Les Inconnus : L'humour qui dénonce et parodie

Il y a plus de 30 ans, le trio comique Les Inconnus dénonçait avec humour l’oppression fiscale en France à travers leur sketch “Rap-tout (vampires)”. Dans les années 1990, les Inconnus sont passés maîtres dans l’exercice de la parodie, aussi bien à travers leurs sketches inoubliables que leurs chansons humoristiques dont les mélodies sont encore aujourd’hui dans les têtes de toute une génération. Didier Bourdon, Pascal Legitimus et Bernard Campan ont aussi donné de la voix durant leur carrière humoristique.

Le trio des Inconnus a d'ailleurs connu de nombreux succès en vendant des milliers de singles parodiques, devenus des tubes du Top 50. D'«Isabelle à les yeux bleus» à «C'est toi que je t'aime», en passant par l'inoubliable «Auteuil, Neuilly, Passy», on se remémore leurs airs et leurs paroles avec plaisir.

On ne les présente plus, pas même aux 'millenials' qu'ils soient 'farmers' version génération Z (la reconnexion avec la nature, sans matière animale, sans plastique, sans OGM, mais pas sans cannabis, ni smartphone ni pierres de bien-être) ou qu'ils se fassent les bonbons d'or en revendant via Internet des cartes Pokemon et des collectors de mangas achetés en quantités et défiant toute loi (morale comprise) contre le recel.

Les INCONNUS, c'est ce qui est arrivé de mieux au milieu humoristique français depuis longtemps avant (si l'on écarte les acteurs de type Fernandel, De Funès etc.), pendant (Les Nuls, De Caunes/Garcia) et après (si l'on écarte, euh... Groland, Kaamelott et le Joueur du Grenier ?). Du moins, ils l'étaient eux-mêmes pendant six-sept années de 1989 à 1996, avant de s'auto-caricaturer un peu trop dans leur second film, Les Rois Mages en 2001.

Des sketches drôles à n'en plus finir, en spectacle live comme à la télévision. Des majeurs comme des mineurs, sans jamais trop de ratés. Une production de Paul Lederman qui, certes, a bien aidé (même si, en parallèle, il se faisait bien payer), mais le talent de Pascal Légitimus, Bernard Campan et Didier Bourdon demeure hors-pair. On pourrait citer, pêle-mêle, Fort Boyaux (pour Fort Boyard), Télémagouilles, le Cid, les Chasseurs, Maîtresses et Patients, Les Miséroïdes... Pour tous les goûts, à toutes les sauces, leur force.

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Et comme ils ont un certain bagage artistique, dès qu'ils s'attaquent au domaine 'audio', cela sonne juste. Et puis donc, il y a les chansons, à la télé dans leur propre émission cette fois, entre 1990 et 1993. De vrais sketchs-morceaux parodiques, écrits ensemble par le trio, même si l'on devine plus ou moins avec le recul une meilleure influence de Didier Bourdon, souvent considéré d'ailleurs comme 'locomotive' durant les différentes prestations.

Il est rare qu'une chanson ne soit pas introduite, entrecoupée ou poursuivie par une interview ou autre élément de sketch. Ce qui est sûr, c'est que les INCONNUS se mettent à fond dans la peau des groupes ou artistes solo qu'ils parodient, en forçant le trait, en faisant parfois d'une pierre deux coups et mélangeant ceux-ci. Idem pour des auto-citations de leurs propres idées d'une oeuvre à l'autre d'ailleurs ("Salut-anh ! *bise* Tu... *bise* vas /T.V.A... *bise* bien-anh ?").

Et au final, en plus d'un résultat pratiquement toujours désopilant, leurs chansons demeurent de vrais tubes potentiels, réels pour certains, et plus marquants que les originaux du fait de leur contexte exceptionnel.

Si l'on devait commencer par ce qui peut constituer un aspect négatif, c'est l'idée qu'une chanson sur deux (ou pas loin) est un rap. Encore que, en ce début d'années 90, il s'agit encore de cette nouvelle mode qui envahit tout sous sa forme 'funky' et les rythmes s'en font bien ressentir.

Y compris celui de "Rap-Tout" et l'on sent bien d'ailleurs qu'avec "Auteuil Neuilly Passy", ce sont leurs premiers efforts dans ce domaine, avec juste les chansons, sans ornement humoristique ajouté. L'autre 'souci', c'est que mis à part les chants et les guitares (excellentes), tout est en ce début des années 90 décidément très axé sur les programmations en sus des synthétiseurs. Néanmoins, quelle maîtrise déjà !

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"Auteuil Neuilly Passy", sous-titré 'rap BCBG', use de groove et de cuivres-synthés, sans oublier un ou deux intermèdes 'classiques' comme l'intro précieuse, pour détourner l'aspect 'quartier' du rap mais du côté des plus riches parisiens, avec tournage adéquat. Les noms de Charles-André Dupré pour Pascal Légitimus, Hubert-Frédéric-Patrick-Stanislas, duc de Montmorency pour Didier Bourdon (avec un bout du 'Pat' du sketch téléphonique mémorable), sont un programme à eux seuls.

Quant au refrain mythique et aux répliques de type '...et dans le pire des cas, si je ne travaille pas, faudra que je reprenne la boîte de papa', ça sonne autant que ça fait rire, et puis ça rappelle qu'il y a eu des groupes moins second degré ensuite du style KLUB DES LOOSERS. Le tout aussi grandiose "Rap-Tout", bien que singeant le nom des trois frères voleurs antagonistes de l'oncle Picsou et son coffre-fort géant dans l'univers DISNEY, développe le concept costumes en grande pompe, avec nos humoristes grimés en vampires.

L'idée ici, tout en ralentissant le tempo et en jouant sur l'ambiance 'noire saignante' (basse et flûte orientale en avant), est de 'mordre' en finesse caustique dans le système des impôts français, avec les taxes pour tout et à tout va, du domaine foncier jusqu'aux droits de succession. La légende veut qu'ils aient tous les trois subi un contrôle après ce petit élan de courage, mais le bien est fait : un sens du verbe et une intelligence pareille, ça se paie (et sans T.V.A. !) côté public en succès mérité.

Parmi les autres, si "Rap Shit" copie sans mal le hip-hop américain, il a beaucoup moins de relief, et le "C'est Ton Destin" dérivé du sketch de la Z.U.P. donne à sourire (notamment le "New York, Los Angeles, Boston ou... Sarcelles !!") sans être non plus le plus probant de la sélection. En fait, les INCONNUS ne sont jamais aussi bons que quand ils détournent à fond cette mode, ou alors qu'ils en prédisent la fin comme sur "Y en a Marre du Rap", même si en trente ans, celle-ci n'est (hélas) jamais arrivée.

Continuons avec les morceaux plus 'pop synthétique'. En premier bien sûr, "Isabelle a les Yeux Bleus", imparable, fait de gestuelle hilarante (Bourdon en tête avec son clavier triple dont il fait semblant de jouer), qui est en fait une parodie de PARTENAIRE PARTICULIER mais avec les looks à la INDOCHINE. Le chanteur de ce dernier groupe, Nicola Sirkis, en pleine période compliquée, prendra d'ailleurs fort mal la chose ! En tout cas, la sauce new wave tirant du rock'n'roll avec beau-gossitude prend bien, le refrain s'ancre en tête comme jamais et pour cause.

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Sans oublier ces coupures en interview magique (l'inspiration pour les paroles 'de Heidegger à William Faulkner en passant par... Quant à "Biouman", c'est à fond la carte Bernard MINET/DOROTHEE, car cette dernière en prend pour son grade, si présente qu'elle est avec son Club éponyme télé et ses chansons partout à l'époque. Didier Bourdon de nouveau en costume mais moulant et de justicier, chantant une parodie de pop japonaise, gros synthés en avant, efficace en diable, se moquant gentiment d'une jeunesse conquise par cette nouvelle culture importée.

Et puisque la culture française n'est pas exempte de détournements, nos INCONNUS s'en donnent à coeur joie. Pour le 'solo', il y a Florent Brunel, mélange très drôle de Patrick BRUEL et Florent PAGNY, campé par Campan avec ce côté rebelle Apollon-de-cuir très opportuniste, ce courage vite noyé dans la sympathie pour les politiciens soi-disant 'très-très méchants'. La power-ballade s'impose, et dans le clip, après un début vaporeux, le coup de poing qui s'abat sur le piano pour simuler un accord soulève un fou rire systématiquement.

Ensuite, pour le duo et en variété toujours, Campan et Bourdon singent Didier Barbelivien et Félix Gray, devenus 'Barbelavie' et 'Grave' dont le "À Toutes les Filles..." a été tube de l'été 1990. En plus d'un clip sentimentaliste vite rendu déluré (Légitimus où on ne l'attend pas, l'orgie finale !), "Un Chagrin d'Amour" est encore un petit bijou d'humour musical efficace qui ne vous lâche plus.

Là où nos trois compères sont les meilleurs toutefois, c'est bien dans le rock, si franchouillard soit-il comme pour "C'est Toi Que Je T'Aime", introduit par un accordéon peu réaliste mais addictif. Avec Campan qui supplante un peu Bourdon pour le coup, il s'agit du versant 'undeground' plus ou moins populaire de l'époque, avec en mire le joyeux bordel de BERURIER NOIR, ELMER FOOD BEAT, des GARÇONS BOUCHERS et bien sûr de la MANO NEGRA. D'où le nom hésitant de Mano Verda ou Negra Bouch' Beat.

L'interview courte qui précède vaut son pesant de cacahuètes Benenuts grillées à sec ('que pensez-vous de la variété ?' 'beuuuuurk !!!' 'et... la politique ?' 'beuuuuuuk !!!' 'et... la drogue ?' '...euuuuh...'), et Bourdon qui arrose la caméra de bière, et Légitimus avec son look chicano pirate avec trou dans les dents ! Quant au punk-musette de "C'est Toi Que Je T'aime", son verbiage et son refrain si bien taillés ('je sais pas comment te dire ce que je peux pas écrire, faudrait qu'invente des mots qu'existent pas dans le dico !', on ne les présente plus !

C'est comme si, à côté, on avait oublié ce qui s'avère être la meilleure parodie, la plus grandiose de l'ensemble. Mais vu que c'est du (hair-)metal, pour le numéro 1 au top 50 français, bon, alors que voilà... Dousseur de Vivre, ou comment rendre GUNS'N'ROSES meilleurs qu'ils ne le seront jamais, parce qu'ils n'ont jamais été aussi bons !

Pareil, interview immanquable ('la différenceuh entreuh le bong et le mauvais hardeuh-rockeuh', c'est craché !), comme le ballon de baudruche qui tombe à l'eau, le cassage de voix à Sisteron (pour m'y rendre pas mal en ce moment, ça ressort bien), le look de Campan en Axl Rose et qui le surclasse niveau chant/cris comme en sympathie (sans rire, et il a quand même du coffre notre Bernard !), celui de Pascal Légitimus quelque part entre Phil Lynott et Kirk Hammett, mister Didier Bourdon qui mime fort bien Slash y compris quand il lève les mains...

Le faux-live massif pour "Poésie", chanson tonitruante qui détourne les rimes de Charles Baudelaire, la rupture briquets + Jean-Sébastien BACH (Que Ma Joie Demeure) en power-ballade instrumentale, tout cela il fallait ne pas le faire, mais il l'ont fait. Et c'est 'priceless'.

N'oublions pas, enfin, dans un style plus gentillet mais pas moins corrosif, le sketch dédié au top 50 ('waouh ! Est-ce que tu continues le groupe en solo ??') qui offrait d'ailleurs des clips courts pastichant à merveille les FORBANS aussi bien que The CURE feat. Vincent LAGAF'. Et surtout donc, nos fameux Tranxen 200, nom à peine détourné du nom d'un médicament anti-dépresseur.

Un choix d'autant plus intelligent que "Et Vice Versa" est une douce pop californienne au violon larmoyant et au riff mandolinesque, à la mélodie fine et imparable. Une des chansons les plus mémorables de la carrière des INCONNUS, en mode cheveux-au-vent, à mi-chemin entre les INNOCENTS et Tom PETTY & The HEARTBREAKERS.

Elle repose sur un aspect dissertation philosophique censée transcender la sempiternelle rupture amoureuse en chanson et par notre Didier Bourdon illuminé (sa belle voix grave domine), pris par son marathon intellectuel très premier degré (rires !) et qui a de quoi perdre tout le monde (y compris ses deux acolytes, re-rires !) mais qui, au final, ne fait que mieux le rassembler. 'Et tout deviendraaa claiiiiiir'...

Grandiose à sa manière, le clip se passe dans un champ, regards au loin, rêveur et plein d'héroïsme (ha ha) pour se finir dans la bouse de vache et (dans le cas des instruments) sous les tracteurs, façon Woodstock de la Beauce, planant mais sans liesse. (Bourdon) 'Et tu diiiis...' (choeurs Campan et Légitimus, qui comprennent rien) 'et tu diiiiiiis'...

À défaut d'obtenir le bac avec mention et sans migraine, c'est joliment taillé pour les bacs ! Les INCONNUS avaient donc là mieux que des hits de l'été ou de Noël ou de ce que vous voulez.

Les parodies les plus marquantes des Inconnus

Voici quelques exemples des parodies les plus mémorables des Inconnus :

  • Isabelle à les yeux bleus: Parodie de la chanson «Partenaire Particulier» du groupe Indochine, s’amuse du look et des attitudes de ses membres.
  • Vice et Versa: Parodie de la chanson «Epaule Tattoo» d’Etienne Daho, utilise des termes scientifiques de manière décalée et satirique.
  • Auteuil, Neuilly, Passy: Organise la rencontre du rap des quartiers défavorisés avec le milieu bourgeois des quartiers chics parisiens.
  • C’est toi que je t’aime: Parodie des groupes rocks alternatifs de l’époque, comme la Mano Negra ou les Garçons Bouchers.
  • Rap-Tout: S’amuse du système fiscal français, appuyant sur le fait qu'il serait abusif et confiscatoire.

Ces parodies ont contribué à forger la légende des Inconnus et restent gravées dans la mémoire collective.

Les Inconnus

Les prélèvements obligatoires en France atteignent des sommets, plaçant le pays parmi les plus taxés au monde. À titre d’exemple, la Suisse voisine offre un cadre fiscal plus attractif, favorisant l’implantation d’entreprises et la prospérité économique. Il est temps pour la France de repenser son système fiscal.

Alléger la pression sur les contribuables pourrait non seulement retenir les talents et les capitaux, mais aussi redynamiser une économie en quête de souffle. Comme le disaient Les Inconnus avec ironie, “On est là pour te pomper”.

Les Inconnus - La situation au Moyen Orient

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