L'essor de l'Entrepreneuriat Social en Inde
En Inde, l’entrepreneuriat est sur les rails. Le pays, fort de son histoire culturelle, sociale et politique, a vu l’émergence de nombreuses ONGs, entreprises sociales, puis entreprises à impact. Une action sociale et des innovations d’ampleur sont nécessaires à la base de la pyramide pour permettre à la population de bénéficier de la croissance plutôt que d’en subir uniquement les effets négatifs associés à la montée des tensions ethniques et religieuses et aux impacts du changement climatique.
Dans ce contexte dynamique, plusieurs initiatives se distinguent, contribuant à façonner l'avenir de l'entrepreneuriat social en Inde.
Le Jagriti Yatra : un voyage initiatique pour les jeunes entrepreneurs
Tous les ans depuis 2008, le Jagriti Yatra (Voyage de l’éveil; en hindi) embarque 500 jeunes entrepreneurs, âgés de 20 à 27 ans, dans un périple de quinze jours et 8 000 km autour du sous-continent. Au fil des étapes, ils font la rencontre de figures de l’entrepreneuriat social; visitent les lieux où se crée l’Inde de demain; et lient connaissance avec les autres voyageurs.
« L’idée directrice, c’est d’inspirer ces jeunes pour qu’ils mettent leur envie d’entreprendre au service du pays « ; explique Dinh-Long Pham (H.19), qui a participé au dernier convoi en tant qu’organisateur bénévole. À la fin du voyage, l’alchimie a opéré, et les yatris se séparent la tête pleine de projets. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est que tout le monde fourmillait d’idées.
Le Jagriti Yatra est un voyage en train de 8000 km, à travers l'Inde, à la rencontre des acteurs de changement.
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Rajeev Kher et Saraplast : l'innovation au service de l'assainissement
Rajeev Kher est un entrepreneur social indien. Sa société de sanitaires, Saraplast, a été lancée en 1999. Il explique : « Quand j’ai terminé mon MBA, j’ai travaillé pour une société au Canada. Je voyageais beaucoup pour mon travail, au Canada et aux États-Unis. Lors de ces voyages, j’ai découvert le concept des sanitaires portatifs. J’ai décidé que je voulais faire quelque chose pour l’Inde, avoir un impact social avec une entreprise qui pourrait engager, mais aussi écologique. C’est exactement ce que nous avons fait. »
En 1999, il a créé une entreprise avec seulement 5 000 roupies [moins de 100 euros], le montant minimum légal. Il a commencé doucement, avec un ami d’Allemagne, qui lui a prêté deux toilettes portables.
Le problème le plus important a été le secteur lui-même. Ensuite, il y a l’accès aux financements. Personne ne voulait prêter à une entreprise de toilettes, principalement parce que ce n’est pas un secteur sexy. Tous les investisseurs privés que j’ai contactés ont refusé de m’octroyer un prêt. J’ai donc fini par me tourner vers des sociétés financières non bancaires, des entités habilitées à prêter de l’argent, mais qui ne sont pas des banques.
À l’époque, Internet n’en était qu’à ses débuts, donc l’accès aux informations sur les entreprises sociales était limité. Le plus important pour lancer une affaire est d’être déterminé. Il faut être déterminé à changer les choses, être passionné par le changement que vous voulez mettre en place.
Selon Rajeev Kher, une entreprise sociale est une entreprise qui peut avoir un impact positif sur les citoyens, l’environnement, l’emploi, et réaliser des profits raisonnables à réinvestir dans ses activités. Les entreprises sociales sont bien plus conscientes de leur impact sur l’environnement et la population. Les entrepreneurs sociaux font toujours attention à investir les profits de manière durable. Ils sont aussi plus conscients de leur impact sur le développement.
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Au-delà des grandes entreprises et des PME, il estime qu’il y a une place pour les entreprises sociales. Et il est sûr que le gouvernement indien mettra en place des mesures incitatives importantes pour ces sociétés. Certains des entrepreneurs sociaux qui ont été les pionniers du système pourraient aider le gouvernement à élaborer une politique et une législation spécifiques. Aujourd’hui, le gouvernement indien dispose même d’un département spécialisé.
Il participe également au social business camp, à Marseille, avec des entrepreneurs sociaux africains. Il existe de nombreuses similitudes entre l’Inde et l’Afrique en termes de développement : la pauvreté, le manque de sanitaires, les politiques gouvernementales, etc. Il fait aussi partie de la Toilet board coalition, qui tente de mettre sur pied des entreprises dans le domaine des sanitaires partout dans le monde.
SparkTour : à la rencontre des entrepreneurs sociaux sur le terrain
En voyage de huit mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des médias porteurs de changement dans le monde, Adèle Galey et Karine Levy-Heidmann, du projet SparkTour, font étape en Inde. Après le Sénégal, le Ghana et le Burkina Faso, les deux voyageuses nous font découvrir neuf nouveaux projets entrepreneuriaux.
Parmi ces projets, on retrouve :
- Terra Indica, un atelier de réinsertion pour les jeunes de la rue à Calcutta.
- Ecoad, une entreprise sociale qui dynamise l'économie locale avec des sacs recyclés et des encarts publicitaires.
- Shuktara Cakes, un atelier où des jeunes handicapés apprennent à cuisiner des spécialités françaises avec un chef français.
- m.Paani, une entreprise sociale qui propose aux consommateurs défavorisés d'accumuler des "points de fidélité" pour leurs dépenses de téléphonie mobile.
- Rural Shore, qui crée des centres de gestion d'affaires dans les zones rurales.
- BoPeei, qui propose une lampe solaire design et accessible pour tous.
- Dhobi Ghat, le plus grand lavoir à ciel ouvert du monde à Bombay.
- Kala Raksha, qui adapte l'artisanat local aux contraintes du XXIème siècle.
Dhobi Ghat, le plus grand lavoir à ciel ouvert du monde à Bombay.
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Ashoka : un réseau mondial d'entrepreneurs sociaux
Ashoka Inde est une oasis de sérénité dans la moderne Bengalore. Amener l’énergie solaire dans les régions rurales, diffuser des programmes informatiques open-source, transformer les décharges en terres cultivables, manier l’art et la pub contre le harcèlement sexuel… Les projets portés par les 3 500 entrepreneurs d’Ashoka, identifiés et accompagnés dans 85 pays, sont innovants et touchent à tous les secteurs.
Objectif : « contribuer au développement d’une société où tout le monde a la capacité d’être acteur de changement. » C’est en Inde qu’Ashoka accompagne le plus grand nombre d’entrepreneurs sociaux. Du « social business » ? Vishnu n’aime pas trop ce terme, pourtant tellement en vogue sur le Vieux Continent. « Le business, c’est dégager des marges financières grâce a une activité. Comment voulez vous gagner de l’argent en faisant progresser les droits humains ? ».
Le portrait que Vishnu nous dresse de « son » Inde contraste avec celui que l’on s’en fait depuis le vieux continent : un pays étouffant sous le poids des castes, d’un ordre social et religieux trop rigide. « Il y a ici une appétence énorme pour le changement. Ces dernières années, on a vu de plus en plus d’entrepreneurs sociaux émerger en Inde. L’écosystème est aussi en plein évolution : il est plus facile d’obtenir de lever des fonds, d’évaluer son impact social. Et puis la législation est très favorable aux entreprises sociales : vous pouvez lancer ici une ONG en deux jours ! »
Il y a beaucoup de défis. L’Inde est en pleine mutation politique, économique, sociétale. Mais celui qui veut aider les autres et accompagner ce changement trouvera ici plein d’opportunités de se rendre utile. C’est une source d’optimisme et de joie ».
Ashoka contribue à l’évolution du secteur de l'entrepreneuriat social par le financement de programmes et d’initiatives.
Destination Changemakers : des entrepreneurs sociaux inspirants
Matthieu Dardaillon, du projet Destination Changemakers, a participé à l'aventure Jagriti Yatra et présente six des entrepreneurs sociaux les plus inspirants du siècle.
Parmi eux :
- Aravind Eye Care, qui a réussi à réduire le coût d'opération de la cataracte de 200 à 5 dollars.
- Barefoot College, qui enseigne aux femmes des villages les plus pauvres à construire et réparer des lampes solaires et des pompes à eau.
- SELCO, qui donne accès à l'électricité à des milliers de familles dans les zones rurales grâce à des panneaux solaires abordables.
- Naandi Foundation, qui délivre chaque midi un million de repas nutritifs chauds et gratuits à des écoliers.
| Entreprise Sociale | Problème | Solution | Impact |
|---|---|---|---|
| Aravind Eye Care | 15 millions d'aveugles en Inde (sur 27 millions dans le monde), dont 80% pourraient être évités. | Réduction du coût de l'opération de la cataracte de 200 à 5 dollars. | 32 millions d'opérations réalisées en 36 ans. Modèle copié dans d'autres pays. |
| Barefoot College | Populations rurales pauvres victimes des changements climatiques. | Formation des femmes à la construction et réparation de lampes solaires et pompes à eau. | Autonomie des communautés villageoises dans la gestion de la technologie. |
| SELCO | 40% des Indiens n'ont pas accès à l'électricité. | Accès à des sources d'énergie non-conventionnelles (panneaux solaires) de manière décentralisée. | Accès à l'électricité pour 120 000 familles en zones rurales. |
| Naandi Foundation | 45% des enfants souffrant de malnutrition dans le monde sont Indiens. | Distribution de repas nutritifs chauds et gratuits à des écoliers. | Un million d'enfants nourris chaque midi. Modèle en cours d'exportation. |
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Les défis et les opportunités de l'entrepreneuriat social en Inde
Malgré cette jeunesse dynamique et impatiente, les principaux obstacles auxquels l’Inde est confrontée résident dans la nécessité de bâtir un système éducatif capable de donner une qualification à plusieurs centaines de millions de jeunes. C'est le seul moyen de permettre au potentiel du pays - qui est immense - de se réaliser. Mais cela nécessite des investissements très importants, ainsi que beaucoup de volonté et de clairvoyance politiques.
Autre défi, la question de l'emploi. L'Inde aurait besoin d'un secteur manufacturier plus important, pour donner du travail à sa population active. Mais ouvrir des usines implique de proposer une main d'œuvre qualifiée, d'où la priorité à donner, en amont, à l'éducation.
Quant aux inégalités, le challenge est énorme. Actuellement, les retombées économiques ne bénéficient qu'à une petite part de la population et la pauvreté, l'illettrisme, restent élevés.
Cependant, l'Inde possède une capacité d'innovation propre à sa société, qui favorise la diffusion de solutions avec peu de moyens. Ces éléments culturels se combinent pour donner chez les jeunes la conscience qu'il est possible d'agir pour le pays. D'où un nombre élevé d'entrepreneurs sociaux, qui constituent une économie en soi, avec des financements dédiés, des bourses et des réseaux de soutien. Ce secteur est en pleine expansion, parce que les besoins sont là, de même que le dynamisme pour y répondre.
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