L'Artisanat du Monde Rural en Haute-Bigorre: Histoire et Traditions
Dans les vallées des Hautes-Pyrénées, l’enrichissement du monde rural au XVIIIe siècle est marqué par l’implantation d’une nouvelle culture : celle du maïs. Cet enrichissement a souvent entraîné des rehaussements d’étage des fermes, créant des chambres indépendantes qui complétaient la salle commune ou chauffoir et les chambres attenantes du rez-de-chaussée.
Les nouvelles pièces étaient meublées avec du mobilier imposant, comprenant des armoires (cabinets) et des chaises paillées. La salle commune, quant à elle, était ornée de buffets et de vaisseliers provenant des ateliers locaux, tant bigourdans que béarnais. L’influence des styles Renaissance et Louis XIII restait encore très sensible, et le mobilier était souvent agrémenté de décorations sculptées, principalement géométriques.
La conservation de ces meubles est due à leur transmission de mariages en mariages dans les contrats de dot. On peut en retrouver au Musée pyrénéen de Lourdes et au Musée bigourdan de Bagnères.
Les meubles des paysans les plus pauvres étaient en bois blanc (bois de montagne) comme le pin ou le sapin, passés au brou de noix. Ceux des plus riches, en revanche, étaient fabriqués en noyer, chêne ou châtaignier.
Si nombre de décorations proviennent par influence du Béarn, il n’en demeure pas moins que la Bigorre possède quelques particularités tant dans la forme des meubles que dans leur décoration. Et ce, tout en reconnaissant une forte présence du mobilier béarnais en terre bigourdane du fait de l’importance de ses ateliers comme ceux de Morlaàs, Thèze, Salies, Orthez.
Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet
Pour illustrer notre étude, nous avons utilisé les dessins au trait de l’enquête sur le mobilier traditionnel (EMT) menée entre 1941 et 1946 par le musée national des Arts et Traditions populaires. Nombre de ces meubles proviennent du Val d'Azun. Sur la liste du chantier H-P numéroté 68, nous avons les villages de Aucun, Bun, Estaing, Arrens, Marsous et Arcizans -Dessus. Hors du Val d'Azun : Sazos et Sarnac ? Liste 68 du mobilier bigourdan. Copie J.-M.
Il avait été envisagé dans les années 1990, la réalisation d'un lieu de mémoire représentatif de la civilisation pastorale haut pyrénéen en Val d'Azun à la maison Pénogué en Estaing.
Jean-Philippe a un business juteux dans les meubles anciens
Types de Meubles et Leurs Décorations
Buffet à Deux Corps
Typiquement bigourdan que l’on retrouve dans le Gers, il est composé de deux corps à double porte rectangulaire séparé par des tiroirs. Sur le fronton nous pouvons voir un cœur, symbole de fidélité et d’alliance des époux, d’une marguerite motif fréquent dans le Sud-Ouest et surtout en Béarn en témoignage à ce que l’on dit de Marguerite de Navarre. Elle surmonte une arabesque, genre rinceau sans fruits ou fleurs. La porte haute encadrée de deux têtes d’ange (anges protecteurs ?) est composée d’une étoile à huit branches avec un cabochon en son milieu. Les deux tiroirs sont ornés de losanges décorés d’une fleur. La porte du bas porte en son centre une marguerite. Décors classiques.
Même type de meuble que le premier : buffet à deux corps, généralement en noyer et buis. Il est daté de 1763. Ici, nous avons un fronton très important assez remarquable. Il est décoré de nombreux motifs courant sur les linteaux des maisons. Avec les arabesques nous avons le S en position horizontale (1), un animal probablement un chat ou un chien, ces derniers étant les plus courants, une fleur l’une sur tige, l’’autre sans, deux tulipes et une fleur de lis non bûchée malgré le passage en 1792, dans les maisons, des agents nationaux, chargés de faire disparaitre tous ces emblèmes royalistes, même si l’on pouvait l’assimiler au symbole chrétien de la pureté. Le tout est surmonté de l’étoile à six branches aux angles arrondis. Les deux corps du meuble sont composés de deux portes carrées décorée de doubles demi- cercles que nous retrouvons sur certains linteaux de maison. Quelques motifs ornent ces deux corps : tulipes, fleur de lis, cœurs droits et inversés, losange (carreau) pique, ne manque que le trèfle et les besants (les ronds). (1) Le S en position verticale serait selon une tradition celte symbole s'apparentant à la course annuelle du soleil.
Armoires
Armoire milieu XVIIIe siècle en noyer à quatre panneaux de deux portes superposées avec interposition d’un tiroir. Ces panneaux présentent des décors simples. Les panneaux supérieurs carrés sont décorés d’un croisillon et ceux du bas rectangulaires d’un losange.
Autre superbe armoire à deux corps du XVIIe siècle avec décors classiques des losanges et des marguerites. Il a la particularité d'être divisé en deux parties, chacune étant transportables grâce aux poignées en fer latérales. Traces de brûlure de son baptème. Il nous est présenté comme une armoire de campagne ayant appartenu à Marguerite de Navarre.
Eglise d'Arrens, dans la sacristie se trouve ce meuble à deux corps avec faux tiroirs. Armoire milieu XVIIIe siècle en noyer à quatre panneaux de deux portes superposées avec interposition d’un tiroir. Ces panneaux présentent des décors simples. Les panneaux supérieurs carrés sont décorés d’un croisillon et ceux du bas rectangulaires d’un losange. Meubles artisanaux réalisés à gauche à Aucun, à droite à Marsous.
Probable bonnetière d'avant la Révolution avec tous les attibuts classiques des meubles de Morlaas, avec, au fonton, deux pigeons et un coeur sur le quadrilobe du panneau central, encadré par quatre fleurs de lis. Les panneaux latéraux sont également décorés.
Pantalonnière (Armoire-Commode)
Un type de meuble du XVIIIe siècle très courant en Bigorre. Appelé localement pantalonnière, parfois cabinet, il s’agit d’un meuble généralement en noyer à deux corps : une armoire sur une commode à deux tiroirs. Assez volumineux, surtout quand la commode est galbée, il a sa place dans la chambre.
Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne
Armoire-commode galbée du fermier général (anciennement percepteur de l'impôt royal) de la Maison Bazaillac de Marsous (Val d'Azun) datée de 1783. Elle a été achetée aux héritiers du domec Lecay à Paul et Marcelle par Jean-Marie Prat en 1988 puis vendue en 1989, aux établissements Fabre de Castres (Entreprise pharmaceutique) pour servir de présentation des produits Fabre.
Autre cabinet du XVIIIe siècle qui se trouvait dans la ferme Pénogué du Val d'Azun à Estaing. Celle de gauche aux décors simple est daté de 1780, se trouve dans un moulin de Lau-Balagnas. La pantalonnière de droite vient du pays toy. Elle mesure 2, 73 m de hauteur. Les tiroirs sont ornés d'un coeur, probablement un meuble de mariage. La traverse galbée du haut est décorée d'une marguerite.
Relief des Pyrénées
Placards
Ceux-ci faisaient partie du mobilier classique des riches demeures et châteaux dès le Moyen Age, surtout au XVe siècle. En bois tendre : aulnes ou peupliers il ne reste pratiquement plus d’exemplaire en France. Il faut aller en Angleterre où ce genre de mobilier, réalisé en chêne a pu parvenir jusqu’à nous (1). Cette petite armoire murale servait de garde- manger d’où les trous d’aération sous forme de fleurs et de dessins géométriques. Ici le modèle présenté par Gérard Schorp serait selon lle charpentier et collectionneur d’Aucun, J.-M. Prat, monté à l’envers les fleurs avec ses longues pétales devant être en bas, pour preuve les traces d’usure des portes qui devrait se trouver en bas. A l’intérieur, une tablette horizontale partage l’espace. Le loquet est fixé par un clou forgé alors que les charnières sont en bois (pivots). Le battant central est torsadé. Réalisé par J.-M. Ce mobilier a été commandé à J.-M. Prat par Jacques Omnès en ? pour l’ameublement futur du château d’Arras-en-Lavedan.(1) Lire English oak furniture de M. Meuble ancien dont la fonction était de recevoir le trousseau et les papiers de famille. Il se transforma lentement surtout, fin du XVIIIe siècle lors de l’apparition de l’armoire, en réceptacle à grain, à sel, à ustensiles agricoles, et à cendre pour les lessives… Il quitta alors la pièce collective, pour se retrouver dans la grange. En Béarn et Pays basque, les panneaux de façade possédaient de beaux décors sculptés, de figures géométriques, à la gouge ou au ciseau, Ces coffres faisaient souvent l’objet de présent de mariage. Ils allaient jusqu’à conserver la serrure de type médiéval à moraillon. Rien de tel en Haute-Bigorre, où le coffre, objet utilitaire plus que de prestige avait peu de décor et une serrure simple. Le seul élément marquant était la corniche en bâtière pointé vers le haut ou vers le bas. Le bois utilisé était souvent le noyer dont on utilisait l’huile de ses fruits grâce aux nombreux moulins. En principe, la pointe est tournée vers le haut.
Coffres
Coffre J.-M. Prat. Serrure à moraillon. Ci-après un autre coffre de facture locale (Val d’Azun) ancien : 1703, époque de Louis XIV. Il s’agirait d’après son ancien propriétaire, Jean-Marie Prat d’Aucun, d’un coffre de conseil de fabrique de l’église d’Aucun, d’où la présence des deux serrures. Il aurait abrité à l’église d’Aucun « les archives, fonds et orfèvrerie de la paroisse » tel que l’a mentionné son propriétaire, lors de sa vente en juin 2012, chez Maître Adam à Tarbes.
Ce coffre réalisé en 1703 par J.-P. (Jean- Pierre) Tarrieu, tel que mentionné sur la plaque de fer cloué en façade, aurait pu appartenir à cette confrérie ? Mais depuis l’édit royal de 1695, ces coffres devaient avoir trois serrures : pour le curé, le marguiller et le procureur fiscal. Cet édit n’est-il pas parvenu jusque dans les Pyrénées à cette date ? Ou le coffre est antérieur et la plaque de la serrure posée après, en remplacement. C’est une supposition tenue par Monsieur Thibaut de Rouvray dans un article paru dans le bulletin de la S.E.S.V.
Nous pouvons admirer plusieurs de ces coffres, mais à trois clés en Béarn et à l’église de Cotdoussan où il sert également de coffre à oboles. Ceux à deux clés nous semblent plus rares, sauf peut-être en Bretagne. De 114 cm de large sur 46, 50 cm de profondeur, il mesure 61, 50 cm de haut. Il est entendu que ces mesures modernes ne sont que la traduction des mesures anciennes qu’a utilisées l’ébéniste (pieds, pouces). Les quatre panneaux ont 2cm d’épaisseur. Le fond est constitué de deux planches de bois.
D’après l’ancien propriétaire, il existait un panneau de séparation à l’intérieur formant deux compartiments de dimension 1/3-2/3. Quant à la base, elle est, sur trois côtés, composée d’une large moulure de décoration de plus de 15 cm de haut. Elle est fixée par des clous en fer forgé.
L’intérêt peu connu de ce meuble ancien est la présence de traces noires de brûlure sur la tranche du couvercle, qui comme le meuble précédent est la marque d’un baptême. Afin de détourner l’œil du malin, de protéger indirectement la maison, il était important pour les locaux très superstitieux, de faire intervenir des puissances divines en baptisant meubles et objets importants.
Ce coffre se trouvait dans le bâtiment de l’actuelle mairie d’Aucun, appelée la maison des Américains. Il fut donné par son propriétaire Monsieur S. au menuisier ébéniste du village Jean-Marie Prat qui l’a restauré et vendu par Maître Adam de Tarbes en 2012.
Écritoires
L’écritoire bien qu’indiqué très présent en Sud- Aquitaine dans l’ouvrage de Denise Glück (1), j’en ai pas vu un seul exemplaire dans le pays des sept vallées. Il s’agit d’un petit meuble simple appelé parfois prie Dieu. Il comprend un pupitre avec un tiroir, sur un petit buffet bas à une porte. Parfois celle-ci est décorée de divers motifs.
L'original de ce meuble provient de la maison Dounlets-Cazaux, au centre du village qui appartenait au notaire Etienne Noalis, lieutenant de milice sous Louis XV. Encore présent dans la maison en 1945, alors propriété de M. Roger Cazajous, il a pu être dessiné par les jeunes étudiants du ministère de la Culture.
Buffets-Vaisseliers
Si dans la liste du ministère, on compte deux buffets- vaisseliers aux numéros 65 et 72, aucun ne se retrouve dans l’ouvrage de l’inventaire de Denise Gluck. Tous deux proviennent d’Aucun. Maison Dounlets divisée maintenant en deux propriétés. L'entrée noble avec son linteau décoré, se trouve maintenant derrière un muret.
Rare et ancienne photo du buffet-vaisselier de la maison Dounlets d’Aucun, datée de 1781. Mais ce mobilier réalisé par des artisans locaux a été exécuté du temps des parents des derniers propriétaires, les Cazajous, vers 1900 (1). Il était placé dans la salle commune. Les verres et les bols étaient rangés dans la partie inférieure.
balises: #Artisanat
