William Morris et le Mouvement Arts and Crafts : Un Retour à l'Artisanat et à la Beauté

William Morris (1834-1896) est un artiste, écrivain et militant socialiste anglais dont la notoriété reste limitée en France, mais qui fait figure de classique dans le domaine des arts décoratifs en Angleterre. Ses grands papiers peints floraux sont très renommés et ont inspiré nombre de créateurs. Dans le domaine artistique, il est à l’origine du mouvement Arts and Crafts (Arts et Artisanats) qui a eu une grande importance en Angleterre, aux États-Unis, et qui a été une des sources de l’Art nouveau sur le continent européen.

William Morris

Ce mouvement s’est construit en réaction aux transformations que les révolutions industrielles ont fait subir à l’art, au travail, à la production, à l’aménagement urbain et à la nature.

Jeunesse et Formation de William Morris

William Morris est le troisième enfant d’une famille bourgeoise, d’un père agent de change et d’une mère professeure de musique. Il naît le 24 mars 1834 à Elm House. Enfant calme et studieux, le jeune William reste discret, d’autant qu’il apprend très tôt à lire (à 4 ans à peine !). En 1840, alors qu’il a 6 ans, sa famille déménage à Woodford Hall, à la recherche de plus grands espaces pour le confort des enfants. Sa scolarité est aménagée et lui permet de passer une grande partie de son temps au grand air. Pourtant, à 9 ans, William Morris rejoint une classe préparatoire pour « jeunes gentlemen », une formation très prisée dans la bourgeoisie britannique. William n’adhère pas du tout à ce changement de programme, et suit cette nouvelle formation avec beaucoup de mauvaise volonté. C’est alors que son père décède en 1847, quand William n’a encore que 13 ans. Sa famille est certes à l’abri financièrement, mais les Morris déménagent, et William est inscrit à l’internat où il reste 3 ans. Malgré tout, William n’est pas tellement attentif. Il semblerait que seuls les cours d’architecture et la bibliothèque l’intéressent durant sa scolarité.

Grâce au mentorat strict dont du chanoine de Saint Albans, William Morris intègre la prestigieuse université d’Oxford. Il y étudie la théologie, lui qui songe alors à entrer dans les ordres. Pendant ses études, il rencontre Edward Burne-Jones, qui suit également avec lui les cours de théologie. Tous deux se lient d’amitié très rapidement. Ils décident même de partir en voyage dans le Nord de la France durant leurs vacances d’été. Cette escapade marque profondément les 2 amis : à leur retour, Edward plaque ses études théologiques pour devenir peintre, et William développe ses talents artistiques. Le parcours académique de William Morris prend alors un tournant : il devient étudiant en architecture, puis en peinture.

Cette rencontre avec le mouvement préraphaélite a deux conséquences majeures pour William Morris : d’abord, il décide de consacrer entièrement sa carrière aux arts décoratifs. Ensuite, il fait la rencontre de Jane Burden, alors modèle pour les peintres du mouvement. D’abord sa muse, puis son amie, il en tombe fou amoureux et se la demande en mariage.

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Prise de Conscience Sociale et Engagement

Pourtant, William demeure profondément tourmenté : ses études théologiques l’ont amené depuis plusieurs années à reconsidérer le monde bourgeois privilégié dans lequel il a grandi. Il se dit socialiste et rêve d’une société plus équitable. Mais la réalité de sa vie est aux antipodes de ses convictions : décorateur de luxe heureux en affaires, il travaille exclusivement pour une clientèle aisée : la grande bourgeoisie victorienne. William Morris prend conscience de sa vocation pour les arts décoratifs assez tard. La première décoration d’intérieur que réalise William Morris est en réalité celle de sa propre demeure : la célèbre Red House.

La Genèse du Mouvement Arts and Crafts

William Morris assiste à l’Exposition universelle de Londres en 1851. Pour lui, c’est un choc : s’il met en avant le progrès industriel de l’Empire Britannique, la laideur des objets présentés gâche tout l’effet escompté. Il refuse d’assister à ce massacre artistique. Il fonde alors l’entreprise Morris, Marshall, Faulkner & Co en 1861, avec ses associés Peter Paul Marshall, Ford Madox Brow et Charles Joseph Faulkner. Il se forme très rapidement une solide réputation : ses créations allient parfaitement solidité et esthétique. Ses premières réalisations sont des papiers peints, des textiles, ou encore des vitraux. Il demeure proche de ses confrères Préraphaélites toute sa vie, devient éditeur, imprimeur, typographe et réalise de nombreux rideaux, tissus, tapis ou encore vitraux.

Enfant, il arpente le grand parc qui jouxte la maison familiale de Woodford Hall, ce qui fait naître en lui l’amour de la nature et sera une source d’inspiration pour ses créations futures de papiers peints et de tissus. Durant ses études, il se tourne vers l’architecture et les arts, il est proche de peintres préraphaélites comme Burnes-Jones et Rossetti, et, très vite, décide, sous l’influence de John Ruskin qui reproche à l’époque moderne d’avoir transformé l’artisan en ouvrier, de créer, grâce à la fortune familiale, une entreprise pour produire des objets simples, beaux et solides, dans le domaine de l’ameublement, de la tapisserie et de la céramique.

Papier peint Acanthus par William Morris

Morris adopte une démarche à la fois sociale et esthétique. S’inscrivant dans la sensibilité philanthropique naissante, dans son entreprise, les employés étaient mieux payés et travaillaient dans de meilleures conditions qu’ailleurs, les jeunes bénéficiaient d’un apprentissage, le travail des enfants était banni.

À partir de 1877, William Morris intègre des mouvements socialistes, mais refuse la participation aux élections, lesquelles entretiendraient l’illusion qu’on peut réformer le système capitaliste de l’intérieur. Cette mutation trouve probablement sa source dans la contradiction entre sa volonté de rendre sa production accessible à tous et sa clientèle exclusivement composée des classes supérieures. C’est en tant que conférencier qu’il se fit connaître dans le monde ouvrier, il participa à plus de 500 meetings dans les vingt dernières années de sa vie. Il s’adressait aux travailleurs dans les usines afin de contribuer à la formation d’une conscience révolutionnaire et à rendre désirable une alternative au capitalisme en pleine expansion.

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Morris a également été écrivain, traducteur, éditeur. Son texte le plus célèbre est un roman utopique se passant en 2102, où l’argent a disparu et tout est devenu gratuit.

Les Principes Fondamentaux du Mouvement Arts and Crafts

« C’est Ruskin, avant que je n’en vienne au Socialisme pratique, qui fut mon maître et me mit sur le chemin de l’idéal dont j’ai parlé précédemment. Et je ne puis, rétrospectivement m’empêcher de dire au passage à quel point le monde d’il y a vingt ans eût été mortellement ennuyeux, sans Ruskin ! C’est grâce à lui que j’ai appris à donner forme à mon mécontentement, qui, je dois le dire, n’était rien moins que vague.

Le mouvement de résistance au développement du capitalisme industriel initié par William Morris est fondé sur plusieurs idées. Un producteur qui est autonome et qui maîtrise toutes les étapes de la production est libre et heureux. Un artisan qui mobilise toutes ses facultés, parce qu’il n’est pas réduit à l’état d’exécutant sans âme, produit des œuvres naturellement belles.

« L’art est l’expression par l’homme de la joie qu’il tire de son travail ». Il ne doit pas y avoir de séparation entre Beaux-Arts et artisanat, entre arts nobles et arts décoratifs. L’art doit être présent dans tous les objets du quotidien, même les plus banals.

Morris devient lui-même tapissier, ce qui le rendra célèbre (il a laissé 600 créations florales, servant pour des tissus, tapis et papiers peints, conservées pour partie au Victoria and Albert Museum de Londres).

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« À cette époque [William Morris parle de la période qui précède la naissance du capitalisme], tout ce qui était fabriqué par l’homme était embelli par l’homme, exactement comme la nature embellit tout ce qu’elle crée. L’artisan, en façonnant l’objet qu’il avait entre les mains, l’ornait si naturellement et si totalement, sans même avoir conscience de fournir un effort, qu’il est souvent difficile de savoir où finit la part purement utilitaire de son travail et où commence la part de décoration.

Ses idées inspirèrent la création de groupes comme la Century Guild ou la Art Workers’ Guild, soucieux de produire des ensembles décoratifs où l’utile et le beau se superposent et de promouvoir l’imbrication de l’art et de l’artisanat dans les arts décoratifs. La première exposition de la Arts and Crafts Exhibition Society eut lieu en 1888 et William Morris en devint président en 1891.

L’art est ce qui donne un sens humain au travail. L’industrie nous a habitués à l’usage d’« ersatz », de « succédanés », de « colifichets », de « pacotille », de « camelote », de « pis-allers » (tous ces termes sont de Morris), autrement dit à « l’adultération », c’est-à-dire la falsification, des produits d’usage courant, dans tous les domaines de la vie quotidienne, l’alimentation, l’habillement, la construction, l’ornementation, les ustensiles. L’authentique, ce qui a été créé avec plaisir par les mains du travailleur-créateur, est remplacé par des produits fabriqués par des corps esclaves de machine.

« Celui qui veut de l’ornementation doit payer pour l’avoir, et le travailleur est obligé d’en fabriquer comme il fabriquerait n’importe quelle autre marchandise. À l’acheteur, les ersatz n’apportent qu’une satisfaction médiocre. Les objets de consommation de masse ont pour but principal le profit, ils sont de mauvaise qualité, remplissent mal leur fonction et/ou ne sont pas durables. William Morris parle ainsi des ustensiles.

« J’aimerais pouvoir acheter de la bonne coutellerie, quitte à la payer au prix fort. C’était possible il y a trente ans, plus maintenant. On ne peut nulle part acheter un couteau dont la lame reste tranchante. »

Ce qu’écrit Morris à la fin du XIXe siècle n’a jamais été aussi vrai. Sans avoir besoin de convoquer l’obsolescence programmée qui touche un nombre important de nos acquisitions, la mauvaise qualité intrinsèque des objets en vente est patente. Qui n’a acheté de ces couteaux en lot, pourtant attirants pour le regard, avec des couleurs vives, sur les marchés, qui coupent mal et qui se cassent rapidement. La quantité s’est substituée à la qualité, la vaine besogne au travail utile. Nul ascétisme chez William Morris pourtant, il ne s’agit pas de faire moins, mais mieux. Ce qu’il appelle l’usage libre des facultés humaines doit être possible pour tous. La créativité, une vie sensible et affective riche, un travail sans répétition morne, ne doivent pas être réservés à une poignée. Le producteur doit pouvoir exprimer ses désirs et ses passions dans l’œuvre.

Pour Morris, même les travaux dictés par la nécessité de la satisfaction des besoins naturels peuvent être beaux et libres, sans pour autant supposer aucun apport artistique, à condition de ne pas être réduits à des fonctions sans âme, dans la continuité de la conception du travail comme malédiction divine.

« Le bateau de pêche oscillant sur les flots, la charrue traçant le sillon qui portera la prochaine récolte […], les copeaux s’amoncelant sous l’action du rabot du charpentier, toutes ces choses sont magnifiques et les goûter serait un plaisir si l’homme n’était, en cette fin de civilisation, stupide au point de déclarer que tout cela […] est bon pour les esclaves et les affamés. »

Les plaisirs les plus simples sont les plus profonds, ils supposent d’être à l’abri de la misère, mais aussi d’exprimer sa créativité et de bénéficier de la perfection de beaux objets. « Aujourd’hui […] l’abondance d’informations est telle que nous connaissons l’existence de toutes sortes d’objets qu’il nous faudrait mais que nous ne pouvons posséder et donc, peu disposés à en être purement et simplement privés, nous en acquérons l’ersatz. Une fabrication autonome et créatrice produira de beaux objets, qui amèneront avec eux la satisfaction de ceux qui les acquièrent.

L'Engagement Socialiste de William Morris

Proche des Préraphaélites, marqué par la lecture de l'œuvre de John Ruskin, il exprime très tôt un véritable rejet pour la société victorienne. En 1883, Morris rejoint le mouvement socialiste car, selon lui, seule la révolution permettra de sauver les arts.

La Révolte au Nom des Arts : Le Romantisme Révolutionnaire

Le romantisme se “[réfère] au passé, notamment au passé médiéval, pour critiquer la civilisation industrielle moderne” explique Michael Löwy. Si cela peut prendre des “formes régressives et contre-révolutionnaires”, on trouve aussi ce qu’il appelle “le romantisme révolutionnaire”, qui prône “un détour par le passé” afin d’aboutir à “un avenir utopique”. Chez Morris, “la critique de la civilisation moderne (...) va se transformer en un combat contre l'injustice sociale du système capitaliste.”

"Il y a chez Morris une critique de la notion de beaux-arts qui, pour lui, a abouti à deux résultats qui sont également regrettables. D'une part, le développement industriel qui a produit des objets commerciaux, utilitaires, laids, médiocres, auxquels ont été ajoutés des ornements de mauvais goût” et “l'esthétisme, une forme de sophistication sans raison (...), une production réservée à une élite ”, développe Carole Talon-Hugon. "C'est pour en finir avec cette partition entre beaux-arts d'un côté et art appliqué ou artisanat de l'autre, que Morris pense qu'il est bon de revenir à une époque d'avant cette distinction.”

Charles-François Mathis insiste sur "la révolte première de Morris (...) : la laideur", produite par la société industrielle. En effet, "le but premier, c'est de trouver un rapport harmonieux avec le monde naturel parce que ce monde naturel est central dans la possibilité de création artistique”.

Comprendre l'économie selon William Morris, artiste pour embellir la vie

L’Engagement Socialiste : Des Rapports Complexes Avec le Marxisme

“En 1883, Morris franchit ce qu'il appelle la rivière de feu, (...) en s'engageant (...) dans un premier parti qui existe à ce moment-là, qui s'appelle la Social Democratic Federation, (...) créée en 1881, qui est le premier parti ouvertement marxiste d'Angleterre (...)" poursuit Charles-François Mathis. "Les contradictions internes qui [explosent] en 1884” donnent naissance à trois courants principaux :

  • La Social Democratic Federation
  • La société Fabienne des Webb
  • La Socialist League, créée fin 1884, représentée par William Morris

Pour Michael Löwy, “William Morris est un hérétique, un hétérodoxe, mais il est marxiste, il est libertaire et il est utopiste, et il est romantique. Il a réussi cette synthèse unique, dont tous les éléments se combinent très harmonieusement dans sa pensée”.

Or, Engels, que fréquente Morris, "va opposer de manière systématique le socialisme utopique (...) et le socialisme scientifique. Le choix de Morris d'imaginer un autrement qui soit coloré de manière utopique est tout à fait opposé à ce (...) qu'affirmeront les marxistes orthodoxes jusqu'au XXe siècle. Jusqu'à la moitié du XXe siècle, les textes qui paraissent encore en France dans les années 50, dans les années 70, critiqueront le socialisme utopique de Morris” note Anne Kupiec, en citant le livre d’E.P. Thompson (William Morris : Romantic to Revolutionary, 1955).

L’Utopie Morrisienne

Anne Kupiec insiste sur le projet politique de Morris, qui "vise une autre société que la société soumise à la tyrannie mercantile". En témoigne la société idéale décrite dans les Nouvelles de Nulle part (1890), où "le livre est présent pour ceux qui le souhaitent, l'art est présent pour tous et par tous."

“[Les] deux pratiques [de Morris], sa pratique politique et sa pratique artistique sont parallèles, mais elles convergent dans sa visée utopique (...) : “son idée c'est que dans la société de l'avenir, dans la société socialiste, utopique, tout le monde pourra pratiquer l'art" conclut Michael Löwy.

L'Héritage du Mouvement Arts and Crafts

Le mouvement Arts and Crafts signifie littéralement « arts et artisanat ». Il est né en Angleterre dans les années 1860 et se développe jusqu’en 1910, c’est-à-dire peu après la fin de l’époque victorienne. En tant que premier état capitaliste, l’Angleterre connait dès le milieu du XVIIIe siècle une révolution industrielle sans précédent, la propulsant au premier rang des pays urbanisés. Contre cette brutale réalité, un certain nombre de voix s’élèvent : le poète et écrivain Dickens, et l’historien d’art et théoricien John Ruskin, qui va penser de manière très personnelle un certain retour aux pratiques et aux pensées médiévales. Il va ainsi prôner la cohésion des corporations médiévales, où l’artisan valorisé créait des œuvres belles et utiles.

Commence alors la réforme des Arts and Crafts, par William Morris, nourri des théories de John Ruskin. William Morris refuse formellement de céder à la scission établie par l’industrialisation entre le travail manuel et le travail intellectuel et veut ainsi restituer sa dignité à l’artisanat d’art.

Après un voyage en Europe, où il est notamment touché par la peinture de Dante Gabriel Rossetti, Morris commande une maison de brique, dite « la Maison Rouge » à son ami et architecte Philip Webb. Vitraux de la chapelle de Jesus College, d’après les dessins de Burne-Jones, Cambridge. Dès lors, cette maison va abriter une association d’ouvriers des Beaux-Arts qui travaillent en réaction aux productions industrielles et qui réaliseront autant des peintures que des vitraux, des meubles ou encore des broderies.

Cette association, devenue une société, atteint rapidement un très haut niveau de production comme en témoigne la magnifique série de vitraux dessinés par Burne-Jones pour la chapelle de Jesus College à Cambridge. William Morris, persuadé qu’un bon travail n’était possible que dans un environnement sain, éthiquement respectueux et agréable, déménage dans des régions rurales de l’Angleterre, notamment dans l’Oxfordshire. D’autres communautés d’artisans liés au mouvement Arts and Crafts quittent donc la ville pour la nature.

En effet, dans les productions du mouvement Arts and Crafts, les végétaux et les animaux ont une place importante, qu’on a parfois associé aux recherches plus tardives de l’art Nouveau, comme pour cette Lampe Bungalow. En 1891, William Morris fonde Kelmscott Press qui jusqu’en 1898, va produire plus d’une cinquantaine de titres. Là encore, William Morris souhaite mettre à bas les conventions, cherchant de nouvelles techniques de papier et créant des polices, notamment la police Golden inspirée d’une graphie du XVe siècle (ce lien fort au Moyen Âge le suivra toute sa vie) et la police Chaucer, qu’il utilisera pour The works of Geoffrey Chaucer, 1896, un exemple magnifique et richement orné de Kelmscott Press.

Le mouvement initial a un point commun avec les crayons de couleurs et la colle des magasins Arts and Crafts modernes : la priorité est donnée à l’artisanat fait main et à l’amour des matériaux. Cette philosophie sous-jacente est toujours d’actualité, alors que les designers luttent contre les effets de la production numérique de masse.

Comme son nom l’indique, le style Arts and Crafts fait essentiellement référence à l’artisanat, notamment l’architecture, le mobilier, les textiles, la poterie, le métal et le travail du verre. L’Arts and Crafts et l’Art Nouveau sont deux mouvements décoratifs qui ont régné à peu près à la même époque, et leurs caractéristiques se ressemblent souvent. Par exemple, tous deux étaient friands de cadres arrondis, de motifs floraux et de vitraux artisanaux.

Alors que les deux styles se tournent vers le passé, l’Art Nouveau est un mouvement progressiste tourné vers l’avenir (d’où son nom). Par ailleurs, l’Art Nouveau n’est pas en opposition avec la technologie, contrairement au mouvement Arts and Crafts. Bien au contraire, vu que l’Art Nouveau se concentre sur l’élimination des barrières entre les beaux-arts et le design, alors que l’Arts and Crafts est une réaction spécifique à la production de masse.

Morris était largement influencé par le philosophe John Ruskin (et plus tard Karl Marx), et pensait que la fabrication usinière avait imposé une division du travail qui aliénait les designers de leur art. Morris et son cercle d’amis étaient également des adeptes de l’art médiéval pré-industriel, connu pour sa révérence envers le monde naturel. Morris & Co mettait également l’accent sur l’utilisation de matériaux naturels et sur le travail artisanal, les ouvriers étant encouragés à participer à chaque étape du processus de design. Au fur et à mesure que la réputation de Morris and Co. grandissait, des guildes Arts and Crafts ont commencé à apparaître un peu partout au Royaume-Uni. À l’instar des guildes commerciales du passé, elles permettaient aux artisans de fixer les normes de qualité et les prix.

Tableau des Figures Notables du Mouvement Arts and Crafts

Figure Contribution
William Morris Fondateur du mouvement, designer textile, écrivain, militant socialiste
John Ruskin Théoricien, critique d'art, influence majeure sur Morris
Edward Burne-Jones Peintre préraphaélite, collaborateur de Morris
Bernard Leach Céramiste, introduction des techniques asiatiques en Occident
William De Morgan Céramiste, designer, expérimentation des émaux et des motifs décoratifs complexes

Le mouvement Arts and Crafts a fini par s’étendre aux États-Unis, où ses nuances socialistes s’inscrivaient parfaitement dans l’ère progressiste de la politique américaine, et trouvaient un écho particulier auprès des suffragettes réformatrices en plein mouvement pour le droit de vote. Gustav Stickley était un designer new-yorkais qui utulisait des méthodes d’usine pour fabriquer des pièces Arts and Crafts plus rectilignes et plus épurées.

Après avoir régné pendant des décennies, le mouvement Arts and Crafts a commencé à s’essouffler vers les années 1920, au profit de l’art déco et du modernisme. Malgré ses nobles intentions, son idéologie comportait un défaut fondamental : en se tournant vers le passé, il ne parvenait pas à s’adapter au présent. Mais l’héritage de l’Arts and Crafts s’est étendu à d’autres mouvements. Un siècle plus tard, le mouvement Arts and Crafts connait une résurgence dans le design graphique moderne.

Si les machines physiques de la révolution industrielle sont moins présentes dans notre vie quotidienne, l’ère numérique a apporté un nouveau type de production de masse grâce aux outils logiciels. Il en résulte une profusion de designs qui semblent dépassées, simplistes et sans âme. L’attrait de l’Arts and Crafts réside dans sa capacité à donner aux designs un caractère personnel et artisanal.

Comme son prédécesseur, le mouvement Arts and Crafts moderne a tendance à s’inspirer du passé, principalement de l’art médiéval. Les motifs de la nature sont particulièrement présents dans les motifs illustratifs, qui rappellent les papiers peints de Morris & Co. Mais l’Arts and Crafts moderne ne se limite pas à l’illustration ou à l’imagerie littérale. Les formes typographiques peuvent prendre un style Arts and Crafts par le biais de traits décoratifs.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, l’Arts and Crafts est une question de technique. Même lorsqu’on crée un design sur ordinateur, il ne doit pas avoir l’air d’avoir été fait par un ordinateur. Le terme « Arts and Crafts » est censé évoquer un style ancien d’art artisanal, en tirant parti de techniques d’illustration telles que les lignes fluides, les hachures et les textures picturales. L’Arts and Crafts était un mouvement qui cherchait à mettre la beauté au premier plan. Il s’est battu contre la manière dont les machines industrielles ont ruiné l’expérience esthétique, tant pour l’artiste que pour le consommateur.

Bien qu’il s’inspire des styles gothiques pré-industriels, il s’agit (peut-être plus que tout autre mouvement décoratif) davantage d’une philosophie que d’un style particulier. Pour être un designer Arts and Crafts, vous devez être prêt à vous salir les mains, à vous soucier des matériaux et de la fonctionnalité de ce que vous créez.

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