La Finance Islamique : Principes, Évolution et Perspectives d'Avenir
La finance islamique suscite un intérêt croissant à l'échelle mondiale, en particulier depuis la crise financière de 2008. Ce domaine, souvent perçu comme une alternative éthique à la finance conventionnelle, repose sur des principes moraux et des règles spécifiques tirées de la charia. Cet article explore en profondeur la finance islamique, ses fondements, son développement et ses implications économiques.
Présentation de la Formation en Finance Islamique
Plusieurs institutions proposent des formations spécialisées en finance islamique, visant à former des experts capables de comprendre et d'appliquer les principes de cette discipline. Ces formations sont souvent assurées par des experts financiers et des juristes reconnus.
Caractéristiques typiques d'une formation en finance islamique :
- Durée : Environ 70 heures.
- Rythme : Un week-end sur deux, sur une période de deux mois.
- Format : Hybride (distanciel et présentiel) avec accès aux replays des cours.
- Lieu : Les cours peuvent se dérouler dans différentes institutions, y compris les facultés spécialisées et les locaux de partenaires.
- Exigences : Réussite aux examens et réalisation d'une recherche ou d'un exposé.
Les Experts et Intervenants
Les formations en finance islamique font souvent appel à des experts de renom. Parmi les intervenants notables, on retrouve :
- Pr. Anouar Hassoune : Expert en finance islamique et auteur de nombreux articles dans des revues internationales.
- Pr. Nasser Hideur : PDG d'AL SALAM BANK.
- Dr. Okba Sahnoun : Responsable de la filière "Finance" à l'Université Emir Abdelkader Constantine.
comprendre la finance islamique
Les Fondements de la Finance Islamique
À peu près tous les ouvrages sur le sujet commencent par énoncer des principes. Dans la finance islamique, le prêt à intérêt (riba), la contribution à des activités illicites (haram), l’incertitude contractuelle ou spéculative (gharar et maysir) sont prohibés ; il faut aussi adosser toute transaction à un bien ou un actif réel (c’est-à-dire non purement financier) et partager les profits comme les pertes. Ces dispositions semblent faire l’objet d’une adhésion universelle car elles condamnent les excès de la finance qui ont conduit à la crise : spéculation, enrichissement sans cause et sans travail, recel du produit d’activités immorales ou dégradantes (armes, drogue, prostitution, pornographie), etc.
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Les exposés pour le grand public laissent généralement de côté les dispositions plus techniques et moins consensuelles comme l’obligation de prendre le conseil de trois jurisconsultes spécialistes de la charia (ulama ou shariah scholars), l’adhésion à l’étalon or (sous le nom de dinar islamique) et la limitation de l’impôt à la zakat coranique.
Les Contrats Spécifiques de la Finance Islamique
Le développement de la finance islamique s’appuie donc sur des contrats spécifiques, qu’on désigne couramment par leurs noms arabes. Les normes de l’AAOIFI (2013) recensent l’ensemble des contrats canoniques, et c’est le rôle des comités pour la charia (shariah board) associés à chaque établissement d’établir la conformité des contrats et de la stratégie par des décisions (fatawa, pluriel de fatwa). Fin 2007, Taqi Usmani, influente personnalité du secteur, a émis une fatwa condamnant les sukuk (obligations islamiques) émises en Malaisie, dont l’encours se chiffrait alors à 80 milliards de dollars environ. Après des semaines d’incertitude, un consensus a été trouvé au sein de l’AAOIFI pour ne pas remettre en cause les sukuk déjà émis et normer seulement les émissions futures.
Considérons par exemple la relation emblématique du secteur financier : le crédit n’est plus possible sans prêt à intérêt puisque la banque ne peut rémunérer son personnel, sauf à modifier de manière substantielle la relation avec son client. En revanche, elle pourrait acquérir le bien et le céder sous forme de crédit-bail : c’est l’objet du contrat dit ijara. Pour le crédit aux PME, on proposera le partage non seulement des profits mais aussi des pertes découlant d’un investissement dans une mudaraba (qui évoque le contrat de métayage).
Morale et Éthique dans la Finance Islamique
La finance islamique se distingue par ses fondements moraux et éthiques. Les cinq piliers de l'islam financier incluent des principes négatifs et positifs :
- Principes négatifs :
- Pas de "riba" (intérêt, usure).
- Pas de "gharar" ni de "maysir" (incertitude, spéculation).
- Pas de "haram" (secteurs illicites).
- Principes positifs :
- Obligation de partage des profits et des pertes.
- Principe d'adossement à un actif tangible.
Un Conseil de Conformité à la Charia valide le caractère islamique d'un produit financier ou d'une transaction financière.
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Les Axiomes de la Finance Islamique
Les axiomes de la finance islamique reposent sur des valeurs fondamentales :
- Réalité : La monnaie est une mesure de la valeur, pas une valeur en soi. C'est l'économie réelle qui prime.
- Responsabilité : La dette est sacrée et constitue une responsabilité. L'endettement excessif est découragé.
- Copropriété : Les Hommes ne sont pas maîtres de la Nature, mais seulement les dépositaires.
- Équité : La finance participative, de type actionnarial et mutualiste, est encouragée.
Croissance et Résilience de la Finance Islamique
L’industrie financière islamique connaît une croissance soutenue et de plus en plus internationale. Techniquement, les banques islamiques ne peuvent pas porter d’actifs « toxiques » sur leurs bilans, car les CDO, CDO², SIV et autres produits structurés complexes sont des instruments de taux (riba) et très hautement spéculatifs (gharar). De surcroît, les banques islamiques ne peuvent pas prendre de positions (de dette ou de fonds propres) sur les banques d’investissement conventionnelles qui ont tout à la fois catalysé la crise et en ont subi les conséquences les plus funestes.
En effet, les banques islamiques « screenent » leurs actifs au regard de deux critères: l’endettement excessif et les secteurs illicites.
Les Défis et Limites de la Finance Islamique
La finance islamique ne constitue en rien la panacée. Il est essentiel d'éviter les attitudes prophétiques, les propos messianiques et le prosélytisme. Bien que le marché des sukuk soit en croissance, il est important de noter que les émetteurs sont essentiellement des entités souveraines, contrairement au marché conventionnel où les émetteurs sont principalement des entreprises et des banques.
Conclusion
La finance islamique représente une alternative éthique et potentiellement plus stable à la finance conventionnelle. Elle s'appuie sur des principes moraux et des contrats spécifiques qui visent à éviter la spéculation et à promouvoir un partage équitable des profits et des pertes. Bien qu'elle ne soit pas une solution miracle, elle offre des perspectives intéressantes pour un développement économique plus durable et socialement responsable.
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La France, avec son expertise financière et ses partenaires internationaux, peut jouer un rôle clé dans le développement de la finance islamique. Des institutions comme Financia Business School proposent des formations spécialisées pour répondre aux besoins croissants de ce secteur.
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