Les Impôts dans la Chanson Française : Un Thème Récurrent et Varié

Les impôts, c’est bien connu, sont une obsession française. Avec l’un des taux de prélèvement les plus importants du monde, l’Hexagone a su inspirer des comédies, des pièces de théâtre et des chansons liées à la fiscalité. Sans oublier les interviews de stars se plaignant de la pression.

La grogne fiscale n’est décidément pas une idée contemporaine. Presque d'aussi loin que la chanson populaire est un moyen d'expression et permet de faire passer des messages, les impôts et l'Etat sont des cibles fréquentes des chansonniers et des auteurs et compositeurs, en France comme ailleurs.

Les impôts - Parodie de Renaud

Des Parodies Mémorables

La parodie est favorisée par les chanteurs anti-impôts. Avant lui, les Inconnus s’étaient par exemple illustrés, en 1991, avec «Rap tout», morceau dans lequel ils moquent la longue liste des taxations diverses.

Au sommet de leur gloire sur scène et à la télévision, Les Inconnus sortent en 1991 une nouvelle parodie intitulée « Rap-tout ». Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus y incarnent des vampires qui passent en revue les différentes « taxes » qui touchent les Français. « Je t’offre un pot ! Et oui impôt ? Impôts fiscaux, impôts locaux, impôts directs et impôts indirects, impôts fonciers, impôts rentiers, impôts sur les grandes fortunes, impôts même si t’as pas de tunes, impôts sécheresse… » Le texte du sketch est sans doute le plus réussi : les jeux de mots s’enchaînent et décrivent une réalité qui parle à tous les Français.

« Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes, pas possible que t'en réchappes », chante le trio tandis que des personnalités politiques - le président François Mitterrand, la Première ministre Edith Cresson, mais aussi Charles Pasqua et Jacques Chirac - se voient affublés de dents de vampire. La devise de la France devient quant à elle, dans le clip, «Liberté, égalité, fiscalité».

Lire aussi: Tout savoir sur la déclaration de vente de ferraille

« Nous sommes URSSAF, CANCRAS et CARBALAS. Qui que tu sois, quoi que tu fasses, faut qu’tu craches, faut qu’tu paies, pas possible que t’en réchappes. Nous sommes les frères qui rappent tout. » La musique, signée Bourdon, porte la chanson au sommet, tout comme le clip où Pasqua, Cresson et Mitterrand se transforment en Dracula de la taxe.

La chute du titre, imposée par Lederman - évidemment - est d’une ironie mordante. Au moment où le Français imposable est enterré, les « frères Rap-tout » lancent à la famille : « Nous comprenons votre douleur, c’est une triste disparition.

En 1972, Les Charlots, spécialistes du genre s’il en est, fredonnent «Si tu ne veux pas payer d’impôt». Ils rapportent les propos d’un «député» qui conseille à un ami de «faire bien attention aux prochaines contributions» en dissimulant tous ses biens. «Si tu ne veux pas payer d'impôts, cache ton piano, cache ton banjo, cache ta trompette, ton tambour avec tes baguette, tes castagnettes et tes grelots.»

En 1909, le chanteur Zip signe une chanson caustique dans laquelle il raconte que «notre impôt sur le revenu est un impôt de mascarade». «Pour le même revenu j'estime que l'un paiera 3.000 francs, et l'autre deux francs dix centimes. Vive donc l'égalité!», raille-t-il.

Dès 1861, le chansonnier Gustave Nadaud, lui, l’affirme «je n’aime pas qu’on plaisante des impôts. Je le défend, d’enrichir notre patrie, nous devons être content». Avec ce conseil toutefois: «Frappez le vin et la bière, n’épargnez point les tabacs. Seulement, l’épicerie souffre depuis bien longtemps... Dégrevez-la je vous prie, messieurs les représentants!»

Lire aussi: Modalités de paiement des impôts

Les impôts dans la chanson

La Critique Sociale et Fiscale en Musique

Avec Florent Pagny et sa fameuse «liberté de penser» insaisissable (2003) on quitte la chanson humoristique mais les paroles restent grinçantes pour dénoncer un fisc démesurément confiscatoire. «Quitte à tout prendre, prenez mes gosses et la télé, ma brosse à dent, mon revolver, la voiture - ça c’est déjà fait».

Douze ans plus tard, Florent Pagny, empêtré dans des problèmes fiscaux, fait son grand retour. Il est tonitruant. Plus rebelle que jamais, avec ses dreadlocks décolorées, il interprète « Ma liberté de penser », un manifeste anti-impôts - voire un brin démagogique - écrit par Lionel Florence et composé par Pascal Obispo. « Quitte à tout prendre, prenez mes gosses et la télé. Ma brosse à dents, mon revolver, la voiture, ça c’est déjà fait. Avec les interdits bancaires, prenez ma femme, le canapé, le micro-ondes, le frigidaire », commence-t-il. C’est un procès musical en bonne et due forme. « S’il y a quelque chose à prélever et que ça vous donne bonne conscience, mais vous n’aurez pas ma liberté de penser. »

Le morceau devient un véritable hymne contestataire diffusé ad nauseam à la radio et à la télévision, sans compter les nombreuses interviews de l’artiste expliquant ses malheurs. Faut-il choisir la parodie ou le véritable cri du cœur fiscal ? La mélodie un peu faiblarde et les paroles très premier degré nuisent au titre de Florent Pagny. Les Inconnus réalisent un sans-faute en proposant un sketch puissant, drôle et franchement entêtant (grâce au génie musical de Didier Bourdon). Une belle déclaration… musicale.

Avant lui, en 1966, le jeune rockeur Danyel Gérard (celui qui, plus tard, sortira son tube - nettement moins narquois- «Butterfly») se plaint à sa façon d’un trop plein de taxation: «Percepteur, mais vous voulez ma chemise? Si je vous paie, je resterai tout nu, sans un sou».

Poursuivons notre plongée dans le temps avec le chansonnier Georges Milton qui demande, en 1933 : «As-tu déclaré tes revenus?». «Comme dans notre budget il y a toujours des trous, vous verrez qu´un beau jour faudra payer sur tout», lance-t-il. Visionnaire, diront certains…

Lire aussi: Définition du Taux du Foyer Fiscal

A la même période (1930), le chanteur engagé Montéhus plaide…pour que seuls les riches qui ne travaillent pas soient taxés. «Au lieu d’imposer le travailleur qui enrichit le gouvernement, imposez plutôt les noceurs, et qu’ils paient pour les pauvres gens», dit-il dans «Impôt sur les fainéants».

Dans les années 70, le chansonnier Robert Rocca reprend cette chanson créée plus d'un siècle plus tôt, en 1861, par Gustave Nadaud. "Je n'aime pas qu'on plaisante des impôts, je le défends. D'enrichir notre patrie nous devons être contents, augmentez-les je vous prie, messieurs les représentants", chante-t-il, avant de demander une augmentation... pour tous les autres.

Aussi connu sous son vrai nom, Lucien Callamand, Paul Lack était avant tout acteur de cinéma muet au début du siècle. Comme le fera Boris Vian quelques années plus tard,il fait des "pauvres contribuables" de "pauvres cons" taillables et corvéables. Déjà, à l'époque, on parle de "vaches à lait" que l'on trait régulièrement "pour faire le beurre du gouvernement".

Surnommé "Le chansonnier humanitaire", Montéhus était un chansonnier connu pour ses engagements politiques en faveur du peuple. Montéhus en appelle au gouvernement : "La loi qu'il fallait faire, j'vous l'dis, messieurs du Parlement, c'est pas l'impôt sur les salaires, mais c'est l'impôt sur les feignants". Il s'engage en faveur des travailleurs et affirme qu'il faudrait moins les taxer, et taxer plutôt "les feignants" ou "les noceurs".

"Income tax", c'est en anglais l'impôt sur le revenu. Et dans ce blues pur jus, Ralph Willis commence par chanter "I've got my income tax this morning, and it's gotta be paid", comprenez "J'ai reçu mes impôts sur le revenu ce matin, et il faut les payer". Et s'en suit une énumération de taxes sur à peu près tout. De quoi avoir le blues, c'est certain.

Sur ce disque à la pochette parfaitement psychédélique, le chanteur québécois Jacques Michel (de son vrai nom Jacques Rodrigue, parce que Michel c'était plus original) évoque, sur une musique dans l'air du temps, les percepteurs qui lui ont tout pris, son gilet, son chapeau, sa cravate, son manteau, "bref tout son attirail qui le gardait bien au chaud (...) C'est avec le sourire qu'ils nous prennent les impôts". Cet album, sorti très tôt dans sa carrière, arrive bien avant son succès outre-Atlantique, au début des années 70.

Quand ils publient leur album "Revolver" en 1966, les Beatles sortent tout juste de leur image de groupe à midinettes tout juste capable de faire de jolies chansons d'amour. Quelle surprise, alors, quand cet album s'ouvre sur une chanson ouvertement dirigée contre les politiciens britanniques (le Premier ministre de l'époque, Wilson, et le chef de l'opposition, Heath), et qui parle avant tout... des impôts. "Si tu conduis une voiture je taxe la rue, si tu veux t'asseoir je taxe ton siège, si tu as trop froid je taxe la chaleur et si tu vas faire un tour je taxe tes pieds", dit, en substance, la chanson.

Dans sa riche discographie, Johnny Cash a lui aussi évoqué les impôts dans cette chanson où il fait l'inventaire de ce qu'il reste une fois que les impôts sont passés. "Tu peux rêver d'une lune de miel pour deux (...) mais c'est tout ce que tu peux faire, parce qu'une fois qu'Oncle Sam en a fini avec toi, tu peux lui acheter une paire de bas, un peu de poudre pour le nez"... et c'est tout, dit l'un des refrains de la chanson.

Le clip de ce tube des Inconnus commence par une vue de l'Elysée sous un ciel rouge. Les trois humoristes se mettent dans la peau de trois vampires, Urssaf, Camcras et Carbalas, et se moquent des impôts français. "Quoi que tu fasses, faut que tu craches, faut que tu paies", rappent-ils. Charles Pasqua, Edith Cresson et même le Président de l'époque François Mitterrand s'y retrouvent eux aussi grimés en vampires.

Dans cette chanson, Michel Sardou se met dans la peau d'un homme qui reçoit, au petit matin, la visite du fisc et des huissiers. Et ceux-ci ne lui épargnent rien... et ne lui laissent qu'une chose : "son dernier rêve". Pour l'anecdote, sur la version enregistrée en studio, Michel Sardou se paie deux choristes grand luxe : Johnny Hallyday (avant sa petite virée fiscale en Suisse) et Eddy Mitchell.

La chanteuse soul Sharon Jones, en 2011, évoque elle aussi la place des impôts mais leur donne une dimension beaucoup plus politique : "Ils fabriquent des bombes alors que nos écoles s'écroulent, dites-moi pourquoi nous payons des taxes... Et si on arrêtait tous de payer des taxes ?", se demande-t-elle, sur un rythme soul endiablé.

La mobilisation des "gilets jaunes" contre la hausse des taxes a suscité l'invention de plusieurs chansons de ralliement et de contestation. Mais bien avant ce mouvement, les impôts ont déjà fait grogner de nombreux artistes, il y a plusieurs dizaines d'années.

Rap Tout Les Inconnus

balises: #Impot

Articles populaires: