Banques sans financement des projets énergies fossiles : réalité, chiffres et impacts
Dans un contexte où les tensions climatiques et les exigences de transparence financière gagnent du terrain, les banques françaises font l’objet d’un examen minutieux sur leurs financements aux énergies fossiles. Cet article s’appuie sur le rapport Banking on Climate Chaos et sur les analyses récentes des ONG Reclaim Finance et des Amis de la Terre pour évaluer l’ampleur du financement des grandes majors pétrolières et gazières par les banques, en particulier en France.
Les chiffres-clés et les tendances récentes
Les 65 plus grandes banques mondiales ont financé les énergies fossiles à hauteur de l’équivalent de 16 milliards de dollars en 2025, soit 13,8 milliards d’euros, en recul de 11 % par rapport à 2024. Parmi elles, BNP Paribas se détache comme l’un des établissements les plus constants dans ses efforts de désengagement du secteur fossile, avec une réduction marquée de son encours consacré aux hydrocarbures en 2025.
En 2025, l’enveloppe consacrée par BNP Paribas au financement des projets fossiles chute à 140 millions de dollars, soit une baisse de 80 % par rapport à 2024. D’autres banques françaises enregistrent aussi des baisses, notamment Crédit Agricole (-23 %) et BPCE (-32 %). Le rapport précise que les banques françaises restent globalement mieux placées que leurs homologues nord-américaines, asiatiques ou canadiennes, mais demeurent loin des niveaux affichés par les leaders internationaux.
Selon Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, ces évolutions “sont très encourageantes et montrent qu’il n’y a pas de fatalité”. L’étude décline toutefois le périmètre des énergies « soutenables », plus restrictif que les simples renouvelables, excluant par exemple la bioénergie ou certains projets hydroélectriques.
Rôle et limites des engagements des banques
Le rapport souligne que les engagements affichés par les banques à « accélérer la transition énergétique » ne se traduisent pas encore pleinement dans leurs bilans. En 2025, BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale apparaissent parmi les institutions les plus actives dans le financement des énergies fossiles, avec des niveaux d’investissement notables; toutefois, les chiffres montrent aussi une tendance à la réduction de ces financements, en grande partie due à une demande moindre de financement de la part des majors fossiles.
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La Société Générale, malgré une part importante des investissements fossiles en 2025 (près de 9,4 milliards de dollars), présente aussi des indicateurs indiquant une trajectoire de réduction et affirme être en bonne position dans les financements de projets d’énergies renouvelables, tout en respectant ses objectifs de réduction à l’horizon 2030.
Comprendre les mécanismes et leurs limites
Un point clé du débat est la distinction entre les prêts, les émissions obligataires et les instruments financiers utilisés par les banques pour financer des projets fossiles. Le mécanisme de création monétaire et l’intermédiation bancaire signifient que l’actif d’un prêt dans la banque correspond à un passif dans l’emprunteur, rendant la relation directe entre “épargne déposée” et “projets fossiles” non triviale. Le principe de non-affectation des ressources aux emplois rappelle que l’argent que vous déposez ne finance pas mécaniquement des projets spécifiques : c’est un ensemble d’écritures comptables qui permet le financement par diversification et transformation des flux financiers sur le long terme.
Les auteurs insistent sur le fait que le bilan bancaire ne peut être réduit à une simple empreinte carbone d’un compte courant. L’empreinte carbone individuelle n’est pas directement liée à la chaîne d’actifs et de passifs d’une banque. Au-delà des chiffres, l’évaluation des politiques de décarbonation reste complexe et parfois trompeuse lorsque les indicateurs économiques et financiers sont mal alignés avec les objectifs climatiques réels.
La réalité européenne et française face à la transition
Les ONG soulignent que les banques françaises, à l’exception notable de la Société Générale, ont globalement diminué leur financement des énergies fossiles entre 2024 et 2025, passant de 18 milliards à 16 milliards de dollars pour les plus grandes banques françaises. La France demeure l’un des pays européens les plus actifs dans le financement des énergies fossiles, se maintenant au rang de sixième financeur mondial en 2025 selon les données étudiées.
La Banque Postale est évoquée comme une exception dans le paysage bancaire hexagonal, et plusieurs acteurs de l’industrie et des ONG appellent à une accélération des efforts de décarbonation. Cependant, les critiques soulignent que les progrès restent insuffisants et que le financement des infrastructures fossiles, notamment les pipelines et les centrales à gaz, demeure important chez plusieurs banques françaises.
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Comment interpréter les choix bancaires et agir en tant que consommateur
Le débat s’élève autour de la réalité du « greenwashing ». Les campagnes marketing visant à inciter les clients à changer de banque ne doivent pas masquer le fait que l’empreinte carbone associée à un compte courant est ambiguë et que l’impact réel vient des choix d’investissement et de financement des actifs des entreprises emprunteuses. Les clients peuvent toutefois orienter leurs économies vers des produits et portefeuilles plus alignés sur la transition, en privilégiant les banques qui démontrent une réduction mesurable des financements fossiles et une transparence renforcée sur les ratios de décarbonation.
Il est rappelé que les chiffres et les pourcentages varient selon les méthodologies et les périmètres retenus par les ONG et les banques elles-mêmes. Par exemple, certaines banques répercutent encore des engagements ambitieux tout en précisant que les données publiées ne reflètent pas nécessairement l’ensemble de leurs activités de financement, notamment en matière de projets spécifiques ou de SPV (Special Purpose Vehicle) utilisés pour financer des projets d’infrastructures fossiles.
Comment fonctionnent les banques ?
Tableau récapitulatif des montants 2025 (approximatifs, par banque)
| Banque | Financement fossile 2025 (milliards USD) | Variation 2024→2025 |
|---|---|---|
| BNP Paribas | 3,93 | -80% |
| Crédit Agricole | 5,61 | -Varie selon actifs |
| Groupe BPCE | 5,62 | -Part des pipelines et infrastructures |
| Société Générale | 9,4 | 🡩 augmentation dans certains segments |
Au global, l’année 2025 confirme une tendance à la baisse des financements fossiles chez les grandes banques françaises, tout en montrant que le chemin vers une décarbonation profonde reste long et dépend largement des dynamiques de demande, des choix d’actifs et de l’action des supervisions et des régulateurs.
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