L'Artisanat Guyanais en Amazonie : Techniques, Matériaux et Échanges Culturels

Avant la Conquête européenne, la Guyane appartenait à un ensemble géographique plus vaste : celui des Cultures du Plateau des Guyanes. Cet ensemble était lui-même inclus dans l’espace-monde des cultures guyano-amazoniennes, ainsi nommées par Alfred Métraux (1928). Les sites archéologiques anciens reconnus par les archéologues sont nombreux en Guyane française, et il n’est pas abusif de dire que l’ensemble du territoire a été occupé à un moment donné par l’Homme.

Carte du Plateau des Guyanes

Carte du Plateau des Guyanes

Les premiers chasseurs-cueilleurs de Guyane partageaient une culture commune à l’ensemble des populations de l’Amérique. Ils ont développé en Amazonie (Guyanes incluses) une technique ancienne - vieille de plusieurs millénaires - qui va perdurer jusqu’à la Conquête : celle de la taille indirecte sur enclume.

Échanges et Interactions en Guyane Précolombienne

Les échanges entre le territoire de la Guyane française, la Caraïbe et l’Amazonie sont un aspect essentiel de l’histoire précolombienne. Nous allons voir les voies et motivations de ces échanges après la période des chasseurs-cueilleurs, puis, à partir de trois exemples d’artefacts conservés (lames de haches, lissoirs et ornements en pierre verte en forme de grenouilles appelés muiraquitas), quelques échanges intra ou inter-Guyanes.

Voies d'Échanges

La voie littorale par cabotage avec les pirogues de mer, bien illustrée par les premiers voyageurs et conquérants, est la voie royale des échanges. Ainsi, entre l’embouchure de l’Amazone et celle de l’Orénoque, les courants marins permettent une navigation relativement rapide.

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L’échange à longue et moyenne distance de produits divers (90 % de produits périssables selon Lathrap, 1973), d’objets comme des râpes à manioc, des chiens, des objets symboles de pouvoir (plumes, lames de haches…) est pratiqué par diverses tribus qui trouvent ainsi prétexte à tisser des liens sociaux et diplomatiques. Certaines tribus vont volontairement ne pas fabriquer certains objets qu’elles savent fabriquer, pour pouvoir échanger avec leurs voisins proches ou lointains leurs spécialités (Artur, 1742, Im Thurn, 1883/1967, Roth, 1924).

Ces activités peuvent aussi être l’occasion d’alliances matrimoniales, de visites amicales et d’échanges d’objets somptuaires. Parfois, le décès d’un membre important de la communauté réunit des groupes éloignés les uns des autres pendant des années.

hache polie

Hache polie

Exemples d'Artefacts et d'Échanges

Lames de Haches

Pour le Suriname, Boomert et Kroonenberg (1977, p. 37) ont décrit les ateliers des Monts Brownsberg fabriquant, entre 1200 et 1500, des lames de pierre verte pour les peuples de la côte. Pour la Guyane française, nous avons le même schéma, avec des fabricants sur le Moyen Approuague, qui échangent avec les peuples de la côte lames ou haches, entre le IXe siècle avant notre ère et la conquête (Migeon, 2008).

Ainsi, la hache de Saut Mapaou, conservée au Musée des Cultures Guyanaises date du XIVe siècle (1429 cal. AD - 151 cal.AD, Rostain et Wack, 1987), trois du XIVe siècle, sept sont datées entre les VII et IXe siècles, trois des Ve et VIe siècles de l’ère chrétienne et la hache de saut Tourépé, beaucoup plus ancienne des Xe et IXe siècles avant l’ère chrétienne(918 cal BC - 803 cal.

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Pierres Vertes et Échanges à Longue Distance

Collomb et Tiouka (2000, p. 38) citent aussi les « voyages qui conduisaient les Kaliña de l’est des Guyanes vers le haut de la rivière Essequibo (appelée Si’pu par les Kaliña) pour ramener notamment les beaux galets de porphyre rouge (takuwa) que les femmes conservent encore précieusement aujourd’hui pour lustrer les poteries » (carte 1). Il s’agit d’un échange par un voyage à longue distance, sur presque 1000 km.

Les « pierres vertes faisaient l’objet d’un grand commerce et représentaient une richesse aux yeux des Amérindiens, comme le note en 1743, le chroniqueur Barrère : à propos de ces pierres les Galibis n’ont rien de plus précieux que les takouraves. C’est ainsi qu’ils les nomment et les prisent plus que nous faisons l’or et les diamants »(Collomb et Tiouka, 2000, p. 39).

Muiraquitas

Un autre atelier est connu près de Santarem, sur l’Amazone ; il exportait des muiraquitas dans toute la région du Moyen-Amazone (Prous, 1991 p. 453-454).

Muiraquita

Muiraquita

Tableau récapitulatif des exemples d'artefacts et des périodes associées

Artefact Période Lieu de fabrication/découverte
Lames de pierre verte 1200-1500 Monts Brownsberg (Suriname)
Lames de haches IXe siècle avant notre ère à la conquête Moyen Approuague (Guyane française)
Hache de Saut Mapaou XIVe siècle (1429 cal. AD - 151 cal.AD) Saut Mapaou (Guyane française)
Hache de saut Tourépé Xe et IXe siècles avant notre ère (918 cal BC - 803 cal) Saut Tourépé (Guyane française)
Galets de porphyre rouge (takuwa) - Haut de la rivière Essequibo (Si’pu)
Muiraquitas - Santarem (Amazonie)

Techniques et Influences

Ainsi, sur la côte des Guyanes, selon Rostain (1991 et 1994), les champs surélevés sont une technique apportée par les porteurs de la culture arauquinoïde, provenant du Moyen et Bas Orénoque. Les expéditions collectives de guerres des Kaliña mobilisaient des groupes éloignés parfois de plusieurs centaines de kilomètres, qui se réunissaient à une période précise, pour aller attaquer leurs « ennemis communs ».

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Les échanges le long des littoraux, dans le monde kaliña et avec les porteurs de la culture « Aristé récent » (entre le XIV et le XVIIe siècle), mais aussi entre le littoral et l’intérieur, pour les lames de haches, en particulier, sur de très longues périodes, répondent à cette logique. On sait aussi que des échanges interfluves (entre la Mana et l’Approuague, par exemple, ou l’Oyapock et le Maroni) avaient lieu à l’intérieur de la Guyane.

En plus du polissage des lames en « pierre verte » pratiqué dans tout le monde américain précolombien, des techniques spécifiques et des cultures archéologiques se sont développées. Par invention locale ? Par emprunt (Leroi-Gourhan, 1971, 1973) ? Par l’arrivée de nouveaux groupes ou d’individus spécialisés? Nul ne le sait et les explications sur les changements culturels perçus dans le matériel archéologique sont, comme souvent, peu étayées.

En revanche, l’absence de diffusion, d’emprunt ou de copie, aux périodes précolombiennes de certains objets remarquables, est notoire ; ainsi les tangas (cache-sexe féminin) connues au Brésil voisin, ou les masques, comme celui retrouvé au Suriname, sont inconnus en Guyane française. Pour quelles raisons de telles singularités, dans une même aire culturelle?

Une explication partielle de ces absences ou présences peut être tentée. En premier lieu, dans cette vaste aire tropicale humide, il ne faut pas oublier la destruction ou la non-conservation d’une multitude d’objets (comme les flûtes en os, les couronnes en plumes, les vanneries et tous les objets en matériaux périssables non retrouvés par les archéologues), dans ce contexte physico-chimique peu clément pour les objets anciens.

Mais finalement ces singularités sont peut-être surtout la preuve de la volonté de chaque groupe de se démarquer de ses voisins, de se singulariser, d’où la très grande variété des expressions artistiques, symboliques.

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