Déroulement d’une greffe de rein : avant, pendant, après

La transplantation rénale consiste à greffer un rein prélevé sur un donneur, qu’il soit vivant ou décédé, afin de restituer toutes les fonctions rénales de la personne ayant une insuffisance de stade avancé et/ou nécessitant le recours à la dialyse.

Pourquoi et à qui s’adresse la greffe rénale

La greffe de rein, lorsqu’elle est possible, est le traitement de choix de l’insuffisance rénale terminale. La greffe rénale est possible grâce au don d'un rein par une personne décédée ou par une personne vivante qui donne l'un de ses deux reins fonctionnels (donneur vivant).

L'indication à une transplantation rénale est généralement posée lorsque qu'un patient atteint le stade d'insuffisance rénale terminale, quelle qu'en soit la cause première. Elle survient lorsque qu'on atteint une destruction de plus de 80% des unités fonctionnelles des deux reins, leur capacité à « nettoyer le sang » baisse alors au-dessous de 10 ml/min.

Les deux causes principales conduisant à une insuffisance rénale terminale sont le diabète sucré et les conséquences de l'hypertension artérielle au long cours. Les autres causes sont les néphropathies glomérulaires ainsi que les néphropathies héréditaires.

La greffe rénale est possible pour toute personne souffrant d’insuffisance rénale sévère qui ne présente pas de contre-indication au traitement immunosuppresseur ou pour qui les risques liés à l’opération ne sont pas excessifs (risques cardiovasculaires).

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Types de donneurs et avantages

Si la greffe à partir d’un donneur décédé reste la plus développée en France, la greffe à partir d’un donneur vivant, qui offre de nombreux avantages est également possible.

Un donneur vivant est une personne en bonne santé qui donne l'un de ses deux reins fonctionnels à un proche qui souffre d'insuffisance rénale. Il est possible de vivre normalement avec un seul rein.

La greffe à partir d’un donneur vivant est la greffe qui fonctionne le mieux et le plus durablement. Les reins de donneurs vivant nécessitent en général 3 à 5 jours pour atteindre un niveau de fonctionnement normal, tandis que les reins provenant d'un donneur décédé prennent de 7 à 15 jours, parfois jusqu'à 1 mois.

La loi fixe précisément les conditions du don du vivant. Toute personne majeure vivante, volontaire et en bonne santé peut donc donner un rein à l’un de ses proches dans des conditions définies par la loi.

Parcours avant la greffe : bilan pré-greffe et inscription

Pour recevoir un greffon d’un donneur décédé ou vivant, le patient doit être inscrit par son médecin transplanteur sur la liste nationale d’attente gérée par l’Agence de la biomédecine. Il recevra une lettre de confirmation de son inscription.

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Avant de pouvoir être inscrit sur la liste de transplantation, un bilan pré-greffe doit être réalisé. Ce bilan a pour objectif de répondre à trois questions : la greffe est-elle réalisable et dans quel délai ? quels en sont les risques à court et moyen terme ? quel est le traitement immunosuppresseur le plus adapté ?

Pour cela un bilan médical complet doit être réalisé pour répondre à ces questions. Un examen cardiovasculaire complet (épreuve d’effort, échographie cardiaque, doppler des artères, …), un examen des voies urinaires (scanner abdominal, échographie abdominale ..), un bilan infectieux, et autres examens jugés pertinent par l’équipe de transplantation sont nécessaires.

Le néphrologue étudie non seulement l’état général du patient, mais également sa motivation à se faire greffer ainsi que ses habitudes de vie, afin de vérifier l’intérêt de l’intervention chirurgicale et le succès espéré par la suite.

L’équipe de transplantation procède à une étude minutieuse du dossier au terme du bilan. En fonction des résultats, il est possible que des traitements préalables à la greffe soient proposés, par exemple une intervention chirurgicale (ablation d’un rein en cas de polykystose rénale, traitement d’un anévrisme de l’aorte, etc.) ou l’éradication d’un foyer infectieux (sinusite chronique, abcès dentaires, caries…).

Les examens préalablement réalisés permettent de confirmer si le patient est éligible à une transplantation rénale. A partir de cette étape, le patient doit être joignable 24h/24h.

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Attribution du greffon et temps d’attente

L'Agence de Biomédecine répartit les greffons obtenus de donneurs décédés selon les règles d'attribution nationale et sous réserve de compatibilité immunologique. Le temps d’attente pour l’obtention d’un greffon est variable et dépend du groupe sanguin.

Le rein est prélevé par une équipe chirurgicale et est envoyé en urgence dans le centre hospitalier du patient receveur. Lorsque le greffon est reçu dans le centre du receveur, les médecins vérifient à nouveau sa compatibilité.

Le temps d’attente : 31 % des patients seront greffés dans la première année d’inscription, 39 % entre 1 et 3 ans, et 15 % après 5 ans.

La greffe : déroulement de l’intervention

L’intervention est réalisée sous anesthésie générale. L’opération de greffe rénale, qu’il s’agisse d’une greffe à partir d’un donneur décédé ou d’un donneur vivant, dure environ deux à trois heures. L’intervention dure trois heures en moyenne.

Le rein est placé dans la fosse iliaque au bas de l’abdomen, à droite ou à gauche, indépendamment du rein (droit ou gauche) prélevé. On connecte les vaisseaux sanguins principaux du rein greffé à la veine et à l’artère iliaques externes du receveur. On reconnecte également l’uretère du rein greffé à la vessie du receveur.

Dans la majorité des cas, les reins du receveur ne sont pas retirés. Par conséquent, le rein greffé est placé dans un endroit différent du rein d'origine, le plus souvent dans l'une des deux fosses iliaques.

La veine et l'artère rénales sont toutes deux connectées aux vaisseaux iliaques externes. Ensuite l'uretère est connecté à la vessie. Une sonde interne est mise en place entre le greffon et la vessie afin d'optimiser la cicatrisation.

Le ou la patient∙e greffé∙e rénal∙e sera hospitalisé∙e jusqu’à l’obtention d’un bon fonctionnement de sa greffe rénale, en général durant 7 à 14 jours. Le séjour à l'hôpital dure habituellement 5 à 8 jours.

Greffe à partir d’un donneur vivant : organisation particulière

Une greffe rénale à donneur∙euse vivant∙e nécessite deux interventions (donneur et receveur) se déroulant en parallèle le même jour. En cas de procédure via un donneur vivant, une première équipe prélève le rein du donneur dans une salle opératoire et dans une deuxième salle contiguë, le receveur est préparé pour qu’on lui greffe le rein au même moment.

Le prélèvement chez le donneur vivant : l’opération dure environ deux à trois heures. Une technique minimale invasive (par laparoscopie) est actuellement utilisée. On réalise une mini-ouverture de la paroi abdominale, deux orifices sous le rebord des côtes sont pratiqués pour les instruments et la caméra.

Le rein est alors préparé par le chirurgien dans une solution de préservation froide, puis emmené dans la salle d’opération du ou de la receveur∙euse. Le ou la donneur∙euse est hospitalisé∙e entre trois à sept jours après l’opération, en fonction de son évolution. Le retour à une vie active normale est possible un à deux mois après le don.

Traitement immunosuppresseur et surveillance

Pour éviter le rejet du rein transplanté, un traitement immunosuppresseur sera administré immédiatement après la greffe rénale. Ces médicaments doivent être pris à vie. Actuellement on en utilise plusieurs en combinaison.

Pendant la première semaine, les anticorps anti-globules blanc sont prescrits. Puis, les « corticostéroïdes » (cortisone) sont associés à un « inhibiteur de la calcineurine », comme la ciclosporine A ou le tacrolimus. Un « antimétabolite », le mycophénolate mofétil, est aussi introduit.

Les taux sanguins des immunosuppresseurs doivent être étroitement surveillés. La suppression relative du système immunitaire chez un individu n'est pas sans conséquences : il existe alors un risque accru d'infections opportunistes et de cancers (notamment ceux de la peau et des globules blancs).

Le rejet aigu survient dans 10 à 25% des personnes au cours des soixante premiers jours après transplantation.

Soins immédiats et suites hospitalières

Dès le retour du bloc opératoire, vous serez surveillé dans une unité de soins spécialisée. Le personnel soignant surveillera la diurèse, la fonction de greffon et l’évolution de la cicatrice.

Il est possible qu’une ou deux séances de dialyse soient nécessaires avant la reprise de la diurèse, pour donner le temps au greffon pour démarrer sa fonction. La cicatrice abdominale est refermée par des agrafes ou des fils qui seront enlevés à partir du 21e jour post-opératoire, à la Consultation ambulatoire de transplantation.

La cicatrice mesure habituellement 15 à 20 cm, a une forme légèrement courbée et, à la longue, va s’estomper. Il faut cependant éviter de l’exposer aux rayons du soleil.

Sortie, suivi ambulatoire et modalités de vie

La réalisation de la greffe nécessite une hospitalisation de 2 à 4 semaines. La sortie de l’hôpital n’est envisagée qu’après une large information. Elle est réalisée par l’équipe médicale sur la prise régulière et indéfinie de médicaments immunosuppresseurs, indispensables pour conserver le bon fonctionnement du greffon, et sur les modalités du suivi médical.

Dès sa sortie de l’hôpital, le ou la patient∙e transplanté∙e sera suivi∙e régulièrement lors de consultations. Une consultation a lieu chaque semaine au cours des quatre premières semaines suivant la transplantation, puis une consultation par quinzaine. Ces contrôles sont effectués de façon dégressive au cours de la première année. Par la suite, les contrôles sont effectués tous les deux à trois mois.

Lors de chaque visite, un prélèvement sanguin et un contrôle urinaire sont effectués par les infirmières, ainsi qu’une consultation médicale. Selon les indications cliniques, les examens suivants peuvent également être effectués: une échographie abdominale et du rein transplanté (doppler), une radiographie des poumons, une ponction-biopsie rénale en cas de suspicion de rejet, une consultation spécialisée en cas de problème (par exemple, diabète, écoulement d’une plaie, etc.).

Activités quotidiennes, travail, sport, voyages

Après la transplantation, les personnes greffées sont plus vulnérables aux infections. Pendant les deux à trois premiers mois, il leur est conseillé d’éviter les lieux publics surpeuplés (cinémas, théâtres, restaurants,…) ou enfumés, ainsi que d’avoir des contacts avec des personnes malades.

En principe, et en accord avec le médecin, la reprise de l’activité professionnelle est possible dès le troisième mois après la transplantation. Il faut cependant éviter de porter de lourdes charges pendant trois à quatre mois.

Il est donc recommandé de reprendre des activités sportives mais de façon progressive, en se ménageant des temps de repos. Il est contre-indiqué de faire des exercices forçant la musculature abdominale (musculation par exemple) durant les trois premiers mois suivant la greffe. Il faut également faire attention en cas d’activités sportives avec un contact physique.

En principe, la personne transplantée peut voyager à l’étranger dès environ six mois après l’opération, mais il est important qu’elle organise soigneusement son voyage et en parle avec son médecin.

Alimentation et médicaments

Le ou la patient∙e greffé∙e pourra recommencer à manger progressivement dès la reprise du transit intestinal, puis évoluer vers une alimentation normale et équilibrée qui sera poursuivie à domicile. Il ou elle devra toutefois faire attention à la consommation excessive de calories et aux excès. La quantité de boissons à prendre par jour est en général comparable à celle d’une personne en bonne santé habituelle (2 litres).

En raison d’une interaction entre les immunosuppresseurs et le pamplemousse, ce fruit est généralement déconseillé à tout∙e patient∙e greffé∙e, de même que les préparations à base de millepertuis. Toute forme d’automédication est à proscrire. Il faut en parler d’abord à son pharmacien ou à son médecin.

Soutien et associations

La présence de l’Amicale en transplantation rénale : Carole, Josiane, Dominique, Barbara, Adrien…sont les bénévoles que vous rencontrerez dans le service de transplantation rénale. Le matin, en salle d’attente de consultation, nous rencontrons les patients en attente de transplantation rénale, ainsi que les patients en consultation du suivi post transplantation. L’après-midi, nous visitons dans leur chambre les patients hospitalisés après avoir été transplantés.

Vous pouvez également solliciter un entretien individuel avec l’un de nos bénévoles référents.

Greffe de rein : une opération qui change la vie

Aspects épidémiologiques et organisationnels

En France, il y a entre 3 500 et 3 700 transplantations rénales chaque année. Selon l’Agence de la Biomédecine, plus de 85 000 personnes souffrent d’une insuffisance rénale terminale en France.

En 2023 le Service de Transplantation rénale de la Pitié Salpêtrière a réalisé : 166 transplantations rénales dont 22 avec donneurs vivants, soit le 2ème centre d’Île-de-France et le 5ème en France.

La neutralité financière est un principe, les établissements doivent veiller à ce que ce principe soit respecté et ne pas faire payer le donneur.

Facteurs influençant la réussite et la survie du greffon

La survie de l'organe greffé varie selon beaucoup de paramètres. Plus la personne greffée est jeune, plus le bénéfice sera grand. La survie du greffon est inversement proportionnelle au temps passé en dialyse avant la greffe. La situation idéale est une greffe de rein préventive, c'est-à-dire qu'elle prend place avant que le patient ne commence la dialyse.

Un temps d'ischémie court, un don vivant d'une personne de la famille proche, une hygiène de vie irréprochable, sont des facteurs de bon pronostic. Les médicaments visant à éviter le rejet diminuent les défenses immunitaires et peuvent être responsables de complications (infectieux, cardio-vasculaires, néoplasique) dont la prévention ou le traitement justifient ce suivi médical régulier à vie.

Étape Durée approximative Points clés
Bilan pré-greffe Plusieurs semaines Examens cardiovasculaires, urinaires, infectiologie, compatibilité immunologique
Attente du greffon Variable (mois à années) Dépend du groupe sanguin et des règles d'attribution
Intervention 2-3 heures Placement en fosse iliaque, anastomoses vasculaires et uretère-vessie
Séjour hospitalier 5-14 jours (selon cas) Surveillance diurèse, fonction du greffon, cicatrice
Suivi ambulatoire Régulier à vie Contrôles biologiques fréquents, ajustement immunosuppresseurs

La transplantation rénale, comme toutes les transplantations d’organes, est une véritable « renaissance », le retour à une vie…presque normale. Vous êtes transplanté. Ce petit greffon, logé au creux de notre ventre, vous allez en prendre le plus grand soin.

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