Petites Sœurs de Bethléem : Artisanat et Histoire d'une Vie Contemplative

Au cœur de la forêt épaisse, là où une longue piste semble mener au bout du monde, se révèle une communauté de religieuses rayonnantes : les Petites Sœurs de Bethléem. Elles chantent et célèbrent la liturgie deux fois par jour dans une très belle église romane classée monument historique.

Autel bénédictin

Les visiteurs qui arrivent jusqu'à là peuvent se joindre à cette liturgie puisée à la double tradition latine et orientale ou se glisser silencieusement dans l’adoration des moniales, le saint Sacrement étant exposé tous les jours en semaine, sauf le lundi, jour de désert. Leur vie ordinaire permet d'équilibrer la vie solitaire et la vie communautaire, unifiant « la vie du ciel et une plénitude d’humanité ».

Une Communion de Solitaires

« Nous sommes, expliquent-elles, une communion de solitaires. L’amour fraternel est vital pour nous et vient authentifier notre commune solitude en Dieu ». À proximité de l’église, un cloître d’ermitages tapissés de bois, exprime cette vie à la fois de solitude et de communion reçue de la sagesse de vie de saint Bruno. Car ces moniales ne sont pas des ermites et n’appartiennent pas à l’ordre cartusien.

Si du mardi au vendredi, chacune vit, prie, mange, et quand c’est possible travaille dans sa cellule, elles se rassemblent le samedi pour le chapitre et le dimanche pour un repas communautaire, suivi d’une marche dans la nature et d’une veillée fraternelle.

Leur « réclusion » est toute relative. « D’ici on entend le TGV, on ne peut oublier le monde. On bénit les passagers qui passent » commente l’une d’elles. C’est une petite oasis pour des groupes qui viennent y prier : catéchistes, confirmands, scouts… et des retraitants individuels attirés par la paix du lieu. Tous bénéficient de la modeste hospitalité des moniales à la vie rustique toute simple.

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Pour elles « solitude rime avec multitude ».

L'Artisanat, Source de Vie et d'Évangélisation

Pour gagner leur vie elles produisent de la faïence décorée, des sirops et des confitures faites maison et des icônes, artisanat vendu dans la boutique à l’entrée du monastère avec également les productions des autres monastères de Bethléem. Actuellement, un artisanat de tournage du métal démarre avec la fabrication d’objets sacrés avec les techniques de repoussage et de gravure, selon l’héritage du Moyen-Orient (Syrie, Irak).

La communauté est tout à fait ancrée dans le terreau diocésain : les sœurs participent aux journées qui réunissent les consacrées du diocèse. Elles ont réfléchi aux propositions du synode et envoyé une réponse communautaire au questionnaire. Elles se distribuent les intentions de prière transmises par l’aumônerie de l’hôpital d’Autun.

« Nous sommes au cœur du diocèse et le diocèse est au cœur de notre prière. »

Touchés par ces pionnières aux mains nues, et heureux de voir ce site retrouver sa vocation première, les habitants de la région se sont mobilisés. « Grâce à une active chaîne de solidarité, le miracle de la reconstruction a pu avoir lieu » se rappellent les sœurs reconnaissantes. Aujourd’hui le Val saint Benoît est devenu un lieu source qui permet des conversions, des cheminements, des prises de recul, des pauses. Un lieu de retour aux racines chrétiennes d’une terre particulièrement clémente pour la vie monastique et la vie consacrée.

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Persuadées « qu’on peut aussi évangéliser par la beauté de l’art sacré », elles participent depuis quatre ans aux Journées du Patrimoine.

Origines et Spiritualité de la Famille Monastique

D’où sortent ces petites sœurs enfoncées dans leur capuchon blanc ? Fondées en l950 dans la grâce du dogme de l’Assomption, cette Famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno, n’a pas reçu dans l’Église d’autre responsabilité que de vivre une vie de divine contemplation, à l’école de la Vierge glorifiée demeurant dans la Très Sainte Trinité « dans le plus grand amour des Personnes Divines et des personnes humaines » (extrait du décret approuvé par Jean Paul II qui les érigea de droit pontifical en 1998).

Dans la création artistique, l’homme se révèle plus que jamais « image de Dieu » et il réalise cette tâche avant tout en modelant la merveilleuse « matière » de sa propre humanité, et aussi en exerçant une domination créatrice sur l’univers qui l’entoure. Il y a une singulière analogie entre l’art de se former soi-même et celui qui s’exerce dans la transformation de la matière.

Icône de la Vierge Marie

Dieu se laisse entrevoir par la fascination qu’Il exerce et la nostalgie de la beauté. L’artiste vit avec la beauté une relation particulière. Dans la prière silencieuse, le jeûne et la veille, les icônes du Christ, de la Vierge et des saints sont écrites selon la tradition d’Orient qui porte en elle-même sa théologie et sa sagesse.

« L’art pour l’art qui ne renvoie qu’à son auteur, sans établir un rapport avec le monde divin, n’a pas sa place dans la conception chrétienne de l’icône. Quel que soit le style qu’il adopte, tout art sacré doit exprimer la foi et l’espérance de l’Église.

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Des statues d’inspiration romane ou gothique sont réalisées dans la prière. S’appuyant sur la tradition de la haute époque de l’art chrétien, les moines et les moniales s’efforcent de mettre à la portée du peuple ce patrimoine de foi.

Les moniales ont à cœur d’offrir une beauté simple, porteuse de paix, de sérénité, de joie, qu’elles reçoivent en travaillant. Les poteries sont décorées selon des traditions anciennes orientales : philistines, égyptiennes, marocaines, etc…, ou occidentales : Rouen. Le désir de beauté artistique s’enracine d’abord dans la beauté spirituelle. Dieu est Beauté. Tout l’environnement, toute la manière de vivre en découlent. Jusque dans les détails. Afin que chaque geste soit fait jusqu’au bout, posément, par amour de Dieu et de la personne qui le reçoit. Cette attention est une expression de la dignité de la personne humaine.

L'Artisanat comme Dialogue avec la Création

Si la moniale travaille la terre, elle fait aussi l’expérience que la terre la travaille : elle se met à « l’écoute » de la matière, qui la rend présente à elle-même, aux autres, à Dieu. Elle trouve sa « juste place », glaise dans les mains de son Créateur. Chaque pièce, unique, passe par les mains de plusieurs sœurs et surtout par leur cœur, unique. Les motifs et les formes choisis témoignent de la simplicité du désert.

Présentes dans plusieurs pays, les sœurs de Bethléem perpétuent un artisanat varié, reflet de leur spiritualité et de leur ancrage dans la tradition monastique. Voici quelques exemples de leurs réalisations :

Type d'ArtisanatDescriptionInspiration
IcônesPeintes à la main selon les techniques traditionnellesTradition orientale, théologie et sagesse
FaïencesPoteries décorées avec des motifs anciensTraditions orientales et occidentales
Objets Sacrés en MétalFabriqués avec des techniques de repoussage et de gravureHéritage du Moyen-Orient
StatuesSculptées en bois ou en dolomieInspiration romane et gothique
Produits NaturelsSirops, confitures, herbes à tisanesSavoir-faire traditionnel

L'Histoire de la Fondation

Le 1er novembre 1950, le pape Pie XII promulgue le dogme selon lequel Marie de Nazareth, celle qui a enfanté à Bethléem Jésus, le Fils de Dieu, a été emportée par lui, de la terre au ciel, en son corps et en son âme. L’Eglise entière exulte de joie. Parmi les centaines de milliers de personnes qui, sur la place Saint-Pierre à Rome, participent à cette proclamation solennelle du dogme de l’Assomption de Marie, se trouve un groupe de pèlerins français accompagné d’un religieux : le père Ceslas Minguet, o.p. Sept d’entre eux, en écoutant les paroles du pape, saisissent en leur coeur la splendeur du mystérieux dessein divin révélé par le prologue de l’épître de saint Paul aux Éphésiens : " Dès avant la création du monde, Dieu nous a élus en son Fils afin que nous nous tenions en sa présence, saints et immaculés dans l’amour." (Éphésiens 1) Non seulement la Vierge Marie, mais chaque personne humaine, est donc élue par le Père comme adorateur en esprit et vérité. Avec Marie immaculée chaque personne humaine, quel que soit son péché, est attendue pour toujours dans le grand silence d’amour de la Très Sainte Trinité. Dans le secret de son coeur, chacun des sept pèlerins promet à Dieu et à la Vierge de consacrer son attention et ses forces vives au projet qu’il entrevoit. Puis chacun découvre qu’une même lumière a visité les autres pèlerins à la voix du successeur de Pierre. Ensemble ils décident de mettre en oeuvre sans tarder ce qu’ils appellent : "le projet de la Vierge"

Cette famille monastique reçoit le nom de "Bethléem"...

Douze semaines après la promulgation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie, dans le village de Chamvres, dans le diocèse de Sens, la première communauté se constitue. Avec la Vierge Marie, son propos est d’adorer sans cesse la Très Sainte Trinité et le Christ présent en son Eucharistie et de vivre dans le silence et la prière, loin du regard des hommes. Le premier oratoire est aménagé dans une pauvre étable. Il évoque la grotte où le Fils de Dieu se fait petit enfant, où la Vierge et saint Joseph adorent avec lui le Père. C’est pourquoi le nom de "nativité" puis de "Bethléem" est spontanément reçu par le petit monastère naissant. Par Monseigneur Lamy, archevêque de Sens, l’Eglise est présente à ses humbles commencements. La prière continuelle, le plus grand amour entre les personnes, le silence et la solitude avec Dieu, librement choisis et vécus jours après jours par chacun, l’obéissance à toute volonté du Père, constituent le caractère fondamental de cette vie évangélique, indissociablement solitaire, liturgique et fraternelle, au coeur de l’Eglise.

... de "l’Assomption de la Vierge"

.. Le second nom de cette famille monastique, "l’Assomption de la Vierge", est reçu des circonstances particulières de sa fondation. Les moines et moniales de Bethléem et de l’Assomption de la Vierge cherchent à accueillir ce que Dieu veut leur dire à travers le mystère de la personne et de la vie de Jésus. Il naît à Bethléem. Il vit parmi les hommes. Il meurt d’amour pour glorifier le Père et ôter le péché du monde. Il ressuscite. Il monte au ciel. La Vierge Marie communie de tout son être à la vie de son Fils. C’est pourquoi, élevé de terre, il l’attire là où lui-même demeure. Pour toujours, elle demeure à jamais avec son Fils, dans le feu de l’Esprit, dans la Gloire d’amour du Père. Marie, qui n’est pas Dieu, a donc reçu de son Fils la grâce de vivre à la ressemblance de sa vie pleinement divine, pleinement humaine. C’est pourquoi elle s’engage dans la sainte virginité, la sainte pauvreté, la sainte obéissance, qui caractérise le chemin de Jésus. Les moines et les moniales reçoivent l’appel à suivre le chemin suivi par la Mère de Dieu elle-même. Avec Marie, ils veulent écouter la Parole de Jésus, la méditer sans cesse en leur coeur, le suivre partout où il va. C’est pourquoi ils essayent de s’engager dans le chemin d’humilité de son incarnation et ils communient à sa mort d’amour-résurrection. Avec Marie, dans la foi, ils se laissent attirer par Jésus élevé de terre demeurant pour toujours dans la gloire du Père. Dans la grande lumière de la promulgation du dogme de l’Assomption de la Vierge, les moines et les moniales reconnaissent en la Vierge Marie glorifiée leur fondatrice et leur véritable prieure. Cette grâce est ratifiée par l’Eglise dans le décret d’érection pontificale de la famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno.

... et de Saint Bruno

Au XIe siècle en Occident, saint Bruno fonde dans le massif de Chartreuse une "laure" évangélique, c’est-à-dire un lieu de solitude évangélique constitué d’ermitages. au XXe siècle, il donne sa paternité spirituelle et sa sagesse de vie à de nouveaux disciples : les moines et moniales de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno.

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