Comment les singes vivent en famille et s'entraident
Un petit singe confortablement installé dans les bras de sa mère. Au Java oriental en Indonésie.
Qui sont les singes ?
Les singes sont des mammifères de l'ordre des primates, généralement arboricoles, à la face souvent glabre et caractérisés par un encéphale développé et de longs membres terminés par des doigts.
Au sein des primates, les singes forment un infra-ordre monophylétique, si l'on y inclut le genre Homo, nommé Simiiformes et qui se divise entre les Platyrhiniens (singes du Nouveau Monde : Amérique centrale et méridionale) et les Catarhiniens (singes de l'Ancien Monde : Afrique et Asie tropicales).
Ces derniers comprennent les hominoïdes, également appelés « grands singes », dont fait partie Homo sapiens et ses ancêtres les plus proches.
Organisation sociale : diversité des structures familiales
L'organisation sociale diffère selon les espèces de grands singes : les orangs-outans sont semi-solitaires, les gorilles vivent en « harem » (un mâle adulte reproducteur, plusieurs femelles et leurs jeunes), les chimpanzés et les bonobos vivent en communauté avec plusieurs mâles et femelles adultes.
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Orangs-outans : une sociabilité lâche
Dans les forêts de Bornéo et de Sumatra, les mâles orangs-outans sont généralement solitaires, recherchant des fruits pour s'alimenter, mais aussi des femelles pour s'accoupler.
Les femelles adultes vivent la plupart du temps seulement avec leur jeune, ce dernier restant avec sa mère jusqu'à l'âge de huit ans environ.
Les adolescents, indépendants, peuvent former des groupes sociaux temporaires. Les observations de terrain montrent que les orangs-outans peuvent se regrouper dans des zones très riches en fruits et ainsi se nourrir dans les mêmes arbres et se déplacer ensemble avec leurs congénères. On parle alors de « communauté lâche » : bien qu'ils soient la plupart du temps solitaires, ils peuvent se retrouver régulièrement.
Gorilles : la vie en harem
Les gorilles vivent principalement en « harem », formant un groupe social composé généralement d'un mâle adulte reproducteur (appelé dos argenté en raison de son pelage gris argent sur cette partie du corps), de femelles adultes (en général trois ou quatre) et de leurs jeunes.
Le dos argenté protège le groupe des dangers extérieurs (autres mâles adultes, prédateurs…). Cette structure sociale est très cohésive, tous les individus du même groupe étant constamment ensemble.
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Contrairement aux gorilles de l'Ouest, où il est presque systématique d'avoir un seul mâle reproducteur par « harem », les gorilles de l'Est peuvent former des groupes avec plusieurs mâles adultes pouvant avoir accès aux femelles.
Les gorilles mâles et femelles quittent en général leur groupe natal vers l'âge de dix ans. Il est également possible d’observer dans certains cas des groupes de mâles adolescents et jeunes adultes, le temps qu’ils constituent leur propre groupe reproducteur.
Chimpanzés et bonobos : communautés et système « fission-fusion »
Les chimpanzés et les bonobos sont les plus sociaux des grands singes. Ils vivent en communauté multimâle-multifemelle composée de plusieurs mâles adultes, plusieurs femelles et leur progéniture.
Ces communautés, comprenant entre une dizaine et une centaine d’individus environ, sont organisées en « fission-fusion » : des sous-groupes se forment et changent de composition et de taille régulièrement, notamment en fonction de la disponibilité en fruits. Ainsi, il est plutôt rare de voir ensemble tous les individus d’une même communauté.
Chez les bonobos, la cohésion est plus importante et les sous-groupes formés sont plus grands relativement à la taille de la communauté. Chez les deux espèces, les mâles sont philopatriques : nés dans une communauté, ils y restent toute leur vie.
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Le lien mère-enfant : fondement des familles chez les grands singes
Mère et enfant resteront liés tout au long de leur vie. Leur relation commence à la naissance et s’intensifie durant les premiers mois de la vie par l’intimité du contact corporel que la mère entretient vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec son nouveau-né.
Au cours de cette toute première période, l’enfant dépend entièrement de sa mère pour la satisfaction de ses désirs et de ses besoins. Par tous leurs organes sensoriels, tous deux mènent un dialogue permanent qui leur permet de maintenir un échange qui assure le succès de leur vie commune.
La mère allaite son petit trois ou quatre ans. Après le sevrage, l’enfant reste profondément attaché à sa mère pendant de nombreuses années. Parmi toutes les relations possibles entre grands singes, la relation mère-enfant est celle qui se maintient le plus longtemps.
Elle se nourrit d’une forte intimité corporelle qui crée un attachement inconditionnel entre eux. Elle comprend la phase d’apprentissage au cours de laquelle l’enfant acquiert la plus grande partie des compétences sociales qui lui seront nécessaires.
Pendant les premiers jours et les premières semaines, elle est de plus la seule relation dyadique que vit l’enfant.
Culture, intelligence et transmission
Notre ADN est identique à celui des chimpanzés et des bonobos à 98,7 %. Il y a peu de temps encore, on pensait que seuls les humains étaient dotés de culture. Mais elle existe aussi dans le monde animal, et notamment chez les grands singes.
La culture est un ensemble d’habitudes que l’on rencontre chez un groupe de personnes ou d’animaux et qui se transmet de génération en génération. Chez les grands singes, c’est comme chez les hommes : selon l’endroit où ils vivent, les animaux d’une même espèce n’ont pas les mêmes habitudes.
Ainsi, certains groupes de chimpanzés cassent les noix très dures avec des pierres; tandis que d’autres, qui vivent pourtant avec les mêmes noix, n’ont pas encore eu cette idée. Il y a même des chimpanzés qui dansent sous la pluie ! Chez les orangs-outans, certains utilisent des feuilles pour cueillir des fruits pleins d’épines.
Observation et recherche : comment les scientifiques étudient les familles de singes
Vous voici en pleine forêt en Afrique et plus exactement en Ouganda, en République Centrafricaine ou encore en République démocratique du Congo. C’est là que les scientifiques peuvent étudier au sein de leur habitat naturel certains de nos cousins, chimpanzés, gorilles de l’Ouest, bonobos.
Obtenir des données sur ces espèces relève d’un exploit ! Avant de réussir à approcher ces animaux sauvages et d’effectuer la moindre observation, il peut s’écouler des années.
Les bonobos et chimpanzés vivent en communautés de dizaines d’individus sur un territoire de plusieurs km2 alors que les gorilles de l’Ouest cohabitent en harem réunissant des femelles et leurs enfants autour du mâle dominant, le « dos argenté ».
Et il aura fallu cinq à dix ans à nos équipes scientifiques pour se faire accepter d’eux à minimum huit mètres de distance ! Ce travail a été initié en 2000 pour les chimpanzés et les gorilles, 2010 pour les bonobos.
L'installation des habitudes chez les chimpanzés
Entraide et interactions interspécifiques
Les nombreuses observations montrent que l’entraide ne se limite pas toujours aux membres d’une même espèce. Par exemple, dans le désert aride d'Afrique, un phénomène fascinant se produit entre les babouins et les éléphants. Les babouins, perchés tout en haut des arbres, laissent tomber des fruits pour nourrir les éléphants. Ce geste de coopération intrigue les scientifiques, qui n'ont pas encore réussi à percer ce mystère.
Ce film, qui se présente comme une fable, illustre comment les animaux s'entraident dans des conditions de vie difficiles.
Une étonnante collaboration entre un coyote et un blaireau souligne également l'importance de la tolérance envers les autres, même ceux qui sont très différents, pour survivre dans un environnement hostile.
Un autre exemple de collaboration se manifeste entre un oiseau et des suricates. L'oiseau, qui est décrit comme "extrêmement intelligent", alerte les suricates lorsqu'il détecte un danger. Ce comportement astucieux permet aux suricates de se cacher, tout en offrant à l'oiseau l'opportunité de voler leur nourriture.
Un autre exemple marquant de solidarité animale est celui d'une mangouste qui vient en aide à un écureuil. Alors que l'écureuil est menacé par un cobra, la mangouste intervient courageusement. Elle effectue une danse autour du serpent, le distrayant suffisamment pour permettre à l'écureuil de s'échapper. Ce moment de bravoure met en lumière l'instinct d'entraide qui existe chez certaines espèces.
Les fourmis Crematogaster, quant à elles, illustrent une forme de défense collective. Elles possèdent une "boîte secrète particulièrement toxique" qu'elles utilisent pour repousser les prédateurs. En déposant une goutte de leur toxine sur les lèvres d'une girafe, elles la dissuadent de s'approcher davantage. Ce type de coopération entre les fourmis et les autres espèces montre que l'entraide et la solidarité ne se limitent pas à des interactions au sein d'une même espèce, mais s'étendent également à des relations inter-espèces.
Conservation : protéger les familles des singes
Les zones d’habitat des grands singes sont de plus en plus réduites. Les grands singes sont en danger partout où ils vivent. Les vastes forêts sont leur maison et leur garde-manger. La déforestation est donc leur plus grand ennemi.
Ainsi, on ne compte plus que 120 000 orangs-outans, tous en Indonésie. Dans ce pays, les forêts sont brûlées pour faire place à des plantations de palmiers à huile. Elles sont aujourd’hui si nombreuses qu’elles menacent la survie de l’espèce.
Depuis toujours, les bonobos ne vivent qu’en République démocratique du Congo, en Afrique centrale. Mais ils étaient 100 000 en 1990 et seraient moins de 20 000 de nos jours. L’association M’bou Mon Tour, dirigée par des Congolais, s’engage pour la protection du bonobo et l’amélioration des conditions de vie des villageois.
Avant, les gens brûlaient la forêt n’importe où pour cultiver. Aujourd’hui, le programme organise la répartition entre les champs et les forêts. Il y a des lieux où les villageois peuvent cultiver, et d’autres où ils choisissent de laisser la forêt intacte.
Le volet conservation est également au centre des missions. Le Muséum participe par exemple au projet FoFauPopU pour préserver le Parc national de Kibale qui abrite la plus forte densité de primates au monde, et cela en lien avec les populations locales.
Les chercheurs s’appuient aussi sur elles pour protéger les bonobos en République démocratique du Congo. Les connaissances accumulées permettent d’être force de proposition en matière de préservation des grands singes, par exemple en lien avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il faut poursuivre !
Le rôle des grands singes dans la recherche et la santé
Mieux les comprendre pour mieux les protéger. Objectifs : mieux comprendre leur usage du territoire et leurs relations avec les populations locales, améliorer leur protection mais aussi anticiper certains risques pour la santé humaine.
Compte tenu de leur proximité génétique avec nous, les grands singes sont en effet des réservoirs d’agents pathogènes susceptibles de nous contaminer… et inversement. Grâce à la collecte d’excréments conservés au Muséum dans du formol, les chercheurs ont pu faire l’inventaire des parasites intestinaux.
Les grands singes peuvent aussi nous aider à nous soigner ! Direction l’Ouganda. L’équipe y observe les chimpanzés sauvages dans la zone de Sebitoli, où le Muséum a établi une station de recherche et de préservation de ces animaux. Ils consomment ou utilisent préférentiellement tel ou tel végétal comme remède contre les parasites, la toux, les plaies. Leur pharmacopée compterait près de 40 plantes !
En repérant ces dernières, les chercheurs isolent puis identifient les molécules actives qu’elles contiennent, ouvrant peut-être de nouvelles pistes thérapeutiques. Une démarche qui illustre le concept d'Une Seule Santé (« One Health »), le lien entre santé animale, humaine et environnementale.
| Espèce | Structure sociale | Remarques |
|---|---|---|
| Orang-outan | Semi-solitaires / communauté lâche | Femelles avec jeunes jusqu'à ~8 ans |
| Gorille | Harem (dos argenté + femelles + jeunes) | Groupes très cohésifs, variations selon espèces |
| Chimpanzé / Bonobo | Communautés fission-fusion | Mâles philopatriques, culture et usage d'outils |
Famille, personnalité et cognition
Au sein d’une espèce, les grands singes se distinguent par leurs attributs physiques, mais aussi par les différents traits de leur caractère. Ils ont chacun leur propre personnalité.
Les grands singes sont capables de penser, de planifier et d’agir avec une intelligence intuitive. Ils ont une conscience de soi et sont aussi en mesure d’organiser avec beaucoup d’ingéniosité leur espace, leur environnement social et leur vie quotidienne.
Culture, histoire et relation humaine
Les grands singes nous ont toujours fascinés. Vous aussi sans doute. Comment ne pas être sensible à leurs expressions, leur regard, leur sociabilité ? Et pour cause, nous faisons partie de la même famille : les hominidés.
Mais au-delà de la curiosité, l’étude de nos proches parents nous renseigne sur nous-mêmes et notre environnement. En outre, nos « cousins » sont menacés de tous côtés par la déforestation, le réchauffement climatique, le braconnage : ils sont en danger d’extinction et pour les protéger, les faire connaître est une urgence.
Autant de motivations pour nos chercheurs, qui enquêtent sur eux depuis des années : habitudes de vie, alimentation, santé, comportements face aux autres espèces...
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