Statut juridique de l'Association Foncière Urbaine Libre (AFUL)
L'Association Foncière Urbaine Libre ou AFUL a été constituée dans l'idéal de la copropriété, mais constitue une autre forme d'organisation collective. L'AFUL est une structure juridique sur-mesure conçue pour encadrer les ensembles immobiliers complexes, les grands projets d'aménagement et la restauration du patrimoine. Concrètement, l'AFUL regroupe des propriétaires fonciers (personnes physiques ou morales) dans un périmètre défini pour exécuter des travaux spécifiques, gérer des équipements ou aménager un espace urbain.
Origine, cadre légal et nature juridique
Historiquement, la copropriété provient du droit romain et a connu un essor formidable après la Seconde Guerre mondiale. L'AFUL est récente. Elle est créée en 1967, modifiée en 1985. L'AFUL est une association syndicale de propriétaires. Elle est régie à la fois par l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 (qui encadre les associations syndicales libres) et par les dispositions spécifiques du Code de l'urbanisme.
« A la différence des associations foncières urbaines autorisées et associations foncières urbaines constituées d’office qui forment des établissements publics, les associations foncières urbaines libres sont des personnes morales de droit privé. »
Objet et domaines d'intervention
Son but est de regrouper les propriétaires fonciers, de remembrer leurs terrains, d'aménager l'ensemble (voiries, réseaux), pour finalement céder ces terrains prêts-à-bâtir à des promoteurs. L'AFUL peut modifier l'assiette des droits de propriété. Si plusieurs terrains sont mal configurés pour un projet d'aménagement, l'AFUL permet de regrouper ces parcelles pour en conférer l'usage à un tiers (par exemple via un bail à construction) ou pour les vendre à un aménageur. L'AFUL est l'outil juridique privilégié pour la restauration des sites patrimoniaux remarquables. Elle permet d'encadrer la rénovation de bâtiments historiques.
La structure a vocation à exécuter des travaux spécifiques, gérer des équipements ou aménager un espace urbain. L'AFUL a pour ADN la transformation urbaine : elle construit, elle aménage, elle remembre. Alors que l'ASL se contente d'entretenir ce qui existe déjà, l'AFUL a pour mission la transformation urbaine et la restauration patrimoniale.
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Différences principales avec la copropriété et l'ASL
Il est très fréquent de confondre ces trois entités. Pourtant, leur fonctionnement, leur objet et leur cadre légal diffèrent radicalement. Là où l'ASL se limite à gérer des équipements existants (voirie de lotissement), l'AFUL peut mener des opérations de construction, d'aménagement urbain complexe ou de restauration du patrimoine, souvent avec l'appui de subventions publiques.
| Critère | Copropriété | ASL | AFUL |
|---|---|---|---|
| Cadre juridique | Loi du 10 juillet 1965 | Ordonnance du 1er juillet 2004 | Ordonnance 2004 + Code de l'urbanisme |
| Objet principal | Gestion d'un immeuble bâti divisé en lots | Entretien et gestion d'équipements existants | Aménagement, construction, remembrement, rénovation patrimoniale |
| Nature de la propriété | Indivision des parties communes | Pleine propriété des parcelles | Pleine propriété (parcelles ou volumes 3D) |
| Répartition financière | Tantièmes liés à la valeur du lot | Définie par les statuts | Flexible à la création, contractuellement contraignante ensuite |
L'opposabilité et les effets sur les copropriétaires
L'AFUL s'impose aux copropriétaires tant au regard de son droit de propriété que de son existence et de ses règles, qui s'imposent aux copropriétaires. L'AFUL dispose d'un pouvoir important, qui constitue le socle de ses autres pouvoirs : son opposabilité. L'opposabilité peut renvoyer à des droits ou/et des obligations, ainsi qu'à des conventions ou autre document qui vont s'imposer aux différentes parties.
Son opposabilité concerne d'abord les statuts, le cahier des charges et les décisions prises en assemblée générale, qui s'imposent aux membres de l'AFUL et à leurs acquéreurs successifs, même en l'absence de mention dans l'acte d'acquisition. En pratique, les nouveaux copropriétaires sont informés de l'existence de l'AFUL par le notaire au moment de la vente. Il leur remet une copie de la documentation publiée au fichier immobilier.
Son opposabilité aussi repose sur la propriété. Si elle assure la bonne gestion commune, elle peut également posséder des biens. Quant à son équilibre financier, il repose sur la garantie de ses créances. Or les créances de l'AFUL bénéficient de l'hypothèque légale prévue par l'article 19 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété.
Formalisme et publicité requis
L'opposabilité de l'AFUL requiert toutefois un formalisme important et protecteur. Ainsi, selon l'article R322-2-1 du Code de l'Urbanisme, l'acte constitutif de l'AFUL ainsi que les actes constatant les adhésions ultérieures doivent être publiés au fichier immobilier dans les conditions et délais prévus par les décrets n° 55-22 du 4 janvier 1955 et 55-1350 du 14 octobre 1955. Cette formalité n'est pas requise pour les autres associations syndicales libres (ASL), qui ne sont pas des AFUL.
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D'autres règles du Code de l'Urbanisme vont encadrer cette opposabilité. Lorsqu'un ou plusieurs des immeubles compris dans le périmètre de l'AFUL sont régis par la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété, les travaux sur lesquels porte l'objet de l'AFUL sont réputés rendus obligatoires au sens du e de l'article 25 de ladite loi. Enfin, l'ordonnance du 1er juillet 2004 prévoit également que le propriétaire d'un immeuble situé dans le périmètre de l'AFUL doit informer le futur propriétaire ou locataire de l'existence de l'AFUL et s'il existe des servitudes.
L'absence de cette information ne remet pas en cause son opposabilité. Toutefois, elle peut être un moyen de défense du futur propriétaire ou du locataire s'il n'a pas été correctement informé de son existence. De même, le notaire doit informer le président de l'AFUL lors de chaque mutation immobilière. Son opposabilité est donc bien le socle de son pouvoir face aux copropriétaires.
Autonomie et pouvoirs de l'AFUL
Après avoir vu l'opposabilité de l'AFUL, son autonomie apparaît comme importante. Son autonomie peut être décrite comme une autonomie interne et externe. Les moyens internes sont ceux qui sont prévus par le Code de l'Urbanisme, par l'ordonnance du 1er juillet 2004 et les autres textes réglementaires. Ils reflètent l'existence de la personnalité morale de l'association.
À ce titre, l'AFUL dispose de pouvoirs financiers importants, qui lui permettent de financer ses dépenses et de garantir le recouvrement des cotisations des copropriétaires. En effet, l'AFUL peut fixer librement le montant et les modalités de paiement des cotisations, en fonction des besoins et des projets de l'association. Ces décisions sont prises par l'assemblée générale des membres de l'association. Les conditions de majorité requises pour adopter les décisions sont fixées par les statuts de l'association, qui doivent respecter un certain nombre de règles impératives.
Enfin, concernant les pouvoirs externes de l'AFUL, ils reposent sur sa capacité juridique. Dans chaque copropriété, les copropriétaires peuvent charger un ou plusieurs d'entre eux, un mandataire ad hoc ou le syndic de la copropriété, dûment mandaté, de les représenter à l'assemblée des propriétaires de l'association. D'une part, les travaux sur lesquels porte l'objet de l'association sont rendus obligatoires. C'est-à-dire que les décisions de travaux prises par l'AFUL seront obligatoires dans leur principe. D'autre part, un syndic peut être désigné comme leur représentant à l'assemblée des propriétaires de l'association.
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Limites et garanties des droits individuels
Les pouvoirs de l'AFUL face aux copropriétaires ne sont pas illimités ni arbitraires. Ils sont encadrés par le respect des droits individuels des copropriétaires, qui sont protégés. L'AFUL ne peut pas forcer les copropriétaires à céder les lots, porteraient atteinte à leurs droits de propriété ou à leur destination. Ces droits individuels sont garantis par le contrôle judiciaire, qui peut être saisi par tout copropriétaire qui s'estime lésé par une action ou une omission de l'association.
Ces garanties des droits individuels sont fondées sur le principe d'autonomie privée, qui implique que chaque copropriétaire puisse disposer librement de son bien et exercer ses droits sans subir d'ingérence abusive ou disproportionnée de la part de l'association.
La démocratie à Athènes (mise en place, fonctionnement et limites)
Création, formalités et participation des autorités publiques
Tu ne crées pas une AFUL comme tu crées une association loi 1901 ou une simple ASL. L'autorisation administrative est obligatoire. Sauf dérogation, l'autorité administrative soumet le projet de création de l'AFUL à une enquête publique. Ensuite, l'autorité doit recueillir l'accord du conseil municipal (si la commune dispose d'un Plan Local d'Urbanisme approuvé) ou son avis simple dans les autres cas.
La création nécessite l'accord de l'autorité administrative (souvent après enquête publique) et des majorités qualifiées spécifiques (par exemple, deux tiers des propriétaires détenant deux tiers de la superficie). Les statuts doivent être rédigés et le conseil municipal de la commune concernée doit donner son accord ou son avis.
La division en volumes et cas pratiques
Pour comprendre l'AFUL, tu dois maîtriser le concept de "division en volumes". Dans une copropriété classique, le sol et les murs porteurs appartiennent à tout le monde (parties communes en indivision). L'immeuble est découpé par un géomètre-expert en "volumes" tridimensionnels (en 3D), délimités précisément en altitude et en profondeur par des cotes NGF (Nivellement Général de la France). Puisqu'il n'y a plus de copropriété, la loi de 1965 ne s'applique pas. C'est là qu'intervient l'AFUL.
L'immeuble mixte (logements et centre commercial) : Tu as une tour d'habitation posée sur une dalle abritant un centre commercial et un parking souterrain géré par la commune. La copropriété classique est inadaptée. L'AFUL permet de lier ces différentes entités indépendantes. Servitudes réciproques : Le toit du volume A sert de terrasse au volume B. L'AFUL gère les relations et les équipements partagés entre ces volumes via un cahier des charges et des servitudes croisées.
Sortir d'une AFUL et mécanismes de protection des opposants
Une AFUL est une prison dorée ? Pas tout à fait. Lorsqu'une AFUL est créée par l'autorité administrative, un propriétaire dont le terrain se trouve dans le périmètre mais qui n'a pas voulu y adhérer dispose d'une porte de sortie radicale. Il a trois mois (à partir de la publication de la décision) pour exiger le délaissement de ses immeubles moyennant une indemnité. En clair, il force l'acquisition de son bien.
Que se passe-t-il si un membre de l'AFUL veut vendre son terrain, mais que l'acheteur refuse catégoriquement de faire partie de l'association ? Les statuts peuvent autoriser la distraction de terrains. L'assemblée générale de l'AFUL doit voter cette sortie du périmètre à une double majorité : les deux tiers de la superficie, ou les deux tiers des propriétaires représentant plus de la moitié des superficies.
Financement et effets fiscaux
En AFUL (et particulièrement en division en volumes), cette notion d'utilité objective n'est pas codifiée par la loi. Le financement de l'AFUL est donc extrêmement flexible à sa création, mais devient contractuellement contraignant ensuite. Il n'y a pas non plus de notion d'"appels de fonds sur provisions courantes" imposée par la loi ALUR comme en copropriété. Le dispositif fiscal Malraux permet aux propriétaires déduisant les dépenses de restauration de leur revenu global de sécuriser l'opération en confiant la maîtrise d'ouvrage des travaux à l'AFUL.
Usages fréquents et avantages
Le système d'AFU permet d'aménager le territoire sans appropriation publique des sols. Ainsi la commune n'a pas à investir dans l'acquisition de foncier ni à procéder à une expropriation. L'AFUL permet de remembrer le foncier des grands ensembles urbains dégradés pour mener des actions de restructuration lourde. L'initiative vient souvent de la puissance publique.
Le BAFU est un spécialiste des AFU. C'est une structure privée, simple en mise en œuvre. Cette procédure est peu et inégalement répandue en France, elle présente pourtant de nombreux avantages, et elle est d'un grand intérêt dans de nombreux cas de figure. C'est pourtant une procédure ancienne et qui est bien pratiquée dans les pays germaniques.
Questions fréquentes
- Comment créer une AFUL ? La création nécessite l'accord de l'autorité administrative (souvent après enquête publique) et des majorités qualifiées spécifiques (par exemple, deux tiers des propriétaires détenant deux tiers de la superficie). Les statuts doivent être rédigés et le conseil municipal de la commune concernée doit donner son accord ou son avis.
- Peut-on quitter une AFUL ? Oui, par deux mécanismes. Soit par le droit de délaissement dans les trois mois suivant la création de l'AFUL, moyennant une indemnité. Soit par la distraction de terrains lors d'une revente, si l'assemblée générale l'approuve à la majorité des deux tiers et fixe les conditions financières de sortie.
- Quelle différence entre AFUL et ASL ? L'AFUL a un champ d'action plus vaste et encadré par le Code de l'urbanisme. Là où l'ASL se limite à gérer des équipements existants (voirie de lotissement), l'AFUL peut mener des opérations de construction, d'aménagement urbain complexe ou de restauration du patrimoine, souvent avec l'appui de subventions publiques.
- Qu'est-ce que la division en volumes ? C'est une technique juridique qui divise un immeuble complexe en 3D (via des cotes NGF) sans créer de parties communes. Chaque propriétaire possède 100 % de son volume. L'AFUL gère les relations et les équipements partagés entre ces volumes via un cahier des charges et des servitudes croisées.
- Une AFUL peut-elle imposer des travaux à un volume récalcitrant ? Oui, si les statuts et le cahier des charges prévoient ces travaux au titre des servitudes réciproques ou de l'intérêt collectif de l'ensemble immobilier. L'AFUL dispose d'un pouvoir d'exécution fort, défini par ses statuts et par l'ordonnance de 2004.
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