Fonctionnement de la retraite complémentaire pour un TNS en EURL : statuts, calculs et solutions d’épargne

Statut social, calcul de la pension, solutions d'épargne : comprendre ces mécanismes permet d'agir efficacement. Les paramètres de la retraite évoluent régulièrement, notamment avec la LFSS 2026 qui suspend partiellement la réforme des retraites.

Ce que tout gérant non salarié doit savoir sur sa retraite

Êtes-vous TNS ou assimilé-salarié ? Le statut social du dirigeant détermine son régime de retraite. Deux catégories coexistent avec des conséquences majeures sur le niveau de pension future.

  • Le travailleur non salarié (TNS) désigne le gérant majoritaire de SARL, le gérant d'EURL et l'entrepreneur individuel. Ces dirigeants relèvent de la Sécurité sociale des indépendants (SSI) pour la retraite de base et du Régime complémentaire des indépendants (RCI).
  • L'assimilé-salarié regroupe le président de SAS/SASU et le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL. Ils cotisent au régime général (CNAV) et à l'Agirc-Arrco pour la complémentaire.
CritèreTNSAssimilé-salarié
Statuts concernésGérant majoritaire SARL, EURL, EIPrésident SAS/SASU, gérant minoritaire SARL
Caisse retraite de baseSSICNAV (régime général)
Caisse complémentaireRCIAgirc-Arrco
Niveau de cotisationsPlus faible (~45% du net)Plus élevé (~80% du brut)
Pension moyennePlus faible (~1 150 € bruts/mois)Plus élevée (2 500-3 000 €)

Cette distinction a un impact majeur : à revenus équivalents, le TNS cotise moins mais accumule moins de droits à la retraite.

Les chiffres clés et règles en vigueur

  • Âge légal de départ : 64 ans (personnes nées à partir de 1969).
  • Âge du taux plein automatique : 67 ans.
  • Trimestres requis : 172 (personnes nées à partir de 1966) ; 171 pour la génération 1965.
  • Taux plein : 50% du revenu annuel moyen.
  • PASS 2026 : 48 060 €.
  • Seuil de validation d'un trimestre : 1 803 € de revenus.
  • Précision LFSS 2026 : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 suspend partiellement la réforme des retraites jusqu'en janvier 2028. Les générations 1964 à 1968 bénéficient d'un décalage d'un trimestre par rapport au calendrier initial.

La pension moyenne d'un TNS s'établit autour de 1 150 € bruts par mois. Un cadre salarié perçoit en moyenne 2 500 à 3 000 € mensuels à la retraite. À retenir : le gérant TNS cotise moins pendant son activité, mais touche mécaniquement une pension plus faible à la retraite.

Pourquoi la pension d’un TNS en EURL sera probablement insuffisante

  • Les cotisations plus faibles génèrent des droits proportionnellement réduits. Le système français fonctionne sur une logique contributive : moins on cotise, moins on perçoit.
  • Les revenus déclarés souvent optimisés fiscalement réduisent la base de calcul. Un gérant qui privilégie les dividendes diminue mécaniquement ses droits à la retraite.
  • Les carrières hachées entraînent des trimestres manquants ou des années à faibles revenus.
  • L'absence fréquente d'épargne retraite complémentaire aggrave le déficit. Beaucoup de gérants réinvestissent dans leur entreprise plutôt que de se constituer une épargne personnelle.

Conséquence : la perte de niveau de vie peut atteindre 50 à 70%. Anticiper n'est pas une option.

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Un arrêt de travail prolongé pèse doublement sur la retraite d'un TNS. Les indemnités journalières du régime des indépendants restent faibles, mais le vrai coût est différé : l'année d'arrêt entre dans le calcul avec un revenu effondré. Le seuil de validation d'un trimestre étant fixé à 1 803 € de revenus, une incapacité longue fait perdre des trimestres et dégrade durablement le revenu annuel moyen retenu sur les 25 meilleures années. Un contrat de prévoyance maintient le revenu pendant l'arrêt : il protège la trésorerie du foyer, mais aussi les droits à la retraite en cours de constitution.

Comment se calcule la retraite d'un gérant TNS ?

La retraite de base (SSI)

Le calcul de la pension de base suit une formule identique à celle du régime général :

Pension = Revenu annuel moyen × Taux × (Trimestres validés / Trimestres requis)

Le revenu annuel moyen (RAM) correspond à la moyenne des 25 meilleures années de revenus, dans la limite du PASS (48 060 € en 2026). Le taux atteint 50% au taux plein. Chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25%. Inversement, chaque trimestre au-delà du taux plein génère une surcote de 1,25%.

Exemple de calcul : Un gérant de SARL, 64 ans, a cumulé 165 trimestres (167 requis). Son revenu annuel moyen s'établit à 35 000 €.
Calcul avant décote : 35 000 € × 50% × (165/167) = 17 265 €/an
Décote pour 2 trimestres : 2 × 1,25% = 2,5% → taux réel de 48,75%
Pension après décote : 16 856 €/an, soit environ 1 405 €/mois brut.

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La retraite complémentaire (RCI)

Le Régime complémentaire des indépendants (RCI), en place depuis 2013, fonctionne sur un système par points. Les cotisations sont converties en points selon une valeur d'acquisition de 21,726 € en 2026. À la liquidation, le total des points est multiplié par la valeur de service de 1,335 €.

Les taux de cotisation s'élèvent à 7% jusqu'à 48 060 € et 8% au-delà (jusqu'à 4 PASS). Pour un gérant ayant cotisé 25 à 30 ans avec des revenus moyens, la retraite complémentaire représente généralement 200 à 500 €/mois.

Dispositifs de transition et aménagements de la fin d'activité

  • Cumul emploi-retraite : continuer à travailler après liquidation de sa pension. Depuis 2023, ce cumul peut générer de nouveaux droits à la retraite sous certaines conditions. Attention : la LFSS 2026 durcit les règles à partir du 1er janvier 2027 (écrêtement de la pension en cas de cumul avant 67 ans).
  • Retraite progressive : réduire son activité tout en percevant une fraction de sa pension. Accessible à partir de 60 ans avec au moins 150 trimestres validés.
  • Aide au départ à la retraite (ADR) : prime pouvant atteindre 10 000 € pour les commerçants et artisans sous conditions de ressources et d'ancienneté.

Solutions pour compléter la retraite du dirigeant TNS en EURL

Le Plan d'Épargne Retraite (PER)

Créé par la loi Pacte de 2019, le PER a remplacé le contrat Madelin. Il constitue l'outil privilégié d'épargne retraite pour les TNS. Son principal avantage réside dans la déductibilité fiscale des versements. Les sommes versées viennent en déduction du revenu imposable, dans la limite de 10% du bénéfice imposable (plafond : 38 448 € en 2026) ou 10% du PASS (4 806 €) si plus favorable. Pour les TNS, le plafond peut atteindre 88 911 € en cumulant les deux tranches de déduction.

Pour un gérant imposé à une TMI de 41%, un versement de 10 000 € génère une économie d'impôt immédiate de 4 100 €. À la retraite, le capital peut être récupéré en rente viagère (imposée comme une pension) ou en capital (soumis à l'IR pour la part correspondant aux versements déduits). Certains cas de déblocage anticipé existent : achat de la résidence principale, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage.

L'assurance-vie

L'assurance-vie offre une flexibilité que le PER ne propose pas : aucun plafond de versement, disponibilité totale de l'épargne, sortie libre en capital partiel ou total. La fiscalité devient avantageuse après 8 ans de détention : les gains bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) avant imposition au prélèvement forfaitaire de 7,5% ou au barème de l'IR. En matière de transmission, l'assurance-vie permet de transmettre jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire en franchise de droits (versements effectués avant 70 ans).

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CritèrePERAssurance-vie
Déduction fiscale à l'entréeOuiNon
Fiscalité à la sortieIR (capital) ou renteAbattement après 8 ans
DisponibilitéBloqué jusqu'à la retraite (sauf exceptions)Libre
TransmissionDroits de succession classiquesAbattement 152 500 €/bénéficiaire

Stratégie complémentaire : utiliser le PER pour bénéficier de la déduction fiscale immédiate pendant les années d'activité à forte imposition, et l'assurance-vie pour conserver une épargne disponible et organiser la transmission, pour préparer votre retraite le plus efficacement.

Autres leviers d'optimisation

  • Rachat de trimestres : jusqu'à 12 trimestres peuvent être rachetés pour compléter des années d'études supérieures ou des années incomplètes. Coût : 1 000 € à 6 500 € par trimestre selon l'âge et les revenus. Déductible du revenu imposable.
  • Optimisation de la rémunération : l'arbitrage dividendes/rémunération impacte directement les droits à la retraite. Seule la rémunération soumise à cotisations sociales génère des trimestres et des points.
  • Changement de statut : transformer sa SARL en SAS avant la retraite permet de cotiser à l'Agirc-Arrco pendant les dernières années d'activité. Stratégie à évaluer avec un expert-comptable selon l'horizon de départ.
  • Transmission d'entreprise : le Pacte Dutreil permet un abattement de 75% sur la valeur des titres transmis, sous conditions d'engagement de conservation.

Important : le dirigeant qui se rémunère principalement en dividendes s'expose à un prélèvement souvent ignoré au moment de préparer sa retraite. Lorsque les revenus d'activité tombent sous 20% du PASS, soit 9 612 € en 2026, et que les revenus du capital dépassent 24 030 €, la cotisation subsidiaire maladie devient exigible. Son taux atteint 6.5% sur la fraction excédant ce seuil, dans la limite d'une assiette plafonnée à 384 480 €.

Aspects pratiques : démarches, simulations et points de vigilance

  • Le site Info Retraite permet d’agréger ses droits à la retraite sur une seule plateforme grâce au numéro de sécurité sociale. Si vous souhaitez simuler votre future pension de retraite, nous vous conseillons de créer un compte et de découvrir leur simulateur.
  • L'assuré doit déposer sa demande 4 à 6 mois avant la date de départ en retraite auprès de la SSI. S'il a cotisé tout au long de sa carrière à plusieurs régimes, cette seule demande suffit.
  • Il est recommandé à l'assuré de demander un relevé de carrière au moins 2 ans avant la date envisagée pour le départ à la retraite.
  • Chaque situation est unique. Un bilan retraite personnalisé permet de chiffrer précisément ses droits et d'identifier les actions prioritaires.

La formule de calcul de la retraite de base du privé

Spécificités de l'EURL : points à retenir

Le statut d’EURL : une retraite faible. Il faut prendre en compte que le montant de la retraite du gérant d’EURL dépend du revenu annuel moyen, de la durée de cotisation et du taux de retraite. Vous devez également prendre en compte la possible décote sur votre pension, appliquée si vous n’avez pas accumulé un nombre de trimestres suffisant au moment de votre départ en retraite. À l’inverse, votre pension peut bénéficier d’une surcote si vous partez en retraite au-delà de l’âge légal ou d’une majoration selon le nombre d’enfants.

Cependant, il faut retenir qu’avec le faible taux de cotisation du statut d’indépendant, en EURL, la retraite reste faible. Il est donc vivement recommandé au gérant associé-unique d’EURL de bien anticiper cette période et de souscrire à des dispositifs supplémentaires afin de se garantir un revenu suffisant à sa retraite.

Points réglementaires et évolutions à surveiller

Un grand chantier a commencé en 2020 : celui de la réforme des retraites. En cas d’entrée en vigueur de ces mesures, les travailleurs indépendants s’acquitteraient de cotisations à un taux supérieur. Ils auraient droit, en contrepartie, à des prestations plus importantes. La LFSS 2026 a cependant suspendu partiellement la réforme des retraites jusqu'en janvier 2028 et introduit des aménagements pour certaines générations.

À noter : le montant de la pension de retraite de base ne peut dépasser 50% du plafond de la Sécurité Sociale en vigueur l’année de votre départ en retraite. Par exemple, si vous prenez votre retraite en 2024, la pension ne pourra pas dépasser un montant de 1 932 € brut mensuel.

Rappel des priorités pour un gérant TNS en EURL

  1. Vérifier régulièrement son relevé de carrière et simuler sa pension sur Info Retraite.
  2. Constituer une épargne retraite (PER) pour bénéficier d’une déduction fiscale et d’un complément de revenu garanti.
  3. Compléter par une assurance-vie pour la disponibilité des fonds et la transmission.
  4. Évaluer l’opportunité de racheter des trimestres si le coût est raisonnable et déductible.
  5. Considérer le changement de statut ou la vente de l’entreprise selon l’horizon de départ.

Le statut d’indépendant offre des choix fiscaux et patrimoniaux importants : anticipez et faites-vous accompagner pour transformer ces choix en droits retraite significatifs.

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