Comment passer du statut de travailleur indépendant à salarié

Passer du statut d'indépendant à celui de salarié est une transition fréquente et tout à fait possible en France. Autant un ancien salarié est libre de devenir un travailleur indépendant, le contraire est aussi possible. Cette démarche implique des choix administratifs, fiscaux et sociaux, ainsi qu'une période d'adaptation pour retrouver un cadre salarial et ses protections.

Pourquoi revenir au salariat ?

Certains auto-entrepreneurs décident de redevenir salariés en cas de clôture de leur micro-entreprise. Certains peuvent y voir une garantie de sécurité retrouvée. D’autres peuvent ressentir une forme de frustration liée à la perte d’autonomie, de liberté ou de la dynamique entrepreneuriale en lien avec l'activité indépendante. Cette transition nécessite donc une période d’adaptation.

Est-ce légalement possible ?

En France, aucun dispositif légal n'empêche à un auto-entrepreneur de redevenir salarié. Autant un ancien salarié est libre de devenir un travailleur indépendant, le contraire est aussi possible. Toutefois, il est tout de même possible de cumuler emploi salarié et micro-entreprise.

Les démarches administratives pour redevenir salarié

Plusieurs situations sont possibles selon que vous souhaitez fermer votre activité indépendante ou la conserver en parallèle :

  • Pour redevenir salarié et fermer votre micro-entreprise : il est nécessaire d'effectuer les formalités de radiation de l'entreprise auprès de l'Urssaf ou du Guichet des Entreprises.
  • Si vous souhaitez redevenir salarié sans fermer votre micro-entreprise : certaines personnes choisissent de redevenir salarié sans fermer leur micro-entreprise, afin de continuer à exercer une activité secondaire.

Vous avez jusqu’à 90 jours avant la date de cessation de votre activité pour informer votre caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de votre cessation. Vous avez un délai de 30 jours après votre cessation d’activité pour contacter votre Centre de Formalités aux Entreprises (CFE).

Lire aussi: Avantages SARL pour ex-Auto-entrepreneur

Conséquences sociales et couverture santé

Le salarié est lié à un employeur par le biais d'un contrat de travail. Il perçoit, en échange de son travail, un salaire ou un traitement. Dans le cadre du salariat, employeur et salarié sont soumis au droit du travail, en particulier au code du travail et à la convention collective applicable au secteur professionnel concerné.

Pour la protection sociale : le salarié et le travailleur indépendant relevant du régime général (hors régimes spéciaux et activité agricole) ont des couvertures différentes mais sont gérés au sein du régime général. Par conséquent, pour le travailleur indépendant affilié au régime général qui reprend une activité salariée, les frais de santé sont pris en charge par le régime général. Mais il sera tout de même considéré comme polyactif dans le même régime.

Sont notamment considérées comme polyactives, les personnes qui cumulent simultanément une activité salariée et une autre activité relevant d’un autre régime de Sécurité sociale, de la Mutualité sociale agricole (MSA) ou d’un régime spécial. Les frais de santé sont pris en charge par celui des régimes dont elles relevaient à la date à laquelle a débuté la situation de cumul.

Retraite et cotisations

Le travailleur indépendant bénéficie d'une double affiliation obligatoire et doit cotiser auprès de chaque régime. La pension de retraite que perçoivent les personnes ayant cotisé à différents régimes (les polypensionnés) est la somme des pensions pour lesquelles ils ont accumulé des droits dans chacun des régimes de base et complémentaires auprès desquels ils ont été affiliés.

Les polypensionnés salariés et non-salariés ont droit aux prestations en espèces (indemnités journalières du régime auquel ils sont rattachés) à condition de respecter des conditions de durée d’affiliation.

Lire aussi: Passer en franchise de TVA

Fiscalité : ce qu’il faut déclarer

Sur le plan fiscal, les revenus des deux activités doivent être déclarés dans leur catégorie respective : traitements et salaires, BIC ou BNC selon la nature de l'activité. L'activité indépendante peut relever du régime micro-entreprise si le chiffre d'affaires reste sous les seuils. Si vous ne vous déclarez pas en société mais bien en micro-entreprise vous n'êtes donc pas concerné par l'impôt sur les sociétés.

Deux solutions s’offrent à vous lorsque vous vous déclarez : vous pouvez bénéficier automatiquement du régime de la micro-entreprise et payer des impôts sur votre chiffre d’affaires annuel ou opter pour le prélèvement libératoire de l’impôt sur le revenu et payer vos impôts chaque mois au même moment que vos cotisations.

Faut-il fermer sa micro-entreprise ? Avantages et inconvénients

  • Fermer la micro-entreprise : simplifie les démarches et permet de se concentrer sur un emploi salarié. Il est nécessaire d'effectuer les formalités de radiation auprès de l'Urssaf ou du Guichet des Entreprises.
  • La conserver ouverte : offre une sécurité si vous souhaitez exercer une activité secondaire. Certaines personnes choisissent de redevenir salarié sans fermer leur micro-entreprise, afin de continuer à exercer une activité secondaire.

Cependant, si vous conservez votre micro-entreprise tout en devenant salarié, attention aux obligations contractuelles : le cumul peut se faire sous réserve de respecter les clauses de non-concurrence ou d’exclusivité éventuelles imposées par le contrat de travail.

Obligations contractuelles et éthique

Le salarié qui crée ou reprend une entreprise reste tenu à l'égard de son employeur d'une obligation de loyauté. Il doit veiller à ce que sa nouvelle activité ne porte pas atteinte aux intérêts de l'entreprise qui l'emploie. Cette obligation s'applique pendant toute la durée du contrat de travail, même en l'absence de clause particulière dans celui-ci. Elle implique notamment :

  1. de ne pas exercer une activité concurrente de celle de son employeur ;
  2. de ne pas détourner la clientèle, les fournisseurs ou les partenaires de l'entreprise ;
  3. de ne pas utiliser à des fins personnelles des informations confidentielles obtenues dans le cadre de son emploi ;
  4. de ne pas utiliser les moyens matériels de l'entreprise (locaux, équipements, logiciels, fichier clients, etc.) pour développer sa propre activité ;
  5. de ne pas exercer son activité indépendante pendant son temps de travail salarié.

En cas de manquement à son obligation de loyauté ou de situation de concurrence déloyale, le salarié s'expose à des sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement et, le cas échéant, à la réparation du préjudice subi par son employeur.

Lire aussi: BP Coiffure Auto Entrepreneur : Détails

Requalification et risques juridiques

Le fait de rompre un contrat de travail pour ensuite poursuivre une activité similaire avec le même employeur sous un statut indépendant peut entraîner un risque de requalification en contrat de travail par les tribunaux (salariat déguisé), si un lien de subordination juridique est caractérisé. La relation de travail peut être requalifiée en contrat de travail par le juge, et le recours à de « faux » travailleurs indépendants constituer l’infraction de travail dissimulé.

Portage salarial : une alternative pour retrouver le statut de salarié

Le travailleur indépendant devient alors salarié porté et signe un contrat de travail avec la société de portage. En principe, le portage salarial est réservé aux prestataires de service. Dans ce cas, il peut être envisagé de recourir exclusivement au portage salarial via une société spécialisée afin de bénéficier d’une certaine autonomie (choix des horaires, des tarifs, des missions et des clients) tout en conservant le statut protecteur de salarié.

Se réinsérer sur le marché du travail : comment les recruteurs perçoivent l’expérience d’indépendant

Du côté des recruteurs, il est rare que cette expérience soit perçue négativement, tant qu’elle est bien expliquée. La capacité à gérer une activité indépendante peut être valorisée : autonomie, sens de l’organisation, prise d’initiative, gestion commerciale.

Accompagnement et aides pour faciliter la transition

Être accompagné pour mieux sécuriser le changement est conseillé. L’Etat peut octroyer des aides pour investir dans du matériel informatique, les organismes comme BPIFrance accompagnent les créateurs d’entreprise dans leurs démarches. Pour vous focaliser sur l’essentiel : le développement de votre activité et de vos missions freelance, n’hésitez pas à vous renseigner sur les divers acteurs qui vous soutiennent dans cette aventure. Entourez-vous de juristes, de notaires, de comptables, etc. pour toutes les formalités qui dépassent votre champ de connaissances.

Il n’y a pas de formation spécifique à suivre pour passer de salarié à indépendant. Il existe plusieurs aides financières proposées par l’État français pour les entrepreneur souhaitant suivre une formation :

  • Fonds de formation professionnelle (CPF) : si vous avez déjà travaillé en tant que salarié, vous pouvez utiliser vos droits à la formation professionnelle pour financer une partie de votre formation.
  • Prêt d’honneur pour la création d’entreprise : ce prêt sans intérêt ni garantie peut être utilisé pour financer les frais liés à la création d’une entreprise, y compris les frais de formation.
  • Aides régionales : certaines régions proposent des aides financières pour les freelance souhaitant suivre une formation.

Le micro-entrepreneur peut-il avoir le statut de salarié ?

Points pratiques avant de franchir le pas

  • Relire attentivement votre contrat de travail afin de vérifier qu’aucune clause (exclusivité, non-concurrence, obligation de loyauté) ne vous interdit de créer une activité en parallèle.
  • Informer son employeur : bien qu'aucune règle générale n'impose au salarié d'informer son employeur de la création d'une activité indépendante, cette démarche est souvent recommandée pour prévenir d'éventuelles difficultés liées à l'exécution du contrat de travail.
  • Organiser son temps : Pas besoin d’être un surhumain pour cumuler les deux. La clé de la réussite réside dans la capacité à être organisé et méthodique.
  • Se faire accompagner : N’hésitez pas à faire appel à un Expert-Comptable à ce moment-là de votre réflexion.

Cas particuliers à consulter

Certaines professions réglementées (médecins, avocats, experts-comptables, etc.) peuvent cumuler des activités salariées et indépendantes, mais dans un cadre strict fixé par leur ordre professionnel et la réglementation applicable. Les agents de la fonction publique à temps complet doivent, quant à eux, obtenir une autorisation préalable de leur hiérarchie pour exercer une activité indépendante.

Summary des options et étapes clés

Option Étapes principales Avantages
Fermer la micro-entreprise et redevenir salarié Radiation Urssaf/CFE, informer la CPAM, signer contrat de travail Sécurité sociale complète, stabilité financière
Devenir salarié sans fermer la micro-entreprise Conserver immatriculation, déclarer revenus, vérifier contrat de travail Possibilité d'activité secondaire, filet de sécurité
Portage salarial Signer contrat de travail avec société de portage, missions facturées via la société Statut salarié + autonomie

Passer du statut de travailleur indépendant à salarié est un chemin balisé par des démarches administratives simples mais aussi par des choix stratégiques (fermer ou conserver sa structure, opter pour le portage, vérifier les clauses contractuelles). Bien préparée, cette transition permet de retrouver les protections du salariat tout en tirant parti de l'expérience acquise comme entrepreneur.

balises:

Articles populaires: