L'Art et la Finance Verte : Exploration d'un Monde Social en Émergence
La transition écologique transforme de nombreux aspects de la société. Les habitudes de consommation sont remises en question, accompagnées dans leurs changements, voire régulées par des campagnes incitant aux « petits gestes », qui risquent de détourner le regard des responsabilités collectives. Le secteur financier a récemment développé un intérêt pour l’environnement et le climat, à tel point que l’on a pu parler d’un « moment de la finance verte ».
La finance verte fait déjà l’objet d’une littérature foisonnante en économie et en finance. Au-delà de cette approche économique, il existe aussi des travaux sociologiques sur la financiarisation de la nature et de l’environnement, des travaux sur la construction de métriques et dispositifs pour rendre ces marchés d’actifs financiers environnementaux possibles et notamment sur les marchés du carbone et sur la traduction des savoirs environnementaux en savoirs financiers, des analyses des acteurs sur ces marchés avec l’émergence de nouvelles professions ou des études sur les modes de régulation liées à la définition de la qualité de la finance « socialement responsable », des études sur le travail politique de constitution de ces nouveaux marchés et sur la façon dont les acteurs publics aussi peuvent se saisir des opportunités offertes par les actifs verts pour financer la dette publique.
En effet, la finance est un secteur économique à part, notamment quand il s’agit de considérer son rapport à l’environnement. Ainsi, le développement de l’investissement responsable consiste en l’appropriation des dimensions sociales et environnementales par les représentations et techniques traditionnelles financières. Afin de tenir compte de cette particularité, il semble qu’une approche plus spécifiquement sociologique, relative aux études sociales de la finance, et définissant la finance non pas comme un secteur de l’économie mais comme un monde social, porte en elle la promesse d’une contribution originale que cette session thématique se propose d’aborder. Nous souhaitons préciser la qualification de ce monde social en le caractérisant comme un marché concret.
Cette session thématique se propose donc de prolonger ces réflexions en explorant l’émergence de la finance verte et durable. Ce faisant, elle se situe à la croisée de plusieurs champs sociologiques : sociologie économique, sociologie des professions, sociologie des sciences et des techniques, sociologie politique, sociologie du droit, etc. Chacun de ces champs permet de saisir une des dimensions de l’action individuelle et collective au sein de ce monde social, ce qui explique la volonté de tenter de les articuler tous ensemble au sein de cette session thématique.
La finance verte intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d’investissement.
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Axe 1: Les Acteurs de la Finance Verte
Les contributions pourront proposer des travaux sur les acteurs de la finance verte. Quels sont les contours de cette catégorie, quelles sont les relations entre ces acteurs ?
- Il pourra s’agir d’étudier l’émergence de nouvelles professions, comme les analystes dans les agences de notation extra-financière, les professionnels de l’évaluation de l’impact, les consultants en bilan carbone, les gestionnaires de fonds d’investissement ESG ou thématiques verts, les consultants en finance verte et durable, les experts privés et publics qui définissent les taxonomies et les labels identifiant les activités vertes, les auditeurs de durabilité etc.
- Les contributions pourront aussi porter sur les logiques d’action de ces acteurs, entre logique financière et logique de « vertu » environnementale. Quel sens les acteurs donnent-ils à la finance verte, alors que son effet environnemental est encore très incertain et entaché d’un fort doute de greenwashing ? Comment expliquer le consensus parmi les organisations internationales, certaines ONG comme le WWF, et de nombreux acteurs publics sur la nécessité de développer les marchés des actifs financiers verts ?
- La session thématique invite aussi des contributions sur les circulations des conceptions de la finance verte entre ces acteurs, par exemple par une analyse du rôle des acteurs transnationaux dans la fabrication et la promotion des standards de la finance verte dans des arènes comme l’ONU, l’OCDE, le G20 (avec la Task force on climate related financial disclosure, TCFD), le High level expert group on sustainable finance de l’UE, le réseau des banques centrales et régulateurs financiers Network for greening the financial system (NGFS), etc.
Axe 2: Les Pratiques des Acteurs de la Finance Verte
La session thématique invite des contributions sur les pratiques des acteurs de la finance verte. Comment construisent-ils ces nouveaux actifs, ces nouveaux marchés ?
- Les contributions sont invitées à réfléchir à la création de métriques, de dispositifs de quantification du « vert », comme les taxonomies, les labels, les formes de reporting « vert », qui sont indispensables à la mise en place de circuits de financement verts. Quels sont les aspects rendus mesurables comme ceux invisibilisés ? Comment se légitiment les expertises revendiquant ces mesures ? L’analyse dite ESG est connue pour porter sur ces trois dimensions rarement mises ensemble, notamment dans les formations, cela a-t-il une incidence sur la construction des expertises ?
- Il s’agira aussi de s’interroger sur le travail politique de construction des règles qui encadrent les activités de la finance verte. Une série de textes impose depuis 2001 des obligations de reporting de plus en plus prescriptives aux entreprises dans le domaine environnemental et social (de la loi française sur les nouvelles régulations économiques de 2001 à la récente directive de l’Union Européenne sur le corporate sustainability reporting), avec des textes plus récents spécifiquement sur la finance verte (ex. taxonomie européenne en 2020, standard des obligations vertes européennes en 2023, ainsi que la Sustainable Finance Disclosure Regulation qui définit les caractéristiques des fonds dits « verts - art. 8 » et « super verts - art. 9 »). Quel est le positionnement des acteurs publics, quelles sont leurs logiques ? Ces efforts publics de réglementation se déploient en parallèle à des initiatives privées (ex. standard des obligations vertes publié par l’ICMA en 2014 ; multiplication des labels avec notamment le label ISR, tripartite, porté à la fois par Bercy, Novethic et le FIR - soit un acteur public, un média semi-public et un organisme professionnel) et sont largement le produit d’une co-construction public-privé, comme cela a été montré dans d’autres domaines.
- Les contributions pourront accorder un intérêt particulier au rôle des banques centrales dans l’émergence, la promotion et le développement de la finance verte et durable. Comment se sont-elles positionnées par rapport à ces nouveaux produits et activités financiers, les différentes banques centrales ont-elles eu des positions divergentes ? Comment prennent-elles en compte la dimension verte de leur activité ?
Dans un monde où les enjeux environnementaux sont de plus en plus préoccupants, la finance verte émerge comme une réponse cruciale pour intégrer les considérations environnementales et sociales dans les décisions financières. La finance verte désigne l’ensemble des outils financiers soutenant le développement durable d’un point de vue environnemental, notamment en favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique ou la perte de biodiversité, mais aussi en prévenant les dommages environnementaux qui peuvent naître des activités économiques. Dans une certaine perspective, la finance verte vise donc à investir dans des projets, des entreprises et des initiatives qui ont un impact positif sur l’environnement et la société.
Contrairement aux pratiques financières traditionnelles qui ne considèrent que le rendement financier, la finance verte intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d’investissement. Mais aussi en réduisant les risques financiers : en tenant compte des risques environnementaux et sociaux, les investisseurs peuvent réduire leur exposition à des entreprises ou des industries vulnérables aux impacts négatifs liés à ces risques. En effet, un des premiers moteurs des banquiers centraux et des superviseurs pour verdir la finance est la prévention du risque.
En tant qu’étudiants en école de commerce, la finance verte nous offre une multitude d’opportunités passionnantes : des postes dans le domaine de la finance durable, tels que conseiller en investissement responsable, analyste ESG (et/ou ISR) ou responsable du développement durable, sont en demande croissante. La finance verte représente bien plus qu’une simple tendance émergente sur les marchés financiers. C’est une approche essentielle pour assurer un avenir durable pour notre planète et notre société. En tant qu’étudiants en école de commerce, nous avons l’opportunité et la responsabilité de nous familiariser avec ces concepts et de les intégrer dans nos futures carrières. En investissant dans la finance verte, nous investissons dans un avenir meilleur pour tous.
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