la carrière dans la PME est vite terminée. Les promotions et les carrières peuvent parfois s'y dérouler de manière arbitraire. Augmentations des salaires moins importantes: Un gros salaire ou des bonus élevés sont plutôt typiques des grands groupes. Environnement homogène: La part des déplacements est comparativement moins importante dans une carrière au sein d'une PME. Mais cela dépend des PME et des postes.
Après vos études: intégration dans un groupe ou une PME en Allemagne ?
Après votre formation ou vos études, vous avez le choix d'intégrer un groupe ou PME en Allemagne ? Ou alors, vous envisagez un changement de carrière ?
Je suis conscient qu'il n'y a pas de plan de carrière classique et que je gagnerai probablement moins que dans une grande entreprise. Je n'ai pas particulièrement besoin de vivre dans une métropole. Une vie en dehors des grandes villes me rendrait tout aussi heureux. La loyauté et l'intégrité sont des valeurs qui me sont chères, même si je ne partage pas toujours l'avis des collaborateurs. Les erreurs font partie intégrante de la vie professionnelle. Je suis prêt à les assumer et à apprendre de la critique. Mon avenir ne se joue pas à la une des magazines. Résultat du test : Si vous êtes d'accord avec moins 6 de ces affirmations, vous devez rester attentif. Cela ne signifie pas que le Mittelstand n'est pas fait pour vous, mais vous y rencontrerez des défis qui ne vous seront pas faciles à relever.
Vous avez choisi de travailler dans une PME ? Bien comprendre la culture d'entreprise
Dans les PME, l'ambiance est souvent plus familiale que dans les grands groupes. Cela signifie que vous devez y travailler avec plus de diplomatie, de personnalité et d'esprit d'équipe. Respecter les statuts: Faites preuve de retenue en ce qui concerne les symboles de statut et ne vous vantez pas de vos expériences de carrière au sein du groupe. Cette attitude conduira certainement à l'échec. Apprendre à freiner son ambition: Modérez vos ambitions. Premièrement, parce que dans les PME, la loyauté compte plus que l'ambition. Ensuite, parce que les règles d'avancement y sont différentes. Si vous envisagez une carrière dans une PME, sachez que les traits de caractère et les compétences y sont en partie différents de ceux d'un groupe. Flexibilité: Dans une PME, il n'y a pas de poste supplémentaire pour chaque tâche. En d'autres termes, vous y assumerez des activités qui ne font pas partie de votre profil professionnel. Esprit d'entreprise: Le soi-disant intrapreneur est extrêmement demandé dans les PME. Il s'agit de collaborateurs qui lancent des projets de manière proactive, qui gèrent, résolvent des problèmes et prennent des décisions. Surtout dans les petites entreprises, tous les collaborateurs doivent tirer à la même corde pour faire avancer l'entreprise. Cela peut être passionnant. Prise de risque: Les jeunes diplômés peuvent faire rapidement carrière dans les PME. Mais cela signifie en même temps qu'ils doivent gérer des projets risqués ou qui peuvent coûter cher, et ce, même si l'expérience professionnelle fait encore défaut. Les solitaires et ceux qui n'aiment pas prendre de risques n'ont aucune chance ici. La différence entre multinationale et PME se fait également sentir dans la candidature. Bien sûr, dans les deux cas, la qualification professionnelle pèse beaucoup. Personnalité: Plus l'entreprise est petite, plus il est important que les collaborateurs soient compatibles. Leur personnalité et l'alchimie proverbiale doivent s'accorder et sont donc examinées de près. Authenticité: Lors de votre candidature dans le Mittelstand, misez sur l'authenticité et l'honnêteté. Lien avec l'entreprise: C'est ce que vous devez faire dans chaque lettre de motivation et plus particulièrement dans les PME. Expliquez pourquoi vous postulez chez cet employeur, quelles sont les valeurs que vous partagez et pourquoi vous vous identifiez aux objectifs et à la culture de l'entreprise.
PME en France vs. On entend souvent parler de l’économie allemande comme modèle à suivre. Quatre aspects clés se dégagent: 4ème économie mondiale, 3ème exportateur mondial, 8 % des parts de marché mondiale. Les PME sont le moteur de l'économie allemande. Le terme « Mittelstand » est une particularité de l’économie allemande et se définit par une propriété et une gouvernance unique et le plus souvent familiale. Étant donné qu’il est difficile de comptabiliser les entreprises faisant partie du Mittelstand à partir des critères cités ci-dessus (gestion, propriété, indépendance économique), les statistiques utilisent les bases des données des PME telles que définies par l’IfM Bonn (entreprises de moins de 500 salariés - contrairement à 250 salariés en France - avec un CA annuel de moins de 50 millions d’euros) pour faire leurs calculs. Ci-dessous, vous pourrez trouver quatre graphiques que nous avons réalisés à partir des données 2019 publiées par l’INSEE en France et Statista en Allemagne. Les graphiques comparent le nombre d’entreprises selon leur taille entre la France et l’Allemagne. En synthèse, la situation dans la tranche des TPE de moins de 10 salariés est comparable entre les deux pays, et dans le domaine des grands groupes dont l’effectif est supérieur à 5 000 salariés, le différentiel n’est pas significatif.
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Le Mittelstand est le principal moteur de l’innovation et de la technologie en Allemagne et jouit à juste titre d’une grande réputation internationale. Pour rester compétitives, les PME doivent constamment se repositionner. Leur stratégie? La force du modèle économique allemand repose sur la diversité de ses PME. Elles sont des partenaires fiables et nécessaires - car hautement spécialisées - pour les grandes entreprises et assument des tâches tout au long de la chaîne de valeur. Environ 44 % des entreprises allemandes contribuent, directement ou indirectement, au succès de l’économie allemande en matière de commerce extérieur. À partir d’un chiffre d’affaires annuel de deux millions d’euros, au moins une entreprise sur deux a des activités à l’étranger. De nombreuses entreprises du Mittelstand, principalement des entreprises familiales, sont leaders sur le marché mondial : on les appelle les « champions cachés ». Par exemple, Wickert et Mennekes illustrent ce phénomène.
Le point commun des entreprises du Mittelstand: une culture d’entreprise où la propriété et la gestion sont dans la même main - et donc aussi la responsabilité et le risque. Cela garantit des voies de décision courtes et des processus décisionnels rapides et crée la flexibilité nécessaire pour réagir rapidement aux changements du marché. En même temps, elle conduit à une politique commerciale orientée vers la continuité et le long terme. L’Allemagne fait face à un vieillissement de la population et à un manque de travailleurs qualifiés. Les entreprises se voient freinées dans leur développement à cause de cette pénurie. Le gouvernement allemand a fixé des objectifs ambitieux de réduction des émissions et de neutralité carbone, ce qui aura des répercussions sur les secteurs énergétiques, des transports, de l’industrie, des bâtiments et de l’agriculture. Pour atteindre ces objectifs, un ensemble de mesures est engagé, et les PME de ces industries devront innover.
La transformation numérique des PME allemandes demeure un défi important. De nombreuses PME ont du retard à rattraper par rapport aux grandes entreprises qui ont accéléré leur numérisation, notamment suite à la crise sanitaire. Le gouvernement et des organisations professionnelles soutiennent les PME dans leur transformation numérique et dans la transformation vers la neutralité climatique, via des fonds et des programmes dédiés. Le BMWi place les PME au cœur de sa politique économique et encourage un climat favorable à l’entrepreneuriat à long terme. La KfW estime qu’entre 2022 et 2025 un nombre important de PME envisagent ou mettent en œuvre des transmissions intergénérationnelles, signe d’un tissu entrepreneurial pérenne.
German Mittelstand “We are the backbone of the economy” | #LeadingInnovation
Une question fréquente pour les entreprises françaises souhaitant s’implanter en Allemagne concerne l’approche directe et le positionnement sur le marché allemand: privilégier l’implantation via une filiale, démontrer une perspective à long terme et adopter une approche « germanisée » en matière de documentation, service client et networking. Les PME constituent le pilier central de l’économie, tant en Allemagne qu’en France, mais une différence notable réside dans la prédominance du Mittelstand en Allemagne, pour des PME employant entre 50 et 249 salariés, alors qu’en France les TPE de moins de 10 salariés jouent un rôle plus important. La répartition sectorielle diffère également: l’Allemagne est fortement orientée vers l’industrie manufacturière et les secteurs exportateurs comme la construction mécanique, l’automobile et la chimie, tandis que la France est plus axée sur les services et le commerce. Les défis communs incluent la numérisation, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et la concurrence internationale, avec une transformation numérique particulièrement lente dans les PME allemandes et des ressources souvent plus limitées qu’au sein des grandes entreprises.
En synthèse, l’avenir des PME allemandes dépendra de leur capacité à accélérer la transformation numérique, à innover et à maintenir leur ancrage régional tout en restant compétitives sur les marchés mondiaux. Le Mittelstand, avec ses « champions cachés » et sa gouvernance usually familiale, demeure le cœur battant de l’économie et de l’emploi en Allemagne, tout en affrontant les défis démographiques, climatiques et technologiques du XXIe siècle.
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