Décision SARL Hofmiller (10 avril 1992) : qualification du service public de gestion des déchets et conséquences juridiques
La décision rendue par le Conseil d’État dans l’affaire SARL Hofmiller du 10 avril 1992 concerne principalement la qualification juridique du service public de gestion des déchets ménagers et assimilés (SPGD) et les conséquences procédurales qui en découlent, notamment en matière de compétence juridictionnelle pour connaître des litiges relatifs au paiement de la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM).
Faits et problématique
La qualification juridique du service public de gestion des déchets (SPGD) ménagers et assimilés dépend du mode de financement du service. Ainsi, la jurisprudence (CE, 10 avril 1992, SARL Hofmiller, avis n° 132539) reconnaît au SPGD le caractère d'un service public industriel et commercial dès lors qu'il est financé par la redevance d'enlèvement des ordures ménagères, redevance pour service rendu, prévue à l'article L. 2333-76 du code général des collectivités territoriales, instituée par le groupement compétent en matière de collecte des déchets des ménages.
Solution juridique retenue
La décision du Conseil d’État dans l’avis SARL Hofmiller consacre que, lorsqu’un SPGD est financé par une redevance instituée au titre du service rendu (comme la REOM), il revêt le caractère d’un service public industriel et commercial (SPIC). Il en résulte que les litiges relatifs au paiement des redevances réclamées aux usagers du service relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire, sans préjudice du mode d'exploitation du service.
Conséquences pratiques
- Il appartient à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs au paiement des redevances qui sont réclamées aux usagers du service.
- Pour mémoire, les litiges relatifs à l’assiette et au recouvrement de la redevance d’un service public industriel et commercial relèvent traditionnellement de la compétence du juge judiciaire, notamment lorsqu’est en cause la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (CE, Sect., avis, 10 avril 1992, SARL Hofmiller, req. n°132539, Rec. p. 159).
- La décision a ainsi clarifié le partage de compétences entre juridiction administrative et juridiction judiciaire pour les contestations relatives aux redevances de collecte des déchets.
Jurisprudence et références complémentaires
La décision SARL Hofmiller s'inscrit dans une série d'arrêts et d'avis du Conseil d’État et du Tribunal des conflits qui précisent la frontière entre services publics administratifs (SPA) et services publics industriels et commerciaux (SPIC). À titre d'illustration :
- La Cour de Cassation a rappelé, dans des litiges connexes, que « si la redevance d’enlèvement des ordures ménagères doit être calculée en fonction du service rendu, son tarif peut, en raison des caractéristiques de l’habitat, inclure une part fixe qui n’excède pas les coûts non proportionnels ». Cette solution atteste de la marge d’appréciation laissée aux autorités locales pour déterminer la structure tarifaire de la REOM.
- Dans d’autres décisions administratives et judiciaires ultérieures, la qualification SPIC ou SPA a servi de pivot pour déterminer la compétence juridictionnelle, la nature du régime applicable et les règles de responsabilité.
Questions procédurales soulevées par la jurisprudence postérieure
La décision a aussi des implications procédurales : lorsqu’un établissement public ou un groupement tente d’obtenir la compétence de la juridiction administrative en soutenant qu’une question sérieuse de légalité d’un acte administratif est en jeu, la jurisprudence a parfois censuré ce raisonnement, considérant que la saisine du juge judiciaire demeure pertinente pour les litiges relatifs à la redevance d’enlèvement des ordures ménagères.
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À cet égard, après avoir soulevé sans succès en première instance une exception d’incompétence au profit de la juridiction administrative, un établissement public soutenait devant le juge de cassation que le litige soulevait une question sérieuse sur la légalité d’un acte administratif et que le tribunal aurait dû en conséquence surseoir à statuer et transmettre une question préjudicielle au tribunal administratif (TC, 23 octobre 2000, SCEAU du Chéneau c/ Société INAPORC, req. n° C3828, Rec. p. 698). La portée de ces principes reste encadrée par la distinction initiale établie par l’arrêt SARL Hofmiller.
Application pratique pour les collectivités et les usagers
- Lorsque la collecte des déchets est financée par une redevance calculée en fonction du service rendu, les usagers contestent classiquement devant le juge judiciaire l’assiette et le recouvrement de la redevance.
- La collectivité doit veiller à la conformité de la tarification avec le principe selon lequel la redevance est liée au service rendu, tout en pouvant inclure une part fixe limitée aux coûts non proportionnels en raison des caractéristiques de l’habitat.
Exemples jurisprudentiels connexes cités
- CE, Section, 12 juin 2020, Groupe d'Information et de Soutien des Immigré.e.s (GISTI), n° 418142, au Recueil : recevabilité du recours direct contre des lignes directrices.
- Arrêt n° 19BX00650 - 17 juin 2021 - Formation plénière - MM. X. : distinction entre lignes directrices et acte susceptible de recours.
- Arrêt n°20BX02993 - 16 juillet 2021 - C+- 4e chambre - Conseil des grands crus classés en 1855 et autres : questions de compétence et de recevabilité.
Notes doctrinales et rappels de droit
La décision Hofmiller s’inscrit dans un corpus jurisprudentiel qui tient compte des critères permettant de caractériser un SPIC : mode de financement (redevance pour service rendu), objet et modalités d’organisation. La qualification entraîne l’application de règles de droit privé en matière de contrats et la compétence du juge judiciaire pour les litiges relatifs aux redevances.
Pour mémoire, la répartition des compétences juridictionnelles joue un rôle pratique majeur : elle détermine la procédure à suivre par l’usager et la collectivité, ainsi que les voies et délais de recours. La cohérence des pratiques locales en matière de fixation et de recouvrement de la REOM est donc essentielle pour limiter les contentieux.
Tableau synthétique : conséquences de la qualification SPIC
| Critère | Lorsque SPIC (ex. REOM) |
|---|---|
| Mode de financement | Par redevance pour service rendu |
| Juridiction compétente pour les litiges REOM | Juridiction judiciaire |
| Régime applicable | Droit privé pour les contrats et redevances |
| Effet pratique pour l’usager | Contestations de la redevance devant le juge judiciaire |
Les services publics administratifs (SPA) et les services publics industriels et commerciaux (SPIC)
Points de vigilance pour les collectivités
- Documenter et justifier la méthode de calcul de la REOM : la possibilité d’inclure une part fixe existe mais ne doit pas excéder les coûts non proportionnels.
- Anticiper le forum judiciaire : en cas de contestation, la compétence du juge judiciaire étant affirmée quand il s’agit d’un SPIC financé par redevance, la stratégie contentieuse et la preuve devront être adaptées.
- Veiller à la conformité des actes et à la transparence des modalités de tarification pour limiter les risques de litige.
La décision SARL Hofmiller du 10 avril 1992 demeure une référence pour la qualification des services publics de gestion des déchets et pour la détermination de la compétence juridictionnelle compétente en cas de contestation des redevances. Son enseignement principal est simple : lorsque le service est financé par une redevance pour service rendu, il s'agit d'un SPIC et les litiges afférents à la redevance relèvent de la juridiction judiciaire.
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