Témoignage d’autoentrepreneuse couture : réussir son activité
Tu cherches un témoignage d’entrepreneuse dans la couture ? Tu es au bon endroit. Dans cette article je fais un retour sur mes 5 ans d’activités. Pour ressituer le contexte, j’ai eu deux entreprise (Orane Fabrik’ et aujourd’hui Indé’Sew).
Mes débuts : Orane Fabrik’ et les leçons apprises
Et oui, à mes débuts. Bien avant qu’Indé’Sew n’existe ! C’était en 2016 et je créais Orane Fabrik’ (le K c’est normal et ce n’est pas une faute). Et pour mettre un peu plus de contexte, j’ai 23 ans, j’ai fait 2 cursus d’études différents et je sors de l’école (mode et design d’espace).
Je prenais un tissu, je faisais un patron d’accessoire simple, et hop, j’en réalisais plusieurs. J’ai fait des sacs, des petits porte-feuille, des housses de coussins. Et vous savez combien j’ai vendu ? 0 ! Mon analyse de mon projet avorté : je n’avais aucun sens des affaires, aucun plan financier, je n’avais pas déterminé de direction artistique (je prenais n’importe quel tissu qui me plaisait pour en faire n’importe quoi), je n’avais pas les codes des réseaux sociaux, je ne savais pas si je devais me mettre sur A Little Market (le Etsy français de l’époque).
Orane Fabrik’ ça a donc était un test grandeur nature. Je ne regrette rien de cette activité et de tous ces échecs. De cette activité, je garde des bons souvenirs. Je ne pouvais pas en vivre, mais je ne faisais aucune communication, je ne cherchais pas à me développer, car c’était une activité secondaire.
Ce que j’aurais fait différemment
Je définirai une catégorie de vêtement et d’accessoire qui s'adressent a une certaine cible. Je définirai mon style. Je choisirai des formes et des détails qui permettraient de m’identifier facilement. Me connaissance j’aurais choisi la fonctionnalité plutôt que l’esthétisme du modèle. Avec ce style, je prendrai beaucoup plus de temps pour sourcer des tissus qui me permettrait de créer mon univers. Et de ces prototypes, je communiquerai sur mon produit et son engouement.
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Ensuite je me rends dans des marchés (triés sur le volet, pas tout et n’importe quoi). Toujours gérante d’Orane Fabrik’, je me rends compte, que la création textile comme je la mène, ne va pas être possible, si je veux au moins ne pas perdre d’argent.
Organisation et contraintes pratiques
Mes deux grosses contraintes : je suis chez moi et j’ai aussi mon travail à côté. Je ne peux donc pas faire des horaires d’ouverture toute la journée. Ma technique, missionner l’épicerie ou je ne vais jamais pour faire dépôt. Je m’excuse pour cette épicière (j’envoie mon conjoint à ma place et elle ne nous a pas associés, et je ne suis clairement pas sociable). Elle accepte.
Je mets une enseigne sur le pignon de ma maison, et décroche un article dans le journal. J’ai deux trois clients, clairement pas de quoi vivre, mais le besoin est plus présent que pour la vente de création textile. Côté tarif, je m’en sors mieux, car j’ai fait beaucoup de stages en retouche, je connais les procédures et les tarifs de mes concurrents.
Je suis un peu gênée d’accueillir les gens chez moi. Ma maison n’est pas des mieux configurée pour arriver jusqu’à la cabine d’essayage. Et je vous le rappelle, je ne suis pas très sociable. J’ai vite arrêté. Recevoir les clients chez moi ?
Transition vers l’enseignement et évolution professionnelle
Rentrée scolaire de 2016, je travaille à l’usine. Mon ancienne prof m’explique qu’une connaissance à elle (ancienne prof elle aussi) recherche un profil pour l’aider à animer des ateliers de couture dans une association. La demande est telle qu’elle ne peut pas couvrir tous les créneaux. Pendant 3 ans, j’ai donc animé des cours de couture de 6 adultes sur 10 séances en gérant des plannings d’hiver et de printemps, mais aussi animer des ateliers enfants dans cette association.
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En parallèle l’usine à couler et j’ai obtenu le saint Graal des postes que je voulais : prof de couture en Lycée Pro. L’année où j’ai choisi de passer le concours, j’ai mis fin à Orane Fabrik ’. Pour ma part, je suis passée par 7 années de micro-entreprise avant de créer ma SARL en 2019.
En bref, je suis prof de couture en lycée pro et titulaire, car j’obtiens mon concours. De cette activité, je garde des bons souvenirs. Je ne pouvais pas en vivre, mais je ne faisais aucune communication, je ne cherchais pas à me développer, car c’était une activité secondaire.
Indé’Sew : mutation de mon activité et diversification
On va faire une avance rapide sur les 3,5 ans qui vont suivre ! Maintenant, tu me connais sous le nom d’Indé’Sew. Je ne vends pas de création textile, je ne fais pas de retouche et je n’anime plus d’atelier. Mais je ne suis pas fermée à toutes ces activités. Aujourd’hui, j’accompagne des entrepreneuses pour faire de la mise en pages de patrons de couture et de l’optimisation pour la projection.
Il y a quelques clients avec qui je sors du cadre. J’ai étendu mon domaine d’action, car j’en ai eu à la fois envie, je suis polyvalente et donc je pouvais proposer des services complémentaires. Mon marché est ultra niché et très restreint, autant vous dire qu’espérer en vivre est illusoire. Donc j’ai créé des formations aux logiciels en rapport avec la couture, le modélisme et les patrons.
Qui sont mes clientes ? Des créatrices de patrons, bien sûr… Mais à tort, tout le monde pense que je ne m’adresse qu’à elle (c’est ma com qui veut ça). Sauf qu’en fait, je vends autant mes prestations à des créatrices de patrons, qu’à des profs de couture qui veulent avoir leur propre patron, ou leur propre tuto, des maisons d’édition et des magazines.
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Tout ça n’est pas arrivé en un jour. Je n’ai pas directement compris ce qui marchait pour moi, il m’a fallu en tout 4,5 ans d’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je vis de mon activité. Pas à million, n’allez pas vous fourvoyer. Mais avec la vie perso qui est la mienne, je peux subvenir à mes besoins en m’offrant quelques petits plus. Et c’est toujours plus qu’être prof et mutée a 3h de chez moi.
Chiffres et réalité économique
Dans ma deuxième entreprise de couture (Indé’Sew), j’ai encaissé un chiffre d’affaires de 120 432 € en 50 mois (à la date où j’écris). Après l’abattement forfaitaire de 50% considéré par l’État, j’ai donc perçu une rémunération de 1 204 € / mois. On est en dessous du SMIC, mais cette rémunération, je la gagne alors que je travaille à mi-temps sur mon entreprise.
Les dépenses chez Indé’Sew sont beaucoup plus fortes que chez Orane Fabrik’ avec 25 948 € dépensés sur 50 mois, soit 518€/mois hors rémunération. Il n’y a pas de visuel pour Orane Fabrik’ car toute la gestion se tenait dans un cahier que je ne retrouve pas. Aujourd’hui, avec 8 ans de recul, je suis en mesure d’identifier tout ce que j’ai mal fait et ce qui aurait pu être amélioré.
Ce que j’ai appris sur la gestion d’une micro-entreprise couture
Il existe trois catégories dans la micro entreprise : libérale, artisanale et commerciale. Et dans la couture, les trois sont possibles ! De mon côté, j’ai ouvert ma micro-entreprise en libéral car, à l’époque, je ne faisais que des activités de styliste-conseil. Je ne créais rien.
La micro-entreprise n’est pas un statut société mais un régime simplifié de l’entreprise individuelle. Il est idéal pour tester une activité avant de se lancer dans le grand bain de l’entreprenariat en société. Il est facile à créer puisqu’on remplit un formulaire en ligne sur le site autoentrepreneur.urssaf.fr qui ne prend que quelques minutes et ne demande pas un bac + 10.
La création d'une micro-entreprise est entièrement gratuite et très simple. Concernant ce que vous devez payer tout au long de l'année, il faut savoir que les cotisations d'une micro-entreprise dépendent de son chiffre d'affaires (en clair si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien). Une fois que vous avez terminé votre déclaration, pensez à faire une demande d’Acre.
On peut encaisser entre 72 500 euros et 176 200 euros maximal par an. Alors ne criez pas « ouaaa mais c’est énorme ». Ce n’est pas votre bénéfice, mais bien le chiffre d’affaires.
Même si c’est très simple, il y a quelques obligations comme une comptabilité légère, mais obligatoire. Il faut tenir un cahier de comptes (soit papier, soit sur un logiciel agréé par l’état, excel n’est pas autorisé et j’ai fait l’erreur avant vous si ça peut vous rassurer ). Pour chaque vente ou achat, il faut écrire sur une ligne la date, la description rapide, le montant.
Conseils pratiques et pièges à éviter
- Ne répondez jamais aux sollicitations commerciales douteuses par téléphone ; raccrochez de suite et très impoliment, après tout on cherche à vous arnaquer donc pas la peine de prendre des gants.
- Pour le courrier lisez bien toutes les petites lignes partout partout partout.
- Attention aux propositions de référencement web soit être inscrite sur un annuaire sur internet.
- Ouvrez-vous un deuxième compte en banque! C’est bien plus simple de posséder un compte dédié à votre petite entreprise.
- Si vous recevez des clients à domicile, assurez-vous d’être clair sur les horaires : si vous n’avez pas d’autres choix, recevez les gens sur rendez-vous.
- Ne vous laissez pas enfermer dans des interventions non rémunératrices : se lancer dans des réparations pour des clopinettes ce n’est clairement pas rentable.
Il faut se former tout au long de l’aventure entrepreneuriale. En faisant cette démarche de formation, j'ai avancé bien plus vite sur la création de mon activité, mais aussi sur la création de visuels ou de mon site internet. C'est un formidable accélérateur.
Acquisition client et communication
Je n’ai jamais prospecté, je ne sais pas me vendre, et pour moi ce n’est pas du tout naturel. J’avais la chance d’avoir cette association qui me fournissait pour 80 % de mon chiffre d’affaires. Grâce aux bouches à oreille, j’avais trouvé une deuxième association. Quant à mes activités de retouches, elles ont démarré suite à un article dans le journal. Je n’ai rien fait de plus.
Aujourd’hui, après 4 ans à la direction d’Indé’Sew, je suis toujours en recherche perpétuelle de nouveaux clients. Je suis toujours à l’afflux des problèmes que peuvent exprimer les prospects sur les réseaux, je prospecte régulièrement pour proposer mes services à mon réseau, ou tout simplement prendre de leurs nouvelles. C’est de cette manière que je décroche 80 % de mes clients en prestations de services.
Si j’avais assis mon autorité en refusant certains chantiers ou interventions, j’aurais sûrement été plus prise au sérieux. J’aurais pu développer une autre image (pas que celle que je donnais était mauvaise), mais j’étais la petite retoucheuse qui fait de la couture au coin de la rue (celle qui ne devrait prendre que 3€ pour un ourlet 😅). Ce n’était pas ce que je voulais être.
Aujourd’hui, j’ai tout un tas de canaux d'acquisition que j'essaie de bichonner au mieux. Instagram m’a tenu en haleine pendant 4 ans et rapporté de nombreux clients notamment au niveau des formations. J’ai aussi en place une newsletter et ce site internet où les clients peuvent directement voir mon travail et me contacter. J’utilise aussi Pinterest pour diffuser au plus grand nombre.
Conseils pour se lancer : questions clés à se poser
- De quoi vous avez envie ? La vie d’entrepreneur prend un temps énorme, elle est fatigante, elle est une charge mentale comme celle des mères de famille et il faut aimer plus que tout ce que l’on fait pour avoir envie de le porter au quotidien.
- Avez vous vraiment les capacités ? Il faut savoir reconnaitre nos compétences naturelles par rapport à celles qui demandent de l’effort.
- Avez-vous vraiment les compétences ? Je parle de compétences professionnelles et solides, de formations et d’expériences. Pour moi, il est hyper important de se former.
- Comment faire la différence ? Mieux vaut cibler un secteur de niche que de se noyer dans la masse !
- Vous avez bien tout lu avant de créer votre statut ? Ok, vous êtes prêt. Moi, je crois en vous.
Il faut déjà bien bien se renseigner sur les obligations du statut de micro entrepreneur. Même si c’est très simple, il y a quelques obligations comme une comptabilité légère, mais obligatoire.
Exemples et témoignages complémentaires
La parole est à Estelle, fondatrice de Signé Péro, une entreprise spécialisée dans l'impression et la création textile. Elle nous parle de son activité et de ses débuts. Bonjour Estelle, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Bonjour ! Je m'appelle Estelle, j'ai 42 ans et je suis maman de 3 adolescents. J'habite en Haute-Savoie et j'ai créé l’entreprise Signé Péro en 2019.
J'observe, depuis le confinement, une forte demande de ce genre de services, de la part de clients particuliers qui se remettent à la couture. Et que faisiez-vous avant de vous lancer dans cette activité ? J'ai été aide-soignante pendant longtemps et je faisais de la couture en plus sur mon temps libre.
Pour le reste (site internet, communication, etc.) mes économies m’ont aidées à me lancer. J'ai créé mon entreprise en 2019 mais mon activité a vraiment démarré en juin 2020. Je dois dire qu'au début, les ventes ne décollaient pas et il a fallu s'accrocher. Mais c'est fascinant de voir à quel point notre idée de base peut évoluer au fil des rencontres.
En plus des particuliers et des mamans qui cousent les coupons que je vends, mes clientes sont principalement des couturières qui utilisent mes coupons pour des sacs ou accessoires et qui font de la revente. Grâce à internet je peux travailler de mon appartement. Cette plateforme est très intéressante et un client satisfait peut en générer beaucoup d'autres !
Reconversion : l’exemple de Cécile
Interview de Cécile, ancienne enseignante devenue couturière. Elle est la fondatrice de l’Atelier C, qui propose des cours de couture, des vêtements sur mesure ainsi que des retouches.
Qu'est-ce qui t'a amenée à vouloir quitter ton poste d'enseignante ? J’en ai eu ras-le-bol. J’étais enseignante spécialisée pour les allophones (les élèves nouvellement arrivés en France et qui ne parlent pas le français) dans le primaire. J’ai fait ça pendant 13 ans. J’aimais beaucoup ce que je faisais mais pas les conditions de travail.
Comment t'es venue l'idée d'une reconversion dans la couture ? Je faisais de la couture depuis longtemps, une douzaine d’années environ. En parallèle de mon travail, j’avais commencé à préparer mon CAP couture. Juste comme ça, pour le plaisir.
Comment as-tu financé tes formations en couture ? Pour le CAP, comme j’avais déjà plutôt un bon niveau en couture, je n’ai pas fait appel à un organisme. J’ai seulement acheté quelques vidéos sur Internet sur le site d’Artesane, ainsi que leur livre. Pour la formation en modélisme, j’ai utilisé mon CPF.
Comment ça s'est passé pour quitter l'Education Nationale ? J’ai d’abord demandé une rupture conventionnelle. Un syndicat m’a accompagnée à l’entretien. Toutes ces démarches ont été vraiment galères, ça a été une année difficile.
Quels sont les avantages et les inconvénients pour toi de cette reconversion en couture ? Les inconvénients, c’est surtout le fait que quand tu es malade, tu bosses quand même. Les avantages sont très appréciables : Je m’organise comme je veux. Je gagne moins mais j’ai beaucoup gagné en qualité de vie.
Bonnes pratiques pour créer son activité couture
- Établir un business plan pour estimer vos coûts et déterminer vos tarifs.
- Choisir un statut adapté en réfléchissant aux catégories (libérale, artisanale, commerciale).
- Se déclarer auprès du Centre de Formalité des Entreprises (CFE) et s’inscrire à la Chambre des Métiers si nécessaire.
- Souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle.
- Tenir une comptabilité légère et rigoureuse et déclarer son chiffre d’affaires régulièrement.
- Ne pas confondre chiffre d’affaires et bénéfice : préparez vos investissements (matériel, site, communication).
- Prospecter et entretenir ses canaux d’acquisition (réseaux sociaux, presse, newsletter, bouche-à-oreille).
Il est possible de devenir auto-entrepreneur couture sans diplôme, mais avoir une formation, comme le bac pro métiers de la mode vêtements, peut être un plus. Le plus important est votre savoir-faire et votre passion pour la couture.
COUTURE ET ENTREPRENARIAT - mon expérience + FAQ
Tableau récapitulatif (exemples chiffrés)
| Période | Entreprise | Chiffre d’affaires | Dépenses totales | Rémunération moyenne |
|---|---|---|---|---|
| 2016-2018 | Orane Fabrik’ | Faible / ventes ponctuelles | 2016: 63€, 2017: 1451,6€ | ~333€/mois (sur période active) |
| 2019-2024 | Indé’Sew | 120 432€ / 50 mois | 25 948€ / 50 mois | 1 204€/mois après abattement |
Derniers conseils pratiques
Ne négligez aucun RDV, aucune réunion, je vous assure que vous aurez toujours des questions à poser et des choses à apprendre! Il faut se former tout au long de l’aventure entrepreneuriale. Il est vrai que me concernant, la situation a été inversée grâce à l’émission : c’est le besoin et les sollicitations qui m’ont amenés vers cette démarche d’auto-entrepreneuriat.
La meilleure idée de ma vie car, 5 ans après, j’aime toujours autant (même si c’est vraiment dur au quotidien, mais ça on en parlera plus tard). La parole est à vous maintenant : vous aimez cet article ? Alors, la vie d’entrepreneur vous fait envie ? Vous l’avez peut être déjà fait ?
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