Histoire de l'entreprise Sarl Chaix et Fils: Une dynastie lainière française

L'étude descriptive des mouvements stratégiques a révélé une grande diversité des entreprises, notamment en termes de taille, de durée et de modalités d'implantation. On observe également une récurrence de certains acteurs et de réseaux de solidarités chez les entrepreneurs.

La prosopographie a permis d'étudier la démographie des entreprises coloniales, d'établir une typologie et de mettre au jour des réseaux. Trois monographies d’entreprises, concernant les maisons Ancel, Raoul-Duval et Habert, invitent enfin à un voyage plus concret dans l’univers du négoce colonial havrais au XXe siècle.

L'ambition est ici de repérer le maximum d’organisations et d’individus qui entreprennent et interviennent dans l’échange colonial, qui innovent, participent, pratiquent et investissent, depuis l’activité à la colonie jusqu’à la porte du consommateur métropolitain : industriel, grossiste, dernier commissionnaire. Cet inventaire inclut les activités de transport et de banque. Dans ce stock, figurent des entreprises qui ont précédé la période, d’autres qui lui ont survécu.

Pour apprécier à sa juste valeur l’abondance du stock des entreprises coloniales, remarquons que Le Havre n’est pas une très grande ville « commerçante », tous types de commerces confondus. Le négoce n’en a que plus de force.

Rappelons ici, de manière plus précise, le codage inventé pour l’analyse de ces entreprises coloniales. La variable qualitative de la catégorie prend en compte le pôle de décision et le pôle d’exploitation de l’entreprise.

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Catégorie A : les entreprises havraises, dont le pôle de décision ou la direction d’exploitation sont au Havre, qui consacrent la totalité ou une partie importante de leur activité commerciale et/ou maritime à la relation avec les colonies.

Catégorie B : les entreprises dont le pôle de décision demeure au Havre, mais dont le lieu d’exploitation se situe à la colonie. Les filiales, considérées comme créations d’entreprises, sont comprises dans cette catégorie, mais non les succursales.

Catégorie C : les entreprises extérieures au Havre, à capital parisien, marseillais ou cosmopolite, ayant leur siège en métropole ou aux colonies, partiellement dirigées ou administrées par des hommes d’affaires havrais. Elles peuvent être représentées sur la Place du Havre de manière officielle, discrète ou occulte, mais dans la grande majorité les sources permettent d’affirmer qu’elles induisent une activité havraise.

Catégorie D : les entreprises extérieures au Havre, où ne figure aucun administrateur havrais, mais possédant au Havre une représentation officielle.

Les catégories A et B sont « havraises indigènes », les catégories C et D « allogènes ». Des entreprises ont pu changer de catégorie dans leur histoire.

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Après la nature, la fonction. La deuxième variable qualitative est celle du champ d’activité dominant de l’entreprise : transport et navigation (1), mine, concession et exploitation agricole, collecte et chargement du produit, industrie à la colonie (2), commerce de Place, import-export, négoce et commission, courtage (3), finances, bureaux d’études, banque et assurance (4). Le croisement des variables catégorie et activité permet une première classification qui met en évidence par exemple un type A3 (commerce de Place à direction havraise), un type C2 (implantation à la colonie à participation havraise) et un type B2 (implantation à la colonie à direction havraise).

Industrie textile à Mazamet

Usine textile à Mazamet, France.

Toutes catégories confondues, l’échange colonial aura donc conduit à la présence de quatre entreprises à la colonie représentées au Havre pour dix entreprises de Place, vivant de l’import-export. Les deux tiers des établissements sont indigènes (catégories A et B), mais les entreprises à direction havraise dont le pôle d’exploitation se situe à la colonie (B2) sont cinq fois moins nombreuses que les entreprises indigènes de Place à direction havraise (A3).

Carte du Havre

Carte du Havre, France.

Ce croisement des facteurs offre l’image d’un pouvoir économique partagé entre le négoce colonial strictement havrais et les éléments extérieurs métropolitains ou coloniaux intéressés à l’échange.

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Bien entendu, la performance coloniale n’est pas proportionnelle au nombre d’entreprises concernées dans un secteur donné : ainsi les bois ont créé moins d’unités que les flux commerciaux auraient pu laisser imaginer, et les fibres textiles davantage qu’on aurait pu le supposer. Une représentation de la distribution du stock en croisant le type et la spécialité sera donc plus significative que la seule ventilation par niche de compétence.

Le stock des entreprises coloniales au Havre s’est constitué à part pratiquement égale dans les périodes 1880-1914 et 1915-1940. Les créations au temps de l’Union française sont peu nombreuses.

Au cours de la période 1880-1914, le flux de création accompagne le développement marqué des échanges maritimes avec les nouvelles colonies constaté après 1893. C’est net pour les entreprises de type C2 et B2, l’implantation ou l’investissement à la colonie se développant en direction de l’Indochine et du Congo. L’effort entrepreneurial de l’entre-deux-guerres n’en est que plus remarquable avec 45 % au moins des créations sur un quart de la période.

Le graphique des densités représente la présence simultanée des entreprises inventoriées, à partir d’un comptage quinquennal.

La densité maximale atteinte en 1930 coïncide avec le flux important de création des années 1926-1930. Il y aurait alors au Havre au moins 200 entreprises engagées dans l’échange avec l’outre-mer colonial et sa mise en valeur, maisons anciennes, nouvelles ou converties.

Les entreprises à la colonie, indigènes havraises ou allogènes, ont été plus fragiles que celles du commerce de Place. Ce sont d’ailleurs des entreprises très anciennes qui, après guerre, créent de nouvelles unités avec leurs filiales à la colonie.

Aux trois grandes périodes, découpées selon des critères qualitatifs, correspondent trois contingents d’entreprises dont il s’agit d’examiner le comportement au cours des périodes suivantes. Le terme de « cohortes » sera utilisé pour désigner les trois contingents, mais dans une acception très large proche de la « génération ». La reproduction de la structure est globalement assurée par les créations de la deuxième génération. Seule la troisième cohorte, bien maigre, modifie légèrement cet équilibre.

La résistance de la première cohorte est forte parmi les entreprises de Place, puisqu’elle représente encore en 1960 près de la moitié de l’effectif total de cette catégorie. Les maisons de la Place ont en effet vocation à se régénérer, à durer, quelle que soit la forme juridique de la société, dans une forme dynastique.

Les structures de production et d’échange ont donc évolué lentement dans les territoires de la laine du Midi, le plus souvent en décalage par rapport à ceux du nord du pays. On a cherché les causes du phénomène dans le manque supposé « d’esprit d’entreprise » des patrons du Midi.

Toutefois, il serait hasardeux de conclure si rapidement à des contrastes d’attitudes autant marqués ainsi qu’à la faiblesse des « économies externes ». Il faut revenir à ce qui fonde l’industrie lainière dans le Midi à savoir les entrepreneurs et leurs familles. Comme partout en France, même lorsque les nouvelles formes juridiques ont vu le jour, les affaires n’en sont restées pas moins des « sociétés de famille ».

Les formes juridiques des entreprises et leur capitalisation sont à la fois cause et conséquence de l’organisation originale de territoires industriels. L’émergence de petites entreprises, adaptées aux conditions locales de production, donne naissance, presque mécaniquement, à d’importantes « économies externes ».

Bien que l’investissement industriel soit une affaire de familles pour l’ensemble des espaces de production du Midi, les comportements divergent parfois sensiblement en terme de continuité entrepreneuriale. Aux beaux exemples dynastiques s’opposent des discontinuités dans presque toutes les places lainières.

Sous l’Empire, on note déjà la présence d’industriels dynamiques et laborieux : David et Jean-Louis Guibal de Castres, Pierre Olombel, Jean Rives et David Calibel à Mazamet, loués pour leur grande expérience et leur très bonne réputation. À Castres, à la même époque, les maisons Guibal ont disparu et on identifie à leur place Barbe, Batut et Laval.

Dans les années qui suivent, les difficultés du textile et les profits du délainage provoquent le glissement de l’essentiel des entrepreneurs du premier secteur industriel vers le second à Mazamet. Mais, dans les premières décennies du xxe siècle, on retrouve toujours quelques grandes familles d’entrepreneurs : Alba-La-Source, Tournier et Boudou.

Les Tournier sont une ancienne dynastie qui négocie des produits textiles depuis le xvie siècle et dont l’implication industrielle dure jusqu’à la fin du xxe siècle. Sous l’Empire, Jules Tournier s’est établi comme fabricant ; en 1865, il a associé ses fils à l’affaire ; dans la deuxième moitié du xixe siècle, l’entreprise connaît un exceptionnel développement.

Il est plus facile de conclure à la faible propension à s’investir à long terme chez les patrons carcassonnais, tant ils sont rapides à quitter leur activité. En effet, si l’on en croit le président de la Chambre de commerce de Carcassonne, la masse des fabricants est à la tête de petites entreprises de fondation récente : « Ils n’ont, c’est un malheur et un tort peut-être, ni les moyens ni l’intention de prétendre à un long et vaste avenir.

Dans les régions atteintes par la désindustrialisation, la continuité est forcément moins marquée. On trouve néanmoins de beaux exemples dynastiques. C’est toutefois dans le sud du Rouergue que l’on observe les plus importantes permanences. À Saint-Affrique, les plus gros négociants et marchands-fabricants : les Grand, Grand Pilande et Grand Pradeille sont présents dans le commerce des draps depuis le xvie siècle.

Il en est de même en Lozère. Les sources sont peu nombreuses et n’autorisent qu’un panorama rapide : quelques listes de fabricants, des études généalogiques ainsi que les registres des patentes permettent d’approcher les familles d’entrepreneurs de Marvejols, le principal centre manufacturier.

Dans le patronat Lodévois aussi, on observe de beaux exemples de continuité familiale, en particulier pour les dynasties les plus puissantes. Alors que les plus anciennes lignées d’entrepreneurs comme les Ménard, les Vallat, les Martel et les Rouaud, encore là au milieu du xixe, ont disparu à la fin du siècle, les Teisserenc et les Vitalis, déjà présents sous la Monarchie de Juillet, et même sous le Premier Empire, deviennent les deux principales lignées d’industriels de Lodève. Ils sont également ceux qui terminent l’aventure des draps de troupe au xxe siècle dans l’Hérault.

Aux continuités plus ou moins marquées du Bas-Languedoc oriental et du versant septentrional de la Montagne Noire, s’opposerait le renouvellement rapide des zones de Carcassonne et du Pays d’Olmes. Entre la Monarchie de Juillet et les années 1870, le groupe des fabricants de Lavelanet s’accroît en se renouvelant. L’expansion du Second Empire y est probablement pour beaucoup. Nombreux sont les nouveaux noms qui apparaissent.

La Grande Dépression semble ensuite être aussi un moment de grand renouvellement du milieu des fabricants de draps dans tout le Pays d’Olmes. À Laroque-d’Olmes, les familles Maurel et Sage qui avaient contrôlé l’essentiel de l’activité textile depuis la Révolution, abandonnent la fabrication. Seul Gervais Maurel se maintient dans l’effilochage.

Le secteur du textile recrute en France !

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