Tarzan l’homme singe (1932) : analyse approfondie, contexte de production et héritage
Tarzan l’homme singe n’est certes pas la première transposition à l’écran des aventures du héros d’Edgar Rice Burroughs (il y eut notamment la version de Scott Sidney en 1918 et deux serials avec Frank Merrill en 1928 et 1930) mais c’est celle qui marqua le plus durablement les mémoires. Sans être le premier Tarzan de l’écran, le nageur olympique Johnny Weissmuller fut celui qui l’incarna définitivement dans l’imaginaire populaire.
Le film de W.S. Van Dyke demeure la référence absolue en la matière, un peu comme l’est le Frankenstein de James Whale vis à vis du roman de Mary Shelley. Premier d’une très longue série consacrée au personnage de Tarzan, le film réalisé par W.S. Van Dyke reste probablement le plus intéressant de tous.
Contexte hollywoodien et cadre exotique
Au début des années 1930, Hollywood se prend de passion pour les contrées exotiques. Dans ces cas-ci, les cadres géographiques bien définis sont généralement prétextes à délocaliser la sensualité débridée de nouvelles actrices venues redéfinir les codes de la séduction (Marlene Dietrich, Jean Harlow) auprès d’un grand public alors pas si pudibond que cela. En 1931, F.W. Murnau se lance dans le projet totalement fou qu’est Tabou. En 1933, c’est le très grand King Kong d’Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper qui sort sur les écrans, histoire d’amour improbable entre une jeune Américaine et un immense gorille découvert sur une île sauvage.
Mais un an plus tôt, c’est le réalisateur W.S. Van Dyke qui lance Tarzan, l’homme-singe, et ces scènes-là flirtent clairement avec une approche nettement plus documentaire. Ainsi, le montage alterne subtilement des scènes plus classiques tournées en studio et de grands panoramas sur les contrées sauvages dont on ne saura jamais exactement la localisation géographique.
Intrigue et personnages
Dans une Afrique de carte postale, James Parker et son associé Harry Holt se mettent en quête d’un cimetière d’éléphants, autrement dit une inestimable réserve d’ivoire, tandis que débarque Jane, la fille de Parker, bien décidée à s’installer sur le continent. James Parker and Harry Holt partent dans la jungle africaine pour mettre au jour un cimetière d'éléphants. L'or ainsi récolté leur assurera la richesse.
Jane Parker, après avoir retrouvé son père en Afrique, part à la recherche du cimetière des éléphants. En chemin, elle est enlevée par un homme-singe dont la pureté primitive et la force animale l'émeuvent profondément. Entre ses bras robustes, elle connaîtra un bonheur idyllique.
Alors que les périls s’accumulent, le désormais célèbre cri de Tarzan retentit, et notre bel homme singe enlève Jane. L’idylle qui s’amorce démarre de fort rude manière, à travers un dialogue passé depuis à la postérité : « toi Jane, moi Tarzan ».
The Legend Of Tarzan: Tarzan yell
Mise en scène, effets et séquences d’anthologie
La première partie du film souffre de l’insertion très artificielle de stock-shots ethniques (provenant du Trader Horn réalisé par Van Dyke l’année précédente) au beau milieu de plans tournés en studio. Le pire en la matière est probablement atteint lorsque les comédiens interagissent avec les indigènes via des transparences désarmantes de maladresse. Ni la lumière, ni le décor ne raccordent. Mais ce travers disparaît lorsque notre expédition s’enfonce dans la jungle, car dès lors le fantastique prend largement pas sur le réalisme.
Composé de surimpressions grossières, de plans de coupe d’animaux sauvages mêlés à des crocos, hippos en plastique et des figurants vêtus en singes, le film parvient à capturer un parfum d’aventures exotiques. Des séquences d’anthologies ponctuent régulièrement le film, notamment la traversée d’un fleuve empli d’hippopotames et de crocodiles agressifs, l’attaque des pygmées, le combat contre le guépard, la chevauchée à dos d’éléphant (un spécimen d’Asie affublé de fausses oreilles !), la bataille contre un couple de lions, et surtout un climax hallucinant au cours duquel nos héros sont jetés en pâture à un gorille anthropophage dans une caverne jusqu’à ce qu’une charge d’éléphants ne les sauve en détruisant le village.
Grandiose, impressionnant, le spectacle annonce de nombreux motifs visuels de King Kong et s’achève dans le mythique cimetière des éléphants. Face aux montagnes escarpées qui se dressent, Parker s’exclame, lyrique : « Pour avoir bâti un telle muraille, notre mère la nature devait avoir un grand secret à cacher ».
Érotisme pré-Code, bestialité et représentations
Le héros créé par E.R. « TARZAN, L’HOMME SINGE » de W.S. Van Dyke s’appuie sur un scénario simpliste et linéaire, mettant l’accent sur un érotisme étonnant : Jane (Maureen O’Sullivan) est une « allumeuse » qui trouble tous les hommes et animaux qu’elle croise… même son propre père ! Sa rencontre purement sexuelle avec l’homme des bois sera consommée sans le moindre doute et - horreur totale ! - hors des vœux du mariage. Loin d’une civilisation contraignante et source de frustrations savamment tenue en hors champ, les personnages s’affranchissent sans aucune ambiguïté de certaines obligations morales.
En 1932, lorsque le film est réalisé, Hollywood connaît une période temporairement débridée, marquée par des scandales en tous genres, qui amène la mise en place d’un Code de censure à partir de 1934, davantage système d’autorégulation pour les grands studios que censure étatique. Le film de W.S. Van Dyke est donc l’un des plus dignes représentants de cette parenthèse enchantée.
Tarzan, incarné par l’ex-champion de natation Johnny Weissmuller (qui jouera uniquement ce rôle jusqu’à la fin des années 1940), est une masse de muscles simplement vêtu d’un petit slip en peau, capable à la force de ses mains, de tuer un lion ou de semer des alligators. Cette bestialité parcourt le film de bout en bout (y compris lors des scènes d’une rare violence pour l’époque où des hommes sont tués par des animaux sauvages) et fait de ce Tarzan, mi-homme, mi-animal, un véritable corps écran affranchi de tout tabou pour vivre ses pulsions.
La question du plaisir sexuel n’est bien évidemment jamais loin, même s’il n’est pas représenté de manière directe. À partir de 1934, tous les autres films de la licence Tarzan (qui se poursuivra tout de même jusqu’en 1948 avec Johnny Weissmuller) perdront nettement de leur caractère subversif. Si on pourra retrouver quelques scènes d’anthologie d’une étrange beauté dans Tarzan et sa compagne (1934) et Tarzan s’évade (1936) où la délicieuse Maureen O’Sullivan continuera d’arborer une robe plus courte que ne le voudraient les ligues de décence, Tarzan perdra de sa présence animale jusqu’à être presque totalement désexualisé par l’arrivée d’un bébé abandonné dans Tarzan trouve un fils (1939). Éludant ainsi toute question sur la sexualité de Tarzan et de Jane qui ne pourraient n’avoir jamais goûté au fruit défendu, les deux tourtereaux sont d’un coup auréolé d’une virginité contradictoire.
Représentation des indigènes et regard de 1932
Comme on pouvait s’y attendre, il ne faut pas espérer de ces productions, aussi bonnes soient-elles, d’avoir une quelconque portée ethnologique. Les locaux restent de simples primitifs dont on se soucie peu de comprendre les mœurs, les coutumes ou les croyances. Tout au plus servent-ils de faire-valoir en jouant les serviteurs dévoués ou en se posant comme menaces directes via des actes barbares qui font d’eux de parfaits sauvages de cinéma.
Bien sûr, le spectateur du 21ème siècle s’offusquera des traitements infligés aux indigènes (coups de fouet entre autres), sera horrifié de voir d’affreux pygmées sanguinaires joués par des « personnes de petite taille » enduites de fond de teint foncé, mais il faut se souvenir que le film a presque un siècle. Au moment de l’escalade (dans un beau décor en matte painting), l’un des porteurs tombe dans le vide, et inaugure l’un des gimmicks les plus douteux de la série : le sacrifice des indigènes, visiblement quantité négligeable. D’ailleurs, après cette chute mortelle, la première réaction de Holt sera de se demander quel était le contenu de sa sacoche !
Acteurs, jeu et réception
Weissmuller, très physique, a peut-être l’air benêt, mais il réussit à faire oublier l’homme-singe beaucoup plus sophistiqué des romans. O’Sullivan est ravissante, mais ses piaillements incessants mélangés aux barrissements d’éléphants, finissent par casser la tête. Neil Hamilton est un rival jaloux à la gâchette trop sensible, qui semble échappé d’un album d’Hergé.
Des multiples adaptations au cinéma du héros inventé par le romancier américain Edgar Rice Burroughs en 1912, la série des films avec le champion de natation Johnny Weissmuller est de loin la plus célèbre. C’est elle qui a imprimé durablement dans les esprits l’image d’un héros au corps lisse et musculeux poussant son fameux cri. Le premier et le meilleur de la série. C'est vieux, c'est kitch, c'est plein de boulettes, mais c'est trop bien.
Et si ce "Tarzan, l'homme singe" n'était pas tout simplement le meilleur film de la série ? Comme son contemporain "King-Kong", on est frappé par la violence du ... Balayons d'abord quelques critiques déplacées, Tarzan ce n'est pas le "Voleur de bicyclettes" et ce gausser ici d'incohérence comportementales n'a aucun sens. On est dans un film d'aventures, c'est de la série B et il faut faire avec.
Technique, sources visuelles et musique
En 1932, lorsque Hollywood décide d’adapter pour la première fois ce mythe au cinéma, l’industrie tient à sa disposition de nouveaux outils technologiques susceptibles de donner au projet toute l’ampleur attendue. Le parlant, l’incrustation de fonds et la mobilité accrue des caméras permettent des prouesses susceptibles d’offrir un spectacle inédit au spectateur de l’époque. Le film utilise largement les plans documentaires inutilisés de Trader Horn (Horn le trafiquant) de W.S. Van Dyke.
La première partie du film souffre de l’insertion très artificielle de stock-shots ethniques (provenant du Trader Horn réalisé par Van Dyke l’année précédente) au beau milieu de plans tournés en studio. Ni la lumière, ni le décor ne raccordent. Mais ce travers disparaît lorsque notre expédition s’enfonce dans la jungle, car dès lors le fantastique prend largement pas sur le réalisme.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Réalisateur | W.S. Van Dyke |
| Scénario | Cyril Hume d'après les personnages créés par Edgar Rice Burroughs |
| Photographie | Harold Rosson, Clyde De Vinna |
| Direction artistique | Cedric Gibbons |
| Musique | George Richelavie |
| Production | Irving Thalberg (Metro-Goldwyn-Mayer) |
| Distribution | Johnny Weissmuller (Tarzan), Maureen O'Sullivan (Jane Parker), Neil Hamilton, C. |
| Pays / Année | États-Unis / 1932 |
| Durée / Format | 100 min / 35mm / VOSTF et VF / visa n° 32379 |
Fidélité à Burroughs et création d’un mythe cinématographique
L’histoire n’est pas du tout fidèle aux romans (1), le scénario ne prend même pas la peine d’expliquer comment Tarzan est arrivé là. En revanche, il parvient à créer un imaginaire fort et nous émerveille par son exotisme et son utilisation des animaux. Tout comme le mode de vie de Tarzan n’invite pas à de grandes remises en question du modèle occidental. Tout au plus reste-t-il l’apologie d’un retour total à la nature où l’homme subsisterait par ses propres moyens, en totale harmonie avec son environnement, y compris les animaux qui s’avèrent être des compagnons bien plus fiables que les hommes.
(1) A la décharge des scénaristes, il faut préciser que Edgar Rice Burroughs avait vendu à la MGM les droits de ses personnages mais pas des romans. Miss Jane Parker rejoint son père en Afrique alors qu’il est sur le point de se lancer dans une expédition à la recherche du cimetière des éléphants.
Mémoire, diffusion et regard de spectateur
« Tarzan l'homme singe » est un souvenir d'enfance cher à mon cœur. Ce fabuleux film d'aventure est sorti en 1932 et je l'ai découvert, avec mes yeux d'enfant, il y a 40 ans à la télévision. A l'époque, chacune de ses nombreuses diffusions était l'occasion d'une soirée familiale où, exceptionnellement, le petit Didier obtenait l'autorisation de se coucher plus tard. Je n'avais pas revu ce pur chef-d’œuvre depuis cette époque et ... Quand j'étais petit les sauvages et les grands singes me faisaient super peur et malgré les avertissement de mes parents je tenais à regarder.
On découvre les personnage, un Tarzan brut de décoffrage, Jane super sexy, de belle image de la savane des combats époustouflants et de méchants européens. Et si ce "Tarzan, l'homme singe" n'était pas tout simplement le meilleur film de la série ?
Fiche rapide du récit
- Tarzan, l’homme singe est le premier et l’un des meilleurs de cette série.
- Jane, la fille de Parker, est de l’expédition.
- Elle ne tarde pas à rencontrer Tarzan, l’homme singe, dont elle en tombe amoureuse.
- Des séquences d’anthologies ponctuent régulièrement le film.
- Le spectacle annonce de nombreux motifs visuels de King Kong.
Chaque magazine ou journal ayant son propre système de notation, toutes les notes attribuées sont remises au barême de AlloCiné, de 1 à 5 étoiles. Le film apporta une échappatoire bienvenue et le succès fut immédiat.
Crédits et éléments de production
TARZAN, L'HOMME SINGE (Tarzan the Ape Man) de W. S . États-Unis / 1932 / 100min / 35mm / VOSTF et VF / visa n° 32379Réalisateur : W.S. Van Dyke Scénario : Cyril Hume d'après les personnages créés par Edgar Rice Burroughs Directeurs de la photographie : Harold Rosson, Clyde De Vinna Direction Artistique : Cedric Gibbons Musique : George Richelavie Production : Irving Thalberg (Metro-Goldwyn-Mayer) Johnny Weissmuller (Tarzan) Maureen O'Sullivan (Jane Parker) C.
* Maureen O’Sullivan n’était encore pas très connue ce qui explique sa place en quatrième position sur l’affiche.
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