Les PME Canadiennes : Un Pilier de l'Économie et un Terrain Fertile pour les Entrepreneurs Français

Le Canada, et plus particulièrement le Québec, attire de plus en plus d'entrepreneurs français. Le Québec offre un accès privilégié au marché nord-américain, et la langue, la qualité de vie et la facilité des démarches pour fonder une société sont autant d'atouts qui attirent les futurs entrepreneurs.

Cet article explore le rôle des PME canadiennes, les défis qu'elles rencontrent et les opportunités qu'elles représentent, notamment pour les entreprises françaises souhaitant s'implanter en Amérique du Nord.

Créer une entreprise au Canada

Le Rôle Prépondérant des PME Canadiennes

Les PME canadiennes jouent un rôle majeur dans l’économie du pays, employant 85% des salariés (niveau le plus élevé des pays du G7) et assurant plus de la moitié du PIB canadien et 43% des exportations.

Selon Statistique Canada, il y avait 1,2 million de PME au Canada en 2021, représentant 99,8% du total des entreprises. Parmi elles, 98,1% des entreprises canadiennes sont considérées comme des « petites entreprises », employant moins de 100 personnes, et 1,7% sont définies comme des « entreprises moyennes », employant entre 100 et 500 personnes.

Les PME canadiennes se singularisent par une part prépondérante dans l’emploi des salariés du pays.

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Infographie sur la pénurie de main-d'œuvre et les PME

Les Défis Rencontrés par les PME Canadiennes

Elles connaissent toutefois depuis de nombreuses années un plafond de verre, de multiples facteurs (accès au financement, profondeur du marché intérieur, compétiteurs américains, attrait des talents) entravant leur croissance, alors que la crise actuelle de l’entreprenariat (-100 000 entrepreneurs entre 2000 et 2022) devrait accentuer cette dynamique.

Le renouvellement de ce riche tissu apparaît toutefois fragilisé par la crise en cours de l’entreprenariat.

Selon la Banque du développement du Canada (BDC), 1,3 Canadien sur 1 000 a créé une entreprise en 2022 ; il s’agit du niveau le plus faible depuis 2000, quand le ratio atteignait 3 pour 1000.

Ainsi, le taux d’entrepreneurs parmi le total des actifs a baissé de 11% en 2000 à 7,5% en 2021, alors que le taux moyen pour les pays de l’OCDE est passé de 17,5% à 16% sur la même période.

Parallèlement, et alors que 76% des propriétaires de PME - représentant 2 000 Md CAD (1 360 Md€) d’actifs - prévoient de passer le relais dans les 10 prochaines années selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), le taux de sorties avec cessation définitive des activités, mesuré en pourcentage de la population active, progresse : selon le Global Entrepreneurship Monitor, ce taux est passé de 3,7% en 2019 à 5,5% en 2022, le double d’il y dix ans ; le Canada se place au premier rang de ce classement parmi les pays du G7, devant les Etats-Unis (5,2%), l’Allemagne (3,4%), et la France (2,2%).

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Les PME sont concentrées dans des secteurs à faible potentiel de croissance. La banque Desjardins observe une relation négative entre la part des travailleurs d’un secteur employés au sein de PME et le potentiel de croissance de ces PME.

Des conditions de financement plus difficiles que dans les autres pays du G7 limitent la croissance des PME. Selon l’OCDE, le financement des PME au Canada est essentiellement assuré par les banques : elles comptent en moyenne pour 84% du financement, contre 16% par des fonds d’investissement et des introductions en bourse ; ce modèle rapproche ainsi le Canada de la France et diffère des Etats-Unis.

Les PME canadiennes prometteuses sont fréquemment la proie des investisseurs américains. Le rachat de la startup canadienne de robotique Clearpath par l’Américain Rockwell en septembre 2023 pour 600 M USD en est la dernière illustration. Côté capital-investissement, la participation américaine atteint 15% au premier semestre 2023, le deuxième niveau le plus élevé depuis 2015. Le rachat de la PME de cybersécurité Magnet Forensics par le fonds américain Thoma Bravo en janvier 2023 pour 1,2 Md USD en est, là également, une illustration.

Les PME canadiennes font face à un problème d’accès au marché intérieur et aux marchés extérieurs.

La pénurie de main-d’œuvre accroît les écarts entre grandes entreprises, la fonction publique et PME. Pour les PME déjà établies, la « guerre des talents » avec les Etats-Unis limite l’adoption de technologies.

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Selon l’OCDE seules 7% des petites entreprises et 38% moyennes entreprises canadiennes employaient des spécialistes en technologie de l’information et de la communication (TIC) en 2021, contre 55% pour les grandes entreprises canadiennes ; ce résultat place le Canada en-dessous de la moyenne OCDE, avec respectivement 15% et 40% des petites et moyennes entreprises qui disposent d’un spécialiste en TIC.

Les Initiatives Gouvernementales pour Soutenir les PME

Le gouvernement fédéral a fait plusieurs annonces pour soutenir l’innovation des PME. En février 2023, le gouvernement a annoncé la création de la Corporation d’innovation du Canada (CIC). Dotée de 2,6 Md CAD (1,8 Md €) sur cinq ans à compter du budget fédéral 2023-2024, la CIC, société d’Etat, aura pour objectif de soutenir le financement des dépenses de R&D, le financement de l’adaptation des nouvelles technologies et l’achat de propriété intellectuelle, en complément du Fonds stratégique pour l’innovation (FSI), lancé en 2021 et doté de 200 M CAD (140 M€) pour la période 2021-2026.

Le gouvernement a aussi mis en place dans le budget 2021-2022 le Programme canadien d’adoption du numérique (PCAN), un programme d’un montant de 4 Md CAD (3 Md€) qui prévoit des subventions pouvant aller jusqu’à 15 000 CAD (11 000€) et des prêts sans intérêt pouvant aller jusqu’à 100 000 CAD (70 000€) pour les PME qui élaborent des plans d’adoption de solutions numériques ; une subvention supplémentaire de 7 300 CAD (5 000€) est prévue pour les PME qui embaucheraient un technicien en TIC.

Le gouvernement fédéral multiplie aussi les programmes d’immigration pour répondre à la demande de main-d’œuvre qualifiée des PME. En juin 2023, le gouvernement fédéral a dévoilé sa nouvelle Stratégie pour les talents technologiques, qui sera présenté en fin d’année 2023.

Le gouvernement envisage de supprimer l’étude d’impact sur le marché du travail préalable au recrutement de travailleurs pouvant appuyer les entreprises canadiennes en matière d’innovation, un processus coûtant plusieurs milliers de dollars par lequel un employeur doit démontrer l’impact positif sur le marché de l’embauche d’un non-Canadien.

Le Québec : Une Porte d'Entrée Privilégiée pour les Entreprises Françaises

À l'intérieur du Canada, c'est au Québec que s'installent 70% des sièges sociaux des filiales françaises. Près de 500 entreprises de l'Hexagone sont implantées dans la Belle Province et y génèrent quelque 30.000 emplois.

Si beaucoup de grands groupes sont arrivés il y a longtemps, certains depuis plus d'un siècle, comme Air Liquide en 1911, les PME innovantes sont de plus en plus nombreuses à tenter l'aventure. Elles ont trouvé au Québec un territoire qui leur offre un accès privilégié au marché nord-américain.

La langue, la qualité de vie et la facilité des démarches à mener pour fonder une société sont autant d'atouts qui attirent les futurs entrepreneurs.

Au Québec, la croissance est toujours au rendez-vous avec 6,3% d'augmentation du PIB réel en 2021 et une attente autour de 2,7% pour 2022 (source ministère des Finances du Québec). Certains secteurs se distinguent cependant, que ce soit dans des domaines historiques ou nouveaux.

Le Québec est l'un des seuls endroits du monde où l'on offre des crédits d'impôt aussi généreux à l'industrie du multimédia. Le secteur des TIC connaît également un véritable essor avec l'intelligence artificielle et la spécialité de l'apprentissage profond.

Les entreprises en agroalimentaire (fruits et légumes, porc, lait et le fameux sirop d'érable), des sciences de la vie (pharmaceutiques, biotechnologies), les équipements de transport terrestre (véhicules récréatifs, autobus, trains) comptent parmi les fleurons québécois. Sans oublier le secteur des mines et sa grande variété de métaux et minéraux.

Une chose est certaine, créer son entreprise au Québec est beaucoup plus facile qu'en France. Le marché et le gouvernement encouragent les vocations. Réussir en affaires, comme on dit ici, constitue cependant un tout autre défi. Beaucoup de nouvelles sociétés ne passent pas le cap des 5 ans. Il faut donc bien se préparer.

Il est aussi possible et facile, une fois installé au Québec avec votre résidence permanente, de vous mettre à votre compte et de démarrer une activité entrepreneuriale. Une telle aventure ne peut toutefois pas s'improviser, comme en témoignent les Français qui se sont lancés en affaires.

S'il est vrai que pouvoir s'exprimer en français au Québec constitue un plus non négligeable, il ne faut pas oublier qu'un océan dissocie les deux continents. L'expression attribuée à George Bernard Shaw qui qualifiait l'Angleterre et les États-Unis de deux pays «séparés par la même langue» s'applique parfaitement à la France et au Québec.

Les personnes désirant investir ou entreprendre arrivent en territoire vierge et auront tout ou presque à apprendre. Il est donc conseillé pour réussir son implantation de faire plusieurs voyages exploratoires pour s'immerger dans la culture nord-américaine et faire des rencontres.

Les Québécois ont en effet la réputation d'être ouverts aux propositions d'affaires et il est beaucoup plus facile de prendre contact avec des décideurs que dans l'Hexagone. Ce «réseautage» permet d'établir un premier cercle de confiance.

Des agences comme CCI France Canada, Montréal et Québec International ou Classe Affaires Canada France peuvent aussi vous conseiller et vous aider à mettre en place votre projet.

La Franchise au Québec : Un Modèle en Développement

Sur 100 commerces, 35 sont tenus en franchise. Il y a au Canada 1300 réseaux de franchises contre à peu près 2000 en France. Ramené au nombre d'habitants, cela fait du Canada un champion mondial de la franchise. On remarque cependant que le Québec se situe en dessous des autres provinces canadiennes. Un phénomène dû, en grande partie, à des adaptations obligatoires en raison de sa spécificité francophone.

Une première différence est qu'il n'y a pas de loi spécifique au franchisage comme en France, aux États-Unis ou même en Ontario. Au Québec, les conventions de franchises sont encadrées par le Code civil.

L'autre grande particularité québécoise est la défense de la langue. Il faut déposer uniquement des noms de marques rédigées en français et écrits selon les conventions au Québec.

Il ne faut pas venir au Québec uniquement pour le Québec. Il est préférable d'envisager stratégiquement cette implantation comme une porte d'entrée sur le marché nord-américain.

Classement Forbes des Meilleurs Employeurs au Canada

Le magazine Forbes a dévoilé son classement 2019 des entreprises canadiennes les plus appréciées par leurs salariés. Le palmarès des "meilleurs employeurs du Canada", publié par le prestigieux magazine Forbes et dévoilé fin janvier, met à l'honneur les 300 entreprises les plus appréciées par leurs salariés.

Pour le réaliser, l'institut Statista, partenaire de Forbes, a sondé plus de 8000 employés travaillant pour 1500 sociétés canadiennes comptant au moins 500 salariés. Ceux-ci ont été invités à répondre à 30 questions sur leurs conditions de travail et à indiquer, sur une échelle de zéro à 10, s'ils recommanderaient, ou non, leur entreprise à quelqu'un d'autre.

Ce classement joue un rôle important, surtout dans un contexte de pénurie de main d'oeuvre : en janvier, le taux de chômage au Canada était de 5,8%, précise Marilène Garceau, directrice-associée du cabinet de conseil en mobilité internationale Kennedy Garceau et spécialiste du marché du travail canadien. Toutes les entreprises cherchent à avoir une 'marque employeur' forte, à faire en sorte que leurs salariés soient des ambassadeurs de leur entreprise. Car plus leur image est bonne, plus ils peuvent attirer des talents.

Top 10 du Classement Forbes des Meilleurs Employeurs au Canada (2019)

  1. Google (siège : Toronto, Ontario)
  2. Université de Toronto (siège : Toronto, Ontario)
  3. Avis Budget Group (siège : Toronto, Ontario)
  4. Pratt & Whitney (siège : Longueuil, Québec)
  5. Université Saint-Mary's (siège : Halifax, Nouvelle-Ecosse)
  6. Hydro-Québec (siège : Montréal, Québec)
  7. Ubisoft (siège : Montréal, Québec)
  8. Université Concordia (siège : Montréal, Québec)
  9. Microsoft (siège : Mississauga, Ontario)
  10. Banque Scotia (siège : Toronto, Ontario)
Ubisoft Montréal

Implantée au Québec depuis 1997, l'entreprise française Ubisoft figure à la 7e place du classement Forbes des meilleurs employeurs du Canada.

Sans grande surprise - et pour la deuxième année consécutive - c'est Google, dont le siège canadien est à Toronto, qui se classe en première position du palmarès Forbes.

Plus étonnant, on trouve en deuxième position... l'Université de Toronto, qui connaît d'ailleurs un bond spectaculaire. En 2018, elle n'occupait en effet que la 63e place du classement.

L'Université de Toronto n'est pas la seule école à avoir les honneurs du top 10 : l'Université Saint-Mary's, située à Halifax, en Nouvelle-Ecosse, se classe en effet en 5e position, tandis que l'Université Concordia, à Montréal, arrive au 8e rang des meilleurs employeurs du Canada.

Si la tête du palmarès fait la part belle à plusieurs entreprises américaines (outre Google, se distinguent Avis Budget Group, à la 3e place, le motoriste Pratt & Whitney, 4e, et Microsoft, 9e), une entreprise française peut se targuer de figurer dans le haut de la liste : Ubisoft. Classée 7e, la société, créée en 1986 par les frères Guillemot et implantée au Québec depuis 1997, s'est taillée une place de choix dans l'industrie du jeu vidéo - et s'est imposée comme un leader dans le paysage entrepreneurial nord-américain.

Géographiquement, Montréal et Toronto ressortent dans le classement Forbes, car ce sont, avec Vancouver, les trois plus grandes villes du Canada et que les entreprises y ont leur siège. Mais j'encourage les Français et les Européens qui veulent partir au Canada à ne pas se fixer une destination mais à voir où leurs compétences pourraient être le mieux valorisées. Car la qualité de travail dans une PME d'une petite ville n'a parfois rien à envier aux multinationales...

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