La Décennie Noire en Algérie : Mémoire et Justice

La “décennie noire” (1992-2002) est l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de l’Algérie. Cette guerre civile, qui a vu s'affronter l'armée et les islamistes et fait entre 100 000 et 200 000 victimes, a laissé de profonds traumatismes, tant à l'échelle individuelle que collective.

Carte de l'Algérie

Au début des années 1990, les islamistes remportent les élections législatives et l’armée réagit en organisant un coup d’État le 11 janvier 1992. Les éléments les plus radicaux des islamistes s’arment et prennent le maquis, commence alors une guerre civile qui durera une dizaine d’années, jusqu’en 2002. Il s’agit de l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire récente de l’Algérie, on estime qu’il y a entre 150 000 et 200 000 morts et des milliers de disparus. Cette guerre civile laisse en héritage de nombreux traumatismes (massacres, exactions..) tant à l’échelle des familles que de la nation toute entière.

Les Obstacles à la Mémoire et à la Justice

À cause des lois d’amnistie et de “réconciliation nationale” qui empêchent tout débat ou regard critique sur le sujet, les familles ne peuvent pas réclamer vérité et justice. Pourquoi les lois d’amnistie - notamment la Charte pour la réconciliation nationale votée en 2005 - ont-elles verrouillé la mémoire sur cette période ? Pourquoi est-elle absente des programmes scolaires ? Dans quelle mesure est-il possible d’en débattre ? Quel espoir pour les familles d’obtenir un jour vérité et justice ?

Algérie: La mémoire douloureuse de la "décénie noire" avec Pierre Daum

La Littérature comme Témoignage

Il existe toutefois des fictions, des livres et des films, qui essaient de raviver cette mémoire et surtout de la transmettre, comme le dernier ouvrage de Kamel Daoud, *Houris* (Gallimard), monologue d’une femme qui raconte à son enfant à naître les traumatismes de la décennie noire.

Focus sur "Bientôt les vivants" d'Amina Damerdji

Amina Damerdji a publié cette année son deuxième roman *Bientôt les vivants* dans lequel elle aborde la vie quotidienne d’une famille algérienne durant la décennie noire. L’écrivaine a elle-même vécu en Algérie jusqu’à ses sept ans avant de quitter son pays au début des années 1990 avec sa famille. À défaut de débat public, comment Amina Damerdji s’est-elle emparée de ce sujet ? Comment faire raviver et transmettre cette mémoire ?Si la mémoire autour de la décennie noire est verrouillée dans l'espace public comme dans le champ académique, il existe quelques fictions, quelques livres et films algériens qui évoquent cette période violente et traumatisante depuis plusieurs années.

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Couverture du livre Bientôt les vivants

Références Bibliographiques

  • Laetitia Bucaille, *Le pardon et la rancoeur - Algérie/France, Afrique du Sud : peut-on enterrer la guerre ?* Payot, 2010
  • Amina Damerdji, *Bientôt les vivants* Gallimard, 2024

Références Sonores

  • Une mère algérienne s'oppose à la charte pour la paix et la réconciliation nationale - archive de France 3, 28/11/2005 diffusé dans La fabrique de l’histoire en 2019
  • Témoignages d’Algériens qui promeuvent la réconciliation, archive JT de 20h France 2 de septembre 1999
  • Interview de Saïd SADI, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie - journal de 8h de France Inter en 2005
  • Le Président Bendjedid Chadli annonce sa démission - France inter, journal de 8h00, 12/01/1992
  • Position des intellectuels dans la crise algérienne, témoignage de l’écrivain Rachid Mimouni - reportage de Didier Chauffier, septembre 1991

Participants

  • Karima Dirèche, historienne, directrice de recherche au CNRS rattachée à la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence
  • Laetitia Bucaille, professeure de sociologie politique à l'Inalco
  • Amina Damerdji, romancière, chercheuse

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