L'Artisanat du Cuir à Cordoue : Histoire et Techniques d'un Savoir-Faire Ancestral

Cordoue, ville envoûtante du sud de l'Espagne, est célèbre pour ses monuments historiques, ses ruelles pittoresques et son atmosphère chaleureuse. Parmi ses nombreux trésors, les ateliers d’artisans du cuir dans le quartier historique se démarquent particulièrement. En vous promenant dans les ruelles de la Judería, vous découvrirez un art ancestral qui continue de vivre grâce à la passion et au talent des artisans locaux. Entre traditions séculaires et innovations modernes, l’artisanat du cuir de Cordoue fascine et inspire.

La Judería, le quartier juif historique de Cordoue, est un véritable dédale de ruelles pavées et de maisons blanchies à la chaux. Ce quartier, qui date du Moyen Âge, est le cœur battant de l'histoire multi-culturelle de la ville. En flânant dans ce quartier, vous ressentirez l’âme de Cordoue à chaque coin de rue.

Les boutiques d'artisans du cuir, souvent familiales, sont nichées dans ces ruelles sinueuses. Elles perpétuent des techniques ancestrales de traitement et de décoration du cuir, qui remontent à l'époque omeyyade. La Judería n'est pas seulement un endroit pour le shopping, c'est un voyage dans le temps. Les murs des ateliers résonnent des murmures de siècles d'artisanat, et les artisans eux-mêmes sont des gardiens de ces traditions.

Les artisans du cuir occupent une place fondamentale dans toutes les sociétés. Depuis les périodes les plus anciennes, le cuir est partout présent dans nos vies, dans l’habillement et l’ameublement. La peau travaillée de l’animal devient alors la deuxième peau de l’homme.

Le terme maroquinerie trouve son étymologie directe dans Maroc, pays réputé pour son savoir-faire en matière de cuir. On trouve dans cette ville impériale encore aujourd’hui l’une des plus célèbres tanneries du Royaume ainsi qu’à Marrakech. Le mot maroquin est à l’origine le terme utilisé pour parler des peaux de chèvre tannées au sumac (tanin extrait d’arbuste).

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MASONI MAROQUINERIE - L' ART DU CUIR

L'Artisanat du Cuir de Cordoue : Un Savoir-Faire d'Exception

Les ateliers de cuir de Cordoue sont réputés pour leur artisanat exceptionnel. La ville est mondialement célèbre pour son cuir gaufré, également connu sous le nom de "guadamecí". En entrant dans ces ateliers, vous serez immédiatement frappés par l'odeur enivrante du cuir et le bruit des outils qui travaillent sans relâche. Les artisans, souvent très accueillants, se feront un plaisir de vous montrer leurs techniques et de vous expliquer le processus de création.

L’un des ateliers les plus célèbres, la Casa de las Cabezas, se situe à proximité de la Mezquita-Catedral. Cet endroit est dédié à la préservation et à la promotion de l’art du cuir. Vous y trouverez des pièces d’une rare beauté, allant des ceintures finement décorées aux tableaux muraux en cuir.

Il est également impératif de visiter la Tetería Omeya, un lieu où vous pouvez non seulement acheter des articles en cuir, mais aussi déguster un thé à la menthe dans un cadre authentiquement arabe.

L’artisanat du cuir à Cordoue n’est pas figé dans le passé. De nombreux ateliers ont su évoluer en combinant techniques traditionnelles et designs modernes. Vous découvrirez des accessoires contemporains tels que des sacs à main, des portefeuilles et des ceintures, qui sont inspirés des motifs traditionnels mais revisités avec une touche moderne. La qualité exceptionnelle du cuir de Cordoue est synonyme de durabilité et d'élégance intemporelle.

La Feria de los Patios, une fête annuelle célébrée en mai, est une excellente occasion de découvrir ces créations. Les cours intérieures des maisons s’ouvrent au public, et les artisans exposent leurs œuvres dans un cadre festif.

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Patio de Cordoue

Un patio fleuri à Cordoue lors de la Feria de los Patios.

Histoire des Cuirs Dorés

Les cuirs dorés polychromes, plus connus sous le nom de « cuirs de Cordoue », ont été en vogue entre le XVIème et le XVIIIème siècle. Fabriqués d’abord en Espagne, puis en Italie, en France et aux Pays-Bas, ils ont été beaucoup employés pour faire des tentures monumentales mais aussi des dessus de chaises, des paravents, etc. Leur technique de fabrication est plus complexe qu’il n’y paraît et ces décors fragiles nous sont parvenus souvent dégradés.

Dans les années 1580, dans son Journal de voyage, Montaigne décrivait certaines grandes villes d’Italie et il observait déjà qu’à Rome « les logis […] sont communément meublés, un peu mieux qu’à Paris, d’autant qu’ils ont grand’ foison de cuir doré, de quoi les logis qui sont de quelque prix sont tapissés[2] ». En réalité, on sait que dès le XVe siècle, il existait une abondante production de panneaux de cuir pour revêtir les murs des intérieurs luxueux. Le nom que l’on donne à ce type de décor varie d’un pays à l’autre mais aussi d’une période à l’autre.

L’appellation de « cuirs de Cordoue » est en fait très récente. Elle succède aux cuir de « corami » ou de « guadamecils », sans que cela détermine d’ailleurs, à coup sûr, une origine géographique précise. Aujourd’hui, c’est plutôt le terme « cuir doré » qui est employé[3]. On estime que ces décors apparurent à Cordoue à la fin du premier millénaire, après la conquête arabe.

Les cuirs dorés espagnols atteignirent leur apogée au XVIe siècle et périclitèrent presque totalement au XVIIe siècle. Toutefois, les cuirs dorés ne disparurent pas pour autant d’Europe, bien au contraire, car des ateliers s’étaient installés dès le XVIe siècle dans la plupart des autres pays européens, notamment en Italie, en France et dans les Flandres.

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Les cuirs dorés furent surtout employés pour confectionner des tentures murales mais on en fit également des portières, des tapis de sol, des nappes, des rideaux et on en recouvrit aussi des boucliers, des paravents, des sièges et des coussins. Dans le domaine religieux, ils servirent à faire des devants d’autel, des vêtements et du mobilier liturgique. On conserve aujourd’hui peu de ces décors monumentaux en place.

À la différence des fresques qui pouvaient être simplement recouvertes de badigeons, les tentures murales ont pour la plupart été déposées et remplacées.

Palais Chiggi à Ariccia

Palais Chiggi à Ariccia, Italie. Décor en cuir doré ciselé à fond rouge, vers 1670.

Technique de Fabrication des Cuirs Dorés

Les cuirs dorés ne se définissent pas par la présence d’or dans le décor mais par l’existence, collée sur le cuir, d’une feuille d’argent qui prenait un aspect doré après l’application sur sa surface d’un vernis jaune obtenu en chauffant des résines végétales dans de l’huile de lin. Quand on n’appliquait pas de vernis jaune, la couleur de l’argent restait apparente ; on parlait alors de « cuir argenté ».

Notre connaissance des techniques de fabrication repose sur plusieurs sources d’archives dont la plus importante est sans nulle doute celle d’Auguste Fougeroux de Bondaroy qui rédigea en 1762 un Art de traiter les cuir dorés et argentés[1]. Elle nous permet aujourd’hui de comprendre les innombrables étapes nécessaires à leur fabrication.

Le cuir, acheté aux tanneurs, provenait de peaux de mouton, de chèvre ou de veau, généralement tannées au végétal. Les feuilles d’argent étaient quant à elles commandées en très grandes quantité aux batteurs. Le fabricant de cuir doré les employait ensuite en les posant une à une, et côte à côte, de manière à recouvrir complètement les surfaces de cuir (fig. 2). Un ouvrier était ensuite chargé de brunir l’argent de manière à le rendre brillant. Le brunissage s’effectuait sur une pierre, au moyen d’un « caillou » monté sur un manche.

Ce paillon métallique était ensuite recouvert d’un vernis jaune, posé éventuellement en plusieurs couches (fig. 2). Ce vernis était à la fois une couche de protection et l’élément indispensable pour créer l’illusion de l’or.

Au XVIe siècle, il était habituel de « ciseler » le cuir. Il existait des petits outils qui, par martelage, permettait d’obtenir des motifs. Ce n’est qu’en 1628 que l’on inventera la technique tout à fait révolutionnaire du « repoussé » qui permettra de réaliser, sous presse, des ornements variés en très fort relief.

La mise en couleur intervenait enfin et était effectuée avec des peintures à l’huile.

On fabriquait des carreaux individuels, qui étaient ensuite reliés par couture pour former de grandes surfaces.

Fabrication de cuirs dorés

Fabrication de cuirs dorés modèles avec dépose des feuilles d’argent sur le cuir encollé (gauche) et recouvrement à la main de la surface par du vernis jaune (droite).

Spécificités et Altérations des Cuirs Dorés

Ces décors sont donc hors du commun et leur mode de fabrication est finalement beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Les cuirs dorés sont des objets composites car contenant des matériaux multiples, à la fois organiques et inorganiques (fig. 3).

Schéma de la stratigraphie d’un décor en cuir doré

Schéma de la stratigraphie d’un décor en cuir doré.

Ces tentures sont des œuvres fragiles. Les types de dégradation rencontrés sont multiples : déformations, déchirures, usures, rupture des coutures, etc. On constate également des évolutions de la couleur jaune du vernis d’or selon son exposition à la lumière. L’altération la plus impressionnante est sans nul doute celle qui conduit à des obscurcissements qui peuvent être localisés voire généralisés (fig. 4).

Noircissement des feuilles d’argent

Noircissement des feuilles d’argent. Salle Toro, Hôtel de Ville d’Aix-en-Provence. Décor en cuir doré repoussé à fond rouge, atelier Boissier, 1738.

Comment se produisent ces altérations ? Quels sont les facteurs favorisants ? Pour comprendre de tels phénomènes, il était indispensable de se pencher sur les sources écrites et de les comparer avec des données scientifiques fiables pour comprendre les modes de fabrication. Apporter ces informations pouvait de plus permettre de faire des recoupements d’œuvres.

Techniques d’Analyse

La présence des feuilles d’argent sur les décors passe souvent inaperçue, particulièrement lorsque la surface occupée par les couches picturales est importante. Les feuilles métalliques montrent tout leur éclat dans les zones dorées, où elles sont souvent confondues avec de l’or, ainsi que dans les zones argentées qui permettent de révéler leur véritable nature. Les feuilles sont parfois discernables sous forme d’un quadrillage ou de traits horizontaux et verticaux au sein des décors, correspondant aux bordures de ces feuilles (fig. 5).

Détail du décor dit « des héros romains »

Détail du décor dit « des héros romains », musée national de la Renaissance, Écouen.

Afin d’obtenir plus d’informations sur les feuilles d’argent disposées sur les cuirs dorés lors de leur fabrication, des analyses ont été réalisées sur un accélérateur de particules. Ces analyses ont permis de déterminer la composition chimique des feuilles ainsi que leur épaisseur, respectivement par Particule Induced X-ray Emission (PIXE) et Ru-therford Backscattering Spectroscopy (RBS). L’étude d’un corpus de décors issus d’Espagne, d’Italie, de France et des Pays-Bas, a mis en évidence des différences de composition et d’épaisseur selon la provenance.

Cependant, l’étude a aussi révélé une très grande variabilité des valeurs d’épaisseur au sein d’un même décor, qui semble provenir à la fois des caractéristiques morphologiques des feuilles, de la fabrication et de la vie des décors[5]. Ces trois aspects et leur impact sur l’analyse des feuilles ont donc été étudiés.

Image MEB-FEG montrant l’état de surface d’une feuille d’argent moderne

Image MEB-FEG montrant l’état de surface d’une feuille d’argent moderne (fournisseur Manetti, Italie).

Lors de la confection des décors, le brunissage des feuilles d’argent à la pierre d’agate rend la surface brillante avec un effet miroir. Cependant, la question se pose quant à l’effet de cette action sur l’épaisseur et sur l’orientation cristallographique de l’argent. Des analyses préliminaires par spectroscopie RBS et diffusion d’électrons rétrodiffusés (EBSD), semblent indiquer que le brunissage provoquerait plutôt un déplacement de matière qu’un écrasement de la feuille métallique comme supposé.

Durant leur utilisation, les décors en cuir doré subissent les effets de l’environnement auquel ils sont soumis. Des analyses RBS ont montré que l’épaisseur de la feuille d’argent dans une zone altérée est plus faible que dans une zone bien conservée du même décor, ce qui suggère une perte de matière aux endroits où la feuille présente une corrosion visible.

Explications des Altérations Constatées

Des expériences menées sur des échantillons modèles ont montré que les couches organiques appliquées à la surface de l’argent lors de la fabrication des cuirs dorés jouent un rôle protecteur face à la corrosion par l’environnement[4]. Des tests préliminaires réalisés pour établir l’impact de l’environnement sur la sensibilité de l’argent ont montré que le décor se ternit en présence de lumière et d’une humidité relative élevée[4].

Les traitements de conservation-restauration des décors en cuir doré peuvent aussi influencer la corrosion des feuilles métalliques. Les tests réalisés ont ainsi permis d’émettre quelques conseils de prévention. Les cuirs modernes, qui comportent dans leur procédé de fabrication des composés soufrés, sont susceptibles d’induire une corrosion de l’argent lorsqu’ils sont utilisés pour combler ou consolider un décor ancien. Les lubrifiants, et en particulier l’huile de pied de bœuf ainsi que ceux contenant de la lanoline (du type British Museum Leather Dressing), peuvent également avoir un effet néfaste, aussi doivent-ils être évités pour le traitement des cuirs dorés.

En revanche, les nettoyants et adhésifs testés n’ont, quant à eux, pas montré d’influence sur l’évolution de l’argent. Enfin, comme cela a été évoqué plus haut, le nettoyage, même superficiel, retire des particules d’argent ainsi que du vernis doré, lui-même couche protectrice de la feuille métallique[4].

Restauration du Cuir de Cordoue

Le cuir doré polychrome est un cuir qui a été entièrement recouvert d'une feuille d'argent. Cette feuille métallique est brunie (frottée) avec une pierre dure afin de la rendre extrêmement brillante. Elle est ensuite recouverte d'un vernis appelé « vernis d'or ». En réalité, ce vernis ne comporte pas d’or mais il est jaune car fabriqué à base d’un mélange de résines naturelles (cuites assez longuement dans de l'huile de lin). C’est ainsi que la surface argentée devient dorée.

Les cuirs désormais dorés sont ensuite décorés de motifs peints avec des peintures à l'huile. Ils peuvent être éventuellement mis en relief, soit par repoussage (avec des moules et sous presse) soit par ciselure. Dans ce dernier cas, après que le peintre a réalisé toute la scène, un artisan souligne les motifs avec différents outils appelés matoirs. Chaque matoir ayant une forme distincte, il vient marteler la surface de manière à rehausser un bouclier, une armure ou un casque.

La restauration du Cuir de Cordoue ou cuir doré polychrome est très délicate et le 2CRC possède les connaissances historiques, les techniques et les matériaux pour assurer la conservation de ces décors fragiles et souvent très dégradés. Dans le cadre d’une intervention, toutes les précautions sont prises pour respecter les œuvres originales et leur histoire. Les méthodes de restauration utilisées sont réversibles et respectueuses des œuvres. Des systèmes innovants de châssis à ressorts sont proposés et réalisés sur mesure pour l’installation des décors.

Les travaux entrepris sont extrêmement documentés (observation sous microscope, photographies des objets avant, pendant et après la restauration).

Le Cordovan : Un Cuir d'Exception

Le cordovan est un type de cuir issu de la peau de cheval. Il trouve ses origines dans la région de Cordoue, en Espagne, d'où il tire son nom. Son histoire remonte au début du VIIIe siècle, lorsque les Maures, qui conquièrent l'Espagne, introduisent des techniques sophistiquées de tannage et de travail du cuir.

À la fin du XVIe siècle, le cuir cordovan fait plutôt référence à un type de cuir de chèvre qui a subi un processus de tannage végétal. Ce matériau particulier est prisé par les artisans de Cordoue, qui l'utilisent pour créer non seulement des ornements muraux et des coffres, mais aussi des armures richement décorées. C’est finalement au XIXe siècle que le terme cordovan est utilisé pour désigner le cuir de cheval.

Les Allemands, qui excellent dans le tannage de ce type de cuir, lui donne le nom de « Spiegelware », signifiant « marchandise miroir » en référence à la finition brillante du cuir après lustrage. C’est notamment à cette époque que les tanneurs allemands et néerlandais décident de migrer vers les États-Unis où ils perfectionnent les techniques de tannage pour assouplir le cuir cordovan.

Parmi les tanneries renommées, Horween aux États-Unis domine le marché du cuir avec sa production de cordovan. Depuis 1905, cette tannerie se spécialise dans le tannage du cuir de cheval. Son cuir cordovan est à l’origine utilisé pour les strops de rasoirs. Toutefois, l'avènement du rasoir à usage unique a entraîné un déclin de la demande, obligeant l'entreprise à élargir sa gamme de produits.

Le cuir cordovan est généralement extrait de la croupe du cheval, connue sous les noms de butt, shell ou miroir. Cette partie est réputée pour sa densité et sa structure fibreuse qui lui confère sa durabilité. Les peaux provenant principalement de France, de Belgique et du Canada sont transportées jusqu’à la tannerie qui se charge de leur transformation.

La matière brute est tout d’abord plongée dans une solution à base d’écorce de châtaignier, de quebracho et de résine pour retirer les poils avant d'être découpés en deux parties qui serviront à la fabrication du shell cordovan. La peau est ensuite traitée avec un mélange d'écorce de chêne et d'autres agents pour donner au cuir son aspect caractéristique. Après cette étape, le cuir est soigneusement poli et lustré afin de lui donner sa brillance.

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