Redressement judiciaire du lycée Saint François de Sales d’Evreux: témoignages et perspectives

En proie à des difficultés financières, l'établissement Saint-François-de-Sales vient d'être placé en redressement judiciaire. Une mesure indispensable pour repartir du bon pied.

Contexte et enjeux financiers

Essentiellement technique, la mesure vise à répertorier tous les créanciers et, bien sûr, à restructurer les dettes. Une étape indispensable dans l’optique d’un (éventuel) redressement. Saint-François souffre, notamment, du nombre important de contrats signés à une époque où il y avait 1 200 élèves, contre 400 aujourd’hui. Il s’agit surtout de contrats commerciaux complètement disproportionnés, à l’image de celui concernant la photocopieuse. Malheureusement, ils ne sont pas renégociables car ils courent sur plusieurs années.

Décision et pilotage

« D’une faiblesse, nous souhaitons faire une force » digresse, pour sa part, Alexandre Toussaint qui travaille à la fusion des deux établissements, Notre-Dame et Saint-François (on comptabilise 56 enseignants à Notre-Dame et 42 à Saint-François). Désormais, l'avenir de Saint-François dépend de son rachat. Par Notre-Dame ? Premiers éléments de réponse avec Yves Legendre, directeur du centre diocésain...

Le directeur du centre diocésain, Yves Legendre, et le chef d’établissement, Alexandre Toussaint, travaillent main dans la main au rachat de Saint-François. Pourquoi avez-vous demandé à ce que Saint-François bénéficie du redressement judiciaire ? Dans un premier temps, l’évêque Christian Nourrichard m’a sollicité pour que je nomme un chef d’établissement commun à Saint-François-de-Sales et Notre-Dame en vue d’une fusion (Alexandre Toussaint, NDLR). Dans un second temps, nous avons demandé des études comptables pour garantir la viabilité financière du rapprochement sur les exercices 2018-2019 et 2019-2020. Qu’indiquent ces prospectives ? Les deux cabinets comptables ont rendu leur copie fin janvier, suggérant : « Si vous fusionnez en l’état actuel des choses, Saint-François entraînera Notre-Dame dans le gouffre financier ».

Historique et facteurs structurels

Saint-François a longtemps été desservi par sa gestion entrepreneuriale. Vu la taille des bâtiments et les charges à supporter pour les entretenir, ce n’est pas viable financièrement analysait Alexandre Toussaint. Par ailleurs, le coût des rénovations d’un internat s’élève à 2 172 000 € et a été financé en partie par des investissements qui ont limité les capacités d’accueil. À la fin des années 90, ils étaient encore 1 200 à fréquenter les lieux. Aujourd’hui, 395 élèves seulement résistent dans l’établissement.

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Chantiers et perspectives opérationnelles

Cette mesure de redressement judiciaire va nous permettre d’étudier, de manière posée, une offre de reprise. Elle sera soumise au tribunal qui, fin mai, rendra sa décision. En attendant, le maintien de l’activité est garanti ces six prochains mois, tant sur le plan pédagogique qu’administratif. Le délai permet de travailler le rachat et de programmer les travaux de rénovation de Saint-François, cet été. Il s’agit de mise aux normes ayant trait à la sécurité, et de l’installation de la fibre optique, par exemple.

Du processus au quotidien

« Nous n’avons pas le droit à l’erreur » affirme Alexandre Toussaint. Le directeur souligne qu’un rachat est envisagé, et que la destination de l’entreprise doit être préservée: une école, pas une maison de retraite ou un hôtel. Le scénario le plus plausible voit Notre-Dame se positionner pour racheter Saint-François, mais s’il faut envisager d’autres options, le recours à un autre établissement sera envisagé. Cependant, dans un premier temps, seul le 1er cycle de Notre-Dame montera à Saint-François, avec une éventuelle extension ultérieure après économies d’échelle, lorsque le effectif atteindrait environ 580 élèves pour parvenir au point d’équilibre.

Internat et patrimoine architectural

Le bâtiment datant de 1843 et postérieures à la Seconde Guerre mondiale n’a plus vocation à héberger des élèves. Désormais, le nombre d’internes sera limité à 120, avec une viabilité à partir de 80 ou 100 selon les scénarios. Le projet inclut des travaux de rénovation et des mises aux normes liées à la sécurité et à la fibre optique.

Réactions et témoignages

Des parents d’élèves ont exprimé leur consternation après l’annonce du redressement judiciaire, évoquant « 210 000 € de préjudice pour l’établissement » et s’interrogeant sur l’utilisation de ces fonds. D’autres soulignent l’importance de la transparence et l’attention portée aux jeunes en difficulté, qui restent la priorité de l’institution. Des voix rappellent que l’Ogec, l’association qui gère les aspects juridiques et financiers des établissements catholiques, est au cœur de la gestion sociale.

Éléments à surveiller

  • Rachat possible par Notre-Dame, ou recours à un établissement tiers.
  • Évolution des créances et renégociations possibles des contrats historiques (dont celui de la photocopieuse).
  • Mise en œuvre des travaux d’infrastructure et de sécurité dans l’été.
  • Impact du redressement sur l’offre de formation et l’orientation des élèves.

Au-delà des chiffres et des procédures, l’enjeu central reste la préservation de l’identité éducative et le maintien d’un environnement propice à l’accompagnement des élèves. L’enseignement catholique affirme sa mission d’accueil et d’accompagnement, et met l’accent sur le savoir-faire et le savoir-être comme leviers pour construire l’avenir de l’établissement et de ses jeunes.

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