L'Association Canadienne des Prospecteurs et Entrepreneurs (PDAC) : Un Acteur Clé dans le Contexte de l'Extractivisme

L'Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (PDAC) joue un rôle important dans le secteur minier mondial. Cet article examine son implication dans le contexte de l'extractivisme, en particulier au Brésil, en mettant en lumière les stratégies des entreprises minières et l'influence du gouvernement de Jair Bolsonaro.

Grid Metals Corp. devrait participer au congrès de l'Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (PDAC) du 3 au 6 mars 2024, au Centre des congrès du Toronto métropolitain. Lors du PDAC 2024, Grid Metals invite les participants à visiter son stand et à assister à sa présentation d'entreprise, mettant en valeur ses projets d'exploration avancés et sa stratégie d'entreprise.

PDAC Convention Toronto

Convention PDAC à Toronto

L'Intensification de l'Extractivisme au Brésil sous le Gouvernement Bolsonaro

À partir de recherches ethnographiques menées entre 2019 et 2022, l’article montre la manière dont le système politique mis en place par le gouvernement de Jair Bolsonaro a contribué à accélérer l’extraction minière et à intensifier l’emprise du secteur sur les territoires. L’intensification de l’extractivisme au Brésil depuis 2019 s’évalue dans quelques cas emblématiques de construction de nouvelles mines ou d’agrandissement de mines existantes du Minas Gerais, région particulièrement riche en minerais.

Lors de l’inauguration du nouvel aéroport de l’État de Macapá en avril 2019, peu de temps après sa prise de pouvoir, l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022), déclarait : « Utilisons les richesses que Dieu nous a données pour le bien-être de notre population. » Dans ce discours, il évoquait l’idée d’autoriser de nouveau l’extraction minière dans la réserve de Renca, particulièrement riche en or et en cuivre, et protégée de l’extraction depuis 1984.

Lire aussi: Association et auto-entreprise : le guide ultime

Ces déclarations survenaient trois mois après l’effondrement du barrage de résidus miniers Corrego do Feijão, à Brumadinho, le 25 janvier 2019, qui avait entraîné la mort de 272 personnes et déversé des millions de mètres cubes de boue toxique sur le fleuve Paraopeba et les sols environnants. Quatre années auparavant, un désastre similaire s’était produit à Mariana, lorsque le barrage minier du Fundão s’était effondré, emportant 19 victimes et polluant durablement le fleuve Doce et les terres jusqu’à l’Océan Atlantique. Dans les deux cas, les victimes collatérales de la pollution et des dégâts matériels se comptent par milliers.

En dehors du caractère tragique de ces désastres industriels, ces événements sont aussi symptomatiques de la surexploitation des matières premières, particulièrement observables dans la région qui nous intéresse ici : le Minas Gerais. Dans ce contexte de tensions, la délivrance de permis miniers a pourtant augmenté sur la période 2019-2022. Dans quelle mesure l’industrie minière a-t-elle su profiter de l’arrivée de ce gouvernement pour intensifier l’exploitation des sous-sols et accroître son emprise sur le territoire ?

Mine de fer au Brésil

Une mine de fer au Brésil

Stratégies des Entreprises Minières pour Obtenir des Permis

Pour faire accepter leurs projets et obtenir des permis environnementaux, certaines entreprises ont développé des stratégies pour faire accepter les projets auprès des élu·es politiques, des acteurs publics et des populations locales.

Plusieurs travaux de recherche ont exploré ces questions au début du mandat de Jair Bolsonaro. Le travail mené par l’équipe dirigée par Luiz Jardim Wanderley explore par exemple, les politiques minières des 18 premiers mois du gouvernement à travers les discours présidentiels et les actions menées par les ministères et les agences publiques. Les auteurs mettent en avant l’usage de la violence et de la force, l’utilisation de fake news, l’intimidation des groupes d’opposition ainsi que des stratégies illégales pour développer l’extractivisme.

Lire aussi: Fonctionnement Crowdfunding Sport

La réflexion proposée repose sur des enquêtes ethnographiques menées en 2019 puis en 2021 à Mariana, Brumadinho et Belo Horizonte dans le cadre d’une recherche doctorale. Plusieurs dizaines d’entretiens ont eu lieu avec des responsables politiques et juridiques, des lobbyistes, des cadres de mouvements sociaux ou des victimes des désastres miniers. D’autres données mobilisées ici sont issues d’analyses de sources primaires comme les supports de communication institutionnelle des entreprises, la participation à des congrès du secteur ou à des audiences publiques.

La question de l’accessibilité des sources a été cruciale puisque les entreprises, et plus particulièrement les entreprises extractives sont difficiles d’accès, et font appel à des stratégies répressives contre les activistes, les chercheur·ses et leurs enquêté·es. La pratique ethnographique a permis de dépasser certaines de ces difficultés d’accessibilité et de comprendre les mécanismes en jeu dans ce monde de l’industrie minière et de construire ces résultats.

Soutiens Interdépendants entre Bolsonaro et le Secteur Minier

L’article revient dans un premier temps sur les processus de soutiens interdépendants entre le candidat Jair Bolsonaro et le secteur minier pendant la campagne de 2018 et les premiers mois de son mandat. Ensuite, il montre les stratégies entrepreneuriales et publiques déployées afin d’accélérer l’exploitation des minerais. Jair Bolsonaro a largement su séduire les représentant·es des intérêts des secteurs industriels et financiers pendant la campagne présidentielle de 2018, affichant à plusieurs reprises sa volonté d’accélérer et d’approfondir l’exploitation des sous-sols.

Les promesses ultralibérales de retrait de l’État de cet ancien député de droite ont su séduire les partisans d’une économie libérale privatisée, déjà mise en place par les gouvernements précédents et approfondies par Michel Temer (2016-2018). Si à ce jour il n’existe pas de chiffres officiels publiés par les ministères compétents et les agences gouvernementales concernant les projets miniers, ni de communication officielle de la part des entreprises privées sur leur croissance, qui cherchent plutôt à filtrer les informations pour éviter la contestation sociale, l’enquête ethnographique que j’ai menée en 2019 et 2021 m’a permis de constater une intensification de l’exploitation minière dans le Minas Gerais.

Bolsonaro et le secteur minier
Bolsonaro et le secteur minier

PDAC et l'Attraction des Investisseurs

Lors de la rencontre annuelle de l’AMIG du 26 août 2019, qui a réuni les acteurs privés de l’extraction et les élu·es locaux, les congressistes ont vanté les mérites des promesses de campagne de Jair Bolsonaro. La première présentation du congrès intitulée : « Défis et opportunités de l’extraction dans les quatre prochaines années » a ainsi été confiée à un lobbyiste du secteur.

Lire aussi: Subventions pour les associations à La Réunion : Guide complet

Conscients que l’élection d’un président moins favorable à l’accélération de l’extraction pourrait mettre en péril les projets s’ils étaient déposés trop tard, les demandes de construction ont été déposées en 2020, après des études d’impact réalisées en 2019. Parmi ces projets, on trouve : la reprise des activités extractives de Samarco à Mariana en 2020, cinq années après la rupture du barrage dont l’entreprise était responsable ; l’agrandissement des mines Tamanduá et Capitão do Mato à Nova Lima ; la demande de permis environnementaux par l’entreprise chinoise SAM dans le nord du Minas, région encore inexploitée pour son sous-sol et souffrant d’une grave crise hydrique ; la construction de murs de contention en ciment près de barrages instables visant à répondre aux contestations sociales tout en permettant de poursuivre les activités d’extraction ; l’autorisation du triplement des activités extractives d’ArcelorMittal sur la mine de Serra Azul à Itatiaiuçu.

Le mandat de Bolsonaro a été considéré par les acteurs du secteur comme une fenêtre d’opportunité pour l’ouverture de nouvelles mines et l’élargissement de certaines exploitations existantes. C’est alors un calendrier qui prend en compte le contexte politique favorable que qui va être mis en place, afin de profiter au mieux du cycle électoral. Les acteurs sont conscients que l’élection d’un président moins favorable à l’exploitation massive des sous-sols pourrait mettre en péril des projets s’ils sont déposés trop tard.

La multiplication des projets a également pu compter sur le soutien du gouvernement fédéral au secteur, à l’étranger, pour attirer des investisseurs. Ainsi, en mars 2020, les agents de l’IBRAM et de l’Agence nationale de l’exploitation minière (ANM) se sont rendus au congrès de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs miniers (PDAC) afin de montrer la richesse et la diversité des sous-sols brésiliens, tout en proposant des incitations financières aux entreprises privées.

Conséquences de l'Intensification de l'Extractivisme

Alors que le mandat de Jair Bolsonaro a été marqué par une augmentation préoccupante des taux de pauvreté et de chômage au Brésil, l’entreprise Vale a distribué à ses actionnaires un montant record de dividendes pour l’année 2021. À l’échelle mondiale, les secteurs minier et pétrolier ont été les premiers contributeurs à l’augmentation de 11% des dividendes versés aux actionnaires en 2022. Au Brésil, selon les données de l’IBRAM, l’exportation de minerais s’est accélérée depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro, rapportant en 2021, 58,6% de bénéfices de plus que l’année précédente, passant de 36 milliards de dollars à 58 milliards de dollars.

Cette croissance a eu de lourdes conséquences sur les conditions de travail pour les mineurs. Durant l’enquête, d’autres employé·es m’ont rapporté une précarisation des conditions de travail dans les dernières années, due au recours aux contrats journaliers.

Dans le Minas Gerais, comme dans les autres États fédérés, les entreprises souhaitant développer un site industriel, agricole ou extractif doivent présenter leur projet au secrétariat de l’environnement du gouvernement fédéré : le SEMAD (Secrétaire d’État pour l’environnement et le développement), qui est un organe politique, où tous ses membres sont nommé·es directement par le gouverneur de l’État, changeant ainsi de gouvernance suivant les élections quadriennales. Si le projet est approuvé, l’entreprise responsable doit alors organiser des audiences publiques pour négocier de potentiels points de désaccords.

En 2018, le chef d’entreprise Romeu Zema a été élu gouverneur de l’État du Minas Gerais, sous l’étiquette du parti de droite libérale, le Partido Novo. Issu d’une famille d’entrepreneurs, Zema est libertarien, en faveur d’une intervention minimale de l’État et est un fervent soutien des industries lourdes et des entreprises privées investies sur le territoire. Il a été réélu à son poste de gouverneur en 2022, après avoir exprimé son soutien à la réélection de Jair Bolsonaro.

Ce parcours pour les permis de construire est composé d’espaces d’interactions interdépendants entre expert·es environnementaux et acteurs politiques. Romeu Zema, a fait du soutien à l’industrie et de la nécessaire accélération du développement par l’économie primaire des thèmes de campagne privilégiés. Les études d’impacts des projets cités plus haut ont été réalisées durant la première partie de son premier mandat, de 2018 à 2020 puis les permis ont été signés avant la fin de son mandat en 2021.

Les accusations d’interdépendance entre organes politiques et techniques sont en effet récurrentes. Lors des élections législatives de 2014 dans le Minas Gerais, environ 8 député·es élu·es sur 10 (78,4 %), avaient reçu, à un moment de leur campagne, une dotation financière de la part de Vale. En 2014, Vale avait financé les campagnes électorales de candidat·es de 27 partis différents, à hauteur de 82 millions de reais.

Perception des populations sur l’impact de l’exploitation sur la santé et l’environnement

L’enquête m’a menée, grâce à la présence régulière à l’ALMG et aux commissions d’enquêtes parlementaires, à être invitée à plusieurs rencontres ou déjeuners organisés par les lobbyistes et spécialistes de relations publiques de Vale pour des responsables politiques, telle que la visite du refuge qui accueille les animaux sauvages et domestiques blessés par les écoulements de boue à Brumadinho, organisée au mois de novembre 2019. Cette visite était organisée pour la commission environnement de l’assemblée et plus particulièrement pour son président le député Noraldino Junior, fervent défenseur de la cause animale et proche des lobbyistes de Vale ainsi que du directeur des relations publiques. Pour la visite du refuge, tout était préparé et pensé pour l’arrivée de l’élu et de son équipe : petit-déjeuner vegan, visite guidée et conférence sur les bienfaits du refuge.

Tableau Récapitulatif : Impacts de l'Extractivisme au Brésil (2019-2022)

Aspect Impact
Accélération de l'extraction Augmentation des permis miniers délivrés
Soutien gouvernemental Présence de représentants brésiliens au congrès PDAC
Bénéfices des entreprises Dividendes records pour Vale en 2021
Conditions de travail Précarisation et recours aux contrats journaliers
Environnement Désastres de Brumadinho et Mariana

En investissant dans ce refuge, Vale cherche à améliorer son image publique et à influencer les décisions politiques en sa faveur.

balises: #Entrepreneur

Articles populaires: