Impact économique et valeur ajoutée de la Silicon Valley
Paradis de l’innovation, berceau de start-up dont la croissance fulgurante leur a rapidement permis de conquérir la planète, écosystème aujourd’hui encore sans équivalent dans le monde, l’histoire de la Silicon Valley est une success-story qui a largement profité à la croissance américaine et a permis aux États-Unis d’asseoir leur leadership dans un monde où la connaissance est un enjeu majeur de compétitivité économique.
Si le terme de « Silicon Valley » n’est apparu qu’en 1971, ses origines sont bien antérieures.
À la fin du XIXe siècle, l’espace qu’elle couvre aujourd’hui est une région agricole peu peuplée.
L’université Stanford, qui ouvre ses portes en 1891, va rapidement jouer un rôle important dans la formation d’ingénieurs et l’encouragement du développement d’entreprises innovantes autour de Palo Alto.
En divisant la plus grande partie de l’immense domaine dont elle avait été dotée par son fondateur en parcelles qu’elle louera à des entreprises, Stanford enclenche alors un processus qui va transformer un espace encore principalement rural en territoire de l’innovation et de la high-tech.
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Outre qu’il constitue une source de revenus substantiels pour l’université elle-même, ce parc génère en effet de puissantes retombées (spillovers) technologiques et des effets d’agglomération pour les entreprises qui s’y installent et dont la plupart sont fondées par d’anciens professeurs de Stanford ou par leurs étudiants (university spin-offs).
Le rôle de l’université Stanford et de Frederick Terman
Nommé professeur à Stanford en 1925, Frederick Terman est un visionnaire qui va jouer un rôle de catalyseur dans le développement de ce milieu préexistant.
Ingénieur en électronique, il ne se contente pas d’enseigner et de faire des recherches, mais encourage ses collègues et ses étudiants à créer des entreprises à proximité de l’université.
Après avoir été appelé, pendant la Seconde Guerre mondiale, à diriger à Harvard un énorme laboratoire travaillant au développement du radar, Frederick Terman regagne Stanford en 1945 et y est promu doyen de la faculté d’ingénierie, ce qui lui permet d’exercer une influence déterminante dans la décision que prend l’université de créer un parc d’activité, le Stanford Industrial Park, en 1949.
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Les premiers à se lancer sont William Hewlett et David Packard, et le garage dans lequel ils fondent en 1939 une entreprise initialement spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation d’instruments d’essais et de mesure fait aujourd’hui partie du folklore local, une plaque commémorative le désignant très officiellement comme « lieu de naissance » de la Silicon Valley.
La politique fédérale de soutien à la recherche scientifique
Le rapport Science, the Endless Frontier, qu’il publie en 1945 a un retentissement considérable et convainc le gouvernement fédéral de continuer à financer massivement la recherche scientifique.
Dans le complexe militaro-industrialo-universitaire qui se développe pendant la guerre froide, Frederick Terman actionne les contacts qu’il a noués avec le Pentagone pendant les années 1940 pour obtenir le financement des recherches menées au sein du département qu’il dirige à Stanford, financement souvent prolongé par des contrats entre le ministère de la Défense et les entreprises installées dans le Stanford Industrial Park.
En 1956, William Shockley, qui vient de recevoir le prix Nobel de physique pour l’invention du transistor, convainc la société Beckman Instruments de financer la création du Shockley Semiconductor Laboratory, dont il prend la direction, à Mountain View, à une dizaine de kilomètres de Stanford et à proximité du site de la NASA à Moffett Field.
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Un an plus tard, huit jeunes ingénieurs recrutés par William Shockley quittent son laboratoire pour s’installer à San José et y fonder Fairchild Semiconductor, société qui sera pionnière dans la fabrication en série des transistors et le développement des circuits intégrés et à laquelle la NASA fera appel dans le cadre du programme Apollo.
Processus d’essaimage et évolutions technologiques
Tout autant que le rôle de l’université Stanford et les crédits du ministère de la Défense, ce processus d’essaimage, par lequel une société ou certains de ses ingénieurs en créent une autre, puis une autre, et encore d’autres, s’avère déterminant dans la dynamique de croissance d’un territoire qui s’étend progressivement à partir de son noyau initial.
Entre 1974 et 1984, 18 firmes y sont créées par d’anciens cadres de Hewlett-Packard.
En 1980, on y dénombre quelque 3000 entreprises spécialisées dans l’électronique, dont 85 % emploient moins de 100 salariés et 70 % moins de 10 salariés.
Le secteur y emploie désormais trois fois plus de salariés que la Route 128 de Boston, autre berceau de l’électronique aux États-Unis.
Progressivement, il se diversifie de plus en plus dans les applications civiles, puis dans l’électronique grand public, puis dans l’édition de logiciels.
En témoignent l’évolution de Hewlett-Packard - qui s’oriente dans les années 1970 vers la conception, la production et la commercialisation d’ordinateurs de bureau, puis d’ordinateurs personnels, de calculatrices et d’imprimantes - et plus encore peut-être la création d’Apple (1976) ou d’éditeurs de logiciels comme Software Development Laboratories, bientôt rebaptisé Oracle (1977), Sun Microsystems, Adobe, Symantec (tous trois créés en 1982) ou encore Cisco Systems (1984).
Culture, capital-risque et services d’accompagnement
Au cours des premières décennies de son développement, tiré par l’électronique, puis par l’informatique, l’écosystème de la Silicon Valley se caractérise donc par une concentration d’acteurs du même secteur innovant dans un espace relativement restreint (cluster) au sein duquel se développe une culture spécifique, bien distincte de celle de la côte Est, comme l’a bien montré AnnaLee Saxenian.
Tout en étant très compétitive, cette culture favorise les échanges entre chercheurs, la mise en commun de ressources et de savoirs, la mobilité professionnelle et un goût pour la prise de risque encadrée par l’expertise des business angels et la montée en puissance du capital-risque à partir des années 1970.
Ceux qui financent les start-up de la Silicon Valley sont eux-mêmes issus du monde de l’électronique et, le plus souvent, ils sont déjà implantés dans l’économie locale, ce qui leur permet d’évaluer les projets des entrepreneurs en herbe et de les conseiller utilement.
Focalisées sur leur cœur de métier, les start-up sous-traitent une grande partie des fonctions qui sont internalisées par les firmes traditionnelles, ce qui conduit à la prolifération de sociétés spécialisées dans les services à ces entreprises : en plus du capital-risque, le recrutement, le conseil juridique en matière de création d’entreprise et de protection de la propriété intellectuelle, les études de marché, l’aide à la conception et au design du produit puis à sa commercialisation, le contrôle de gestion, les services immobiliers.
L’offre de formation s’élargit aussi avec la création de community colleges qui, tout en n’ayant pas, comme Stanford, le statut d’université de recherche, forment d’excellents techniciens dont la spécialisation est en parfaite adéquation avec les besoins des entreprises locales grâce aux liens qui sont cultivés entre le monde des affaires et la communauté éducative.
Retombées économiques, emploi et attractivité
Les retombées sur l’économie locale, en termes de croissance et de création d’emplois, se traduisent par une attractivité accrue d’un territoire où la qualité de vie est très appréciée par ceux qui s’y installent.
La population du comté de Santa Clara passe ainsi de 175 000 habitants en 1940 à 1 000 000 en 1970 et atteint près de 1 500 000 en 1990, ce qui constitue l’un des taux d’accroissement démographiques les plus élevés, nationalement, sur la période.
Plus de 70 % de ces nouveaux venus sont originaires d’autres régions des États-Unis ou de l’étranger, la réforme de la législation sur l’immigration adoptée en 1965 favorisant un puissant brain drain qui ajoute une dimension de cosmopolitisme à la culture de la Silicon Valley.
L’afflux aux États-Unis, et en particulier en Californie, d’ingénieurs ou de chercheurs d’origine asiatique est incontestablement favorable au développement de start-up technologiques.
En 1990, près d’un tiers de la main-d’œuvre de la Silicon Valley est composée d’immigrants, parmi lesquels les deux tiers sont originaires d’Asie, et principalement de Chine et d’Inde.
Alors que la Silicon Valley comptait en 1975 le même nombre d’emplois dans les nouvelles technologies que la Route 128 de Boston, elle en crée 150 000 de plus entre 1975 et 1990.
Le boom de l’Internet
L’avènement d’Internet, dont la genèse doit tout au projet DARPA développé par le Pentagone à partir des années 1960, vient rappeler le rôle que celui-ci a pu jouer dans l’essor de l’économie locale.
Il conduit aussi la Silicon Valley à se réinventer en entrant dans l’ère de l’information et du numérique.
De fait, elle s’impose très vite comme le fer de lance de la nouvelle économie qui se développe alors aux États-Unis et qui conduit à une accélération du rythme de la croissance à partir de 1993, sous l’effet combiné de l’accélération de la mondialisation et de l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC).
La « boom de l’Internet » dynamise le marché des micro-ordinateurs, des logiciels et du multimédia, dont les prix baissent fortement et les ventes s’envolent, conduisant à une appréciation spectaculaire de la capitalisation boursière des sociétés de ces filières.
Valeur ajoutée mesurable : brevets, R&D et capital humain
À tous égards, la Silicon Valley reste le centre mondial de l’innovation.
Avec 18.455 brevets déposés en 2019, elle représente 15% de tous les brevets enregistrés aux Etats-Unis.
Pendant ce temps, les salaires moyens ont continué d’augmenter, atteignant 125.991 dollars dans la Silicon Valley, contre 68.076 dollars dans l’ensemble de la Californie.
Ces salaires moyens élevés peuvent être considérés comme un signe de force économique, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Ils constatent une forte à très forte augmentation des revenus les plus élevés (+ de 150.000 dollars par an par foyer), une très faible croissance des revenus les plus bas (-de 10.000 dollars par an par foyer), et une baisse généralisée pour les tous les autres.
Environ 13% de la population appartient à la catégorie des particuliers fortunés, ceux qui ont plus d’un million de dollars d’actifs de placement.
Ceux-ci contrôlent environ 75% de la richesse de la région.
Signes de tension : logement, inégalités et dynamique démographique
Après une décennie de croissance sans précédent, la Silicon Valley commence à montrer des signes de tension révèle le Silicon Valley Business Journal, qui s’appuie sur le 2020 Silicon Valley Index.
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